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Navires légers qui forçaient le blocus

SA VIE, SON CARACTERE, SON ADMINISTRATION 197 poussait toujours plus ses approches, se résolut enfin à livrer une suprême bataille. Le combat s'engagea à Five-Forks et sur d'autres points à la fois. La lutte dura cinq jours. De part et d'autre on fit des prodiges de valeur. Les confédérés furent repoussés avec d'immenses pertes. Désormais plus d'espoir de salut. Petersburg et Richmond furent évacués, et l'armée valeureuse qui avait si longtemps défié les forces du Nord périt en grande partie misérablement dans sa tentative de fuite. Enfin, pour ne pas sacrifier inutilement ce qu'il "lui restait de ses troupes, le général Lee capitula. Ce jour-là, 9 avril 1865, vit se trancher sans retour les destinées de l'ex-confédération.

Quand les troupes fédérales entrèrent à Petersburg et à Richmond, elles n'y trouvèrent, parmi les ruines fumantes, que la population la plus pauvre et que les gens de couleur. Ceux-ci les reçurent avec les démonstrations bruyantes et comiques par lesquelles ils ont coutume d'exprimer leur joie. Ils agitaient des mouchoirs, des tabliers, du linge de table, jetaient leurs chapeaux en l'air, se bousculaient, dansaient, riaient, chantaient, criaient et pleuraient tour à tour. Les mères présentaient, avec un respect mêlé de solennité, leurs enfants aux

soldats, afin que ceux-ci les touchassent. Les hommes s'empressaient d'offrir leurs services et d'apporter tout ce qu'on dés.rait. Ces pauvres gens prononçaient, dans leur mauvais anglais, de touchantes bénédictions : « Béni soit le bon Jésus, les Yankees sont enfin venus! Gloire au Dieu qui sauve, et aux libérateurs f — Nous vous avons attendus pendant de longs jours, disaient-iîs aux soldats ; mais, grâce au Seigneur, vous voilà ! » Puis, c'était des cantiques , des versets de la Bible et de courtes prières.

M. Lincoln, suivi de son fils, qui l'accompagnait partout depuis la mort du pauvre William, fit une courte apparition à Richmond. Il entra dans la maison de Jefferson Davis, où le général Weitzel avait établi son quartier, visita quelques rues de la ville, et s'en revint à Washington dont il était absent depuis plusieurs jours. Les nègres avaient accueilli massa Lincoln avec des cris et des larmes de joie, mais aussi avec une sorte de respect religieux. Qui dira les douces émotions qui remplissaient alors la grande âme du libérateur de cette race de parias, de cet homme si bon, dont la félicité consistait à rendre tout le monde heureux autour de lui ? S'il y a à soulager quelque infortune une joie

céleste, qu'elle doit être grande cette joie, quand cette infortune était celle de quatre millions d'hommes î

A Gharleston, une cérémonie impressive eut alors lieu dans ce fort Sumter contre lequel les insurgés avaient tiré le premier coup de canon, signal de la guerre civile. Envoyé par le président, le colonel Anderson allait replacer solennellement ce même drapeau qu'il avait emporté avec lui lors de sa capitulation. Le célèbre prédicateur Henry Ward Beecher, également envoyé par M. Lincoln, prononça le principal discours. Du haut des pierres brisées qui lui servaient de chaire, il offrit à la patrie et au président de solennelles félicitations. Il rendit grâce à Dieu d'avoir conservé, au milieu des soucis et des épreuves de quatre années de guerres sanglantes, la vie et la santé du chef de la nation, auquel il était permis de voir enfin le rétablissement de cette unité nationale en vue de laquelle M. Lincoln avait attendu avec tant de patience et de fermeté et travaillé avec une sagesse si désintéressée. Puis, s'adressant aux gens du Sud, l'orateur ajouta : « Nous ne voulons ni vos cités ni vos champs. Nous ne vous envions pas la fécondité de votre sol, ni l'été perpétuel que fait régner au milieu de vous un ciel

généreux. Que l'agriculture s'épanouisse ici avec joie; que les manufactures donnent à chaque ruisseau des sons harmonieux ; construisez des flottes dans tous vos ports; étonnez les arts de la paix par un génie qui n'ait d'égal que celui d'Athènes ! et nous serons joyeux de votre joie et riches de vos richesses. Tout ce que nous vous demandons, c'est une loyauté constante et la liberté pour tous ! »

