I. AVOCAT DE Sl'ltl\(;ili;i.l
tous avons l'espoir, avec l'aide de Dieu, de les rejoindre avant longtemps. »
Après la mort de son père, Lincoln acheta pour sa belle-mère un domaine qu'il lui donna en toute propriété et arrangea ses ati'aires, la mettant à l'abri du besoin pour le reste de ses jours. Un des fils de M'"^ Lincoln, un mauvais sujet buveur et paresseux, leur occasionna bien des tourments, bien des chagrins au cours de son existence orageuse ; mais Abraham ne cessa jamais de lui faire du bien toutes les fois qu'il le put, et d'essayer, par ses conseils, son affection fraternelle, de le remettre dans le bon chemin.
Toute la conduite de Lincoln rend témoignage à sa ferveur religieuse. Sa vie entière est une constante prédication, et combien éloquente ! On a peine à croire qu'il se trouva de faux dévots pour entraver sa carrière politique et détourner de lui maints croyants, en le traitant de déiste, de libre-penseur, voire d'athée ! Et cela parce qu'il refusa, à plusieurs reprises, de devenir membre de quelque église que ce soit ; ce refus même prouve la sincérité de ses convictions et la délicatesse de sa conscience. Il disait, pour l'expliquer, à un de ses amis : « Quand une église ins-
A15IÎAHAM MXCOl.X
crira sur ses autels, comme seule qualité requise de ses membres, le sommaire de la Loi et de l'Evangile donné par le Sauveur : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée ; tu aimeras ton prochain comme toi-même, » alors je pourrai entrer dans cette église de tout mon cœur et de toute mon âme, )> Un seul commentaire affaiblirait cette belle déclaration ; elle permet à tous les vrais chrétiens, à quelque confession qu'ils appartiennent, pourvu que la divine règle d'amour les guide et les inspire, de considérer ce noble héros comme l'un des leurs.
La personne la mieux placée pour connaître les sentiments intimes de Lincoln, sa femme, rendit hommage à sa grande foi. « C'est en lui, » disait-elle, « une sorte de poésie naturelle. » Il était peu communicatif en matière religieuse, comme pour toutes les choses qui lui tenaient le plus à cœur ; mais s'il ne faisait pas étalage de ses principes, il ne les cachait pas non plus ; il suffisait de le voir, de passer une journée, une heure auprès de lui pour comprendre qu'il vivait en la présence de Dieu, que littéralement il marchait avec lui, qu'il cherchait en tout et partout à le servir, à
l'avocat Di: si'iiix{;i'ii:i.i) 81
lui obéir, et se tenait avec lui en communication constante. Il consacrait une heure chaque jour à la prière et à la lecture de la Bible. « Au sujet de ce livre si grand, » écrivait-il, « je n'ai qu'une chose à dire : c'est le meilleur don que Dieu ait fait à l'homme. Tout ce que le monde doit à notre bon Sauveur lui est donné par le moyen de ce livre. Sans lui, nous ne pourrions pas savoir ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Toutes les choses les plus désirables pour le bonheur de l'homme, ici-bas et au-delà, y sont dépeintes. » A mesure que sa route se ferait plus sombre et plus ardue, que les ditïïcultés s'accroîtraient sous ses pas, il chercherait davantage en ses deux appuis la force qui mène à la victoire, et pourrait jeter, en défi à la destinée, le cri de triomphe du poète chrétien :
Avec la prière et la Bible,
A cœur vaillant, rien d'impossible !
Lincoln avait quatre fois été élu député ; il refusa une cinquième élection, il refusa même à deux reprises l'honneur que ses concitoyens voulaient lui conférer en le nommant Gouverneur de l'Etat de l'illinois. C'est qu'il voulait élargir son champ
82 ABIIAHAM LIXCOLX
d'action, être envoyé comme sénateur à Washington, la capitale des Etats-Unis, apporter au Congrès les désirs et les besoins de sa petite patrie, et s'occuper non plus seulement des affaires locales, mais des intérêts supérieurs de la Nation et de l'humanité. 11 échoua une première fois, comme il avait échoué dans sa toute première campagne électorale, mais fut élu en 1846. Son adversaire politique, Douglas, le fut en même temps que lui, et tous deux quittèrent momentanément Springfield pour Washington. Lincoln y vécut à l'hôtel, avec la plus absolue simplicité, comme toujours. En dehors des séances au Capitole, il voyait une petite société choisie d'amis, ou fréquentait assidûment les bibliothèques publiques, car il profitait de toutes les occasions pour s'instruire, et, dans sou âge mûr comme dans sa jeunesse, continuait à être un liseur passionné.
Son mandat expiré, n'ayant pas été réélu, il revint à Springfield où il reprit modestement ses fonctions d'avocat, semblant pour quelques années délaisser un peu la politique. Ses affaires s'accroissaient constamment en nombre et en importance, lui et son associé avaient peine à mener à bonne fin toutes les causes qu'on leur con-