MOUT DE MADAME LINCOLN. — ABRAHAM CONTINUE SES ETUDES
Abraham avait douze ans quand il perdit sa mère.
La mort de Mme Lincoln était la première qui fût survenue parmi les colons, et elle devint comme la date d'une ère nouvelle dans l'histoire de ce petit groupe de pionniers.
On prépara les funérailles aussi bien que les circonstances le permettaient. Comme on manquait d'église, de ministre, de sacristain, de sonneur et de cimetière, il n'y avait pas grand'chose à faire.
M. Lincoln avait choisi pour la sépulture un tertre isolé dans les bois, à un quart de mille de sa demeure ; un voisin y creusa la fosse, et construisit pour servir de cercueil un coffre assez grossier.
Le jour et l'heure des funérailles fixés, tous les habitants,- à dix ou douze milles à la ronde, en furent avertis. Un ami pieux devait lire les Écritures, un autre réciter les prières.
Qui à cheval, qui en charriot, le plus grand nombre à pied, tous les pionniers s'assemblèrent à l'habita-
tion pour payer un juste et dernier tribut de regets à la mémoire de celle qu'ils avaient aimée.
Ce fut un moment solennel : des obsèques en de pareilles circonstances, aux confins de la civilisation, doublent toujours de majesté. La pauvreté et la situation pénible de la vie de pionnier suffisaient à les empreindre du plus douloureux intérêt, auquel s'ajoutaient encore le souvenir des vertus de la défunte tant appréciées de touts ses amis, et la désolation de la famille. Surtout chacun était ému à la vue d'Abraham, pauvre jeune cœur brisé par la perte de cette mère qu'il chérissait d'une affection sans bornes.
Cette tombe, sur la hauteur des bois, autel de la piété filiale, fut longtemps le refuge de l'orphelin, quand il ne pouvait plus rester dans son logis, vide de celle qui le charmait autrefois.
La cabane était devenue, selon la touchante expression du poète américain l, comme un nid d'où la, mère s'est envolée et sur lequel il est tombé de la neige.
En effet, la mort de madame Lincoln avait apporté une grand changement dans cette famille dont elle était l'âme, et personne ne réprouva plus vivement qu'Abraham. Durant quelques semaines son esprit' fut absorbé dans son deuil. Ses études coutumières du soir ne pouvaient chasser le grand chagrin de ses pensées. Son père, qui s'en aperçut, désira lui ap-