Angleterre et Ecosse (ift«9-fft6d
EnAngleterre, la Réforme fut une conséquence du despotisme des Tudors, de la servilité des parlements et de l'excès môme des
richesses de rjÉglise. Toutefois, cette religion anglicane, dopt^ Henri VHI se fit le promoteur et pour aipsi dire lé grand pontife, différa sensibl^mept du syn^bole de Luther.
A son avènement au trône, Henri VIII (1509) trouva dans Ips trésors qu'av^if amassés son père, le moyen de faire la guerrp à la France et à TÉcosse. Il battit .l'armée de Louis XII à Gimnegate, journée dite des pperons, vainquit à 1^ bataille de Flowden (1513) Jacques IT, TaipJL de la France, qui y fut tué. (!lomme ses alliés du continent, il profita de la paix générale et fit époi^r sa sœur Mjarie ^ l-puis XII. A TépoquQ de Frai^r cois le', nous l'avon^ yu tantôf pencl^er du côté dp ce prince, tantôt efnbraj^ser la cau^e de çpn rival, ayant pqur système d^affaiblir le vainqueur ou de se ménager ui^e part d^s les profit^ du succès. Disons ^lai^tenant comptent il en vint à détraire le catholicisme daps son irpyai^me-
Très-attaché d'abord au Saint-Çiége, Hepr; VIII ^vait reçu du pape le titre de défenseur de la foi^ pour avoir réfuté dans un ouvrage théologique la doctrine de Luther sur les sacrements. Mais après dix-huif ans d'union avec Catherine d'Aragon, fille de Ferdinand et d'Isabelle et tante de Charles-Quint, il entreprit de faire anpujer son mariage, sous prétexte que Catberipp avaljb été quelques mois l'épouse de son frère : ce n'était qu'un faux scrupule. Violemment épris d'une fille d'honneur do la reine, Anne de Bpleyn, il voulait à tout prix l'épouser. Le pape Clément VH, refusant de se prêter à cette coupable intrigue, le roi d'Angleterre rompit avec Rome et se déclara protecteur et chef de l'Église anglicane; il rejeta certains dogmes, tandis qu'il maintenait et môme imposait les autres, par exemple, la confession auriculaire. Il chassa les religieux de leu^ monastères et s'empara de leurs biens, qu'il s'appropriait qu qu'il distribuait h, ses créatures. Beaucoup de grandes familje^ anglaises ont tiré de cette source leur opulence et leur élévation. L'évoque Fisher, le chancelier Thomas Morus et quelque§; autres personnages, qui seuls, dans le clergé et les haute? classes, eurent le courage de contredire le tyran, périrent du dernier supplice. La moindre résistance entraînait la peine capitale, et d'innombrables exécutions ensanglantèrent le royaume ; car le théologien couronné enveloppait dans les mêmes rigueurs, catholiques, luthériens et calvinistes, quiconque enfin n'acceptait pas sa suprématie spirituelle.
Entre les mains d'Henri VIII, le parlement anglais deyjnt l'instrun^pnt servile du despotispae le plus arbitraire et le j^}^
odieux : tant l'anarchie sanglante de la guerre des Deux Roses ?ivait éneryé les caractères et brisé tout le ressort de la nation. Les varlets des communes, comme disait le roi, Ijii accordèrent avec empressement les subsides extraordinaires (jij'il réclamait, et lui donnèrent droit dévie et de mort sur ses sujets ; car le bill d'Attainder, affranchissant ses caprices de toi;te formalité judiciaire, condamnait 4'avance ceux qu'il voulait faire mourir. Il dissipa follement les golîanj.es provenant du pillage des couvents, et laissait mourir de misère les pauvres qu.^ Ij3s religieux nourrissaient autrefois. Ce fut Henri VIII qui, le premier, prit le titre de roi d'Irlande, ^près ayoir affermi par la perfidie et la cruauté, sa domifiatioif sur cette lie restée catholique, et condamnée à nourrir, dans ça misère, ui; clergé anglican richement doté. Des six fe?ï^mei? qu'il épousa successiyeipent *, il en envoya deux à Péçhafai^d et, la preqiière, Anne de Boleyn, celles là même qui lui avait inspiré une si folle passion que, pour la satisfaire, il avait renié le culte»de ses aïeux. Malgré les crimes qui souillent sa mémoire, Henri VIII est resté populaire en Angleterre, parce que la révpljiition religieuse qu'il accomplit flattait l'orgueil national. On ne pep); d'ailleurs lui refuser, au point de vue purement anglais, iji^e grande habileté politique et le don du coipmai^dçmenjt. Ses trois enfants montèrent l'un après l'autre sur le trône.
