liA Réforme en Allemaffne
Depuis les croisades, les papes avaienlTtenu une grande place dans les conseils de l'Europe; chefs spirituels de la Chrétienté, ils Pavaient jusque-là défendue heureusement contre les attaques de l'hérésie et de l'Islamisme ; souverains temporels d'un tiers de l'Italie, ils s'étaient mêlés aux guerres récentes, et Ton a vu la part importante qu'ils y prirent, soit pour préserver leurs propres États, soit pour essayer de rendre à l'Italie son indépendance. En outre, ils avaient protégé magnifiquement les lettres et les arts. Mais de nombreux abus s'étaient introduits dans rÉglise. Parmi les possesseurs de bénéfices ecclésiastiques, beaucoup donnaient l'exemple d'une vie mondaine et sensuelle. Une réforme était donc nécessaire. Malheureusement, cette réforme, au lieu d'être confiée à la prudence des pasteurs, fut entreprise par des esprits orgueilleux qui, confondant la discipline avec le dogme, sapèrent l'autorité religieuse et le christianisme lui-môme.
Jules II avait commencé la magnifique basilique de Saint- Pierre; Léon X poursuivit la même œuvre, et prodigua les trésors du Saint-Siège aux plus célèbres artistes de l'Italie. Vers le môme temps, le sultan Séiim !«»•, conquérant de la Syrie et de l'Egypte, menaçait d'une ruine totale l'Italie et la chrétienté. Il fallait des ressources immenses pour faire face au danger de l'invasion, et en môme temps continuer une construction si vaste et si somptueuse. Léon X eut recours à la publication des indulgences, moyen souvent employé par ses prédécesseurs, et il chargea les Dominicains de prêcher l'œuvre en Allemagne. Soit jalousie de deux ordres rivaux, soit disposition naturelle d'un esprit inquiet et remuant, Martin Luther, moine augustin, professeur de théologie à l'université de Wittemberg, en Saxe, attaqua d'abord les prédicateurs, puis bientôt le principe même des indulgences (1517), et enfin l'autorité du Saint-Siège. A Torigine, Léon X ne s'effraya pas de cette agitation qu'il appelait une querelle de moines, en sorte que Luther, protégé par l'électeur de Saxe Frédéric le Sage, remplit impunément l'Ailemagne de ses violentes déclamations. Il osa bientôt combattre la confession auriculaire, le célibat ecclésiastique, les vœux de
religion, puis la communion des saints et la transsubstantiation. Le pape, cédant enfin aux sollicitations de Fempereur, condamna par une bulle les témérités de Fhérésiarque.
Au lieu de se soumettre au jugement de Rome, Luther brûla publiquement à Wittemberg la bulle lancée contre lui (1520), témoignant ainsi qu'il voulait rompre avec la tradition catholique. Ses opinions lui avaient fait de nombreux partisans, surtout parmi les princes, impatients de secouer le joug de TÉglise et de saisir des biens du clergé. L'impétuosité de son éloquence enlevait tout le monde; il accablait ses contradicteurs d'invectives brûlantes et grossières, particulièreinent goûtées du peuple. Cependant le libre examen que Luther introduisait dans les questions religieuses, en faisant fermenter les idées d'indépendance absolue, favorisait une révolution politique et môme sociale. L'empereur fut donc obligé d'intervenir dans le débat. Une première diète convoquée à Worms par Charles- Quint (1521) n'intimida pas le sectaire, qui redoubla même de fougue et d'audace. Enfermé pendant un an au château de la Wartbourg, en Thuringe, par son seigneur le duc Frédéric de Saxe, qui voulait le protéger contre ses propres imprudences, Luther, dans ce donjon qu'il appelait son Pathmos, fit une traduction populaire de la Bible, En même temps, il inondait l'Allemagne de ses pamphlets que l'imprimerie, nouvellement découverte, faisait pénétrer jusque dans les provinces les plus reculées. De là une agitation qui bouleversa les esprits et les États. Alb^irt de Brandebourg^ grand maître de l'ordre Teutonique, s'étant déclaré luthérien, fit de la Prusse, au profit de sa maison, un duché héréditaire sous la suzeraineté de la Pologne (1525). Il viola ses vœux pour se marier, à Pexemple de Luther lui-même qui avait épousé une religieuse sortie de son couvent.
