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A la mort de Dagobert ( 638 ), la séparation de PAustrasie et de la Neustrie devient définitive. Sigebert II fut roi d^Austrasie ; Clovis II de Neustrie. Dès lors, la race de Clovis ne figure plus que nominalement dans l'histoire. Les rois, presque tous très-jeunes, ne se distinguaient que par la longue chevelure, symbole de la noblesse chez les Francs. L'ambition égoïste des maires du palais les tenait plongés, dès leur adolescence, dans les plaisirs et l'inaction ; de temps en temps seulement on les montrait au peuple, sur un chariot traîné par des bœufs.
L'Austrasie fut confiée à Grimoald, fils de Pépin de Landen et la Neustrie à Ega, bientôt remplacé par Erchinoald. Ce dernier conduisit assez habilement les affaires et inaugura la politique constamment suivie par les maires de Neustrie : c'était d'abaisser les grands et de relever le pouvoir royal annulé par eux. Les maires d'Austrasie, au contraire, chefs avoués de la noblesse, affaiblirent la royauté au profit de leur propre domination. A la mort de Sigebert II (650), Grimoald, ayant voulu élever son propre fils sur le trône, échoua dans cette tentative. Erchinoald le vainquit, et fit rentrer l'Austrasie sous l'autorité de Clovis IL Ce prince mourut quelques années plus tard, laissant trois fils ; Glotaire III, Childéric II et Thierry m (656).
Childéric II était roi d'Austrasie depuis 650. Clotaire III régna en Neustrie, sous la tutelle d'Erchinoald, et de sa mère, la pieuse Bathilde. Née Anglo-Saxonne, et de captive devenue reine, Bathilde savait compatir à l'infortune et au mal-
heur ; elle fit tout pour adoucir les soufifrances des esclaves. Mais un ambitieux de basse origine, Ébroïn, prit la place d'Erchinoald, et la veuve de Clovis II, accablée de dégoûts, se retira dans son couvent de Chelles. Glotaire étant mort en 670, Ébroïn fit proclamer un autre fils de Clovis II, Thierry III, afin de régner sous son nom. Les leudes opprimés formèrent contre Torgueilleux ministre une ligue, dans laquelle entra saint Léger, évoque d^Autun, prélat de la plus haute naissance. Ils chassèrent Ébroïn avec son protégé Thierry III ; Childéric II, déjà roi d^Austrasie, fut proclamé roi de Neustrie (670). Mais aussi ingrat qu'imprévoyant, il persécuta saint Léger et le réduisit à chercher un asile dans le monastère de Luxeuil, où se trouvait déjà Ébroïn. Il offensa ces mêmes leudes, auxquels il devait son élévation. L'un d'eux qu'il avait fait battre de verges, l'assassina dans la forêt de Livry (673).
La fin tragique de Childéric II est le signal d'une révolution nouvelle. Les Austrasiens font venir d'Irlande, oh il avait été relégué par Grimoald, Dagobert II, fils de Sigebert. De leur côté, les Neustriens vont chercher Thierry III dans l'abbaye où il s'était retiré, et le remettent sur le trône. A la faveur de ces dissensions, Ébroïn sortit de sa prison, avide de vengeance. Saint Léger s'étant livré à lui, afin de préserver sa ville épiscopale des horreurs d'un siège, il lui fit crever les yeux, et, deux ans plus tard, trancher la tête dans une forêt de l'Artois. Les leudes se réfugièrent alors en Austrasie, près du petit fils de Pépin de Landen, Pépin d'Héristal. Celui-ci, prenant hautement leur défense, marche contre Ébroïn qui, d'abord vainqueur à Latofao , abusa cruellement de sa victoire et tomba luimême, l'année suivante, sous les coups d'un ennemi particulier (681). Dagobert II avait succombé en 679.
La mort d'Ébroïn assurait le triomphe des leudes austrasiens. Berthaire, qui lui succéda, ayant refusé de réintégrer dans leurs domaines les nobles que son prédécesseur avait exilés, ceux-ci eurent de nouveau recours à Pépin d'Héristal. Une grande bataille se livra à Testry, en Vermandois (687). Après une lutte acharnée. Tannée austrasienne fut victorieuse, et la Neustrie, c'est-à-dire la France gallo-romaine, devint sujette de la France germanique ou barbare.