II. DEUIOÈME PARTIE
t. Slèele de lioals JLXW.
Le jour même de la mort de Mazarin, quand les ministres vinrent trouver le jeune roi pour savoir à qui ils devaient dé-
I. Mazarin fonda la bibliothèque qui porte son nom, le coUége deà Quatre^ Nations, où est aujourd'hui l'Institut, rAcadémie de peinture et de sculpture. Ce fut lui qui introduisit Topera en France. Son hôtel est aujourd'hui la Bibliothèque nationale. Il avait fait de sa demeure une résidence yraiment princière, oà il s'était pis à rasMinbltr use riohe «ottoetioa d'ohj«ts d^t qa'U légua au roi.
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sonnais s'adresser : A moi ! répondit-il sans hésitation. Cette assurance étonna ceux qui l'avaient vu jusqu'alors se livrep^ aux plaisirs de son âge, et laisser le soin des afifaires au cardinal. Cependant il tint parole, et justifia ce mot de Mazarin : Il y a en lui de l'étoffe pour faire quatre rois et un honnête homme K Doué d*un grand sens, d'un esprit net et juste, habile à discerner le mérite et les aptitudes, passionné pour Tordre, non moins que pour Téclat et la magnificence, ayant avec cela une belle figure, beaucoup de grâce et de dignité dans sa personne, Lous XIV fut, pendant quarante ans, l'idole de la France, qu'il enivra de gloire et de grandeur. Les troubles de la Fronde l'avaient mis en défiance contre toute espèce de libertés publiques. Élevé d'ailleurs dans les idées de Richelieu et de Mazarin, il se regardait comme le représentant unique de la nation et s'identifiait avec elle, ce qui explique ce mot fameux : VÉtat, c^est moi.
t. MliiUtère de Colb«r« (t««t-i«SS].
Trois hommes éminents, Le Tellier à la guerre, de Lionne aux affaires étrangères, et le chancelier Séguier, garde des sceaux, avaient secondé Mazarin dans son administration. Leur collègue Fouquet, surintendant des finances, administrateur brillant mais peu scrupuleux, puisait trop souvent dans les coffres de rÉtat pour satisfaire ses goûts de dépense. Son faste et son orgueil blessèrent Louis XIV qui, convaincu de ses malversations, le traduisit devant une commission judiciaire, et changea la sentence de bannissement rendue contre le coupable en une prison perpétuelle. L'ancien intendant de Mazarin, Jean- Baptiste Colbert, petit -fils d'un marchand de laine de la ville de Reims, avait le premier dénoncé au roi les dilapidations de Fouquet : ce fut lui qui le remplaça avec le titre de contrôleur général. On doit remarquer que Louis XIV choisit de préférence, pour ses ministres, deshommes sortis de la magistrature ou do la bourgeoisie, parce qu'il les trouvait plus souples et sans doute aussi plus laborieux et plus capables. Il ne laissa guère à la noblesse d'autre carrière que celle des armes, d'autre privilège que celui d'orner sa cour. Du reste, le choix de Colbert fut très-heureux pour le pays. Le nouveau ministre joignit aux .
1. Un contemporain rapporte que Mazarin s'était efforcé d'apprendre au enne prince c ion grand métier de roi. »
finances le commerce, l'agriculture, les travaux publics et môme la marine, que son fils Seignelay dirigeait sous ses ordres. Il porta dans toutes les branches de cette vaste administration les lumières d'un esprit solide, aidé d'une sévérité inflexible, et se maintint en faveur pendant vingt-deux années, les plus belles et les plus fécondes du règne de Louis XIV. Jetons un coup d'œil sur ses travaux.
s. vlBAiiees, afprieultare, travaux publies.
Sire, avait dit Mazarin mourant à «Louis XIV, je vous dois toutf mais je crois m^acquitter en vous donnant Colbert, Avec Golbert, en effet, on vit renaître dans les finances l'ordre et l'économie qui avaient disparu depuis Sully. Restitutions imposées aux traitants qui s'étaient enrichis des dépouilles du Trésor, réduction considérable de la dette publique, budget de l'État arrêté d'avance, ce qui n'avait jamais eu lieu, diminution de la taille, augmentation desaides ou impôts indirects : toutes ces mesures, qui froissaient beaucoup d'intérêts privés, eurent pour effet de soulager le peuple et d'accroître les revenus. Colbert fut moins favorable à l'agriculture que ne l'avait été Sully. Mais il ouvrit des routes et supprima la plupart des douanes intérieures de province à province, qui étaient autant d'obstacles à la prospérité du royaume. Il fit creuser le canal du Languedoc ou du Midi, pour mettre en communication la Méditerranée avec rOcéan. Cet ouvrage prodigieux fut exécuté en grande partie par riogénieur Riquet.
00 4. indiuitrle, eommereey marine de guerre.
La gloire principale de Golbert est d'avoir développé et pour ainsi dire créé l'industrie française. Il donna l'essor à la fabrique nationale, en frappant de droits considérables l'importation des produits étrangers. Grâce à ses encouragements et aux libéralités qui attirèrent chez nous quelques habiles ouvriers des nations rivales, les points et dentelles de France, les bas au métier, les draps fins de Louviers, d'Abbeville et de Sedan, les glaces de Cherbourg et de Paris, les tapis de la Savonnerie, d'Aubusson et de Beauvais» les étoffes brochées de Lyon et de Tours, les magnifiques tentures desGobelins, une foule d'autres industries répandirent partout l'aisance avec le travail. Notre fabrication se distingua dès lors par cette élégance et ce bon goût qui font encore sa supériorité.
