For every negro he had thus stolen 10,000 spoons
« prière, je demanderais qu'aucun des Etats de l'Union « ne pût jamais être ni conquis ni subjugué. »
Le Rev. Henri Clay Dean, de l'Iowa, s'exprimait ainsi du haut du perron de la maison voisine :
« Pendant trois ans Lincoln a demandé des soldats, a et on les lui a donnés. Mais avec les grandes armées « dont il a le commandement, qu'a-t-il fait? il a « échoué ! échoué ! ! échoué ! ! ! ÉCHOUÉ! ! ! ! De pa- « reilles défaites étaient encore inconnues. Une si « grande destruction d'hommes ne s'était pas vue de- « puis la destruction de Sennachérib par le souffle du « Tout-Puissant. Et le monstre a encore besoin d'hom- « mes pour continuer son œuvre de boucher! !....
« Depuis que cet usurpateur, ce traître, ce tyran oc- « cupe le siège de la Présidence, le parti républicain « crie : couteau en main; guerre au couteau! Le « sang a coulé par torrents et la soif du vieux monstre « n'est pas étanchée. Il lui faut toujours du sang. »
Voilà ce qu'on entendait aux abords de la Convention démocratique. L'auteur n'apprécie pas, il raconte; le lecteur fera bon marché de ces odieuses attaques contre l'honnête et excellent Lincoln , mais il était indispensable de les rapporter en cette histoire, afin de montrer à quel degré d'injustice et d'aberration l'esprit de parti peut pousser les hommes.
Le manifeste de Chicago fut rédigé par C. L. Vallandigham ; il était ainsi conçu :
o Nous avons résolu d'adhérer avec une fidélité inaltérable, dans l'avenir comme dans le passé, à l'Union telle que l'a établie la Constitution : c'est là le seul fondement solide de notre force, de notre sécurité, de notre bonheur en tant que peuple, et le système de gouvernement qui convient le mieux à la prospérité et aux progrès de tous les Etats , de ceux du Nord aussi bien que de ceux du Sud.
« La Convention croit justement interpréter les sentiments du peuple américain, en déclarant qu'après quatre années d'efforts infructueux pour restaurer l'Union par la force des armes, après que la Constitution, au nom de prétendues nécessités militaires, a été violée, la liberté des citoyens foulée aux pieds, la fortune de la nation et des particuliers compromise, — la justice, l'humanité, la liberté et le bien public demandent que des tentatives soient immédiatement commencées pour arrêter les hostilités, afin d'arriver, soit parla convocation d'une Convention souveraine de tous les Etats, soit par tous autres moyens, à rétablir la paix dans le plus bref délai possible, sur les bases d'une Union fédérale où le droit des Etats serait formellement reconnu et solennellement consacré. »
Ce programme signifiait, en langage américain, que le parti démocratique désirait bien l'Union, même avec l'esclavage, mais qu'il ne faisait pas du retour à cette. Union une condition essentielle de la paix.
La Convention porta à la présidence le général Mac Clellan.
Les résolutions qui précèdent étaient une faute capitale, mortelle pour le parti démocratique. Dès qu'elles furent connues, les partisans de Lincoln qui commençaient à douter du succès, sinon même à en désespérer, reprirent immédiatement confiance. En même temps arrivaient d'excellentes nouvelles du théâtre de la guerre; la fortune revenait sous les drapeaux de l'Union. — « Sherman a pris Atlanta! — Faragut a forcé la baie de Mobile! j> Voilà ce qu'annonçait à toute l'Union une proclamation du Président.
Mac Clellan, pour atténuer la fâcheuse impression produite sur les citoyens loyaux par le manifeste de Chicago, rédigea une lettre d'acceptation où les idées de son parti étaient interprétées d'une façon plus conforme à ce qu'on était en droit d'attendre d'un ancien général de l'Union, mais cette lettre fut sans résultat ; le coup porté avait été trop fort. Il disait :
« L'Union a été primitivement le résultat d'un compromis dicté par l'esprit de conciliation. Pour la restaurer et la conserver il faut que le même esprit prévale dans les conseils et dans le cœur du peuple. Le rétablissement de l'Union, dans toute son intégrité, est et doit continuer à être la condition nécessaire de réorganisation. S'il est certain, ou seulement probable que nos adversaires actuels sont prêts à faire la paix sur la base de l'Union, nous devons épuiser tous les moyens mis ordinairement en œuvre par les hommes d'État des pays civilisés, et qui nous sont ensei-
gnésparles traditions mêmes du peuple américain (dans les limites de ce qui peut être compatible avec l'honneur et les intérêts du pays), — afin d'arriver à cette paix désirable d'où sortirait pour l'avenir l'Union reconnue et acceptée par tous les États et les droits de chaque État garantis dans l'Union par la Constitution. L'Union est la seule condition de la paix, nous ne demandons pas davantage.