Après ces belles paroles, l'un des plus anciens promoteurs des idées abolitionistes, Garrison, qui fut longtemps emprisonné dans le Maryland, et dont la tête avait été jadis mise à prix à cause de son zèle émancipateur, adressa quelques mots à la foule. Nous n'en citerons que deux phrases; elles rappellent l'un de ces bons mots qui venaient si naturellement à M. Lincoln* « Il y a peu, je rencontrai pour la première fois notre président. M. le président, lui dis-je, il y a trente -cinq ans que je visitai Baltimore, et quand j'y suis revenu tout récemment, pour y revoir ma vieille prison et mon vieux cachot, j'ai trouvé que tout cela avait disparu. » Le président me répondit : « Eh bien, Garrison, la différence entre 1830 et 1864 me paraît celle-ci : en 1830 vous ne pouviez être mis dehors, et en 1864 vous ne pourriez être mis dedans. »

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADxMINISTRATION 201 On conçoit aisément, mais on ne saurait exprimer la joie, presque délirante, que répandit dans le Nord la nouvelle des grands événements militaires qui terminaient si heureusement la plus longue et la plus terrible des guerres. Dans toutes les villes, les villages et les hameaux, les affaires furent suspendues, les magasins et les ateliers fermés, les travaux des champs interrompus. La fête fut générale et rien n'y manqua : drapeaux et oriflammes flottant au vent, gais carillons des cloches, rugissements des canons, décharges de mousqueterie, chants patriotiques et religieux, discours des orateurs populaires, illuminations et feux d'artifice; en un mot, tout ce que la joie nationale la plus extraordinaire, la plus expansive et la plus libre peut imaginer de démonstrations.

A Washington, la foule encombrait les rues et se pressait devant les édifices publics pour y écouter et applaudir les citoyens les plus connus. A l'hôtel de Wiilard, le vice-président, M. Andrew Johnson, le général Butler et un personnage nègre se firent les organes de la joie nationale. Aux ministères, le secrétaire delà guerre, M. Stanton, et le secrétaire d'État, M. Seward, adressèrent au peuple quelques bonnes paroles. On nous saura gré de citer

ici le petit discours spirituel que lit alors

M. Seward :

« Je remercie mes concitoyens de l'honneur qu'ils me font en venant me féliciter de la chute de Richmond. (Applaudissements.) J'écris en ce moment mes dépêches aux puissances étrangères. Que diraije à l'empereur de la Chine ? Je le remercierai en votre nom de ce qu'il n'a jamais permis au drapeau des rebelles d'entrer dans les ports de l'Empire. (Applaudissements.) Que dirai-je au sultan de la Turquie? Je le remercierai d'avoir toujours livré les insurgés qui s'étaient réfugiés dans son royaume. (C'est ça! et applaudissements.) Que dirai-je à l'empereur des Français ? (Une voix : qu'il file de Mexico ! ) Je dirai à l'empereur des Français qu'il peut venir demain à Richmond pour y prendre son tabac, si longtemps retenu par le blocus, à condition toutefois que les rebelles ne l'aient pas fumé. (Rires et applaudissements.) A lord John Russell, je dirai que les marchands anglais trouveront le coton sorti de nos ports bien meilleur marché que celui qu'ils se procuraient en forçant le blocus. Quant au comte Russell lui-même, je n'ai pas besoin de lui dire que la guerre américaine est une lutte pour la liberté, l'indépendance nationale, les droits de la

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 203 nature humaine, et non pour la domination. J'ajouterai que si la Grande-Bretagne veut être juste envers les Etats-Unis, nous n'irons pas troubler la paix du Canada aussi longtemps qu'il préférera l'autorité de la noble reine à une incorporation volontaire avec les Etats-Unis. (C'est cela f vous avez raison!) Que dirai-je au roi de Prusse? Que les Allemands ont été fidèles à l'étendard de l'Union, comme son excellent ministre, le baron Gérolt, a toujours été lié d'étroite amitié avec les États-Unis durant sa longue résidence en ce pays. (Applaudissements.) Je dirai à l'empereur d'Autriche qu'il s'est montré un homme sage en nous disant, dès le début de la guerre, qu'il n'avait aucune sympathie avec la rébellion, n'importe où. (Applaudissements.) Je ne doute pas, concitoyens, que vous ne partagiez maintenant la théorie d'après laquelle je me suis réglé durant le cours de cette guerre, savoir, que la rébellion serait réprimée en quatrevingt-dix jours. (Rires.) J'ai pensé que c'était là la vraie théorie, car je n'ai jamais connu de médecin qui fût capable de rendre la santé à un malade, à moins qu'il ne pensât pouvoir opérer, dans les circonstances les plus fâcheuses, une cure en quatrevingt-dix jours. (Rires, applaudissements.) Enfin,

si le peuple américain l'approuve, je dirai que notre devise pendant la paix sera la même que pendant la guerre : chaque nation a le droit de régler à son gré ses propres affaires, et tout le monde est tenu de se conduire de manière à faire ileurir la paix et la bonne volonté parmi les hommes. »

