‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 176 sur 254 · I. FRANCE · texte numérisé non relu

I. FRANCE

Les guerres de religion remplissent en France une période de trente-six années : elles commencent sous Charles IX, et le traité de Vervins conclu par Henri IV y met un terme (1598). Le parti protestant devint, en 1562, une faction politique qui

tout à fait au temps vrai, et qu'en 1582 il y aiait une erreur de dix Joursi ordonna que le lendemain du 4 octobre s'appellerait 15 octobtei et il prit des mesures pour que l'erreur ne se renouvelât plus. Toutes les nations chrétiennes ont sidopté ce calendrier, excepté les Russes et les Grecs, qui OQt aujourd'hui presque treize jours de différence avec nous.

comptait dans son sein les plus grands personnages du royaume. Il faut remarquer que cette longue guerre civile se compliqua de tous les maux de la guerre étrangère, puisque deux souverains, animés Tun contre Pautre d'une haine personnelle, sem • blaient avoir pris la France pour champ de bataille. Philippe II soutenait la cause catholique ; Elisabeth, reine d'Angleterre, appuyait les protestants : c'est ce qui explique Tacharnement de la lutte, déjà fomentée au dedans par des ambitions qui s'attaquaient à la royauté elle-même.

La Réforme n'avait d'abord excité à la cour de François K qu'une sorte d'indifférence : le mouvement littéraire de l'époque et la licence des esprits favorisaient jusqu'à un certain point le principe du libre examen. Mais on a vu qu'à la fin de sa vie, le roi, alarmé du progrès des nouvelles doctrines et de leurs conséquences politiques, entreprit de les extirper par de sanglantes exécutions. L'insolence des placards affichés partout et jusqu'aux portes du Louvre avait blessé sa fierté et enflammé sa colère. Par Védit de Châteaubriant (1551), Henri H attribua aux cours souveraines le jugement sans appel des crimes d'hérésie ; par Védit d'Ecouen (1559), il prononça la peine de mort contre les religionnaires et leurs adhérents. Apprenant que son ordonnance était blâmée au sein du parlement, il vint en personne suspendre les délibérations de ce corps suspect de calvinisme. Le conseiller Anne Dubourg qui, dans une éloquente allocution, avait flétri les scandales de la cour, fut arrêté séance tenante. La mort du roi vint bientôt interrompre son procès ; on le reprit ensuite, etl'un des juges, le président Minard, étant tombé sous la balle d'un assassin, à la porte même du palais, ce crime hâta le supplice de l'infortuné Dubourg.

i. vraneoifl II (!&&•) .

François II \ l'aîné des fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, était un prince de seize ans, faible et maladif. Sous son règne les rivalités se produisent plus ardentes que jamais, et les haines de parti s'enveniment de plus en plus. Parmi ceux qui assiégeaient le pouvoir pour s'en emparer, on distinguait les

1 . Henri II avait laissé sept enfants, dont quatre fils : François 31, Charles IX, Henri III et François, duc d'Alençon. Les trois premiers régnèrent successivement. De ses trois filles, Tune, Elisabeth, épousa Philippe II, roi d'Espagne; Claude, le duc de Lorraine ; la plus jeune, Marguerite, épousa Henri de Béam, qui fut plus tard Henri IV.

princes de la maison de Guise, branche cadette de celle de Lorraine, dont le chef était alors François de Guise, illustre par de glorieux services. Le duc de Guise et son frère, le cardinal de Lorraine, avaient eu, sous le dernier règne, assez de crédit pour faire épouser au dauphin François II, leur nièce, Marie Stuart, reine d'Ecosse, mariage qui mit toute Tautorité entre leurs mains. Le connétable de Montmorency , bon catholique comme ils l'étaient eux-mêmes, reçut son congé sans l'avoir demandé.

Ses trois neveux qu'on appelait les Châtillon, avaient embrassé la réforme et tenaient tête aux princes lorrains : c'étaient l'amiral de Goligny, Dandelot et Châtillon , l'ancien évoque de Beauvais. Les protestants avaient en outre pour chefs, Antoine de Bourbon, roi de Navarre*, et son frère, le grince de Condé.

. Tous conspiraient secrètement contre les Guises. Leur haine était d'ailleurs secondée par la reine-mère, mécontente de n'avoir aucune part au gouvernement- La œnjuration d^Amboise

' (1560) fut le résultat de ces funestes intrigues*.

