‹ Abraham LincolnChapitre 14 sur 25 · JO · texte numérisé non relu

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4,015,773 et une augmentation pendant les trois années et demie de guerre qui viennent de s'écouler de 145,751 électeurs. A ce nombre il faudrait encore ajouter celui de. tous les soldats en campagne qui appartiennent à des Etats dont les lois ne leur ont pas permis de voter loin de leur province ; or, le chiffre n'en saurait être inférieur à 100,000.

» Ce n'est pas tout : le nombre des territoires organisés est triple de ce qu'il était avant la guerre, et des milliers de blancs et de noirs se joignent à notre nation pour refouler les lignes ennemies... Ce fait important demeure donc démontré : que nous avons plus d'hommes maintenant qu'avant le commencement de la guerre ; que nous ne sommes pas s épuisés ni en voie de le devenir ; que nous gagnons en force et qu'au besoin nous pourrions soutenir la lutte indéfiniment. Ayant donc plus de ressources que jamais^et le même but inébranlable, savoir, le rétablissement de l'Union, il ne nous reste qu'à choisir les moyens les plus propres à l'atteindre. . Après mûre considération, il me semble qu'aucune négociation avec le chef des rebelles n'aboutira quelque chose de bon. Il n'accepterait rien qui n( fût un démembrement de l'Union, et c'est précisément ce que nous ne pouvons ni ne voulons accor-

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der. Ses déclarations à ce sujet sont claires et ont été souvent réitérées. Il n'essaie pas de nous tromper, et ne nous fournit aucune cause de nous tromper nous-mêmes. Tl ne peut volontairement réaccepter l'Union, et nous ne pouvons volontairement abandonner cette Union. Le dénoûment est donc simple, clair, inflexible; la guerre peut seule le hâter et la victoire le réaliser. Cependant si le chef des insurgés ne peut réaccepter l'Union, ceux qui le suivent le peuvent certainement. Quelques-uns d'entre eux, nous le savons, désirent déjà le rétablissement de la paix et de l'Union. Leur nombre peut s'accroître, et ils peuvent à toute heure avoir la paix, en déposant les armes et en se soumettant à l'autorité nationale, conformément à la Constitution. Du reste, il y a eu à cet effet une proclamation d'amnistie, la porte leur a été ouverte, elle l'est encore ; mais le moment peut venir, et il viendra probablement, où le devoir public exigera qu'on la ferme.

» En prévision de la soumission des rebelles à l'autorité nationale, comme seule condition indispensable pour terminer cette guerre, je ne rétracte rien de ce que j'ai dit auparavant. Quant à l'esclavage, je répète la déclaration que je fis il y a un an, savoir, qu'aussi longtemps que j'occuperai la position

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que j'ai maintenant, je n'essaierai pas de rétracter ou de modifier ma proclamation émancipatricc, et je ne rendrai point à l'esclavage une seule des personnes qui ont été émancipées par cette proclamation ou par n'importe quel acte du Congrès. Si le peuple, par quelque moyen ou procédé, voulait imposer au pouvoir exécutif l'obligation de rendre à l'esclavage ces personnes, c'est un autre, non moi, qui devra être l'instrument de sa volonté. »

Bien qu'il ne crût pas à l'efficacité des négociations pour amener le rétablissement de l'Union sur la nouvelle base de l'affranchissement des nègres, M. Lincoln était trop scrupuleux, trop sensible à la responsabilité qui pesait sur lui pour rejeter à priori toute tentative de conciliation. Sans doute, comme il le disait lui-même, il n'y avait plus l'ombre d'équivoque dans les intentions, les paroles et les actes des deux partis adverses; leurs prétentions étaient aussi absolues qu'incompatibles : d'un côté, le démembrement de l'Union avec l'esclavage; de l'autre, le rétablissement de l'Union sans l'esclavage ; toutefois le chef de la nation devait-il envenimer le débat et prêter prise à la calomnie, en se refusant à recevoir» des ouvertures dont il était censé ignorer le but, et qui, après

tout, en cas d'insuccès, n'engageaient en rien le gouvernement?