« Laissez moi ajouter ce qui, je n'en doute pas, bien qu'on ne l'ait point formellement exprimé, était dans l'esprit de tous les membres de la Convention, ce qui est dans le sentiment du peuple qu'ils représentaient : je veux parler de l'accueil qui attend tout État décidé aujourd'hui à reprendre sa place dans l'Union. Il y serait reçu immédiatement, avec une pleine et entière garantie pour tous ses droits constitutionnels. Si après avoir fait en toute franchise et loyauté de persévérants efforts pour arriver à un résultat pacifique, notre entreprise venait à échouer, la responsabilité des conséquences qui pourraient ultérieurement s'en suivre devrait retomber sur ceux qui resteraient en armes contre l'Union, car l'Union doit être à tout prix sauvée.
« Je ne pourrais plus regarder en face ceux de mes anciens camarades qui ont survécu à tant de batailles meurtrières, si j'abandonnais cette Union pour laquelle nous avons ensemble exposé si souvent nos jours. Sans doute les soldats comme le peuple verraient avec une immense joie qu'une paix fondée sur l'Union et la Constitution vînt mettre fin à tant d'ef-
fusion de sang, mais il n'y a pas de paix durable sans l'Union. »
On eût pu croire qu'à la suite de cette lettre le parti démocratique changerait de candidat; il n'en fut rien. Les leaders de la Convention défendirent Mac Clellan, mais de la façon la plus injurieuse pour son honneur et son patriotisme. Le Daily News, l'organe le plus avancé du parti, affirma que le général avait eu connaissance des résolutions de Chicago deux mois avant la Convention, qu'elles lui avaient été soumises au nom du parti démocrate par Alfred Edgarton de l'Indiana , et qu'il en avait approuvé sans réserve l'esprit et la lettre. Quelques jours après, dans un meeting, Fernando Wood, pour défendre son candidat qu'on attaquait au sujet de la lettre précédente, osait prononcer ces paroles : — « Mac Clellan sera a notre agent, notre créature ; il ne peut désobéir à la « voix publique... Quant à sa lettre, tant pis pour qui « s'y trompe : ce n'est qu'un subterfuge, qu'une ruse « de guerre. »
Le silence de Mac Clellan fit penser, ajuste titre, que, s'il ne répudiait pas d'une manière éclatante des alliés qui interprétaient ainsi sa pensée et sa conduite, c'est que ceux-ci disaient la vérité; et le parti républicain n'eut aucune peine à faire accepter que les vrais principes du parti démocratique qui voulait renverser Lincoln n'étaient pas dans la lettre d'acceptation de son candidat, mais dans la plate-forme de Chicago.
C'est ce qu'exprima avec son esprit ordinaire le secrétaire d'État, M. Seward, à une procession d'électeurs républicains qui vinrent à cette époque défiler sous ses fenêtres et lui donner une de ces fréquentes aubades auxquelles sont exposés les hommes d'État américains, surtout pendant les époques d'élection.