Un édit rendu par le cardinal de Lorraine pour éloigner de la cour les solliciteurs, servit de prétexte au complot. Le chef véritable, mais secret, était le prince de Condé, et le chef avoué, La Renaudie, gentilhomme de Périgord, jadis condamné pour faux, et qui revenait d'un voyage politique en Angleterre auprès de la reine TÉlisabe th. Il s'agissait d'enlever le ^ roi résidant alors au château de Blois, de le soustraire à l'influence des Guises et de lui arracher un édit favorable à la liberté de conscience . Un complice vint révéler la conjuration au cardinal, quand elle allait éclater. En face du péril, le duc de Guise ne se manqua pas à lui-même ; il appela près du roi Condé et les Châtillon, qui n'osèrent désobéir, et promit une amnistie aux calvinistes innocents du complot. Pour plus de sûreté, la cour fut transportée au château d'Amboise^ et La Renaudie ayant trouvé ses ennemis sur leurs gardes, fut écrasé avec les siens par des forces supérieures. Une seconde tentative des conjurés provoqua de terribles représailles. Condé fut saisi, jugé par le parlement, et condamné à la peine de mort. Mais le chancelier de L'Hôpital, que Catherine de Médicis avait fait entrer au conseil, eut le courage de résister à la faction triomphante et refusa de signer cette cruelle sentence. Elle allait cependant

1 . U avait épousé Jeanne d'Albret, héritière de la Navarre française et fille de Marguerite de Valois, la sœur de François I«'.

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recevoir son «(écuiioD, lorsque la mort de François II sauva la vie du prince, et ranima les espérances du parti protestant.

9, CAuirle* IX (««••-«494).

C!Ktrh8 IX, frère puîné de François II, n'avait gpère plus de dij^ ans. La régence appartenait de droit à sa mère Catherine de Médiçis^ qui se hâta de se réconcilier avec le roi de Navarre, et de mettre le prince de Condé en liberté. Cette princesse que son mari Henri II, esclave de sa passion pour Diajie de Poitiers, avait tenue à Técart, que les Guises et Marie Stuart avaient effacée ftou? François II, était avide de pouvoir après une obscurité forcée de vingt-cinq ans. Indifférente en matière de religioi^. habituée de longue main à dissimuler, la régente se bâta dp pratiquer les maximes de son pays p^tai et le principe de Machiavel, son auteur favori : Diviser fiour régner. Ce système de gouvernement, qui consistait à flatter tour à tour les partis con^ traires, et à tenir en quelque sorte la balance égale entre le bien et le mal, eut sur les mœurs du temps la plus ûipeste influence, et imprima au règne des deux derniers Valois un cayaçtère odieux de duplicité et de perfidie.

Cependant la veuve de François II, Marie Stuart, quitta, non sans regret, ce plaidant pays de France, o\x s'étaient écoulées ses plus belles années. Au lieu d'upe courélégî^ntç et spirituelle, elle allait trouver des sujets turbulents et grossiers, de§ factions implacables, une longue captivité et Téchafaud. L^ France ellçmême était réservée aux plus cruel? déchirements, sous le gouvemejnent d'un enfant en bas âge et d'une régente italienne. Antoine de Bourbon fut nommé lieutenant général du royaume. Lel^ chefs du parti catholique, le duc de Guise et le connét^le de Montmorency, se rapprochent alors, s'adjoignent le maréchal de Saint- André et forment avec lui une espèce de Triumpirat. Au milieu de ces rivalités d'ambition, le chancelier de l'Hôpital, poursuivant un but plus élevé, aspirait à faire régner la justice et les lois ; il rêvait d'ailleurs une conciliation impoçsD^lp. Sou§ son ministère la régente Catherine , sans consulter le Ss^ntr Siège, invita les plus habiles théologiens des deux pariis h, rédiger une formule de foi qui mettrait tout le monde d'accord.

Le collègue de Poissy, ainsi appelé du nom de la ville où il se tint (1561), n'aboutit qu'à de stériles débats, oîi brillèrent l'éloquence du cardinal de Lorraine et celle du calviniste Théodore de Bèze. Le roi de Navarre, il est vrai, abjura Terreur; mais la

reine, fidèle à son système d'équilibre et cmgnant la prépon- ' ■ dérance des catholiques, tendit lamainauxcliefs des huguenots. Védit de Janvier (1562) leur accorda le libre exercice de leur culte, hors de l'enceinte des villes fermées.

