‹ Abraham LincolnChapitre 15 sur 33 · Bigelow · texte numérisé non relu

Bigelow

présenta à la Chambre un amendement interdisant toute nouvelle introduction d'esclaves, et affranchissant, dès qu'ils auraient vingt-cinq ans, les enfants des esclaves actuels.

De là le différend connu sous le nom de différend du Missouri, lequel, pour la première fois, divisa sérieusement le pays sur la question de l'esclavage.

La discussion fut des plus violentes au sein du Congrès.

Cobb, de la Géorgie, s'écria :

« On a allumé un incendie contre lequel toutes les eaux de l'Océan ne pourront pas prévaloir. Une mer de sang suffira seule à l'éteindre. »

A quoi Tallmagde répondit :

« On nous menace d'une dissolution de l'Union, d'une guerre civile. Eh bien , soit ! Mon existence n'est probablement pas plus assurée que celle d'aucun des citoyens qui m'écoutent ; mais, tant que je vivrai, chacun de mes jours sera consacré à la liberté de l'homme. S'il faut du sang pour éteindre l'incendie que j'aurai, bien à contre-cœur, contribué à allumer, sans hésitation aucune je donnerai le mien. »

Ces paroles prophétiques, Parker, le grand apôtre abolitionniste, les renouvellera plus tard dans une lettre, écrite de Rome en 1859, à M. Francis Jackson. Les conséquences de l'esclavage ont alors compromis l'avenir des États-Unis, tout le monde le sent , chacun attend dans l'anxiété.

« Le peuple américain, dit Parker, va, je pense, marcher au son d'une rude musique, et il vaut mieux

pour lui qu'il y songe à temps. Il y a quelques années, il ne semblait pas difficile d'abord d'arrêter l'esclavage, puis d'y mettre fin sans verser le sang. Je crois que maintenant cela ne se peut plus, ni maintenant ni plus tard. Toutes les grandes chartes de l'humanité ont été écrites avec du sang. Un jour, j'espérai que celle de la démocratie américaine pourrait être écrite avec une encre moins coûteuse ; mais, à cette heure, il est visible que notre pèlerinage nous mène à une mer Rouge où plus d'un Pharaon va sombrer ou périr. »

Au point où nous en sommes, l'heure de la lutte n'a point encore sonné. Pour arrêter l'esclavage, éviter la guerre civile, des hommes bien intentionnés vont essayer de ces compromis bâtards qui, en retardant les révolutions nécessaires, ne font que les rendre plus violentes. Au lieu de tuer, par un acte d'énergie, l'institution honteuse qui , comme un ver solitaire , minait la société naissante, absorbait ses meilleures facultés, paralysait son action, empoisonnait sa prospérité et ses richesses, on fit une transaction avec le crime.

« C'est donc par un compromis que se termina le conflit du Missouri, compromis que l'on respecta tant qu'il servit les intérêts de l'esclavage, et que l'on se hâta de violer dès qu'il cessa de les favoriser, ainsi qu'il en était arrivé de l'ordonnance de 1787, relative aux territoires.

« Le Congrès supprima l'article comportant la prohibition de l'esclavage dans l'Etat du Missouri, mais

avec cette clause que l'esclavage ne serait plus toléré, à l'avenir, au nord du 36° 30' de latitude.

« Les Etats du Nord acceptèrent ce compromis comme une nécessité politique et pour terminer un conflit qui aurait pu compromettre la paix et la sécurité de r Union >, »

Reportons-nous à trente-quatre ans plus tard, au mois de janvier 1854. Lincoln était rentré dans son cabinet, tout entier à sa profession d'avocat, lorsqu'arrive la nouvelle que Stephen A. Douglas, président du comité des territoires au Sénat, et aspirant déjà à la présidence, avait proposé un bill pour l'organisation de deux nouveaux territoires 2, le Kansas et le Nebraska, situés à l'ouest du Missouri et au nord de la latitude 36° 30'. Ce bill, rapportant le compro-

Page 1