Proelamatlon de la Républiçiae
La Convention tint sa première séance le 21 septembre] elle s'empressa d'abolir la royauté et de proclamer la Bépubliq^e, Du 22 septembre 1792, data plus tard une ère nouvelle, sous le nom d'An I^"* de la République. L^Assemblée se partagea dès l'origine en trois fractions distinctes : les Girondins qui siégeaient à droite, les AJontagnards ou républicains fanatiques qui occupaient le faite de la gauche, et le Centre^ appelé aussi Plaine ou Marais. Parmi les plus fougueux Montagnards se distinguaient : Robespierre, Pidole des Jacobins, Saint-Just, son disciple et son ami, Danton, le Mirabeau de la populace, Marat et Collot-d'Herbois. La majorité de l'Assemblée était s âne et ponservatrice ; mais pfir faiblesse, elle obéit à la pressîpn tyrannique de la Commune et des clubs.
Au dehors, la Révolution se faisait conquérante. Dumouriea, vainqueur des Autrichiens à Jemmapes, le 6 novembre, entra le 13 dans Bruxelles et fît par lui-même ou par ses lieutenants, ayant la fin de l'année, la conqi(ôte de toute la Belgique.
«. Proeè» et mori de IiO«ls JLiri (1V#S).
Malgré le principe de Pinviolabilité inscrit dans la constitution de 1791, la Convention décréta que Louis XVI serait mis en jugement et qu'il comparaîtrait à sa barre pour répondre des crimes qu'elle lui imputait. Le roi ne voulut pas récuser le tribunal qui était tout à la fois accusateur et juge ; il déploya, dans son interrogatoire, beaucoup de fermeté et de présence d'esprit. L'illustre Malesherbes s'offrit pour être son conseil, • et s'adjoignit le savant Tronchet et Desèze, jeune avocat du barreau de Bordeaux. Desèze termina son plaidoyer par ces paroles mémorables : c Citoyens, je n'achève pas, je m'arrête devant l'histoire: songez qu'elle jugera votre jugement, et que le sien sera celui des siècles. » Cependant, le 17 janvier, à trois heures du matin, après quarante-huit heures d'appel nominal, 387 voix contre 334 prononcèrent la peine de mort. Les Girondins avaient eu la faiblesse de voter avec les fanatiques ou les peureux de l'Assemblée révolutionnaire, c Louis XVI eût été sauvé, a dit Carnot, si la Convention n'avait pas délibéré sous des poignards. »
La fermeté du roi ne se démentit pas lorsqu'il entendit sa sentence, et, suivant le témoignage d'un jacobin exalté^, < il avait dans ses regards et ses manières quelque chose de surnq^turel à l'homme. » Après une entrevue déchirante avec sa famille, dont on le tenait séparé depuis plusieurs mois, il s'entretint longtemps avec son confesseur, l'abbé Edgeworth, et dormit quelques heures d'un sommeil tranquille. Le lendemain, la messe fut célébrée dans sa chambre ; il reçut la communion des mains de l'abbé Edgeworth, et donna lui- môme le signal du départ. Sur Téchafaud, il voulut protester une dernière fois de son innocence ; mais Santerre fit couvrir ses paroles par un roulement de tambours: Fils de saint Louis, montez au ciel, dit alors son confesseur, et Louis XVI livra au bourreau sa tôte auguste (21 janvier 1793). Il mourut le pardon dans le cœur, avec le calme sublime et la grandeur morale du chrétieii. 11 avait trente-huit ans.
s. I<a Terreur.
A partir du 21 janvier 1793, le sang français coule à grands
i. Hébert, rédacteur d'un cynique journal, le Père Ducheêne.
HISTOIRE MODBRNE. 525
iots sur les échafauds et sur les champs de bataille. Une première coalitiouy dans laquelle entrèrent l'Angleterre, l'Espagne, la Hollande, la Prusse, l'Autriche, l'Empire, le Portugal, les Deux-Siciles, le pape et le roi de Sardaigne, s'arme aussitôt contre l'Assemblée régicide. La France fut envahie au nord et au midi, en môme temps que la guerre civile éclatait partout. La Vendée se leva tout entière ; Toulon fut livré aux Anglais par ses habitants, et Lyon s'insurgea. Mais la Convention tenant tête à l'orage, mit sur pied neuf armées à la fois, qui défendirent les frontières du Nord;, de l'Est, du Midi, et les côtes de l'Ouest. Quelques revers essuyés d'abord furent vite réparés, lorsqu'un ancien officier du génie, Carnot^ eut pris en main la direction de toutes les opérations militaires. La discipline reparut, et l'ancienne armée devint comme le noyau de la résistance nationale.
