‹ Abraham Lincoln, sa naissance, sa vie, sa mortChapitre 19 sur 20 · PARLEMENT ANGLAIS · texte numérisé non relu

PARLEMENT ANGLAIS

En présentant à la Chambre des lords une adresse à la Reine exprimant la douleur et l'indignation ressenties en Angleterre à la nouvelle de l'assassinat de M. Lincoln, le comte Russell a prononcé les paroles suivantes :

« S. M. a daigné déjà exprimer, dans une lettre de condoléance à madame Lincoln, fes ?entjments de sympathie pour son malheur. Comme ne l'ignorent pas Vos Seigneuries, le t'rési-

dent Lincoln avait été élu par une imposante majorité Je s-es concitoyens, et il remplissait les fonctions dont ils l'avaient investi de manière à justifier pleinement leur confiance.

« Le Président Lincoln a fait preuve d'une telle intégrité, d'une si grande droiture et en môme temps d'une bonté si vraie, qu'il était l'homme du monde le plus propre à calmer Ips animosités-qui pourraient survivre aux hostilités. Vos Seigneuries savent également oublies difficultés se sont présentées pour conserver de; relations pacifiques entre notie pays et les Etats-Unis pendant la guerre; le succès qui a couronné nos cfibrls pour atteindre ce but a été amené par la bonne volonté qu'ont montrée les gouve> nemenls des deux côtés de l'Atlantique.. J'espère que la mène politique de non-intoiventiou qui a jusqu'à présent été notre règle de i onduite continuera de nous guider pour l'avenir dans nos relations avec les Etats-Unis.

Lord Derby, qui a pris la parole après le noble comte Russell, a dit :

« J'espère que le successeur du président Lincoln suivra la voie tracée par celui-ci et qu'il évitera tout ce qui serait de nalure à prolonger la guerre civile; car si malheureusement certaines susceptibilités étaient froissées de manière à pousser les Etats confédérés au désespoir, il est plus que probable qu'ils préféreraient l'extermination à la soumission. »

Dans la Chambre des communes, sir G. Crey, qui proposait une adresse

semblable , s'est exprimé ainsi :

« Personne, j'en suis sûr, ne voudra refuser son admiration aux brillants exploits accomplis, à la bravoure déployée de part et d'autre dans celte lutte, et l'on ne peut que s'affliger de la voir souillée par un tel crime. Au moment môme où s'ouvrait une ère nouvelle, où la victoire couronnait les armées des fédéraux, M. Lincoln a été frappé à mort, et ainsi a été mise en péril cette politique dont le noble but était de rendre la tranquillité à son pays.

« Le peuple américain dép'ore maintenant la perte, de M. Lincoln; mais j'espère que le bon sens et l'intégrité de ceux à qui incombe la direction des affaires suivront l'exemple de M. Lincoln. S. M. a daigné adresser de sa propre main une lettre de condoléance à madame Lincoln. (Applaudissements enthousiastes.) Lettre de veuve à une autre veuve, et laquelle, je le sens, sera une consolation pour celle que vient de frapper un si terrible malheur.

Voici l' Adresse que la Chambre des députés de Berlin a fait remettre, sur la proposition de M. Loowe, au président des Etats-Unis :

« Nous soussignés, membres de la Chambre des députés prussienne, vous prions d'accepter l'expression de la douleur que nous a causée la grave perte infligée au gouvernement et au peuple des États-Unis par la mort du Président Lincoln. Acceptez en même temps l'expression de la profonde horreur que nous inspire le crime atroce dont il a été victime. Nous sommes d'autant plus émus de ce malheur, qu'il est arrivé au moment où nous nous réjouissions du triomphe des États-Unis. La tentative l'ai e contre la vie de M. Seward, lequel a puissamment aidé M. Lincoln dans l'accomplissement de sa tâche difficile, trahit l'abominable but du crime, but qui est d'arracher par la mort de ces hommes aux peuples des Etats Unis les fruits de sa longue lutte et de son courageux dévouement.

« Vivant au milieu de nous, monsieur le ministre, vous avez été le témoin du vif intérêt que le peuple allemand a conservé au peuple des Etats-Unis pendant cette longue et difficile lutte. Vous savez aussi qu'il a vu avec joie et orgueil des milliers de ses enfants se mettre résolument du côté droit et de la loi. Vous avez remarqué avec quelle joie les victoires de l'Union sont saluées chez nous et avec quelle confiance inébranlable nous avons attendu, même pendant les désastres, la victoire définitive de la bonne cause, et le rétablissement de l'Union dans toute sa grandeur.

« Nous vous prions, en outre, monsieur le ministre, de vouloir bien exprimer à votre gouvernement dos sentiments douloureux et nos sympathies pour le peuple et le gouvernement des Etals- Unis, et d'agréer l'expression de notre considération distinguée,

Guabow, d'Unruh, de Bockum-Dolffs. »

Le même jour (28 avril), la Chambre des députés de Turin adoptait l'Adresse suivante :

A M. le président du Conçus dts rcprèstnlanlsdes États-Unis d'Amérique. « Honorable monsieur,

« La nouvelle de l'assassinat du Président Abral am Lincoln a ému et contristé profondément la Chambre des députés au Parlement italien. De toutes les fractions politiques dont se com

pose cette Chambre se sont élevées des voix unanimes pour flétrir un tel crime, et des expressions de regret et de sympathie à l'égard de la victime illustre et du peuple libre dont il était le digne chef.