Les Hollandais étaient maîtres de presque tout le commerce maritime. Pour combattre leur concurrence, un droit de tonnage fut mis sur les navires étrangers, pendant que les armateurs et les constructeurs français furent assurés de toutes sortes d'avantages et d'immunités. Ceux-ci trouvaient d^ailleursun large débouché dans les colonies nouvelles fondées par le ministre aux Antilles, à Saint-Domingue, à Gayenne, à la Louisiane, ; au Canada, à Terre-Neuve, au Sénégal, à Tlle Bourbon et à Pondichéry.
Afin de protéger ce vaste commerce, Louis XTV créa une puissante marine militaire, qui compta jusqu'à 196 vaisseaux et 60,000 matelots recrutés à l'aide de V inscription maritime on système des classes, établi par Colbert. Quatre grandes compagnies, celles des Indes, de l'Amérique, de l'Afrique ou du Levant instituées à l'exemple des compagnies qui existaient en Angleterre et en Hollande, ne répondirent point aux sacrifices et anx espérances du gouvernement ; mais les chambres de commerce, les assurances maritimes, les entrepôts et le transit, sont autant de créations de Colbert. Dunkerque racheté aux Anglais, Rochefort bâti sur la Charente, le Havre fortifié, Brest et Toulon agrandis, fournirent à nos flottes des abris et des arsenaux.
s. Or8iuat«a<ton pnllltiilre. — IjOuvoU et Tanbaii.
Un autre grand ministre, Louvois, successeur de son père Letellier au département de la guerre, introduisit dans l'armée un ordre, une discipline et des éléments de force qui la rendirent bientôt redoutable à l'Europe entière. La levée des troupes, l'avancement et les emplois furent placés exclusivement entre les mains du roi, et, comme Pavait déjà voulu Richelieu, le: services passèrent désormais avant la naissance. Armement de l'infanterie, uniformes, compagnies de grenadiers, écoles d'artillerie et de génie, trains d'équipages, magasins, casernes, hôpitaux, Louvois créa tout ou perfectionna tout. Il conçut la première idée de la fondation des Invalides, Sous son administration, la France eut à la fois sur pied 450 000 soldats. Elle dul bien davantage encore à l'illustre Vauban, aussi bon citoyen quv grand ingénieur. Celui-ci fit faire un pas immense à la soienco des sièges et des fortifications, protégea nos frontières du Nord et de l'Est par une triple ligne de places fortes, visita soîgnei sèment toutes les côtes, laissant partout soit pour la défense, soit pour les dessèchements et la navigation, des plans qui at-
testent un coup d'œil vaste et sûr, un génie créateur que jamais personne n'égala,
a. I^ésldlatloii, Hieaux-firl», Ultératiiref
Le gouvernement de Louis XIV a donc tout renouvelé. Il est vrai que ce prince fut secondé dans son œuvre par des ministres habiles et dévoués ; mais à lui seul appartient l'impulsion souveraine. Il travaillait huit heures par jour, entrait dans tous les détails, dirigeait les affaires ou s'en faisait rendre compte. Les relations diplomatiques, le choix des ambassadeurs, la rédaction des dépêches, étaient de sa part l'objet d'une attention particulière. Il voulut aussi mériter le titre de législateur. Par ses ordres, des commisisions de magistrats instruits rédigèrent les codes àHnstruction civile^ des eaux et forêts^ de procédure criminelle ,* le code du commerce, qui fait le plus grand honneur à Golbert ; le code de la marine et des colonies^ que toutes les nations de l'Europe ont adopté, comme le fondement du droit maritime ; enfin le code noir pour nos colonies.
Louis XIV avait la passion des arts, surtout de l'architecti|re, et il y sacrifia des sommes énormes qui lui coûtèrent quelques remords; car, à ses derniers moments, on l'entendit se reprocher ces dépenser excessives. Sous le rapport de l'invention, du goût et de l'élégance, les monuments qu'il fit élever sont infé* rieurs à ceux de l'époque des Valois ; mais ils se distinguent par la régularité et le grandiose des proportions. Il suffit de rappeler la colonnade du Louvre, les pavillons des Tuileries, l'Observatoire, l'hôtel des Invalides, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, le château de Versailles, la plus magnifique rési* d^nce de l'Europe. hesàeuxMansard et Claude PerraulUiennent le premier rang parmi les architectes de l'époque. Le Nosir& dessina les jardins de Versailles et des Tuileries. Mais la peinture, après Poussin et Claude Lorrain, sembla dégénérer, si l'on excepte les chefs-d'œuvre religieux d'Eustache Lesueur. Malgré l'éclat de son talent, Le Brun ne saurait être comparé à ses devanciers. La sculpture se glorifie des brillantes productions de Puget, de Girardon, de Coysevox^ et des deux Cou9tûUp Ëufîa rjtalien Lulli popularisa en France le goût musical de sapatrie^
Ces artistes, quelque distingués qu'ils soient, n'ont qu'une part secondaire dans la gloire du siècle de Louis XIV* Ce siècle, en effet, brille surtout par l'incomparable perfection de ses chefs-d'œuvre littéraires, perfection telle qu'il nous a paru né*
cessaire d'y consacrer un chapitre spécial. Rappelons toutefois ici que Golbert, par ordre du roi, donna des pensions aux gens de lettres, et qu'il attira >en France d'illustres savants, tels que l'italien Gassini et le Hollandais Huygens.