Cependant Dumouriez, trompé dans ses calculs d'ambition, et fatigué de servir une faction odieuse et méprisable, oublia que, pour un militaire, l'abandon du drapeau est le plus grand des crimes. N'ayant pu réussir à entraîner son armée, il passa seul à l'ennemi. Cette défection causa la chute des Girondins, suspects de complicité avec le général. Malgré leurs efforts, la Convention institua le Tribunal révolutionnaire, appelé à juger les procès politiques, sans appel ni cassation; mais ils provoquèrent eux-mômes la formation du Comité de salut public qui, composé de neuf membres seulement, était investi d'un pouvoir sans limites. Jamais dictature aussi absolue n'avait pesé sur la France.
L'insurrection du 31 mai, fomentée par le parti de la Montagne, eut le môme succès que celle du 10 août, et anéantit la fraction modérée de l'Assemblée. Les Girondins furent proscrits (2 juin), et vingt et un des plus distingués envoyés à l'échafaud. La ville de Lyon, qui avait embrassé leur cause, fut prise et ruinée après un siège de soixante-dix jours. De leur côté, les Vendéens, d'abord vainqueurs *, essuyèrent un grave échec de vant Nanteà, où ils perdirent leur généralissime Cathelineau. Les Girondins ne trouvèrent qu'une femme pour les venger, et elle les vengea par un crime. Charlotte Corday s'en prit à Marat qui les avait poursuivis de ses dénonciations sanguinaires ; elle lé tua chez lui d'un coup de poignard, fat tué un homme
U chateaubriand a dit des Vendéens : « Ils farent seuls libres, quand la France était abattue sous le joug de la terreur. •
5^6 HlàTÔlRË feobëblïE.
pour èti sauver cèht mille, dll-èllê dèvâill lé tribtifial. Peiidâiil qii^ôUé expiait sur l'èèhafaiid l'éçateniëtit de soîi ëoufâgë, les clubs décërhàieot à léiir infâme idble les hôhûëuré dd t'àiitHeoa, ei lui oflràieiit 6q holocâUstë de nôuVëllëà victitnë^ hiifnàinès.
Là fi-ancë poursuivait îièâdiiiôiils ses exploits militaire^. foulon éhi Tetris àiiî Anglais (19 décembre 1793). A la frontière, le général Houchard. qiii conimâridait l'arfiiëë du Nofd, gagné sur les Ànglaié la bâta lie d'Honâschoote, et leur 1*^11 lever le siège de Dûnkeirqûe. Jourdan trioiiipbe dd prince de Gobôûr^, à Waltiqnies.
Au dedans, le régime de là f erreur, inâùgùrè après le 3i mai, étendait son implacable niveau siir lès tôles lès plus illustres comme sur les plus bùmbîes. Le Iritùnàl révolutionnaire li'èpargna ni la reine Marie-Antoinette, veuve et détrônj^p (le octobre 1 793), ni madame Élisàteth, l'angélique sœur de Louis XVI, ni le duc d Orléànâ, malgré lès gages qu'il avait donnés â là révolulion, ni Ëailiy, ni Lavoisier, ni Malesherbes, ni Àndrè Chënier, ni Mme koland, ni iniile autres dont les noms obscurs oii célèbres remplissaient ckaqiie jour les funèbres colonnes dii J|/om/eur*. Dans les dépàrlemerits, cinquante mille comités affiliés aux jacobins encoui-agëaient l'espionnage et la délation, pour jetf'r les suspects en prison et de là les erivoyer à là moirt. tlné guerre atroce était faite à la ireligion catholique et à ses cninistres, à ses temples et à ses àiitels. Des fanatiqiiës inventèrent un nouveaii ciille , celui de là déebse Raison^ qu'ils adoraient sous les l^raits d'une courtisane. Èa vertu d'un décret de la tonveniion, les tdrhbes royales de feaint- Denis furent indignement profanées. A Nantes, Carrier iiaventaii les noyades; à Lyon, Fouché fusillait en ïnàssè; à Arras, Le Ëon. et ailleurs d'autres monstres comme lui, ëiércèreni une efrroyaDle tyi-aniiie.
Là mort des Girondins avait eu pour conséquence de jeter la discorde pàfmi les chefs dé là Montagne. Roi)es})iérre, le plus redoutable de tous, f)arce qu'il s'appuyait à là fois sur je club des Jacobins et sttr le Comité de salut bublic, avait pour génie la peur et la tàine, pour àrmè la délation, teé ineneurs de là tommune, Ghaumette, ilébert, Clootz, furent d'abord ses victimes. 11 envoya ensuite à Téchafaud ses anciènâ
1. On a calculé que le tribunal révolutionnaire envoya éooô vicUâèa à l'é« thaiattd.
HlStbiftM liODËMNti. 527
âliiià,Dàhtôn,aàihll[lë DesiàdUliné, tiérâuli àé ^échelles, (JùUl accusait de modérantisme.