« La chambre a résolu, à l'unanimité, de couvrir d'un crêpe, pendant trois jours, en signe de deuil, son drapeau, et elle m'a chargé de vous faire savoir, par un message spécial, sa douleur, qui est aussi celle de l'Italie et de tous les amis de la liberté et de la civilisation.

« La nouvelle de l'attentat contre les jours du ministre Seward a inspiré les mêmes sen^ timenls.

« En remplissant, avec un triste empressement, la mission qui m'a été confiée, je vous prie, honorable monsieur, de vouloir bien agréer l'expression de ma sympathie et de ma considération.

« Le président de la Chambre des députés,

« Cassinis. »

Les correspondances de Stockholm nous ont appris que, le 24 avril, les habitants de Helsinghord avaient rédigé l'Adresse suivante, qui devait être remise à M. Lincoln :

« Monsieur le Président, « Les membres de la commune de Helsingborg, en Suède, tant hommes que dames, ayant reçu, dans une réunion solennelle, la nouvelle de la prise de Richmond et de Petersburg, ont résolu de vous offrir l'expression de leur profonde vénération et de leur reconnaissance pour les services que vous avez rendus à la liberté et à l'humanité en proclamant l'affranchissement des esclaves. Que Dieu vous bénisse, vous et votre nation. »

A l'heure où l'on rédigeait cette Adresse, celui que le peuple suédois glorifiait

dans sa victoire était mort martyr du devoir.

« Le gouvernement impérial autrichien a fait exprimer, immédiatement après qu'il eut appris l'assassinat du président Lincoln, ses profonds regrets à l'ambassadeur des EMs-Unis d'Amérique à Vienne, et à Washington par l'intermédiaire de l'ambassade autrichienne, ainsi que l'espérance que cet acte exécrable n'exercera une influence défavorable ni sur le rétablissement de la paix intérieure dans les États-Unis, ni dans les relations amicales de ces derniers avec les puissances étrangères.

Les manifestations particulières n'ont pas marchandé leur sympathie à l'Amérique et se sont empressées de faire connaître la douleur que la mort de M. Lincoln inspirait à tous les cœurs généreux. En France, dès le 30 avril, les députés de la gauche adressaient au président du Corps législatif la lettre suivante :

« Monsieur le Président,

« En présence du malheur qui vient de frapper la République américaine et des démonstrations des parlements étrangers, nous ne pouvons dissimuler notre étonnement de n'avoir pas encore été convoqués en séance publique, et nous vous prions, monsieur le Président, de donner satisfaction au sentiment si légitime que nous vous exprimons.

« Veuillez agréer, monsieur le président, l'expression de notre haute considération. « Jules Favre, Jules Simon, Carnot, Pelletan, Guéroult, Garnier-Pagès, Lanjuinais, Glais- Bizoin, Bethmont, J. Magnin, Ernest Picard, Dorian, Hénon. »

De leur côté, les journalistes se réunissaient et rédigeaient d'un commun accord l'Adresse suivante qui devait être transmise à M. le président Johnson :

« Monsieur le Président ,

« La Constitution de votre pays a placé pour jamais la démocratie américaine au-dessus des coups dirigés contre les personnes. Où la liberté règne, ou la loi seule gouverne, les premiers magistrats peuvent périr sans que les institutions soient ébranlées ou seulement menacées. Le regret et l'indignation peuvent agiter le peuple : la crainte ne saurait l'atteindre.

« Nous savons que ce sont là les heureuses conditions faites au peuple des États-Unis par ses institutions.

« Permettez-nous, cependant, de vous exprimer La douleur que nous fuit éprouver la mort du citoyen qui vient d'être frappé. Abraham Lincoln sera regretté comme il était admiré par la démocratie française. Quel plus beau modèle, en effet, que ce grand homme du peuple, ce travailleur parvenu du rang le plus humble à la première magistrature de son pays, et demeuré le Adèle serviteur des lois!

« Dites au peuple de l'Union, monsieur le Président, que nous nous associons à son deuil comme nous partageons ses espérances. L'esclavage est mort, la liberté ne périra jamais: le triomphe de la grande République est assuré. »

(Suivent les signatures des rédacteurs du Temps, de l'Avenir national, du Siècle, de l'Opinion nationale.)

Le peuple de Londres n'est pas resté insensible au malheur qui frappait le

peuple américain.

Le 29 avril, un meeting avait lieu à Saint-James-IIall.

Le fauteuil de la présidence était occupé par M.W.Ewans. M. W.-E. Forster

membre du Parlement pour Bradfort, a développé la proposition suivante :

« Le meeting désire exprimer les sentiments de douleur et d'borreur avec lesquels il a appris l'assassinat du président Lincoln, et la tentative d'assassinat contre AL Seward et transmettre à madame Lincoln, au peuple et au gouvernement des États-Unis l'expression'de sa profonde sympathie et de sa sincère condoléance. »

La résolution proposée par M. Forster a été adoptée à l'unanimité.

Tous les ministres et tous les consuls des États-Unis en Europe ont résolu de prendre le deuil pour six mois.

Les instructions qu'ils ont envoyées à leurs nationaux se trouvent noblement résumées dans la lettre que M. II. S. Sanford, ministre des États-Unis à Bruxelles adressait aux consuls américains de Belgique. Elle est remarquable par la foi puissante que les hommes politiques de l'Amérique ont dans la solidité de leurs institutions. Nous la transcrivons :

Monsieur,

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