M. Lincoln ne se trouvait pas alors dans sa capitale. Il était depuis quelques jours dans la Virginie, non loin du théâtre de la lutte, d'où il transmettait, au secrétaire de la guerre, les dépêches que lui envoyait à lui-même le général Grant. Il ne tarda pas à revenir, et, le 11 avril, il prononça en public le discours dout on connaît déjà la plus grande partie. En quelques mots il exprima sa joie des succès obtenus, où il ne voyait que les gages d'une paix prochaine et durable. Son langage ne fut pas celui d'un triomphateur. Ni orgueil, ni menace, mais discrétion et modestie, Il ne parla que de paix et de réorganisation :

« Ce n'est point avec tristesse, dit-il, mais avec la joie dans le cœur que nous nous réunissons ce soir. L'évacuation de Petersburg et de Richmond et la capitulation de la principale armée des rebelles font espérer une juste paix, et on ne saurait contenir la joie que donne une telle espérance. Ce-

pendant n'oublions pas, en tout ceci, Celui dont procèdent toutes les bénédictions. Une invitation à rendre des actions de grâces nationales se prépare en ce moment, et sera promulguée par tout le pays. Ne passons pas non plus sous silence ceux dont la tâche la plus rude nous a fourni le sujet de nos réjouissances. L'honneur qui leur revient ne doit pas être morcelé ni confondu avec d'autres. J'étais moimême près du front de bataille, et j'ai eu le vif plaisir de vous transmettre beaucoup de bonnes nouvelles; mais il ne me revient aucune part de l'honneur du plan militaire et de son exécution ; c'est au général Grant, à ses habiles officiers et à ses braves soldats que tout appartient. La vaillante marine se tenait prête au combat, mais elle n'était pas à portée d'y prendre part. »

Ce fut tout. Après cette dernière phrase suivait immédiatement ce que nous avons rapporté plus haut.

Le 14 au matin, M. Lincoln réunit son cabinet, auquel il fit part de ses intentions pacifiques envers le Sud. Il parla du général Lee avec bonté; donna l'ordre de ne pas inquiéter deux des principaux confédérés, qui allaient s'embarquer à Portland pour se rendre en Europe. « Jamais, dit l'un

de ses ministres, je ne l'avais vu si heureux et si joyeux. » Hélas ! le soir de ce même jour il tombait victime du plus lâche et du plus infâme des assassinats {

Voici les premières lignes de la dépêche que le secrétaire de la guerre envoyait, le lendemain, à tous les représentants des Etats-Unis auprès des puissances étrangères, pour leur apprendre- ce triste événement.

« Washington, 15 avril 1865.

» Monsieur, — c'est devenu mon douloureux devoir de vous annoncer que, la nuit dernière, Son Excellence Abraham Lincoln, président des États- Unis, a été assassiné vers dix heures et demie dans sa loge du théâtre de Ford 4, en cette ville. A huit heures, le président accompagna madame Lincoln au théâtre. Un monsieur et une dame se trouvaient avec eux dans la loge. Vers dix heures et demie, pendant une pause dans la représentation, l'assassin entra dans la loge dont la porte n'était pas gardée,

1. Le théâtre de Ford vient, dit-on, d'être vendu 100,000 dollars (500,000 fr.) à l'Association chrétienne des jeunes gens, pour être transformé en une église protestante.

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 207 s'approcha rapidement derrière le président, et lui déchargea un pistolet à la tête. La balle y pénétra par derrière, et la traversa presque entièrement. L'assassin sauta alors de la loge sur la scène, brandissant un large couteau ou un poignard, et s* écriant « Sic semper tyrannis! » et il s'échappa par le fond du théâtre. Immédiatement après le coup de pistolet, le président tomba sur le plancher privé de sentiment, et il est demeuré dans cet état jusqu'à ce matin, sept heures vingt minutes, moment où il a expiré. »

Il n'est pas dans l'histoire de crime aussi odieux que celui-ci, non pas même l'assassinat d'Henri IV, et la cause de l'humanité, après le Christ et ses apôtres, ne compte pas de plus noble martyr que M. Lincoln. Qui doit porter maintenant la responsabilité et l'infamie d'un tel meurtre? Booth et ses complices, sans doute, mais aussi et surtout le régime servile et, jusqu'à un certain point, tous ses défenseurs. L'esprit qui animait l'assassin, le mobile qui l'a poussé et le but qu'il poursuivait à travers le sang du juste, sont le même esprit, le même mobile et le même but que ceux de la rébellion esclavagiste. C'est dans l'atmosphère viciée par l'institution servile que s'est pervertie cette conscience,

