Concordat (t(i«4). — Code elvll
Cette paix, conclue après une guerre continentale et maritime de dix années, mettait le comble à la gloire du Premier Consul. Heureuse la France, heureux lui-même, s'il eût su la maintenir! Quelques mois auparavant, il avait signé, avec le pape PieVII, un Concordat qui rétablissait le culte de la religion catholique (15 juillet 1801). Pour réussir dans cette grave entreprise,
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il lui fallut surmonter les préjugés philosophiques des corps de rÉtat, et les répugnances de la bourgeoisie, qui avait acheté la plus grande partie des biens ecclésiastiques. Il fallut réconciher le clergé constitutionnel avec le Saint-Siège, et les prêtres non assermentés avec le gouvernement nouveau; aussi les négociations durèrent-elles près d'un an. L'illustre cardinal Gonsalvi, représentant du Saint-Siège, y déploya beaucoup de prudence et de fermeté. On réduisit à 10 archevêchés et à 60 évôcbés les 158 sièges épiscopaux existant avant 1789. Ce fut le 18 avril 1802 que le Premier Consul fit célébrer àNotre- \ Dame un Te Deum^ auquel il voulut assister avec un brillant cortège. Des millions de catholiques Français bénirent alors le restaurateur de leur culte.
La Constituante avait aboli Pancienne législation ou plutôt toutes les législations confuses, qui variaient avec chaque province, et elle avait inscrit en tête de sa constitution ce principe : c Tous les Français sont égaux devant la loi. » Il s'agissait d'en faire Tapplication. Une commission, composée des savants jurisconsultes Tronchet, Bigot Préameneu, Portaiis et Malleville, fut chargée de préparer le Code civil, qui subsiste encore. Diverses institutions datent également de cette époque: nous citerons les lycées établis pour P éducation de la jeunesse, et la Lé~ gion d^honneur , destinée à récompenser tous les genres de courage et de mérite. Routes, ports, arsenaux, industrie nationale, tout ressentit l'impulsion souveraine du Premier Consul, et il fut nommé Consul à vie le 2 août 1802, en vertu d'un sénatus-consulte, que confirmèrent bientôt trois millions huit cent mille suffrages.
Mais l'ivresse d'un pouvoir à peu près absolu commençait à gagner l'Ame du Premier Consul, et son ambition devenait insatiable. Non content d'avoir réuni le Piémont à la France, occupé Parme et Modène, donné la Toscane à un prince espagnol, envoyé une armée en Suisse, il prétendait dominer en Hollande, tandis que, de son côté, FÀDgleterre refusait de rendre Malte. Bonaparte dit à l'ambassadeur anglais : Mon parti est pris; faime mieux vous voir en possession des hauteurs de Montmartre que de Malte. La paix fut donc rompue ; le général Mortier occupa le Hanovre, héritage du roi Georges III, et l'on fit à ^ou/o^e d'immenses préparatifs pour une descente en Angleterre. Cette nouvelle lutte, bientôt européenne, soutenue sans trêve et sans HDf devait aboutir, après des succès et des revers inouïs, à l'in- "vasion delà France.
548 HISTOIRE MQRSJUJIÎ.
Au dedaM, plusieurs poDspirî^tions a6 fp^mpre^t CQptpç Çonaparte cpii dôj|^, en 1800,. av^it ^cl^appô f^ )>xplo^'oii à'w^ machine infermU. Au mais de février jsd^, i^m éinigréS| George Ca4oiid^J et pichegru fqrent arrêta \ Paris.; legén^r^l Mor^aa, qi;i connaissait ]çur dessein, fat innpliqué da^s leur procès. Pour se venger de cps complots et « renyoyer la terreur jusque d^us Lqndres, i oîj Jes Bourbons étaient réfugiés., Ço^s^r parte fit saisir à Ett^nbeiip (grand-duché de Bade) le je^ae dug d^Ënghien, petit-flls dq pripce de Condé. Ce malheurem prince, amené à Yincennes» jugé et copdam^é sqr-le-cl^amp {^r vm^ commission militaire, toml^a) l4 même pult, ^Qus les balle^ des exécuteurs, dans le^ (ossés du château (20m^rs). Parçqt%tt^ntat, Bonaparte, suivant M. Thiers, égala le régicide d\\ ?I janviÇtr- Ce fut, du rest^, une Jugubre annép. Georges Cadoud?il p^rit sur Téchafaud; Picheg^^ s'étrangla dans son cachpt; Moreavi, ço^r damné à la prison, obtint de partir pour rAniériqu^. Ujne fegim^ illustre, Mme de Sta^l, fille du ministre Necker, avait déj^ cpçttr mencô sa vie d'exil, ^ips, cp^-ps con^titué^ se prêtaient péaç^moins avec une fâcheuse complais^pce au^ désirs du phef dp TÉtat. Sur la prqpQsUipn d'un membre du tribuuat, îfçt^oléofi Bonaparte M appelé au trône avec le titre i'^niipexetAr, et la souveraineté devait (tre héréditairp dans sa f^iuiUe. Le S^uat confirma cette élévation, que ratiQ^rçnt eucore le;; suffrage^ populaires (0 novewibr^)*
U. BMPIRE (1804-1815) •
f • Mapoléon emperear, et roi d*ltaUe*
Un mois plus tard, le pape pie VII traversa les monts et ^u\ sacrer, à Notre-Dame, l'auteur du Concordat et l'impératrice Jor séphine (2 décembre 1804). Sur Tinviution des députés envoyés par les républiques italiennes, Napoléon ceignit bientôt s^rès, dans la cathédrale de Milan, la couronne de fer des rois hombards, et joignit au titre d'empereur celui de roi dltalie, réserr vaut la vice- royauté à son beau-fils, Eugène Beauhamais (^ mai 1805). Gônes fut roupie à la France; la '^'oscane érigée e^i royaume d'Ëtrurie. Ces changements ne pouvaient pianquer d'émouvoir les cours de l'Europe. L'Aqtriche, prêtant Toreille aux conseils de l'Angleterre, entra, de concert avec la Russie et la Suède, dans la ^ai&ième coalition, A cette nouvelle» Napoléon abandonne son projet de descente en AngloteiXÊ, lave le
HISTOIflÇ MODBRN^* 543
cf^mp de Bp^lpgn^ et cpipqfnçpce, à la têtp 4'tfP9 ^TP^^^ 4p 160 OOp hommesf, Ips prep^ers spl^s^ffi 4^ PÇ^Ç^?? ^^® 9^?^P?^^?. I j^^s piémor§ble.