Edouard VI, fils de Jeanne Seymour, régna six anç (15^7- 1553). Son jeune âge ne luj permettant pas de gouverner par lui-même, la régence fut confiée au duc de Spmpxérset, son oncle maternel, qui songea uniquement à proscrire les usages que le catholicisme avait introduits dans les mœurs. Il fit la guerre à l'Ecosse avec quelques succès ; moins heureux sur le continent, il perdit i?ûu%né, qui revint au roi de France. L'ambitieuy Warwick, comte de Nortbumberland, le renverra et prit Iq titre de protecteur. Comme É4ouardVI s'éteignait visiblement et que ses deux soçurs Marie ^t Elisabeth, fiJJp?, l'une de Catherine d'Aragon, l'autre d'Anne de Bolçyp, avaient été déclarées illégitimes par un arrêt du parlement, le Protecteur pressa le roi mourant de léguer la couronne à une petite -fille d'Henri Vil, Jeanne Gray, à laquelle il avait marié son fils. Edouard fît donc en faveur de sa cousine un testament, qui lui devint funeste. Après la mort du jeune roi, la nation reconnut
i. Les six femmes d'Henri VIII forent Catherine d'Aragon, Anne de Boleya, Jeanne Seymour, Anne de Clè:7es, Catherine Hoiyard et Catherine Parr.
les droits de Marie Tudor, et celle-ci se vengea cruellement d'une usurpation d'un jour. Belle, spirituelle, très-instruite, l'infortunée Jeanne Gray porta, à dix-sept ans, sa tête sur l'écbafaud; son mari et son beau-père furent également décapités.
Marie Tudor (1553), fille d'une princesse espagnole et femme de Philippe II, devait essayer, unç fois affermie sur le trône i de rétablir le culte catholique. Elle poursuivit cette tâche avec plus d'emportement que de prudence. Les Anglais l'ont surnommée Marie la Sanglante^ h cause des supplices qu'elle ordonna, supplices que le nonce du pape désapprouvait hautement ; mais les mœurs générales du temps étaient dures et même barbares. Du reste, le Parlement, non moins asservi aux volontés de Marie, qu'il l'avait été à la tyrannie de son père, s'empressa de relever l'édifice religieux renversé quelques années auparavant. Dominée par la politique de son mari Phi lippue II, Marie Tudor prit part à toutes les guerres du continent; son armée combattit avec les Espagnols à Saint -Quentin^ et ce ne fut pas impunément. Le duc de Guise lui enleva Calais (1558), la dernière possession que les Anglais eussent conservée en France. Marie en éprouva un tel chagrin qu'elle tomba malade ; elle disait en mourant : Qu'on owvre mon cœur, on y trouvera écrit le nom de Calais. Sa sœur Elisabeth lui succéda (1558). Déjà protestante dans l'àme, et digne fille d'Henri VIII, celle-ci ne tarda pas à reprendre l'œuvre interrompue de son père et à consommer, pour toujours, le divorce de TAngleterre avec Rome.
ft. I4A réforme en Keosse.
L'Ecosse avait d'abord repoussé la réforme d'Henri VIII. Ge pays de montagnes était partagé entre deux populations bien distinctes, les highlanders ou habitants des hautes terres, et les lowlanders, habitants des plaines. Une profonde antipathie divisait ces deux races. La guerre civile était continuelle et l'autorité royale peu respectée. Une aristocratie hautaine jouissait d'une indépendance à peu près complète, et poursuivait à outrance les rois assez hardis pour vouloir la contenir.
Après la mort de Bruce (1371), la couronne avait passé dans la maison des Stuarts qui, presque tous, furent pour la France de fidèles alliés et qui essayèrent de lutter contre leur turbulente noblesse. Jacques I^^ et Jacques III payèrent ces tentatives de leur vie. Jacques /F, gendre d'Henri VII, périt à la bataille
yGoogk
de Flowden (1513), gagnée par Henri VHI, qui venait d'entrer dans la ligue contre la France. Cette journée eut un résultat qu'on n'avait pu prévoir : les nobles du parti de Jacques IV s'étaient fait tuer à ses côtés, et l'opposition devint moins vive lorsque les principales familles eurent disparu. Mais le royaume des Stuarts ne devait pas jouir d'un moment de repos; aux factions des Ki'^nds succèdent les discordes religieuses. Après la mort de Jacques V (154^), pendant que le comte d'Arran et le cardinal Beaton se disputaient la régence, les opinions nouvelles pénétrèrent en Ecosse. Quelques années plus tard, lorsr que Marie de Guise, veuve de Jacques V, gouvernait le royaume au nom de sa fille Marie Stuart, encore enfant, les troubles religieux, fomentés par l'Angleterre, devinrent- l'état permanent du pays. John Knox, qui avait abjuré le catholicisme, quoiqu'il fût engagé dans les ordres, s'était rallié avec passion à la doctrine de Calvin, son ami, et avait rempli les cœurs d'un sombre fanatisme. Ce fut l'origine des malheurs de l'Ecosse et de la jeune reine Marie Stuart, que ses longues infortunes et sa mort ont immortalisée, plus encore que son esprit et sa beauté, L'assassinat du cardinal Beaton, archevêque de Saint-André, firt comme le prélude de ces sanglantes convulsions.