que s'est formé ce mépris de toutes les lois divines et humaines, et que s'est allumée cette soif sanguinaire. Booth est le fruit naturel de la politique esclavagiste. Un régime criminel ne peut enfanter que le crime. Quand on a sacrifié à un intérêt coupable la dignité, la liberté et le bonheur de l'homme, qui s'étonnera qu'on aboutisse à l'assassinat? Lorsqu'on a déchiré violemment la patrie, et qu'on a versé le sang de ses frères pour étendre et perpétuer ce monstrueux intérêt, verser le sang du représentant de la patrie et du plus illustre de ses citoyens n'est qu'un degré de plus dans le mal. L'histoire impartiale ne doit pas l'oublier; elle montrera impitoya^ blement que l'assassinat de M. Lincoln a été préparé et accompli directement dans l'intérêt de l'esclavage et indirectement par les soutiens de cette iniquité. Les preuves à l'appui de ce jugement sont aussi nombreuses qu'accablantes. Un auteur américain les a réunies dans un article de revue, et elles forment un terrible réquisitoire contre l'esprit de violence qui animait les esclavagistes du Sud. Citons-en quelques-unes :

En 1830, un journal abolitioniste, le Libérateur, se fonde pour propager les idées émancipatrices. Aussitôt l'Assemblée législative de la Géorgie adopte

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à T unanimité une proposition qu'approuve le gouverneur de cet Etat, et qui offrait une récompense de cinq mille dollars à quiconque arrêterait et conduirait devant les tribunaux de la Géorgie n'importe quel rédacteur de cette feuille.

Depuis lors et à diverses reprises, les États serviles mirent à prix les têtes des principaux abolitionistes. Leur générosité offrait de les payer jusqu'à cent mille dollars , cinq cent mille francs chacune 1

Les journaux de ces mêmes provinces annonçaient, en 1833, qu'on aurait recours'aux armes, si le gouvernement générai n'imposait silence aux adversaires de l'esclavage. « Les gens du Nord, disait le Richmond Whig, doivent pendre sans tarder tous ces fanatiques, s'ils ne veulent voir leurs relations commerciales avec le Sud entièrement interrompues. » En 1836, le congrès de la Virginie engage les États esclavagistes à édicter des lois pénales ou toutes autres mesures énergiquss, afin de supprimer toute association ayant pour but direct ou indirect l'affranchissement des nègres. « Le meilleur moyen à employer contre les abolitionistes, disait en même temps le gouverneur Henri Wise, c'est la poudre ou l'acier. » Le révérend Witherpoon écrivait au journal VÉman-

cipator : « Que vos émissaires passent seulement le Potomac, et je leur promets le sort d'Aman. »

Après le supplice de l'infortuné John Brown, presque tous les abolitionistes recevaient des lettres anonymes qui les menaçaient d'un prochain assassinat. En même temps, ceux qui habitaient le Sud, et qu'on soupçonnait de partager les idées libératrices, étaient persécutés et jetés en prison, et, dans le Missouri, le révérend Lovejoy était misérablement assassiné.

Lorsque M. Lincoln fut élevé à la présidence, on lisait dans les principales feuilles du Sud des appels au crime : « Ne se trouvera- 1- il pas un Brutus pour empêcher ce tyran d'arriver à Washington ? » Nous avons signalé des tentatives faites dans ce but; mais il en est bien d'autres qu'on pourrait indiquer encore, notamment la présence de plusieurs assassins à Baltimore, où Ton espérait que s'arrêterait le président.

Le 19 mars 1864, la Tribune de New- York publia dans ses colonnes quelques détails sur un plan de conspiration qui avait pour but d'enlever ou de tuer le président, et, dans le mois de décembre de la même année, un des journaux les plus importants de l'Alabama insista vivement pour qu'on recueilli

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 211 un million de dollars, destinés à payer des conjurés qui assassineraient Abraham Lincoln, William H. Seward et Andrew Johnson.

M. Lincoln ignorait généralement ces signes précurseurs de l'horrible attentat dont il devait être la noble victime ; en tous cas, il n'y croyait pas et ne s'en inquiétait pas. Cependant ses amis s'en émurent et vinrent lui en parler : « Eh bien, leur dit le président, quand ce serait vrai, je ne vois pas ce que les rebelles gagneraient à s'emparer de moi ou à me tuer. Je ne suis qu'un individu, et ma mort n'empêcherait pas que tout ne marchât la même chose. Peu après ma nomination à Chicago, ajouta-t-il, je commençai à recevoir des lettres renfermant des menaces contre ma vie. La première et la deuxième me mirent mal à l'aise ; mais enfin je finis par m'accommoder de ce genre de correspondance que la poste m'apportait toutes les semaines. Cela dura jusqu'au jour de mon inauguration, et depuis il n'est pas rare que j'en reçoive encore; mais elles ont cessé de me causer quelque crainte. »

Une autre fois, ce fut l'un des membres de son cabinet qui lui parla à ce sujet. Le président, après l'avoir écouté en silence, se lève, prend dans un tiroir- un gros paquet de lettres qu'il jette

sur la table : « Tenez, dit-il, chacune de ces lettres renferme une menace de mort. Je finirais par devenir nerveux, si je m'arrêtais à tout cela ; mais j'en ai tiré cette conclusion : Si vraiment ces gens veulent m'assassiner, ils en ont tous les jours l'occasion. Il n'est pas possible d'éviter les chances d'un tel sort, et je ne m'en inquiéterai pas. »

Hélas 1 que ne s'en est-il inquiété quelque peu!...