« Mes chers concitoyens, dit M. Seward (du haut de « sa fenêtre), la démocratie, à Chicago, après avoir « cherché pendant six semaines si la guerre que « nous soutenons était un triomphe ou un échec pour « notre cause, a fini par décider que nous avions « échoué ; en conséquence elle a pris des résolutions « et nommé un candidat tels, que cette opinion de- « viendra nécessairement une vérité si l'on cesse
les hostilités et qu'on abandonne le terrain sans a conteste. A Baltimore, au contraire, vous avez pensé « quïl n'était pas aussi certain que cela que nous « eussions échoué ; et en conséquence vous avez « décidé de demander jusqu'à la fin au sort des ba- « tailles le salut de l'Union. Sherman et Farragut « viennent d'enlever toute raison d'être aux nominale tions de Chicago ; et les élections partielles du Maine « et du Vermont prouvent que les choix de Baltimore « sont bons et salutaires pour le pays. La question est « aujourd'hui bien nettement posée : — Mac Clellan « et la Séparation ou Lincoln et l'Union. Avez-vous « quelque doute sur le succès final ? (Cris : Non ! non !) « moi, je n'en ai aucun, Mille remercîments, mes « amis, pour voire visite. »
C'est à ce moment que le général Fremont, candidat du parti radical, devant les projets avoués de trahison du parti démocratique, crut devoir retirer son nom de la lutte électorale, et voici en quels termes il le fit à la date du 27 septembre :
a La lutte à laquelle donne lieu la prochaine élec- ( tion présidentielle a pris un caractère tel, que « l'union du parti républicain est devenue une néces- « site de premier ordre. En effet la politique du parti « démocratique signifie ou séparation ou retour à « l'Union avec l'esclavage. La platform de Chicago, a c'est la séparation pure et simple. La lettre d'acte cepfation du général Mac Clellan, c'est le rétablisse sèment de l'Union avec l'esclavage. Le candidat ré- « publicain au contraire est engagé à rétablir l'Union « sans l'esclavage ; et, si timide que soit sa poli- « tique sur ce point, l'opinion de son parti le forcera « bien à agir. En ces conjonctures, aucun homme d'un « esprit libéral ne saurait hésiter un instant; et je crois « être conséquent avec mes antécédents et mes prin- « cipes en me retirant, — non pas pour pour aider « au triomphe de M. Lincoln, mais pour empêcher « autant que je le puis l'élection du candidat démoce crate.
« En ce qui touche M. Lincoln, mes sentiments « n'ont pas changé; je considère son administration « comme n'ayant été qu'une série de fautes politiques,
« militaires et financières et je regrette pour le pays « que Ton soit forcé de lui continuer son mandat. »
Le scrutin du 8 novembre donna les résultats qu'avaient déjà prévus depuis plusieurs semaines les observateurs inielligents : — Lincoln fut nommé par 2, 213, 665 voix; Mac Clellan en obtint 1, 802, 237.
La volonté de la majorité du peuple dans les États loyaux n'était plus douteuse : jamais on n'avait voulu plus fermement, plus unanimement qu'à cette heure l'intégrité de l'Union, ni vu plus clairement la vanité de toutes les espérances de conciliation. Le devoir du gouvernement était donc désormais de n'accuellir aucune proposition de paix tant que les rebelles n'au-* raient pas mis bas les armes.
Deux dernières tentatives turent pourtant encore faites, au commencement de l'hiver de 1865, pour arrêter les hostilités. L'honorable Francis P. Blair, du Maryland, visita deux fois Richmond dans ce but, avec le consentement du Président Lincoln, mais sans que ce dernier l'eût prié de faire aucune démarche. Enfin, sur leur demande formelle, MM. Alex. H. Stephens, A. John Campbell et Robert M. F. Hunter obtinrent l'autorisation de traverser les lignes de Grant devant
Petersburg pour se rendre à la forteresse Monroë où ils devaient rencontrer le secrétaire d'État, M. Seward, et le Président Lincoln. La conférence fut longue et bien remplie ; on y parla de part et d'autre en toute liberté, mais on n'aboutit à aucun résultat. Les délégués de la confédération n'avaient pas pouvoir de promettre le retour à l'Union; le Président Lincoln ne voulait pas traiter sur une autre base ; en sorte que les parties se séparèrent comme elles s'étaient réunies.
Au retour des délégués, un grand meeting eut lieu à Richmond, dans lequel le Président Jefïerson Davis s'exprima ainsi :
« Dans ma correspondance avec M. Lincoln, ce fonctionnaire n'a cessé d'appeler les États-Unis et la Confédération « notre pays désolé; » je n'ai, moi, jamais manqué d'établir nettement la distinction entre deux gouvernements désormais séparés ; et plutôt que de nous voir jamais de nouveau réunis, je préférerais perdre tout ce que je possède sur cette terre et subir mille morts si c'était possible. »
Il terminait sa harangue en faisant un nouvel appel à tous ceux qui se trouvaient en état de porter les armes, leur promettant qu'avant un an les Yankees seraient chassés de 'a Virginie et demanderaient la paix sur les bases que voulait le Sud.
Le meeting à l'unanimité se prononça pour continuer énergiquement la guerre.
CAMPAGNE DE SHERMAN EN GEORGIE. — CAPITULATION DU GÉNÉRAL LEE. — ABOLITION DE L'ESCLAVAGE.
Pendant la campagne électorale, l'armée de terre et la flotte avaient repris le cours de leurs succès un moment interrompu par des échecs assez graves, et qui avaient menacé de ruiner l'œuvre si péniblement accomplie par Lincoln, à l'heure où l'on croyait le triomphe certain.
