‹ Abrégé chronologique de l'histoire universelleChapitre 207 sur 254 · PREMIÈRE PARTIE DU RÊGNC DE LOUIS XT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DU RÊGNC DE LOUIS XT

Louis XV^ fils du duc de Bourgogne et d'Adélaïde de Savoie, et arrière-petit-fîls de Louis XIV, avait à peine cinq ans, lorsqu'il monta sur le trône. Par son testament, Louis XIV n'avait laissé au duc d'Orléans, son neveu, dont il se défiait, qu'une ombre d'autorité dans la régence. C'était le duc du Maine, fils légitimé, qui devait posséder, avec le commandement de la mai* son militaire, toute la réalité du pouvoir. Mais, en 1715, comme en 1643, le Parlement, faisant acte de souveraineté, cassa le testament du feu roi. Le duc du Maine fut écarté des affaires, et la régence déférée sans conditions au duc d'Orléans*, plus habile et plus résolu que son rival. Cette régence, qui dura jusqu'en 1722, forme la première partie du règne de Louis XV.

Philippe d'Orléans, que Louis XIV appelait « un fanfaron de crimes», parce qu'il se faisait encore pire qu'il n'était, aurait été un prince remarquable sans la licence de ses mœurs et son irréligion, qui autorisèrent bientôt autour de lui les plus honteux désordres. La moralité publique, déjà sensiblement altérée, reçut une atteinte mortelle des scandales .de la régence. Le chancelier d'Aguesseau, magistrat intègre, faisait exception dans ce monde corrompu.

Une fois maître du pouvoir, le régent changea l'ancien système de gouvernement et rompit avec les traditions du feu roi. Il fit cesser toute persécution contre le Jansénisme, remplaça les ministères par sept conseils presque entièrement composés de ces grands seigneurs que Louis XIV n'employait

1 . Voir à la fin da volume le tableau généalogiqne des rois d'Angleterre.

2. PhiUppe II d'Orléans, régent, était fils de Philippe !•% frère d« Loiis XIV.

guère, et, suivant sa promesse, il rendit au parlement le droit de remontrances. Je- veux être libre pour le bîen^ avait-il dit, et avoir les mains liées pour le mal. Les principales difficultés de son administration venaient du malheureux état des finances ruinées par les dépenses excessives du règne précédent. Ce n'était pas en refondant les monnaies ou en faisant rendre gorge aux traitants concussionnaires qu'il était possible de combler le déficit, causé par une dette publique de deux milliards. Il aurait fallu opérer ces réformes profotdes dont Fénelon reconnaissait la nécessité" et que Vauban exposait dans ses écrits économiques.

D'un autre côté, le régent reculait devant la banqueroute, malgré les insinuations du duc de Saint-Simon. Enfin, la dé< tresse croissante du trésor le réduisit à prêter l'oreille aux propositions d'un banquier écossais, nommé Law.

•• S/stème de I<«w.

Law avait déjà fondé à Paris une banque commerciale d'escompte qui eut le plus grand succès ; il persuada facilement au duc d'Orléans d'étendre cette entreprise et d'en appliquer les bénéfices aux besoins du trésor. Développant ensuite son système, il créa une société par actions pour l'exploitation de la Louisiane, et il joignit ces actions au papier-monnaie de sa banque. L'engouement général et la spéculation firent bientôt monter le papier de Law à un prix exorbitant. Les actions étaient payables en billets. L'État pouvant user de ces billets comme d'argent comptant pour se libérer envers ses créanciers, on espéra follement éteindre ainsi la dette publique. Tout l'argent du royaume afflua bientôt dans les caisses de Law, qui venait d'être créé contrôleur général. La rue Quincampoix, siège de la nouvelle compagnie, devint chaque jour le théâ^e des scènes les plus extravagantes. C'était une fièvre de cupidité : on ^'étouffait pour acheter le magique papier avec Targent et l'or que le gouvernement s'efforçait de déprécier. Afin de soutenir son crédit, Law obtint pour la compagnie d'Occident qu'il avait fondée , le commerce du Canada, la traite des nègres du Sénégal et Texploitation de la vallée du Mississipi. L'exagération d'un système reposant presque entièrement sur les valeurs imaginaires, ne pouvait manquer de conduire à une catastrophe : c'est ce qui arriva en effet. La somme des actions s'élevait à trois milliards,

