V. Vretalème wmttre (tSS
Le plus redoutable de tous était François I^, puisque lui seul ei^citait sourdement les Turcs, les protestants et Henh YIU, roi d'Angleterre, qui avait répudié sa femme légitime, Catherine d'Aragon, tante de Charles-Quint. La guerre é<ait donc imminente, et François 1", s'y préparait en renforçant son infanterie. Le meurtre d'un agent secret, qu'il entretenait à Milan, fournit un plausible prétexte de rupture (1536). Une armée envoyée à la conquête du Milanais, envahit d'abord la Savoie et le Piémont^ parce que le duc refusait, cette fois, le passage des Alpes. Charles-Quint accourt de Tunis, éclate en reproches contre le roi de France, et se jette sur la Provence à la tête de 50000 hommes. Cette province fut encore une fois
sauTée» nuis au prix des plus durs sacrilSces. Le connétable Aaae deMontmoreocj détruisit impitoyablement toutes les i>écoites^ de sorte que l'empereur fut ebligé de quitter un pays où son armée, manquant de tout, était harcelée par les paysans^ décimée par les maladies. Ses lieutenants furent également repoussés en Langue4oc et en Picardie, par le patriotisme des hsj)itants. La détresse des peuples et la crainte des Turcs amenèrent l'empereur à signer une trêve qui fut conclue à Nice (1538), pour dix ans sous la médiation du pape Paul lïl.
Peu de temps auparavant, les deux souverains, qui naguère s'accusaient des crimes les plus horribles, avaient eu une entrevue, très-cordiale en apparence, à Aigues-Mortes, Bientôt après, la ville de Gand s'étant soulevée contre Gharles-Quint, voulut se donner à la France, et non-seulement François !•' lui refusa son appui; mais il permit encore à l'empereur de traverser son royaume, du midi au nord^ pour atteindre plus promptement les rebelles. Il lui prodigua, dans son voyage, les fêtes somptueuses et toutes les courtoisies d'un accueil vraiment royal. Certains courtisans excitaient secrètement François !•' à saisir roccasion de mettre la main sur un rival qui se livrait lui -môme. Mais le roi, fidèle à sa parole, repoussa ces insinuations, et Charles-Quint put se retirer librement, après avoir promis l'investiture du Milanais au duc d'Orléans, fils de François. A peine eut- il accompli son dessein et soumb les Gantais, qu'il refusa de tenir sa parole. Ce manque de foi et le meurtre de deux agents français à Pavie, amenèrent une nouvelle guerre.
•. finalrlème «acrre (VMM).
Att moment où s'engageait cette dernière lutte, Charles- Quint venait de perdre, devant Alger^ le fruit d'immenses préparatifs. La tempête détruisit la plus grande partie de sa flotte, et maltraita son armée de terre, dont il eut beaucoup de peine à ramener les débris. Le roi de France qui avait ouvert la campagne par l'invasion du Luxembourg et du Piémont^ profita du désastre de son ennemi pour joindre ses vaisseaux à ceux de Soliman, commandés par le corsaire Barberousse, grand homme de mer. Les deux flottes réunies, où l'on voyait, avec un pénible étonnement, les fleurs de lis associées au croissant, bombardèrent iVice, dernière place qui restât au duc de Savoie.
Henri VIII, en Picanlie> les Espagnols en Piémont, les Imp€-
riaux en Champagne, concertèrent une invasion redoutable ; la résistance fut aussi vigoureuse que l'attaque. Du Guast, général de Charles-Quint, rencontra en Piémont un général de Vingt ans, le comte d'Enghien, de la maison de Bourbon, et celui-ci, après avoir député Montluc au roi pour obtenir la permission de livrer bataille, remporta une éclatante victoire à Cérisoles (154(k). L'empereur en personne s'avançait par Saint-Dizier, Epernay et Château-Thierry; mais Tattitude résolue de Paris et l'approche d'une armée française, le décidèrent à reculer. Bientôt, la paix signée à Crespy (ISdd), mit fin à cette rivalité fameuse, qui durait depuis vingt-quatre ans. François 1*»»^ rendait au duc de Savoie ses places fortes; l'empereur cédait le Milanais au duc d'Orléans. Ni l'une ni l'autre de ces conditions ne fut exécutée, et cependant la paix subsista. Deux ans plus tard, le roi de France conclut également un traité avec Henri YIII^ qui s'était emparé de Boulogne ; il se réservait le droit de racheter cette ville au bout de huit ans.
François I" mourut, en 1547, au château de Rambouillet, âgé de cinquante-deux ans. Avec un mélange de brillantes qualités et de graves défauts, de grandeur et de faiblesse, ce prince a trouvé autant de juges sévères que d'admirateurs. Le premier il attira la noblesse à la cour, où elle perdit son indépendance, ses biens et sa dignité. L'influence qu'il laissa prendre aux femmes corrompit les mœurs publiques, et compromit plus d'une fois les intérêts de l'État. Ce qui survit au souvenir de ses fautes, c'est la protection éclairée qu'il accorda aux lettres et aux arts; c'est la constance qu'il déploya dans sa lutte avec la maison d'Autriche, dont l'ambition menaçait l'indépendance de la France et l'équilibre de l'Europe. Les Français repoussèrent héroïquement toutes les invasions, et le roi pouvait dire avec un juste orgueil : Cest le meilleur peuple du monde, le plus prompt aux dévouements et aux sacrifices.