On vit bientôt la libre interprétation des livres saints faire naître des doctrines insensées aiecueillies avidement par les paysans de la Souabe, de la Thuringe, de la Franconie et de plusieurs autres provinces d'Allemagne. Ceux-ci déclarèrent la guerre à toute espèce d'autorité, se mirent en révolte contre toutes les lois, pillant et massacrant tout ce qu'ils rencontraient, jusqu'à ce que le danger commun réunit pour leur tenir tête les seigneurs des deux partis. Cent mille de ces malheureux périrent en diverses rencontres (1526). Plus tard (1535) Jean de Leyde^ chef des Anabaptistes, épouvanta l'Allemagne par ses fureurs et par les infamies qu'il étala dans la ville de Munster,
VWr^pivej ^^cUvé en deux ejt fatalement affaibli^ devait s^ pî|;jptager (féçormais en États catholiqi;e^ et en États protestants j ceux-ci dominapit ^u Nofd, ceu?-là a^ Midi : antagonismje d'où aortit, plus tard, 1^ guerre de Trente ans.
Charles-Quint distrait, tantôt par sa riyalité ^vec François "f^r, tantôt par )e b^çoin de résister aux invasion^ des Turcs, n^ pu| jamais suivre avec perséyérance ciette grande affaire de la ^éform^. A la diète de Spire (1529), les luthériens protestèrent coyj? tre Tarrôt qui liniitait le champ de Thérésie : a oi^ leur vint le nom de protestants. L^ diète à^Augsbqurg Q530) n'eut pas un meilleur pési^ft^t, et les rebelle? enhardis pjar r^mpunité, rédigèrenjL U^x ^ymbple et formèrent une confédéfation pofitfque et militaire, ,qui fut la fameuse JigmB de Smalkalde (1531). I«'Allemagi^e était en feu. Luther, qui mourut en I54Q, un an aprj^f la convQcation du concile 4e Trente^ yéci^t as^ez pop^ ypif les déçastrep^ leffpts (Jp ses pré^ijiications.
La lutte des deux partis devint une guerre puyerte. Les protestants sq mirent en campagne avpc 80 000 honunes ; 1^ défaite qu'ils essuyèrent à Muhlberg (1547) np fit qu'exciter leur ardeur. Ayant trouvé un nouvel allié djans le jeune Max^rice de Saœe^ qui, deui: fois trapsfuge, ab^dpnna la cause )de Tçp^perçur ppiur cçUe «Je §es coreligionnaire?, ils fure^t sur Ip poiftf de faire Gbarles-Quint prisonnier à Impruck, Une pacification provisoire, con^ue cous le nom à! Intérim^ tf ^vait contenté persoppe. Les luthérien^, forts jie l'iappui d'Henri ij, roi dp France, purept jdictjBr 1^ loi et gbtçnir avpc le libre exercice de leuy culte, la jouiçs^nce des biens ecclésiastiques déjà sécularisés. Telle fut la convention de Pa^sau (1552), qui devjnt, à Augs^ bourg, me pai? définitive (1555). Toutçjtpijs, il restait entre le^ demx partis 4e nombreux éléments de discorde : certains articles de la paix d'Augsbourg; mal observés de part et (J'autre, devaient donner ngiissance à de nouvelles guerre?. Ferdinand l^^t roi de Hongrie et de Bpbéme , puis roi de? Romaips , reçut 1* couronne impériale, après rabtjication de son frère Gbarles-Quint (1556). Tolérant et modéré, il cb^rcha surtout à maintenir 1^ concorde , sans pouvoir prévenir l'effroyable collision qui allait bientôt éclater.
9, (Suisse (f 5fl|-t&e4).
La Héfarme bouleversa. la Suisse comme T Allemagne, au seizième siècle ; elle s'y établit dans les mêmes circonstances, et causa une scission non moins profonde. Ce petit pays, placé
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au centré de l'Europe «occidei^tale, devint U foyer 4^8 idépç nouvelles, qui, de là, se répandirent en France, daij? les Payg-j Bas et en Ecosse. Ses réformateurs, Zwingîe et Calvin,, allèrjeirt beaucoup plus loin que Luther et déchaînèrent de nouvelles tempêtes.