Il consentit donc à une nouvelle conférence semi-officielle que lui fit demander le Sud. Dans l'après-midi du 2 février 1865, le bateau à vapeur qui servait à porter les dépêches du général Grant déposait à la forteresse Monroë trois commissaires confédérés : le vice-président Stephens , le juge Campbell et M. Hunter, de la Virginie. Quelques * heures après, arrivait sur un steamer d'Anapolis le secrétaire d'Etat, M. Seward, envoyé par le président. Mais les délégués du Sud voulaient conférer avec M. Lincoln lui-même et demandaient avec instance à aller à Washington. M. Seward s'y opposa et ne consentit qu'à transmettre leur désir à M. Lincoln par une dépêche télégraphique. Le lendemain de bonne heure le président était arrivé. Les deux bateaux à vapeur se rendirent en rade, jetèrent l'ancre sous les canons du fort Monroë et de manière à se trouver côte à côte. Les confédérés passèrent à bord du steamer où étaient le président et son secrétaire, et la conférence commença aussitôt. Elle ne dura pas moins de quatre heures. Les commissaires du Sud auraient bien consenti au rétablissement de l'Union, mais à la double condition que

l'esclavage serait maintenu dans les Etats rebelles et qu'on entreprendrait, comme préliminaire de la réconciliation, une guerre en commun contre le Canada ou le Mexique. A cette singulière proposition M. Lincoln répondit avec calme et politesse, mais avec fermeté : « Rentrez immédiatement dans l'Union et renoncez à l'esclavage. »

On se sépara donc comme on était venu, ou plutôt avec la conviction encore plus profonde que la guerre pouvait seule résoudre les difficultés pendante^. Ce même mois de janvier, l'amendement constitutionnel que M. Lincoln avait recommandé tout particulièrement aux membres du Congrès fut définitivement adopté parles deux chambres. Le voici : « Article xni, section première. — Ni l'esclavage, ni la servitude involontaire, hormis en punition d'un crime qui aura été dûment prouvé, n'existera aux États-Unis ou dans aucun lieu soumis à leur juridiction.

» Section deuxième. — Le Congrès aura le pouvoir de faire exécuter cet article au moyen de la législation requise. »

Désormais on pouvait considérer la grande œuvre de l'émancipation de quatre millions d'hommes comme entièrement achevée.

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 179 Les républicains célébrèrent par des réjouissances cette importante modification de la charte nationale, qui inaugurait une ère nouvelle en faisant des Etats-Unis un pays vraiment libre. A Washing* ton, ils vinrent le soir, sous les balcons de la Maison- Blanche, féliciter le président, qui leur lit un discours pour les remercier. « C'est ici, leur dit-il, un sujet de félicitations pour le monde entier. Quant à notre patrie, cette mesure était indispensable à sa prospérité. Elle tarit une grande source de discordes, elle est un gage de paix. Si, comme je l'espère, l'Union se rétablit, il n'y aura plus rien désormais qui puisse la rompre. La proclamation émancipatrice est au-dessous de ce que l'amendement effectuera lorsqu'il sera consommé. »

Gomme on l'a vu dans le message précédent, M. Lincoln avait déjà fait quelque chose pour la reconstruction des Etats soumis par le succès des armes fédérales. Cette partie de son œuvre le préoccupait depuis longtemps. Dans son grand respect pour la liberté des populations, il lui répugnait de traiter en pays conquis les provinces pacifiées. Il oubliait qu'elles avaient forfait à l'honneur national, s'empressait de les soustraire à l'autorité militaire toujours odieuse aux populations, et de les

placer dans une situation normale, sous la direction d'un pouvoir civil. A cet effet, il accorda peutêtre une trop grande prérogative à de faibles minorités qui avaient prêté le serment d'allégeance prescrit par la proclamation de 1863. Il permit à douze mille électeurs de réorganiser les assemblées politiques de leur État et d'adopter une constitution libre, c'est-à-dire abolissant l'esclavage.

« C'est illégal ! c'est arbitraire! » disaient les démocrates.

Mais quel esprit impartial ne verra dans ces procédés une preuve du libéralisme de M. Lincoln ? D'ailleurs le président l'avait dit lui-même, son plan de réorganisation n'était pas irrévocablement fixé. Il le répétait encore le 11 avril, trois jours avant d'être assassiné, dans un discours dont nous allons citer quelque cbose, car c'est un résumé fidèle des actes et des vues de M. Lincoln au sujet de la reconstruction .