Faut-il s'étonner que toutes ces excitations au crime, qui retentissaient avec passion dans les Etats rebelles, aient enfin agi sur un abominable fanatique, qui croyait sans doute faire une action hé- ' roïque aux yeux de ses compatriotes du Sud ? Personnellement, Booth n'avait rien contre le président, qu'il disait — l'un de ses complices l'a déclaré — aimer comme simple homme. Il aurait môme dû lui avoir de la reconnaissance, car il paraîtrait que M. Lincoln l'avait fait relâcher quand on le surprit, près de Baltimore, dérangeant la voie ferrée pour faire dérailler le train qui portait dans la Virginie la première armée fédérale.

Essayerons-nouo à présent de dépeindre la tristesse et la douleur nationales? Montrerons-nous ce grand peuple précipité soudainement des sommets radieux de la joie au fond d'un noir abîme de deuil ?

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 213 Décrirons-nous la stupéfaction que répand d'abord la foudroyante nouvelle ; puis les démonstrations, aussi vives que générales, d'indignation et de douleur; le sombre aspect des villes; les édifices publics et les maisons tendus de noir ; les magasins et les fenêtres fermés pendant trois jours ; les citoyens pâles et s'abordant les yeux pleins de larmes; les orateurs populaires se levant au milieu de la multitude, balbutiant des paroles incohérentes et éclatant en sanglots avec leurs auditeurs; les églises remplies par la foule des fidèles qui se prosterne, abîmée sous le poids de la douleur ? Suivrons-nous le cortège funèbre qui s'avance lentement par ce même chemin que le président avait parcouru, en 1861, au milieu de démonstrations enthousiastes ? Montrerons-nous au lecteur les catafalques dressés tour à tour à Washington, sous le dôme du Capitole; à Baltimore, dans la grande salle de la Bourse; à Philadelphie, dans cette même salle de l'Indépendance où M. Lincoln avait dit que, si Dieu le voulait, il acceptait de mourir pour la double cause de la patrie et delà liberté; à New-York, dans l'hôtel de ville; et, en ces divers lieux, la longue procession des citoyens vêtus de deuil se succédant silencieusement auprès du cercueil découvert, qu'ils

baignent de leurs larmes et qu'ils couvrent de couronnes de fleurs ?

Qui n'a lu quelque récit de ce grand et lugubre spectacle, quelque description de cette douleur, la plus sincère, la plus universelle, la plus impressive qu'on ait jamais vue? Comme la joie de la veille, le deuil du lendemain surpassa tout ce qu'on peut imaginer.

En écrivant ces lignes sur les funérailles du modeste Lincoln, il me vient à l'esprit, par un rapprochement contradictoire, les funérailles de l'orgueilleux Louis XIV. Jamais roi, jamais prince, jamais homme n'a été aussi universellement pleuré que « l'honnête Abe de l'Ouest; » Fancienetle nouveau monde ont mené deuil sur lui. Quel concert de regrets et de pieux hommages en tout pays et en toute langue ! Quelle juste et glorieuse couronne d'immortelles, mais, hélas! tardive, on a posée sur ce noble front î C'est que M. Lincoln a été, tout ensemble, un grand citoyen, un homme d'État vraiment vertueux et chrétien, le défenseur fidèle et désintéressé et le digne martyr de la plus digne des causes, celle de la liberté et de l'humanité 1

Nous pourrions terminer ici. Ce que, nous avons dit de M. Lincoln suffirait à le faire connaître. Ce-

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 215 pendant nous devons accentuer un peu plus quelques-uns des traits de son caractère , que nous n'avons pas suffisamment relevés dans le courant de notre narration. Il faut aussi en signaler quelques nouveaux ; nous occuper en peu de mots de l'individu lui-même et non plus du magistrat.

Si, dans l'intérêt de leur gloire, la plupart des grands hommes ne doivent être contemplés qu'à distance, M. Lincoln n'est pas de ce nombre. Il gagne à être vu de près. A mesure qu'on pénètre dans son intimité, on le voit grandir, car sa grandeur à lui est la vraie et solide grandeur, celle des qualités du cœur et des vertus morales.