Ulrich Zwingle, d'abord soldat, puis curé de Zurjjîti, ayait prêché sa doctrine dès 1516, et coml)at|tu reffiçaçjj;j^ dç§ iû4uls Çences. Bientôt il s*enhardit, attaqua le^ çac]refl[^ents ^t ^U| même la présence réelle que Luther avait respecté^. iSes ^ç Çn tateurs, connus sous le nom de Sacramentqffe$j se mul)iplièïîçnt surtout à Zurich, à Bâle, à SchalTpuse çt à ÎBernq^ ^^$ les ç^^ tons primitifs, berceau de la liberté l^elvétique , et avec eijx, Fribourg, ^ucerne et Soleure, restèrent fidèlei? à Fo^thpdoxip. l\ s'ensuivit une gi^ej:re civile ^ptre les canjon^ çf^jiholiqi^e§ ei \&% cantons protestants, connue soii^ le npm de guerre 4^ Capp<A* Le fougueux Zwingle, conduisant lui-ïnôi^ç le§ siçi}^ §if cppis bat, fut battu et tué (1531). Ses idées cepen4^Diti luj §vry($o^j rent, et le Français Calvin leur donna un nouveau dévjeloppfj ment.
Calvin, né ^ Npyon en 1509, se fit repaarquer i& hpfXku^ ]^^Wè par ses talents et par la témérité de ses opinions tf^éojqgiq^^ç, Frappé d'anathème, il m^na une vie aventureusp pfêchaiit /ses doctrines successivement à Paris, % Angpul^pa^, à IJéf^P» pyi^ ^ Bâle. La révolution qui écl^t^ à Genève vers J5;?5, lui Pierm^l de s'y fixer. Cette ville ^vait été jusqu'alors gouvfirRéf p^ |^ évoques sous la §^zeraineté dp§^ di^p? 4^ Ç^vpjp; if^^% 1/^ p§^^ démocratique, qui était aus§i çeliii de 1^ réformg, y S^viftt dpr mjïjant, et ?jbs membres priri^pt j^ nqm dp Pjiguenqi§ (cQQfjidérés par cernent), nop que l'o^ appliqi^^ depuis ^ toi|s leç protestants, ^prè^ qu'ils eurent chassé l'èvêqi^e , Ç^lvifij , appelé p^r eux', quitta Bàle ppur aller ^ Gren^ye W§g|çgfir la théologie; il avait écrit déjà son chef-d'œ^yre, }p liyrje àe y Institution chrétienne. R'un caractèrp imp^rieij^j, froid jçt amer, Calvip porta la réfornae jusqu'à pe^ dernij^res consé? quences, en proscrivant tout culte extérieur ei toute hiérair* chie. Il se prononça contre la priéîsence réelle et même contre le libre arbitre, l'homme étant, selon lui, f^alempi^t pr^dp^iné au salut ou à la damnation. Absolu d^ns ces idées jusqu'à ]^ férocité, il fit brûler Michel Servet pour crime 4'héré^ie, fai mêfla,e temps qu'il prêchait la tolérance ^ Françqig 1^^ U^\v^ § la fois 4u temporel et du spirituel, il fo^da à Gp^èyp 4ô« iï>§titutjji?^ çiy|lp^ pt rpligÙBUsps empreintes 4'pitP ?é¥érit.é tpiJÎç
démocratique, qui se sont maintenues jusqu^à nos jours. tSette rilla célèbre, où il mourut en 1564, devint la Rome du proteS' Umtisme.
s. ^lato 0c«BillBAve».
Les opinions de Luther favorables, comme nous Pavons dit, au despotisme des princes, prévalurent dans le nord de L^Europe et jusque dans les États Scandinaves. Remontons quelques années plus haut.