« Les succès militaires obtenus récemment imposent plus directement à notre attention l'œuvre de reconstruction, qui, du reste, a occupé dès le commencement de la guerre une grande pïace dans nos pensées. C'est une tâche pleine de difficultés. Contrairement à ce qui arrive entre, deux nations

belligérantes, nous ne reconnaissons pas à nos adversaires de représentant autorisé avec lequel nous puissions traiter. Aucun homme n'a l'autorité de faire cesser la rébellion au nom d'un autre homme. Nous avons tout simplement à façonner des éléments discordants et désorganisés. Ce n'est pas un petit surcroît d'embarras que les divergences qui régnent parmi nous, le peuple loyal, au sujet de la reconstruction, de sa nature et de ses moyens. En règle générale, je m'abstiens de lire les attaques qu'on dirige contre moi; j'évite ainsi des provocations auxquelles ma position ne me permet guère de répondre. Cependant, en dépit de cette précaution, j'apprends qu'on me censure vivement au sujet de je ne sais quelle prétendue agence qui fonctionnerait pour établir et maintenir le gouvernement d'Etat de la Louisiane. A cet égard, je n'ai fait que ce que le public connaît et pas davantage. Dans le message annuel de 1863 et dans la proclamation qui l'accompagnait, j'ai présenté un plan de reconstruction, comme on dit maintenant, et j'ai promis que le pouvoir exécutif reconnaîtrait et maintien, drait ce qu'aurait fait un État pour réaliser ce plan. Mais j'ai clairement déclaré que ce plan n'était pas le seul qui pût être employé, et j'ai catégorique

ment affirmé que le pouvoir exécutif n'avait aucune prétention à décider quels seraient les membres du congrès d'un Etat. » Ce plan fut tour à tour soumis au cabinet et au Congrès national, et partout il ne rencontra guère que des approbations. Le cabinet fut unanime à l'appuyer. « Lorsque le message de 1863, avec le plan dont il est question, arriva à la Nouvelle-Orléans, le général Banks me fit savoir qu'il était persuadé que le peuple voudrait entreprendre la reconstruction d'après ce plan. J'écrivis alors d'essayer ; on essaya, et le résultat en est connu. Tels ont été tous les moyens employés pour établir le gouvernement de la Louisiane. A l'égard de la promesse que j'ai faite de maintenir ce gouvernement, elle demeure encore; mais comme il est préférable d'annuler de mauvaises promesses que de les conserver, je la retirerai dès qu'il me sera prouvé qu'elle est préjudiciable aux intérêts du peuple; mais jusqu'ici je n'en suis pas convaincu. Quant à la question de savoir si les Étals séparés sont ou non dans l'Union, elle n'est d'aucune importance, et il n'aboutirait à rien de bon de la discuter. Nous admettons tous que les États séparés ne se trouvent plus en relation normale avec l'Union, et que le seul but du gouvernement

civil et militaire est de les replacer dans une situation régulière. Je crois qu'il est non-seulement possible, mais même facile de le faire, sans décider ni examiner si ces États ont jamais rompu avec l'Union. Faisons simplement tous nos efforts pour rétablir entre eux et nous des rapports réguliers. Il serait plus satisfaisant pour tout le monde que le chiffre des électeurs de la Louisiane fût de cinquante mille, de trente mille ou même de vingt mille, au lieu de n'être que de douze mille, Quelques-uns regrettent aussi que le droit électoral ne soit pas conféré aux hommes de couleur. Je voudrais qu'il appartînt dès à présent aux plus intelligents et à ceux qui servent notre cause en qualité de soldats. Mais la question n'est pas de savoir si le gouvernement actuel de a Louisiane est tout ce qu'il devrait être, mais bien s'il est plus sage de l'accepter tel qu'il est et de l'améliorer, ou de le rejeter entièrement. Quelque douze mille électeurs , dans cet Etat naguère esclavagiste, ont prêté le serinent d'allégeance, fait des élections, organisé un gouvernement d'Etat, adopté une constitution libre, ouvert les écoles publiques aux blancs et aux noirs, et autorisé l'Assemblée législative à conférer le droit électoral aux hommes de couleur. Cette Assemblée

