‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 203 sur 254 · I. L'EUROPE PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

I. L'EUROPE PENDANT LE RÈGNE DE LOUIS XIV

Le règne de Louis XIV est pour ainsi dire Phistoire de TEurope ; car, suivant le mot de Leibnitz, c ce prince faisait seul le destin de son siècle. > Il est cependant nécessaire de passer en revue les faits principaux qui, de son temps, s'accomplirent à l'étranger.

L'Angleterre s'était pour toujours soustraite à l'autorité des Stuarts, et Louis XIV lui-môme avait adhéré à cette révolution, en reconnaissant Guillaume lil. L'avènement d'i4nnc, fille cadette de Jacques II (1702) et celui de Georges /«»•, de la maison de Brunswick (1714), prouvèrent que les Anglais, voulant avant tout le maintien de la ligne protestante, préféraieat un prince étranger à un prince national, mais catholique.

L'Bmpire n'était plus que l'ombre de lui-même, depuis le traité de Westphalie ,* Louis XIV exerçait un véritable protectorat sur les petits États d'Allemagne, qu'il avait réunis sous le nom de ligue du Rhin, L'empereur Ldopold /«" (1658) entra dans toutes les coalitions contre la France, et ses armées eu-

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rent aussi leur part dans les revers. Il avait à oombattre, en même temps, les révoltes des Hongrois que la France appuyait, et les invasions des Turcs qui,, vaincus par MontécucuUi à la bataille de Saint-Gothard (166(t), osèrent, vingt ans après, s'avancer jusqu*à Vienne (1683). Sobieski, roi de Pologne, de concert avec le duc de Lorraine Charles V, sauva la capitale, tandis que l'empereur était réfugié à Passau. tes §uccèsi prince Eugène sur les Ottomans amenèrent enfin la paix de Carlùwitz (1699), époque qui marque leur afifaiblissement et leur décadence. Sous le règne de Léopold, trois innovations importantes eurent lieu dans la constitution de l'Allemagne. Un huitième électorat fut créé en faveur d'Ernest-Auguste, duc de Brunswick-Hanovre ; Auguste II, roi de Saxe, monta sur le trône électif de Pologne ; l'électeur de Brandebourg prit le titre de roi de Prusse (1701), avec l'assentiment de Tempereur. Joseph /er (1705) et son frère Charles VI (1711) continuèrent la guerre contre la France, afin de conserver la succession d'Espagne à la maison d'Autriche. Mais l'avènement de l'archiduc Charles à l'empire, en détachant l'Angleterre de la coalition dont elle faisait la force, ruina cette espérance. Le traité à*Utrecht assurait cependant à l'empereur la possession du royaume de Naples, de la Sardaigne, des Pays-Bas, et des duchés de Milan et de Mantoue.

La liuède, que Gustave-Adolphe avait élevée au plus haut point de grandeur, recueillit, au traité de Westphalie, le fruit des victoires de son héros, grâce à la politique habile du chancelier Oxenstiern. La fille de Gustave- Adolphe, Christine^ reine à cinq ans, avait abdiqué à vingt-sept (1654), et son cousin Charles X Gustave, de la maison des Deux-Ponts, avait été proclamé roi par les Etats de Suède. L'Europe vit avec étonnement cette reine savante, qui correspondait avec Descartes et qui parlait plusieurs langues, embrasser publiquement la foi catholique, et néanmoins, même dans sa vie privée, verser le sang au gré de sa passion * . Charles X annonçait au Nord un nouveau conquérant. < 11 parut à la Pologne, surprise et trahie, comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces. » La bataille de Varsovie, qui dura trois jours, lui valut la possession momentanée de la Pologne. Une invasion soudaine mit le Danemark à sa merci, et, dans une

1. Christine fit assasâner, au château de Fontainebleau, son écuyer MenaidesQhi. sue mourut à Rome en 1689.

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seconde expédition, Copenhague allait lui ouvrir ses portes, si une maladie subite ne Peut enlevé (1660). Des traités avantageux, entre autres eelui d'Oliva (1660), qui terminaitde longs différends avec la Pologne, afferniireat la puissance de la Suède pendant la minorité de Charles XL Une diète, convoquée en 1680, le déclara maître absolu de la vie et des biens de ses sujets. Son fils, Charles XII (1697), lui succéda dans ces conditions, et fit renaître un moment les glorieux souvenirs de son pays. Rival de Pierre le Grand, vainqueur de trois souverains coalisés contre lui (Danemark, Pologne et Russie), il vit s'évanouir à Pultava (1709) tous ses rêves de grandeur,

La Pfflogne, pendant longtemps le premier État du Nord, semblait, par le vice de sa constitution intérieure, destinée h périr. Depuis l'extinction de la famille des Jagellons (1572), la couronne était devenue élective, ho choix des seigneurs polonais s'était d'abord fixé sur Henri de Valois^ alors duc d'Anjou, Ensuit*? trois princes de la famille suédoise de Wasa, engagèrent la Pologne dans une lutte sans fin avec leur pays d'origine, et l'un d'eux, Jean Casimir, faible souverain, se laissa arracher par les nobles le liberum veto, par lequel chaque député de la diète, môme étant seul, avait le droit de s'opposer h, la volonté de tous. Jean Sohieski (1^74), l'un des héros de son siècle, ne put remédier aux maux qui déchiraient sa patrie. Il échoua dans sa tentative de rendre le trône héréditaire, de soumettre les^ mistrals à l'autorité royale et d'assujettir les hautes classes à Pimpôt. Mais s'il fut impuissant à réformer PÉtat, il eut du moins la gloire de battre les Turcs et de délivrer Vienne, en 1683, A sa mort (1696), la couronne passa sur la tête à*Au^ guste II y électeur de Saxe.