Mais d'abord quel était son visage, son apparence, son allure? Tout le monde a vu quelque portrait du président; mais la fidélité brutale de la photographie ne donne guère que les lignes de l'original, sans reproduire ce je ne sais quoi presque insaisissable qui ne réside dans aucun trait exclusivement, mais qui se détache de leur ensemble : l'expression. Ce qui suit est une description fidèle de la personne de M. Lincoln. Elle parut en 1860 dans le jourwal la Presse et la Tribune de Chicago :

« La stature d'Abraham Lincoln est de six pieds et quatre pouces. Sa charpente n'est pasmusculeuse,

mais maigre et nerveuse. Ses bras et ses jambes sont longs, mais proportionnés à sa haute taille. Sa démarche, quoique ferme, n'est jamais vive. 11 s'avance lentement et avec délibération, la tête presque toujours inclinée en avant et les mains croisées sur le derrière. Sa mise n'a rien de particulier; elle est toujours propre, mais sans la moindre recherche. Il est dans ses manières d'une cordialité remarquable, simple et naturelle. Sa politesse est toujours sincère et sans étude. Une chaude poignée de main et un franc sourire de connaissance est la façon dont il accueille ses amis. Au repos, ses traits, quoique ceux d'un homme de mérite, ne sont pas ceux qu'on convient de donner à un bel homme; mais lorsque ses beaux yeux d'un gris foncé sont enflammés par quelque émotion, et que ses traits s'animent, on le choisirait parmi la foule comme un homme qui a non-seulement ces tendres sentiments qu'aiment les femmes, mais aussi l'étoffe dont on fait les grands hommes et les présidents. Sa tête est bien posée sur ses épaules, mais elle est de celles qui défient toute description. Elle est grosse et bien proportionnée dans ses diverses parties. Elle dénote la puissance dans tous ses développements. Des cheveux noirs, un nez légèrement romain, une bouche largement fendue,

un teint viril qui paraît avoir été hâlé par les vents et le soleil, complètent la description. »

Tel il était en 1860 ; mais les fatigues, les émo tions et les inquiétudes des jours orageux de sa présidence, avaient ajouté à son expression de bonté quelque chose de pensif et de souffrant. « Je le voyais souvent, a dit M. Carpenter, qui fut l'un des hôtes de la Maison -Blanche, aller et venir le long d'un étroit passage, perdu dans sa rêverie, les mains derrière le dos, la tête penchée sur la poitrine, les yeux profondément cernés par l'insomnie; frappante et douloureuse personnification, comme je n'en ai jamais vu, des soucis rongeurs et d'une lourde responsabilité. »

A part ce changement, il était demeuré \e même. Dans sa haute position qui le plaçait, quoique momentanément, au niveau des plus puissants monarques, il avait conservé ses habitudes, ses goûts, ses manières, son langage simple et modeste. Aussi accessible que jamais; accueillant avec la même politesse et le pauvre et le riche, et le chétif et le puissant ; dédaignant l'étiquette et détestant toute contrainte; travailleur infatigable, se levant de grand matin et se couchant tard ; simple , mais propre dans sa mise ; ne buvant jamais que

de l'eau et n'usant d'aucune espèce de tabac.

Gomme ses manières et ses goûts, son langage était simple, mais jamais vulgaire. Il émaillait sa conversation de maximes, d'anecdotes et d'apologues pleins de sens; il en avait à son service un fonds inépuisable. Il eût certainement fait un moraliste spirituel et ingénieux, un éminent fabuliste, s'il se fût adonné à ce genre de littérature.

A la simplicité d'un enfant M. Lincoln ajoutait une tendresse presque féminine; aussi usait- il largement du droit de grâce que lui donnait sa position. 11 était bien difficile de le faire consentir à l'application de la peine capitale prononcée contre les déserteurs ou les traîtres; et si le condamné était assez heureux pour avoir quelqu'un qui sollicitât sa grâce en faisant appel aux sentiments du président, il était sûr d'être sauvé. Que d'exemples touchants n'en pourrait-on pas citer 1 Choisissons- en un seul entre mille autres semblables.

Un jour, une mère portant son nourrisson dans ses bras se présenta à la Maison Blanche et demanda à parler au président. Elle venait implorer la grâce de son mari, qui avait été condamné à être fusillé pour avoir déserté.

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 219 Malgré ses supplications et ses larmes on refusa de l'introduire auprès de M. Lincoln. Pendant trois jours entiers elle revint s'asseoir dans une espèce de salle d'attente ouverte à tous les visiteurs, espérant que sa persévérance finirait par attendrir les huissiers. Le soir du troisième jour, M. Lincoln, en se rendant de son cabinet dans ses appartements privés pour y prendre son repas, entendit les cris de l'enfant de cette pauvre femme. Aussitôt il revint dans son cabinet, sonna son domestique : « Daniel, lui dit-il, n'y a-t-il pas dans l'antichambre une femme et un enfant? » — « Oui, monsieur, répondit le domestique, c'est une personne qui voudrait vous parler en faveur de son mari. » — « Faites-la donc entrer de suite, » dit M. Lincoln. Et quelques minutes après la pauvre femme quittait la Maison-Blanche emportant avec elle la grâce du déserteur.