Rompant les premiers l'union de Calmar, les Suédois s'étaient donné pour roi, en 14^8, Charles VIII Canutson^ qui eut constamment à se défendre contre Christian /«' d'Oldenbourgf déjà souverain du Danemark et de la Norwége. L'union rétablie deux fois, se trouvait de nouveau détruite, lorsque Christian 11^ petitr-fils de Christian !•', parvint à gagner Gustave Troll, archevêque d'Upsal. Grâce à son appui, il se fit nommer roi de Suède et se maintint dans ce pays par la plus épouvantable tyrannie (1520). Les nobles et les prélats suédois furent mis à mort, au milieu du peuple qui les pleurait. Christian se crut tout permis» parce qu'il était victorieux et allié de l'empereur Gbarles-Quint, dont il avait épousé la sœur.
Les Suédois cependant trouvèrent un vengeur. Un jeune homme de la race royale, Gustave Wasa, emprisonné à Copenhague par l'oppresseur de son pays, réussit à s'échapper et trouva un asile dans les mines de la Dalécarlie, où il travailla d'abord comme un simple ouvrier. Ses paroles enflammées soulèvent les mineurs et les paysans contre la domination étrangère. Secouru par les villes anséatiques, Gustave Wasa se met à la tête de 20000 insurgés, bat Tarchevôque d'Upsal, et bientôt les Danois ne possèdent plus que trois villes, Abo, Calmar et Stockholm, surnommées les defs de la Suède. Une révolution s'accomplissait aussi en Danemark. Les nobles et les évêques, ligués contre Christian le Néron du Nord, qui avait voulu abolir leurs privilèges, le déposèrent. Son oncle Frédéric /«»•, duc de Holstein, fut proclamé à sa place; Christian perdit ses deux couronnes à la fois.
Gustave Wasa, devenu roi de Suède (1523) par le vœu général, sut défendre le royaume qu'il avait arraché à l'oppression. Christian, furieux de ses revers, obtint quelques secours de son beau-frère Çharles-Quint, et revint attaquer les rois de Suède et de Danemark, qui s'unirent contre lui. A peine maître du pouvoir, Gustave avait propagé les nouvelles idées religieuses,
dépouillé les évoques et restreint les pfiviléges des nobles; il s^était ainsi créé beaucoup d'ennemis. Christian II profite des circonstances et se donne comme le vengeur de la religion qu'il avait jadis persécutée ; il tomba enfin au pouvoir du roi de Danemark, qui le tint vingt-neuf ans en prison. Gustave Wasa rendit héréditaire dans sa famille la couronne de Suède auparavant élective. Ce fut un prince remarquable par son courage et ses talents; mais jaloux d'exercer un pouvoir absolu et inibu des opinions nouvelles, il ne craignit pas d'employer, pour parvenir à ses fins, la violence et la persécution. Les braves Daléçarliens, auxquels il devait le trône, furent durement traités, en punition de leur attachement à la foi catholique. L'église de Suède conserva néanmoins ses évôchés, avec une partie du culte extérieur. Une guerre avec la Russie, terminée par une trêve de quarante ans, occupa sans profit les forces de Gustave. Par son alliance avec François P' et les protestants d'Allemagne contre Charles-Quint, il fut le premier roi de Suède qui entra dans le système politique de l'Europe.
Le Danemark et la Norwège restèrent dans la famille de Frédéric I«f, après que Christian II eut été vaincu et mis en prison. Christian III (1534), fils et successeur de Frédéric, eut à soutenir une lutte sérieuse contre le comte Christophe d'Oldenbourg, qui commandait les troupes de la* république marchande de Lubeck. Cette guerre engendra tant de maux qu'elle resta gravée dans le souvenir du peuple, et que Ton parla longtemps avec effroi de la.' guerre du Comte. Le nom de Christian II avait servi de drapeau aux catholiques et aux paysans, et les avait ralliés contre le nouveau roi ; mais ce nom n'était qu'un prétexte, car la ville de Lubeck et le comte Christophe songeaient uniquement à leurs intérêts ou à leur ambition. La victoire resta enfin à Christian III, soutenu par Gustave Wasa. A peine établi, le roi de Danemark accuse les prélats de tous les malheurs du pays, les dépouille de leurs évèchés et les remplace par des surintendants^ qui forcèrent les Norwégiens à abjurer leur antique croyance. Le luthéranisme fut de môme violemment imposé à l'Islande, où le poète national, Pévêque Arnesôn, eut la tête tranchée à cause de son fidèle attachement au Saint- Siège.