e. IaA réforme dans les Pays-Ras et en France.'
La réforme de Calvin pénétra aussi dans les Pays-Bas, sans y faire, du moins pendant le règne de Charles -Quint, de grands progrès. Mais après l'abdication de l'empereur, les rigueurs de son fils Philippe H exaspérèrent les réformés au lieu de les abattre, et la nouvelle doctrine se propagea rapidement par l'effet de la persécution môme. L'inquisition espagnole dépeupla le pays, moins encore par les victimes qu'elle fit que par l'émigration dont elle fut le motif déterminant. Les riches commerçants des Flandres allèrent porter en Angleterre et en Allemagne leur industrie, qui ne jouissait plus d'aucune sécurité dans leur, pays natal. Plus tard même, comme on le verra, Philippe II perdit les Provinces-Unies, soulevées contre son intolérance et son absolutisme.
Le calvinisme s'insinua plus facilement encore en France. Calvin s'étant établi à Genève, aux portes de notre pays, et publiant en français la plupart de ses ouvrages, attira bien vite à lui les mobiles populations du Midi, facilement séduites par les nouveautés. François 1®*', tout en étant Pami des luthériens
d'Allemagne et l'allié des Turcs, ne devait pas incliner vers une doctrine rigoHste, aux tendances républicaines, qui mettait en péril non-seulènlent la hiérarchie catholique, mais lepoilvoir royal lui-même; il sévit constre les réforitiés avecune rigueur (Jui lui attira le blâme du paj)e Paul III. L'hisidire lui reproche le massacre des Vâudois ou protestants de Mérindot et de CdbrièreSj en Dauphiné, massacre décrété par le parlement d'Aix. LeFénelon dtl seizième siècle, le docte et pieux Sadolet, évêque de Gàrpèntras, obtint, à force de prières, qtie Texécùtion de cet abominable arrêt serait quelque temps suspendue. Mais quelques années plus lard, la lutte prit de plus vastes proportions. On trouvera dans un chapitre àépaté le récit des guerres dé religion qui déchirèrent la Frahce pendant là seconde moitié du Seizième siècle.
t. Éi'fitltse à répoi|iië de là réformé.
Malgré les pertes considérables qu'elle fit subir à l'Église, Fhérésie lui profita en hâtant la réforme des mœurs, en obligeant les pasteurs des peuples à plus de science et de vertu.
Le concile de Trente [Ibkb à 1563), Tavant-demier des conciles œcuméniques, décréta toutes les réformes dont PÉglise avait besoin, et opposa aux novateurs l'invincible autorité des traditions apostoliques. Convoqué 'Sous Paul III, successeur du pape Clément VU, il poursuivit son œuvre, souvent et longtemps interrompue par les troubles et les guerres, jusqu'à ce qu'elle fût achevée. Voltaire a reconnu la sagesse de cette conduite et l'exagération des attaqués dirigées contre l'Église. Voici son aveu: « Ceux qui dirent qu'il fallait réparer l'édifice, et non le détruire, semblent avoir dit tout ce qu'on pouvait répondre au cri des peuples indignés.... Il y avait cependant partout des hommes de mœurs très-pures, des pasteurs dignes de l'être, des religieux soumis de cœur à des vœux qui effrayent la mollesse humaine '. » Depuis longtemps, au sein de TÉglise, des voix pieuses et véhémentes réclamaient la correction de la discipline et des mœurs; l'exemple partit des souverains pontifes euxmêmes. Pau/ IV (1555), saint Pie F (1566) et Grégoire XIII (1572-1585), rappelèrent au monde chrétien les vertus et l'austérité des anciens anachorètes. D'un autre côté, Grégoire XIII, en instituant le calendrier grégorien *, et quelques années plus