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III. Espagne

L'Espagne qui, pendant toute la durée du moyen âge, fut comme un champ clos où combattaient Wisigoths et Sarrasins, chrétiens et musulmans, n'avait pas encore expulsé, après sept siècles et demi, les conquérants venus d'Afrique. Il est vrai que la situation était bien changée. Les chrétiens, ayant reconquis la plus grande partie de la Péninsule, avaient réduit les Maures aux limites de l'Andalousie, province riche, aussi bien cultivée qu'elle était fertile. Leur caractère, fortement trempé par une . croisade permanente, avait gagné cette fougue et cette constance qui fit plus tard des Espagnols les premiers soldats du monde, tandis que les Maures, énervés par une vie sensuelle, perdaient de plus en plus leur ancienne énergie. Cependant les royaumes chrétiens, divisés entre eux, n'auraient peut-être jamais achevé la ruine des Maures, si le mariage de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille n'eût réuni leurs forces, contre Tennemi commun.

Jean 11^ qui régnait en Navarre au moment où finit le moyen âge, devint roi ài^ Aragon en 1458, à la mort de son frère aîné Alphonse le Magnanime, à la fois roi d'Aragon et de Naples. Le règne de ce prince fut agité par les plus tristes dissensions. Il tenait la Navarre de sa première femme , Blanche d'Évreux, et la gardait injustement, puisque Blanche avait laissé un fils, Don Carlosi Excité par sa seconde femme, Jeanne Henriquez, qui voulait assurer à son fils Ferdinand la totalité de l'héritage paternel, Jean II combattit l'infortuné don Carlos, s'empara de sa personne par une feinte réconciliation, et fut accusé de l'avoir fait périr dans la prison où il l'avait renfermé. Les Catalans entreprirent de venger sa mort avec l'appui du roi de Castille. A bout de ressources, Jean fut obligé de livrer à Louis XI

les comtés de Gerdagne et de Roussîlloil pour obtenir des secours. Il parvint ainsi à comprimer la révolte, et mourut en 1479. Son fils, Ferdinand le Catholique, devait réparer les malheurs de TAragon. Quant à la Navarre, elle passa par le mariage de Léonore, fille de Jean II, dans la maison de Foix d'abord, et bientôt après dans celle d'Albret.

La Castille n'était pas plus tranquille que PAragon. Henri IV (1454), quatrième successeur de Henri de Transtamarre, renversa son père de concert avec les nobles, qui lui firent payer cher leur appui. Il avait une fille, Jeanne, dont la légitimité était contestée; afin de lui enlever la succession paternelle, les seigneurs exigèrent que Henri IV reconnût sa sœur Isabelle pour son héritière présomptive. Henri mourut en 1474, protestant contre la déchéance de Jeanne, qui n'en fut pas moins reléguée dans un couvent. Isabelle, mariée à Ferdinand d'Aragon, succède à son frère, et, cinq ans plus tard, la mort de Jean II, réunissant TAragon et la Castille sous l'autorité des deux époux, préparait la grandeur de l'Espagne.

Verdlnand et iMilbelle*

Tandis que les rois d'Espagne doublaient ainsi leur puissance, les princes maures de Grenade achevaient de se perdre par leurs discordes. L' avant-dernier souverain fut détrôné par son propre fils Boabdil. Les Rois catholiques^ profitent de ces rivalités et viennent assiéger Grenade. Rien ne put rebuter leur invincible résolution, ni la longueur du siège, ni les murailles flanquées de mille tours, ni l'incendie du camp espagnol, à la place duquel Isabelle fit bâtir ki ville de Santa-Fé. Grenade fut prise après huit mois d'etforts, grâce au génie militaire de Gonzalve de Gordoue, surnommé le grand capitaine (1492). L'usurpateur Boabdil abandonna en pleurant cette ville opulente et le magnifique palais de TAlhambra, où les rois maures avaient prodigué les merveilles de l'art oriental. La domination des musulmans en Espagne avait duré 781 ans. Les deux rois étendirent leur autorité jusqu'aux deux mers, et purent enfin procurer au Génois Christophe Colomb les moyens d'aller leur découvrir un monde.

Mais, avant môme que les mines de l'Amérique ouvrissent à l'Espagne leurs riches trésors, Ferdinand, peu scrupuleux, se

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