Au point où nous avons laissé les opérations militaires, deux positions importantes restaient encore à prendre pour compléter le blocus du Sud : c'étaient Mobile, dans le golfe du Mexique, et Charleston, sur l'Atlantique.
Le 5 août 1864, la flotte fédérale s'était présentée devant la baie de Mobile, sous la conduite de l'amiral Farragut. Ce courageux marin, fatigué par l'âge et la maladie, s'était fait attacher à la hune du vaisseau amiral le Hartford, du haut de laquelle il commanda l'action. Le combat était à peine commencé que le bélier Tecumseh s'abîma, frappé par une torpille. Alors l'amiral fit prendre la tête au Hartford et toute la flotte, criblant de mitraille et d'obus les fortse nnemis, franchit la barrière intérieure et gagna le milieu de la baie, où elle engagea contre les navires confédérés une action meurtrière, mais finalement victorieuse.
Cette importante victoire rendait au gouvernement fédéral le libre usage de sa flotte de blocus et faisait tomber en son pouvoir l'État du Mississipi, celui de l'Alabama, et toutes les vallées Géorgiennes de la baie de Mobile.
Nous avons vu que Sherman avait été un instant arrêté devant Atlanta où l'ennemi s'était fortement retranché. Par une suite de mouvements aussi hardis que bien exécutés, l'habile général finit par amener l'évacuation de cette vaste place d'armes, qui n'avait pas un développement moindre de 20 kilomètres et qui pouvait défier les assauts de forces trois fois supérieures à celles dont il disposait. Le général confédéré Hood essaya en vain de rappeler Sherman en se portant sur sa base d'opérations. Sherman avait eu soin de laisser des garnisons suffisantes ; néanmoins il revint sur ses pas et battit son adversaire. Puis il reprit sa marche en avant, détruisit les lignes fortifiées d'Atlanta, renvoya tous les bagages superflus et se dirigea vers la mer, à travers la Géorgie, pour aller donner la main à la marine et achever de couper les armées des confédérés. Divisant ses troupes en deux colonnes, masquant son véritable point d'attaque, il paraît devant Savannah (décembre), quand l'ennemi le croyait près de Maçon. De Savannah il remonte au nord pour coopérer avec les forces de Grant, et fait fuir à son approche les défenseurs de Charleston, qui se retirent en incendiant les entrepôts de coton, les magasins, les arsenaux, les chantiers, les vaisseaux de la flotte confédérée. A la suite de ces succès il péné-
trait le 17 février 4865 à Colombie, c'est-à-dire au cœur de la Caroline du Sud, que Beauregard évacuait en toute hâte, puis montait à Fayetteville le 11 mars, où il se trouvait encore à une distance de deux cents milles de l'armée de Grant, mais sur le point d'effectuer sa jonction avec deux autre colonnes , opérant sur le flanc de cette armée.
Grant resserrait pendant ce temps ses lignes d'investissement autour de Richmond et de Pétersburg. Le 2 avril 1865, il emportait Pétersburg, et Lee envoyait à Jefferson Davis un exprès pour l'inviter à prendre la fuite en toute hâte, avant que les cavaliers de Sheridan ne lui eussent coupé toute retraite.
Le 7, Lee qui venait de parcourir près de 300 milles à travers un pays coupé de ravins, de bois, de torrents, Lee qui n'avait plus de canons, plus de vivres, presque pas d'armes, fuyant les troupes du général Ord, se réfugiait à Farmville sur l'Appomattox.
« L'épuisement des soldats confédérés, qui depuis cinq jours de marche n'avaient à la lettré rien mangé ', excepté des graines de maïs et des écorces d'arbres, devint tel qu'après un conseil de guerre tenu par les généraux, le commandant en chef de l'artillerie, le général Pendleton, fut chargé de com-
1. Nous regrettons de ne pouvoir rapporter en son entier le récit très-dramatique qu'a donné de la capitulation de l'armée de Nord-Virginie, M. Edouard Lee Childe, dans son intéressante étude sur la Vie et les Campagnes du général Robert Lee, son oncle. Cela eût été peut-être le meilleur et le plus juste hommage à rendre à ce livre honnête et ému, où l'auteur (dont nous ne partageons pas les opinions) a su garder une attitude consciencieuse entre ses sentiments de famille et la vérité historique.