Bientôt une collision amenée pair le hasard devint le signal de la guerre civile. Les catholiques supportaient avec peine la liberté légale qu'on avait laissée aux protestants, et dont ceuxci usaient, d^ ailleurs, avec des façons hautaines et menaçantes. Catherine elle-même, voyant leur audace, rappela le duc de Guise qui, retiré en Lorraine, partit aussitôt avec une suite nonjbreuse, il s'arrêta dans la ville de Vassy, en Champagne. Pendant qu'il assistait à la messe, des protestants rassemblés dans une grange voisine, se livraient de leur côté à l'exercice de leur culte, et chantaient bruyamment des psaumes en langue française. Le service divin des catholiques en fut troublé : de là une querelle entre les deux partis. ]L.è duc de Guise accourut pour apaiser le tumulte, et reçut unepierre à la tête. Ses soldats furieux se précipitèrent aussitôt sur leuçs adversaires sans armes, en tuèrent quarante-cinq et en blessèrent un plus grand nombre. Tel fut le massacre de Fassy (15^), funeste rencontre que les protestants ne manquèrent pas d'ap peler un guet-apens, et qui leur mit aussitôt les armes à la main.

«. guerres At» reUslon («<l»«*tM9).

A partir de cette époque^ la lutte, devenue générale, se prolongera jusqu'à la fin du siècle. On peut la diviser, sous Charles IX, en quatre périodes, qui se terminent par autant de traités de paix : la convention (VAmboise en 1563, la paix de Longjumeau en 1568, le traité de Saint-Germain en 1570, et la paix de la Rochelle en 1573.

La première guerre de religion (1562-1563) est marquée par l'intervention de deux puissances étrangères. Elisabeth, rpine d'Angleterre, accorda quelques secours aux protestants 4^ France, qui lui livrèrent honteusement Le Havre pour prix de ses services. De son côté, le roi d'Espagne, Philippe H, épojusa la cause dps catholiques. Cependant, le prince de Condé tenait dans sa main les fils d'un vaste complot : en moins de trois semaines deux cents villes, parmi lesquelles Rouen, Caen, Angersy Tours, Orléans, Blois, Poitiers, La RocMle, Montpellier, Lyon, Grenoble, furent surprises et envahies par des bandes de protestants , qui commirent toutes sortes d'excès et de dé-

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vastations. Le duc de Guise vint assiéger Rouen pour empêcher que cette ville eût le môme sort que le Havre ; il l'emporta après trois assauts. Antoine de Bourbon, père d'Henri IV| trouva la mort dans ce siège.

Après une tentative inutile sur Paris, d'où les bourgeois le repoussèrent, le prince de Condé rencontra l'armée royale à Drgua?(1562). Au moment d'engager une lutte fratricide, les deux partis semblèrent hésiter, puis se jetèrent l'un sur l'autre avec un acharnement incroyable. Le connétable de Montmorency tomba aux mains des protestants, et le prince de Condé au pouvoir des catholiques, de sorte que, par une bizarre destinée, les deux généraux en chef te trouvèrent prisonniers de guerre. Le maréchal de Saint-André fut tué dans l'action. Les catholiques durent la victoire à une charge de cavalerie vigoureusement conduite par le duc de Guise. A la fin de la journée, le vainqueur, suivant l'usage du temps, partagea son lit avec son prisonnier et dormit profondément, tandis que le prince de Condé, trop inquiet, ne put fermer l'œil pendant toute la nuit.

François de Guise était au comble de la gloire. Toujours victorieux, il venait de recevoir pour la troisième fois le titre de lieutenant général du royaume, et pressait le siège d'OrléanSf lorsqu'un protestant fanatique, Poltrot de Méré, mit fin à cette belle vie par un lâche assassinat (J563). Le héros chrétien mourut à quarante-quatre ans, en accordant à son meurtrier un pardon magnanime. Peu touchée de cette perte immense, la reine mère se hâte. de traiter avec les protestants, et signe la convention à\imboise (1563), qui autorisait dans de certaines limites l'exercice du culte réformé.

Réconciliés «un moment, les Français dés deux partis reprirent Le Havre par un commun effort, et purent alors considérer à loisir les tristes effets de la guerre civile , non moins funeste aux arts qu'à la religion et à l'humanité. Que de pertes irréparables! c Les protestants, dit Anquetil, abattaient les églises, renversaient les autels, qu'ils profanaient en mille manières; ils mutilaient les statues des saints, dont ils brûlaient les reli* ques avec moquerie, déchiraient les ornements, les appliquant h des usages ridicules, fouillaient jusque dans les tombeaux et dispersaient les ossements eu haine de la religion catholique que les morts avaient professée. » On évalue à vingt mille le nombre des églises détruites, et le Midi se souvint longtemps des horribles cruautés du baron des Adrets, qui commandait

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ea Dauphiné et en Provence ; mais le parti contraire avait aussi ses fanatiques et ses bourreaux. Parmi les chefs catholiques, il faut signaler Montluc, gouverneur de la Guyenne, qui, toujours accompagné de deux exécuteurs, laissait partout, sur son passage, les marques de sa barbarie.

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