Si grande que fût la sensibilité de M. Lincoln, elle n'allait pas jusqu'à la faiblesse. Il était inflexible et imposait silence à ses sentiments en cas de conflit avec le devoir. Il avait, par exemple, une vive sympathie pour les esclaves, et il ne s'en cachait pas; toutefois il refusa de prononcer l'émancipation tant qu'il ne la crut pas à propos et légitime. Pourtant on le pressait vivement et de toutes les ma-

nières. Un soir, il entendit tout à coup retentir sous ses fenêtres un hymne alors en vogue parmi les nègres de Port-Royal, et qui avait pour refrain ces paroles : « Va, Moïse, et dis au roi : Pharaon, laisse aller mon peuple. » Immobile près de la fenêtre, M. Lincoln écoutait la voix des chanteurs. Ces notes graves et religieuses et ces paroles sacrées le remplissaient d'une émotion profonde, et des larmes, qu'il ne pouvait contenir, roulaient silencieusement sur ses joues. Il reçut ensuite les chanteurs avec bienveillance, leur montra qu'il s'intéressait aussi vivement qu'eux-mêmes au sort des esclaves, et qu'il avait à cœur de briser leurs fers; mais il les renvoya sans aucune promesse d'émancipation.

Une autre fois les pasteurs des églises de Chicago vinrent le trouver en députation solennelle. Ils lui présentèrent un mémoire où, après avoir'essayé de montrer que le moment était venu d'abolir l'esclavage, ils pressaient vivement M. Lincoln de prendre, sans plus tarder, une résolution suprême et décisive à cet égard. « Le sujet de ce mémoire, répondit le président, est l'un de ceux sur lesquels j'ai beaucoup pensé depuis plusieurs semaines, et je puis même dire depuis plusieurs mois. J'ai entendu des hommes religieux émettre sur cette matière les idées

les plus contradictoires. Je crois que les uns et les autres se trompent dans leur opinion respective. Il n'y a pas, je suppose, irrévérence à dire que si Dieu voulait révéler sa volonté à quelqu'un sur un sujet si intimement lié à mon devoir, c'est à moi-même qu'il le ferait. Car, à moins que je ne me trompe étrangement, j'ai un ardent désir de connaître la volonté de la Providence à cet égard. Nous ne sommes plus au temps des miracles, et j'imagine que je n'ai pas le droit de m'attendre à une révélation directe. Je dois donc étudier les événements, l'état des faits matériels, m'assurer de ce qui est possible et apprendre ce qu'il paraît sage et droit de faire. »

M. Lincoln était un homme sincèrement religieux. Ses discours, ses messages et ses proclamations suffiraient à le prouver. On y trouve l'expression d'une foi humble et inébranlable en la Providence divine. Quelque longue et sévère que fût l'épreuve, il demeurait persuadé que Dieu finirait toujours par donner le triomphe à la justice et au droit, et c'était dans cette conviction qu'il puisait le calme- et la force qu'il a déployés à un si haut degré. Sa seule préoccupation était d'agir conformément à la volonté divine. Pour cela, il s'efforçait de la connaître;

mais ce n'était pas à tel homme ou à tel corps ecclésiastique qu'il la demandait. Sa piété éclairée et indépendante cherchait à cet égard des lumières dans sa droite conscience, saintement disposée par la prière et la méditation de la parole de Dieu.

Ces mêmes sentiments se retrouvent dans ses lettres privées.

« Mon estimable amie, » écrivait-il à Éliza P. Gurney, « je n'ai pas oublié, probablement je n'oublierai jamais, la visite impressive que vous me fîtes avec un ami, un dimanche matin, il y a deux ans. Je me souviens aussi de la bonne lettre que vous m'écrivîtes un an plus tard. Vous vous proposiez, en tout cela, de fortifier ma confiance en Dieu. J'ai beaucoup d'obligations aux excellents chrétiens de ce pays pour leurs consolations et leurs prières constantes ; mais à aucun d'eux je n'ai plus d'obligations qu'à vous-même. Les desseins du Tout-Puissant sont parfaits et doivent se réaliser, bien que, faibles mortels que nous sommes, nous ne puissions les prévoir. Longtemps avant cet événement, nous faisions des vœux pour que cette terrible guerre eût une heureuse fin; mais Dieu sait ce qui nous est le meilleur et il en a décidé autrement. Nous devons reconnaître encore ici sa sagesse et nos propres er-