législative a déjà voté l'amendement constitutionnel abolissant l'esclavage clans notre pays; maintenant si nous dédaignons et récusons ce qu'ont fait ces douze mille électeurs, nous faisons tous nos efforts pour les désorganiser et les disperser. Nous disons aux blancs : « Vous êtes sans valeur; nous ne voulons ni accepter votre appui ni vous donner le nôtre ; » et nous disons aux nègres : « La coupe de la liberté, que des hommes, autrefois vos maîtres, ont approchée de vos lèvres, nous vous la retirons, en vous laissant les chances d'en recueillir vous-mêmes, quand, comment, et où vous pourrez, le contenu qui se trouve dispersé dans quelque chose de vague et d'indéfini. » Je ne vois pas comment, en repoussant et en paralysant les blancs et les noirs, on arriverait à replacer la Louisiane dans une situation normale ; mais c'est tout le contraire qui aura lieu, si nous reconnaissons et soutenons le nouveau gouvernement de la Louisiane. Nous ranimerons les cœurs et fortifierons les bras de douze mille citoyens, qui pourront alors continuer leur œuvre, la défendre, la maintenir, l'accroître et la couronner enfin d'un plein succès. L'homme de couleur, en voyant que tous s'unissent dans son intérêt, se sentira plus d'énergie et osera poursuivre le même

but. J'admets que le nouveau gouvernement de la Louisiane est à ce qu'il devrait être ce que l'œuf est à la poule ; nous aurons plutôt la poule en couvant l'œuf qu'en le brisant. Ce que j'ai dit de la Louisiane pourrait s'appliquer aux autres États ; mais il est diverses circonstances particulières à chaque Etat, et qui empêchent de se fixer exclusivement à un plan quelconque. Une règle exclusive et inflexible deviendrait un embarras; les principes seuls peuvent et doivent être inflexibles. Dans la situation présente, il sera peut-être de mon devoir de faire une nouvelle proposition au Sud ; c'est à quoi je pense, et je ne manquerai pas de le faire dès que le moment me paraîtra convenable. »

Nous n'insisterons pas davantage sur cette œuvre de réorganisation, qui eut sans doute toute la sollicitude de M. Lincoln, mais qu'il ne lui fut pas donné d'accomplir. Cette tâche était réservée à son successeur, qui paraît s'en acquitter avec succès. Disons du moins que M. Lincoln fit tout ce qu'il pouvait pour rendre la paix et la prospérité aux Etats pacifiés. On en jugera par cette lettre qu'il écrivait au gouverneur Fletcher au sujet des ravages que des insurgés faisaient dans le Missouri.

Executive Mansion, Washington, 20 février 1865.

a Monsieur le gouverneur, l'ennemi n'a plus maintenant de force organisée dans le Missouri, et cependant la destruction des vies et des propriétés fait partout ses ravages. Le remède à cela n'est-il pas à la portée des populations elles-mêmes? Il est impossible que tout homme qui n'est pas naturellement voleur ou meurtrier ne soit heureux de mettre fin à cet état de choses. C'est ce que doit penser la grande majorité des habitants, et, dans ce cas, ils n'ont besoin que de s'entendre entre eux. Un seul individu qui conduise tous les autres résoudra le problème, et assurément chacun prendrait l'initiative s'il n'avait la crainte d'être abandonné par les autres. Mais ne peut-on pas dissiper cette funeste méfiance? Laissez la liberté de convoquer et de tenir partout des réunions à quiconque agira sincèrement dans un but de sécurité mutuelle, quoi qu'il ait du reste pensé, dit ou fait auparavant au sujet de la guerre ou de tout autre objet. Laissez ces personnes se réunir; engagez chacun à cesser de tourmenter les autres, et à faire cause commune contre ceux qui persistent à commettre ou à

encourager de nouveaux troubles. Les citoyens sauront très-bien quelles sont les mesures à prendre et de quelle manière il faut les appliquer. Dans ces assemblées, les vieilles amitiés se réveilleront dans le souvenir, et l'honneur et la charité chrétienne viendront en aide.

» Veuillez considérer s'il ne serait pas utile de suggérer ceci au peuple de Missouri, maintenant affligé.

» Votre, etc.

» A. Lincoln. »

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