La Bniisl* allait enfin sortir de son obscurité, La maison de Romanow régnait depuis 1613. Le premier prjnce de cette famille, Michel Fédorowitch, avait été élu par les boyards ou seigneurs, lorsque le trône fut devenu vacant par l'extinction do la descendance de Rurick le Normand (1598). Après la mort d^Alexis et de JP^dor II, l'un fils et Tautre petit-fils de Michel Romanow, les strélitz, corps d'élite institué depuis plus d'un siècle, appelèrent au trône les frères de Fédor, Pierre et Iwan (1582), en leur adjoignant comme régente la princesse Sophie, leur sœur. Le premier de ces princes était Pierre le Grand, qui devait initier la Russie aux arts de l'Europe civilisée et faire une grande nation.

L'IRffpfiime retrouva quelque vigueur dans la guerre de

succession (1701-1713). Une année après le traité d'Utrecht, Philippe Fperdit sa jeune femme, Gabrielle de Savoie, sœur de la duchesse de Bourgogne (i714). Il se remaria avec une princesse italienne, Elisabeth Famèse, qui s'empressa de congédier la spirituelle princesse des Ursins, toute-puissante à la cour, pour donner sa confiance à l'Italien Alberoni. Ce ministre, d'une activité d'esprit toute fiévreuse, parvint aisément à dominer l'indolent Philippe V et à gouverner sous son nom. Sa politique téméraire troubla toute l'Europe et fut fatale à l'Espagne, môme après qu'il eut perdu le pouvoir (1719).

Le Portugal commence à jouir d'une longue paix sous un roi de la famille de Bragance, Jean F, aimé du peuple, mais absolu, qui régna près de cinquante ans sans convoquer les Cortes (1706-1750).

L'Italie^ longtemps asservie à l'Espagne, n'avait guère fait que changer de maître, depuis le traité d'Utrecht. Une puissance nouvelle s'était élevée au Nord, celle des ducs de Savoie, qui jetaient un œil d'envie sur le Milanais. Simple comté, formé dans le onzième siècle, quand se démembra le royaume d'Arles, la Savoie comptait déjà plusieurs princes illustres par leur bravoure et leurs alliances. Il faut citer en première ligne Philibert-Emmanuel, ce neveu de Philippe II, qui, après avoir gagné la bataille de Saint-Quentin, épousa une fille d'Henri II ; Victor-Âmédée /««"j époux de Christine, fille d'Henri IV, qui fut cependant hostile à son beau-frère Louis XIII, et signa de mauvaise grâce le traité de Chérasque (1031); Victor- Amédée H qui, battu par Catinat aux journées de Staffarde et de la Marsaiile, maria ses deux filles aux deux petit-fils de Louis XIV, ^ duc de Bourgogne et Philippe V, et n'en prit pas moins parti contre la France dans la guerre de succession d'Espagne. Le traité d'Utrecht donna aux ducs de Savoie la Sicile et la dignité royale. Leur ambition s'accrut encore, et on les vit ensuite chercher toutes les occasions d'empiéter peu à peu sur leurs voisins d'Italie.

Ctéses, humiliée par Louis XIV, était bien déchue de son ancienne gloire. Venise n'était guère plus florissante. Après une lutte de vingt années, elle avait abandonné aux Turcs Tild de Candie, (1669). La République affaiblie, mais toujours fière, observa, depuis le traité d'Utrecht, entre l'Autriche et la maison de Bourbon, une scrupuleuse neutralité, qui dissimulait mal son impuissance.

Les duchés de Parme et de Plalsanee voyaient s'éteindre

la famille des Farnèse^ et les Médicis allaient aussi manquer à la Voscane. A Rome, les papes, renfermés désormais dans leur charge spirituelle, n'ont plus à intervenir activement dans la politique européenne. IVaples, fatiguée du joug espagnol, essaya, en 16(t7, de s'y soustraire. Le peuple s*étant soulevé à la voix d'un pêcheur nommé Thomas Aniello (Maaaniello), Louis XIV envoya le duc Henri de Guise, dernier descendant de la maison d'Anjou, pour qu'il se mit à la tête du mouvement; mais l'expédition ne réussit pas. Ce que la révolte n'avait pu faire, le traité d'Utrecht l'accomplit, en détachant le royaume de Naples et la Sicile de la maison d'Espagne ; l'un fut attribué, comme nous l'avons vu, à l'empereur Charles VI', et l'autre au duc de Savoie.

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