Traité Aem Pyrénées
Le roi d'Espagne Philippe IV, n'ayant pas accédé au traité de Westphalie, fomentait toujours la guerre civile en France, et il se croyait assuré du succès, parce qu'il avait maintenant à son service Tépéo de Condé. Celui-ci vint mettre le jsiége devant Arra$^ ville qui Favait vu, quatorze ans auparavant, faire ses premières armes pour une meilleure cause ; mais il fut repoussé par Turenne. Plusieurs places tombèrent au pouvoir des Français en Flandre, en Catalogne et en Piémont (1654). Les deux rivaux firent assaut de tactique et de manœuvres dans les deux campagnes suivantes, toutefois sans résultat décisif, à cause de la faiblesse de leurs armées. Cependant l'Espagne et la France recherchaient à la fois l'alliance de Cromwell, devenu Protecteur depuis la mort tragiaue de Charles I«'. Mazarin^ touché avant tout de la ttiiâon d'Etat, gagna ses bonnes grâces en abandonant la veuve de Charles I^ etseà eufants, quoiqu'ils
fassent petits-fils d'Henri IV. Cromwell envoya au roi une flotte et des troupes, à condition que le port de Dunkerque appartiendrait à l'Angleterre, aussitôt qu'on l'aurait repris aux Espagnols. Ceux-ci ayant été vaincus dans la bataille des Dunes (1658) livrée près de cette ville, Mazarin dut tenir sa promesse. En Allemagne, le cardinal fortifia l'influence française au moyen de la ligue du Rhin^ qui assurait au roi le protectorat des petits princes allemands et des huit électeurs.
Philippe IV, épuisé, prit enfin le parti de demander la paix. Son ministre, don Louis de Haro, en débattit les conditions avec Mazarin dans l'Ile des Faisans, sur la Bidassoa (1659). Le Roussillon, la Gerdagne, la^plus grande partie de l'Artois, beaucoup de forteresses de la frontière du nord furent cédées par l'Espagne ; Gondé obtint, avec son pardon, le gouvernement de la Bourgogne ; mais l'article du traité auquel Mazarin tenait le plus, c'était le mariage du jeune roi avec l'infante Marie- Thérèse, fille de Philippe IV. Gétte princesse, malgré la renonciation que l'on exigeait d'elle, pouvait, selon le« prévisions de l'adroit négociateur, donner un jour aux Bourbons de France des droits sur la couronne d'Espagne. Le cardinal ne survécut que seize mois au traité des Pyrénées^ qui fut le chef-d'œuvre de sa politique et l'honneur de sa vie. Il laissait une fortune de 200 millions environ, dont il avait fait, du regte, le plus noble usage*. Continuateur heureux des plans de Richelieu, Mazarin qui, suivant sa propre expression, t avait le cœur plas français que le langage, i acheva de donner à la maison de Bourbon cette prépondérance que la maison d'Autriche venait de perdre à la suite de la guerre de Trente ans.