muniquer au général en chef que l'avis unanime du conseil était qu'il n'y avait plus qu'à se rendre. Telle cependant n'était pas la manière de voir de Lee. « Me rendre ! s'écrie-t-il, le regard en feu : il me reste trop de bons soldats pour cela ! »
« Il croyait sans doute encore pouvoir atteindre les montagnes, et tant que cette chance lui restait, il ne se croyait pas autorisé à renoncer à la lutte. »
Mais Grant qui le suivait de près le force à quitter Framville et lui écrit le 7 avril 1865, a qu'en présence « de l'inutilité d'une résistance plus prolongée de la « part de l'armée de Nord-Virginie, et pour se déchar- « ger de toute responsabilité pour le sang qui pourrait « être versé dorénavant, il venait demander la reddition a de cette armée à laquelle on ne ferait qu'une seule « condition : l'engagement par les officiers et soldats « de ne porter en aucun cas de nouveau les armes « contre le gouvernement des États-Unis, tant qu'ils « resteraient prisonniers sur parole . »
Grant demandait une entrevue pour arrêter définitivement les conditions de la capitulation.
Lee hésita jusqu'au 9, et ce ne fut qu'à la dernière extrémité, quand il fut convaincu de l'inutilité absolue de toute nouvelle tentative, qu'il accorda l'entrevue demandée. La capitulation fut signée : tous les officiers, en gardant leurs armes, les soldats, en livrant leurs fusils, pouvaient se retirer chez eux, sans avoir à craindre d'être poursuivis par les autorités des États-Unis, sous la condition d'observer la parole qu'ils donnaient d'obéir à la Constitution et aux lois du pays.
Pendant que l'armée terminait par les merveilleuses campagnes de Grant et de Sherman la soumission des États rebelles, le Congrès, sur la proposition d'Abraham Lincoln, votait l'abolition de l'esclavage.
L'amendement constitutionnel abolissant et prohibant à jamais l'esclavage aux États-Unis, et dans les territoires soumis à leur juridiction, avait été, pour la première fois, présenté au sénat par M. Henderson. Le sénat l'avait adopté par 38 voix contre 6 ; mais il fut repoussé à la chambre des Représentants : le scrutin donna 95 oui ; 69 non.
Le premier vote avait eu lieu le 29 avril 1864, le second, le 15 juin suivant.
Sur la proposition de M. Ashley, del'Ohio, on décida que la question serait de nouveau soumise à la chambre à l'issue de la guerre et de la campagne présidentielle. Aussi, dans son dernier message du 6 décembre, Lincoln, rappelant cette résolution, avait-il cru devoir engager fortement la chambre des Représentants à se mettre d'accord avec le sénat au sujet de l'amendement adopté par ce dernier.
« Je ne mets pas en doute, disait-il, la sagesse et le « patriotisme de ceux qui s'opposent encore au pas- « sage de cet amendement, j'ose seulement vous de- « mander que la mesure qu'il renferme soit de nouveau « prise en considération et adoptée pendant la présente « session. Certainement qu'au point de vue abstrait, si
a l'on ne voit que les principes, la question n'a pas « changé; mais enfin, il est à peu près certain, par le « résultat des dernières élections, que si ce n'est pas <c vous qui proposez l'amendement à l'acceptation du s peuple, ce sera le prochain Congrès; or, puisqu'il ne à s'agit plus que d'une affaire de temps, pourquoi pas a plus tôt que plus tard ? On ne peut pas prétendre que a l'élection dernière ait imposé aux membres ducon- « grès d'abandonner leurs opinions, de changer leurs « votes ; mais c'est un élément nouveau qui peut modis fier leur jugement. Pour la première fois, la voix du a peuple s'est fait entendre dans la question de l'esclaa vage. Dans une crise nationale périlleuse et décisive « comme la nôtre, l'unanimité de tous ceux qui mar- « chent à un but commun est non seulement dési- « rable, — mais presque absolument indispensable. « Or pour arriver à cette unanimité, il n'y a qu'un « moyen, c'estde se rallier àlamajorité, sans qu'il soit « besoin d'autre raison que le fait seul de l'existence de « cette majorité. En l'espèce, le but commun c'est le « maintien de l'Union. Et parmi les moyens jugés « propres à l'atteindre, l'élection dernière a manifes- « tement indiqué l'amendement constitutionnel dont « il s'agit. »
La chambre des Représentants consultée de nouveau se rallia à l'opinion du Sénat et accepta le 1er février 1865 la résolution suivante :
Résolu, etc.
« Que l'article suivant sera proposé aux Législatures
des divers États comme amendement à la Constitution des États-Unis, et qu'une fois ratifié par les trois quarts des susdites législatures, il sera bon et valable à toutes fins, comme faisant partie de la Constitution ;