Sous ce règne l'Église eut à gémir de la dispensation de ses bénéfices, souvent attribués à des hommes qui n'y avaient d'autre titre que la faveur du prince. Réduit au silence, le Parlement dut enregistrer les lois : « du bon plaisir de sa majesté:» Quelques améliorations furent cependant introduites par Védit de Villers Cotterets (1539), qui substitua la langue française au latin dans les procédures. Gomme la vente des charges et le produit des impôts ne suffisaient pas toujours aux besoins du Trésor, épuisé par les guerres et par le luxe de la cour, on recourut pour la première fois à Vemprunt^ que l'État garantit aux particuliers
en fondant des rendes perpétœlle^suT l'Hôtel de yille. Les mômes besoins firent inventer le jeu funeste de la loterie,
François 1«' donna une première organisation à l'infanterie française, encouragea la marine, négligée par ses prédécesseurs, et créa le port du Havre. De son temps, un armateur de Dieppe, Ango, put avec ses propres vaisseaux faire la [guerre au roi de Portugal et bloquer le port de Lisbonne. Jacques Cartier, de Saint-Malo, remonta le fleuve Saint-Laurent et découvrit le Canada^ qui devint plus tard une importante colonie. L'industrie et le commerce furent l'objet de faveurs intelligentes. Mais François I" est surtout le Père des lettres. L'imprimerie royale, libéralement pourvue par ses largesses, publia des livres en toutes langues avec leurs caractères propres. De savants imprimeurs, tels que les Estienne (Robert et Henri), illustrèrent leur profession. Au Collège de France, fondé en 1530, on enseigna, dès l'origine, l'hébreu, le grec et les mathématiques, la médecine et la philosophie. Guillaume Budé, célèbre helléniste, fut un prodige d'érudition. Alciat de Milan et après lui Cujas renouvelèrent la science du droit. On verra plus loin au chapitre de la Renaissance, quel éclat les arts et les lettres jetèrent sur ce règne, l'un des plus remarquables de notre histoire.
f». Henri II (tS49).
Henri II lutta, comme son père, contre la maison d'Autriche, avec cette dififérence que, renonçant à la conquête de l'Italie, il s'attacha principalement à défendre et môme à reculer la frontière du côté de l'Est. Ce plan mal compris des contemporains, était cependant de beaucoup préférable aux aventures lointaines et stériles.
Dépourvu d'ailleurs des qualités brillantes qui faisaient le prestige de son père, Henri II l'imita malheureusement, dans ses folles prodigalités, et dans les désordres de sa vie privée, où il ne mit aucune retenue. 11 laissa le champ libre aux intrigues de cour et aux rivalités d'ambition qui s'agitaient autour de lui. Le duc François de Guise et le cardinal de Lorraine, son frère, tous les deux fils du duc Claude, cadet de la maison ducale de Lorraine ; la reine Catherine de Médicis et une autre femme dont la présence seule était un scandale, Diane de Poi" tiers, se disputèrent l'influence et les faveurs. Cependant on racheta Boulogne aux Anglais, et le jeune dauphin François fut fiancé à Marie Stuart, héritière d'Ecosse (1548). La même an-
née, des trouble» violents éclatèr^t en Oujemte à propos de Pimpôt sur le sel nommé gaheile. Le peuple de Bordeaux, massacra le lieutenant général du gouverneur avec des circonstances horribles. Envoyé pour réprimer la sédition, le connét^e de Montmorency déploya cette rigueur implacable et cette froide oraauté qui déshonorent la justice elle-même.
!•. C^a^Hêle des Trékh-àvééhém (tft»t).
Charles-Quint régnait toujours, et la bataille de Mûhlberg qu'il venait de gagner en Allemagne, sur les protestants^ devait Tencourager dans ses projets de monarchie universelle. Fidèle encore sur ee point aux traditions de son père, Henri H, tout en se montrant impitoyable paur les protestants français^ prit en main la cause des libertés germaniques, dont les luthériens se prétendaient les défenseurs, et marcha contre Tennemi conunun. Cette campagne fut heureuse sur tous les points. Les trois évôchés de Metz, Toul et Verdun furent enlevés sans coup férir. L'empereur, que la trahison de Maurice de Saxe, allié secret d'Henri II, avait exposé aux plus grands périls, fut heureux de conclure la convention de Passau avec les protestants. A la tête de 100000 hommes, munis d'une redoutatable artillerie, il vint ensuite assiéger Metz^ que François de Guise défendit deux mois avec une constance héroïque (1552). L'armée impériale, surprise par les pluies et par le froid de l'hiver, affaiblie par la contagion, fut obligée de se retirer, et l'empereur laissa percer son dépit dans ces paroles amèies : La fortune n^aimepas les vieillards. Dès lors, l'ancienne capitale du royaume Franc d'Austrasie, l'ancienne ville libre de Metz resta pendant plus de trois siècles, notre plus ferme boulevard sur la Moselle. Charles-Quint se vengea de son échec par la dévastation de l'Artois et la ruine de Térouanne et de Hesdin. En Italie, le maréchal de Cossé-Brisac soutenait vaillanoment la gloire des armes françaises. Henri II s'avançait à son tour dans le Brabant, et Guise, avec Tavannes, faisait éprouver un nouveau revers à l'empereur sous les murs de Renti (155^).
