V. ESPAGNE
Après le traité d'Utrecht (1713), ce pays, ruiné par une lon-f gae guerre, privé des Pays-Bas et de l'Italie, essaya de réparer ses malheurs et ses désastres. Mais avant tout, Philippe V acheva de pacifier son royaume. La Catalogne ne se soumit qu'après une lutte obstinée, qui lui fit perdre ses anciens privilèges.
Là princesse des Ursins, dévouée à la politique française, joua pour ainsi dire, dans la Péninsule, le môme rôle que Mme de Maintenon, son amie, à Versailles. Elle exerça un ascendant presque absolu sur l'esprit de Philippe V, jusqu'au moment où ce prince, veuf de Gabrielle de Savoie, épousa en secondes noces une princesse de Parme, Elisabeth Farnëse. Celle-ci fit d'abord renvoyer brutalement la princesse des Ursins, et lui donna pour successeur l'Italien Albéroni, négociateur de son mariage, dont les gigantesques t)rojets avortèrent misérablement (1719). Philippe V, fatigué du trône, abdique en faveur de son fils Louis^ et reprend le pouvoir quelques mois plus tard (1724), à cause de la mort prématurée du jeune roi. L'infant don Carlos, issu de son second mariage, conquit, en 1734, le royaume de Naples et de Sicile, dont la possession lui fut confirmée en échange des duchés àe Parme et de Plaisance. Philippe V mourut en 1746, pendant la guerre de la succession d'Autriche à laquelle nous Pavons vu prendre part.
Il eut pour successeur Ferdinand F/, son fils, qui ne régna que douze ans. L'infant don Carlos, duc de Parme et de Plaisance, puis roi de Naples, prit, en 1759, sous le nom de Charles Illf la place de son frère, mort sans postérité. Allié fidèle de la France, il se joignit à elle contre l'Angleterre en vertu du pacte de famille (1761). Ses ministres, d'Aranda et Campomanès, partisans des idées que les philosophes français répandaient en Europe, persécutèrent les ordres religieux, surtout les Jésuites, qui furent expulsés violemment de l'Espagne et de toutes ses colonies, môme du Paraguay (1767). L'industrie, les travaux publics, les universités et les finances durent à un autre ministre, Florida Blanca, de notables progrès. Charles III laissa en mourant (1788) la réputation d'un prince sévère, magnifique et habile, bien que les réformes tentées sous son règne aient eu peu de suite et de succès. Charles IV^ son successeur, qui n'avait ni goût ni capacité pour les affaires, s'abandonna aux conseils
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du favari de la reine, Godoï, nommé depuis Prince de la paix. Sous ce déplorable ministère, l'Espagne retomba dans sou ancienne léthargie.