c^est-à-dire an quadruple et même plus, de tout l'argent du royaume ; le prestige be tarda pas \ s'évanouir ; la compagnie de Law, encombrée de papier dont on lui 46inandait en vain le remboursement, fit une effroyable banqueroute. Le contrôleur général s'enfuit à Venise poursuivi par l'exécration publique. On doit cependant reconnaître à sa louange j qu'il quitta la Franee plus pauvre quHl n'y était venu, et que ses idées, mieux appliquées, devaient porter plus tard leur fruit. Pour le moment, il laissait les finances de Pfitat aux abois et les fortunes particulières bouleversées.

ji. Projeta d'Alliéronl.

Tandis que la France achevait de se ruiner, le ministre italien 'de Philippe V, conçut, pour élever son maître, des desseins gigantesques. Albéroni ne voulait rien moins que reconstituer l'Espagne de Charles-Quint, reconquérir l'Italie, renverser le récent, se servir de Charles XII et de Pierre le Grand réconciliés, pour rétablir les Stuarts en Angleterre, où régnait la dynastie de Hanovre. L'Ambassadeur d'Espagne en France, Gellamare, ourdit une conspiration dans laquelle entrèrent le duc et la duchesse du Maine et un grand nombre de leurs partisans. C'était au château de Sceaux, oti la duchesse du Maine, inconsolable de n'être rien dans l'État, tenait une espèce de cour, que la chute du régent fut complotée. Dubois, ancien précepteur de Philippe, devenu conseiller d'État, déjoua toutes les mesures des conjurés. La plupart furent emprisonnés ou exilés, quelcmes-uns même livrés au suppiicei Gellamare fut congédié. Pour punir J'Espagne, on fit avec PAngleterre, la Hollande et l'Autriche une (fuadruple alliance, qui attaqua Philippe V de toutes parts. Les Anglais détruisirent à l'improviste la flotte espagnole sur les côtes de Sicile. Le maréchal de Berv^ick fut envoyé par le régent au delà des Pyrénées contre le n^ôme prince, qu'il avait aidé à mettre sur le trône (1719). Comme pour réjouir nos rivaux les Anglais, une armée française brûl^ les chantiers et les arsenaux de l'Espagne sur la mer de Biscaye. Ces revers si multipliés forcèrent Philippe V à congédier Albéroni et à demander là paix. L'empereur Charles YI obtint la Sicile et céda la Sardaigne en échange au roi de Piémont (1720). La maison d'Autriche reprit toute sa prépondérance en Italie, et l'Angleterre fut assuriêe de l'empjre aes mers.

HISTOIRE MQDBftNfî. kSl

Deux ans après (11%%), Louis ^V atteignit sa majprit.6, et 1« duc d^Orléaus, prêt à quitter le pouvoir, 6t donner la charge 4^ prenûer ministre à Tabbé Dubois, develia cardinal et archeyé? que de Cambrai.

On a, sans preuves sufpsautes, accusé ce painistre de s'ôtre vendu à TAngleterre. Du re§te, il ne jouit pas longtemps de son élévation, car il fut emporté par une mort subUé (1723). Le duc d'Orléans pri); alors pour lui-même les fonctioni; ie premier ministre qu'il avait précédemment dédaignées, et il les conserva jusqu'à sa mort, c*est-à-dire quatre inois seulement. Un petit-fils dégénéré du grand Coudé, le duc de Bourbon, reçut après lui la direction des affaires, quoiqu'il ujb racheti)Lt par aucune qualité ses vices et son insuffisance. Lp fût io plus saillapt de ce nouveau ministère fut le brusque renvoi en Espagne de Tinfante , fille de Philippe V, fiancée au jeune roi. Celui-ci épousa Marie Leckzinskà, fille de Sta-: nislas Leckzinski, roi détrôné de Pologne, princesse pleine de piété et de vertu. La guerre avec l'Espagne allait éclater, lorsque Tévêque de Fréjus, Fleury, devint premier ministre du prince dont il avait été précepteur.

Page 1