Soit qu'il fût rebuté des mécomptes de son ambition, soit que l'âge et les infirmités lui conseillassent le repos, Charlea^Quint, âgé pour lors de cinquante- six ans, prit une résolution extraordinaire (1556). Laissant l'empire et l'Autriche à son firèra F^pdinand I^, l'Espagne, la Sicile, Naples, Milan et les Pays-Bas k son fils Philippe //, qui recevait en outra les riches colonies du
Mexique et du Pércm, il abdiqua pour se retirer près du monastère de Saint- Just, dans rËstramadure^ où il mourat deux ans plus tard (1558).
C»ml»résls (ISS»].
Malgré le partage de la monarchie de Charles-Quint, Pbi^ lippe II était encore un voisin très-redoutable, à cause de ses vastes possessions et de son mariage avee la reine d'Angleterre, Marie Tudor, fille d'Henri VIII. Le roi de France, pour conjurer le péril, s'empressa de rompre la trêve de Vcw-r çd/««, qu'il avait conclue avec l'empereur (1556). Le pape Paul IV, ennemi des Espagnols qu'il trouvait trop paissants, promettait au fils d'Henri II l'investiture du royaume de Naples. Une ar- ^ mêe partit donc sous les ordres du duc de Guise, franchit les. AJpea, et fut arrêtée dans les Abruzzes par le duo d'Albe, l'un des plus grands capitaines de cette époque. Un autre général du roi d'Bspagne, Philibert Emmanuel, duc de Savoie, dépouillé de ses États par la Franc^^ pénétra en Picardie et vint mettre le âége devant Saimt^Qmnim^ avec un renfort de 8000 Anglais (1557). Malgré l'insufâsance de ses forces, le connétablei de MontiEU3r«icy, oavojé au sosours de la place, libra bataille imprudemment sur une étroite chaussée^ et paya eette faute de sa liberté et de la perte de son armée.
Mon fils est-il à Paris? demandait Charles-Quint du fond de sa retraite, en apprenant la victoire. Mais, au lieu de marcher en avant, Philippe II s'arrêta devant Sain^Quen^m qui, défendu par Goligny, ne se rendit qu'après dix-sept jours d'une résistance désespérée. Il prit ensuite Ham et le Catekt^ puis rentra dans les Pays-Bas. Un fait d'armes des plus glorieux consola la France de ses derniers reverè. Rappelé d'Italie, et honoré du titre de lieutenant généraJ, le duc de Guise justifia la confiance do roi et l'espoir de la nation, en reprenant la ville de Cahis aux Anglâiii, qui Feceupaient depuis 210 ana: il ne lui fallut pour eela qm neuf jours, et l'on était au ccavir de l'hiver. Une longue injure était donc enfin effacée; il n'y avait plus d'Angolais sur le sol de la patrie. La reine Marie fut si sensible à la perte de cette place ^ qu'elle ea mourut, dit-ou, de chagrin tl55«,
ËliMbeth, qui lui suoç^ sur le tr^ae d'Heojri VIII, leur pèTe, se inoatra aussi ;^lée poiurle protestantiseoie qaa ^ siseur,
épouse de Philippe II, Pavait été pour la foi catholique. L'É* cosse, toujours ennemie de l'Angleterre, avait alors pour régente Marie de Lorraine, sœur du duc de Guise, et veuve du roi Jacques V. Sa fille, la jeune Marie Stuart, était fiancée au dauphin; le vainqueur de Calais hâta la conclusion du mariage, et rehaussa par de nouveaux services l'honneur fait à sa maison. Philippe II, privé désormais de l'alliance de l'Angleterre, voulant former à loisir une ligue des puissances catholiques, dont il serait le chef, inclinait à faire la paix : elle fut signée à Cateau-Cambrésis (1559). ' ,
Ce traité que l'on peut considérer comme la fin des guerres d'Italie, fut mal jugé des contemporains. On se plaignit que la France ahandonnât cent quatre-vingt-neuf villes ou châteaux, tant en Savoie et en Piémont que dans les Pays-Bas, pour conserver les Trois- Évêchés et la ville de Calais. La paix fut cimentée par le mariage d'Elisabeth, fille d'Henri II, avec Philippe II, roi d'Espagne, et celui de Marguerite de Valois, fille de François I«, avec le duc de Savoie, Philibert-Emmanuel, rétabli dans ses Ëtats. Ce fut pendant les fêtes de ce dernier mariage que Henri II trouva la mort dans un tournoi, en joutant avec le comte de Montgomery, capitaine de ses gardes (1559). La France allait être livrée à tous les malheurs des factions et des discordes religieuses, envenimées déjà par la rigueur du feu roi envers les protestants.