reurs, en même temps que travailler énergiquement selon les lumières qu'il nous donne, persuadés que nous atteindrons ainsi la fin qu'il se propose. Sûrement il veut faire sortir un grand bien de cette convulsion puissante qu'aucun mortel ne pouvait produire ni ne saurait arrêter. Votre peuple — les Amis — ont eu et ont encore de grandes épreuves au sujet de leurs principes et de leur foi qui sont également contraires à la guerre et à l'oppression. Ils ne peuvent que s'opposer en pratique à l'oppression par la guerre. Dans ce terrible dilemme les uns ont opté pour un terme ; les autres, pour l'autre. Quanta ceux qui en appellent à moi pour des motifs de conscience, j'ai fait et je ferai le mieux qu'il me sera possible selon ma conscience et le serment que j'ai fait à la loi. Il n'y a pas de doute que vous le croyez, et, le croyant, vous continuerez, à notre pays et à moi-même, les ferventes prières que vous adressez à notre Père qui est aux cieux.

» Votre ami sincère,

» A. Lincoln. »

Implantés dans le cœur de M. Lincoln par sa pieuse mère, ces sentiments religieux y avaient jeté

de profondes racines. Depuis lors, et jusqu'à la fin, ils ne cessèrent de se développer et de se manifester par des actions et des paroles chrétiennes. Le directeur d'une école de New-York a raconté en ces termes l'anecdote suivante :

« Un dimanche matin, à l'heure où étaient rassemblés les enfants de notre école du dimanche de Five- Points, je vis entrer dans la salle et s'asseoir parmi nous un personnage de haute taille et de bonne apparence. Il écoutait avec une attention soutenue, et son visage exprimait un si vif intérêt, que je m'approchai pour lui dire qu'il pouvait, s'il le voulait, adresser quelques paroles aux enfants. Il accepta mon invitation avec un plaisir évident, vint se placer devant les élèves et commença à leur parler avec simplicité. Aussitôt il fascina, tous ses jeunes auditeurs, et il se fit dans la salle un silence profond. Son langage était remarquablement beau, et une conviction ferme et émue vibrait dans l'accent harmonieux de sa voix. Les petits visages s'obscurcissaient autour de lui lorsqu'il prononçait quelques sentences d'avertissement, et s'illuminaient lorsqu'il parlait avec joie des promesses de l'Évangile. Une fois ou deux il voulut finir; mais les cris impérieux de : « Continuez, oh! continuez ! » l'en avaient em

SA VIE, SON CARACTÈRE, SON ADMINISTRATION 22g

pêclié. Gomme je regardais le corps maigre et nerveux de l'étranger, sa tête puissante et ses traits déterminés, auxquels l'émotion du moment donnait une expression de douceur, je me sentis une curiosité insurmontable de savoir quelque chose de plus sur son compte, et quand il se disposa à quitter tranquillement la salle, je le priai de me dire son nom. « Abraham Lincoln, de l'Illinois, » me répondit-il avec courtoisie. »

Cet incident se passait en février 1860. Trois ans après, une circonstance solennelle vint modifier les sentiments religieux de M. Lincoln; sa piété devint plus évangélique. Voici, d'après un journal américain, comment il raconta lui-même ce changement à un chrétien qui n'avait pas craint de lui demander s'il aimait le sauveur Jésus.

« Quand je quittai Springfield pour venir occuper le fauteuil de la présidence, je me recommandai aux prières de mes concitoyens, car je sentais que je n'étais pas encore un chrétien agréable à Dieu. L'année suivante Dieu m'enleva un tils qui était ma joie ; ce fut le plus rude coup qui soit jamais venu me frapper. Evidemment Dieu me cherchait, mais j'hésitais encore à lui donner mon cœur. Mais quand je vins sur le champ de bataille de Gettysburg, où

tant de braves sont tombés pour la défense de la patrie, la pensée de l'éternité me saisit. Dieu toucha mon cœur. Je me donnai tout entier à Christ..., et maintenant je puis dire en sincérité : J'aime Jésus, et je le sers. »

On lisait encore dans V American Messenger (février 1865) :

« Le Rév. M. Adams, de Philadelphie, raconte dans un de ses sermons qu'ayant un rendez- vous à cinq heures du matin avec M. Lincoln, il arriva un quart d'heure avant l'instant fixé. Tandis qu'il attendait dans l'antichambre, M. Adams fut surpris d'entendre parler dans la chambre voisine et s'informa auprès du valet s'il y avait déjà quelque visiteur. — « Non, le président est seul, mais il lit sa Bible. — Gomment donc? est-ce son habitude journalière?— Oui, monsieur, tous les matins M. Lincoln emploie l'heure de quatre à cinq à lire sa Bible et à prier à haute voix1. »

Aussi l'évêque protestant, M. Simpson, a-t-il pu

rendre ce témoignage sur la tombe de M. Lincoln.

« Abraham Lincoln était un homme de bien. Il

était connu comme un homme honnête, tempérant,

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