Bassep le Rhin, occuper la Bavière qui ^Y^}^ F^u^é d« s,9 joindre à la coalition, francbiple Panube, battre les Autrichiens près de Donawertk Qi^Elckingen^ forcer les 30 OOp hqmmesi fiu général Mack à capituler dans Ulm, entrer 2^ Vtef|r}«(13î)ovembre 1805), voilà le prodige que Napqlépn acçompjjt eq ^^ spmaines. « L'empereur ^ battu l'ennemi ayec ijqs jaçpbes, î ^i? saient les soldats après la reddition d'Ulm. En Italie, Mas^^^s^, traversant l'Adige, repoussa Tarchiduc Charles et rejoignit ]^ grande armée à Ç^lf^gpnfur^h. Ji/emperei^f François II recula de Vienne jusqu'en Moravie, avec les débris de ses troupes, pour aller au-devant de ^empereur de Russie Alexandre, qui venait à son secours. Napoléon le poursuit et renpontre les Austro- Russes dans la plaine d'Austerlitz^ oix ses 8Q000 hon^mes ei^ écrasent 95 OOp. c J'ai livré trente batailles pommp . celle-rci, écrivait le vainqueur, mais je n'en ai vu aucune où la victpire ait été si décidée et où les destins ^ient été si peu balancé^. ? A ses soldats qui, la yeille de cette grande journée avaient célébré, par des feux allumés dans leurs bivacs, l'anniversaire du couronnement, il disait dans une proclamation célèbre: Jlç$uU content de vous^ vous avez couvert vos aigles d'une gloire immorr telle.
Alexandre regagna précipitamment ses fitats, et l'empereur François II sigda bientpt le traité de Pres6Qur^ (26 déceoibre 1805), qui donnait Venise au royaume d'Italie, Tlstrie et la Dalmatie à l'empire français, créait deux royaumes, celui de Bavière agrandi du Tyrol, et celui du Wurtemberg, augmenté de la Souabe autrichienne. Le margraviat de Çade devenait un grand-duché. L'année suivante (1806), la réunion fies royaumes de Bavière et de Wurtemberg, des grands-duchés de Berg» de Bade et de Darmstadt ep une confédération du Rhin^ sous le protectorat de Napoléon, marque la fin du vieil empire germanique, qui subsistait depuis plus de huit siècles. François II, réduit à ses États héréditaires, cess^ de porter le titre d'pmpereur d'Allemagne, et ne fnt plus que François I«t, empereur d* Autriche.
Napoléon était moins heureux sur mer. Les flottes réunies
de France et d^spagne ayaîent essuyé, le 21 octobre 1805, un désastre irréparable à Trafalgar, près de Cadix. De trentedeux vaisseaux, treize seulement échappèrent ; mais Tamiral anglais Nelson perdit la vie dans cette bataille.
Cependant, l'empereur, exagérant sa domination, imposa aux peuples asservis des princes de sa famille. Il mit sur le trône de Naples son frère Joseph. Un autre de ses frères, Louis marié à Hortense Beauhamais, sœur du prince Eugène, fut appelé à régner en Hollande ; Joachim Murât, son beau-frère, reçut le grand-duché de Berg ; Pauline, sa sœur, la principauté de Guastalla. Plusieurs autres principautés et duchés, surtout en Italie, furent conférés aux grands dignitaires, maréchaux et mmistres de TEmpire, dont ils devinrent les feudataires.
s. 9iiA«rième coalition (f S^*).
La politique de Pitt hostile à la France, un moment abandonnée après la mort du grand ministre, fut bientôt reprise par ses successeurs. L'Angleterre renoua ses négociations sur le continent, et réussit à former contre nous une qfmtrième coalition, La Prusse, blessée de Térection du grand-duché de Berg, faite à ses dépens, se joignit cette fois à TAngleterre, à la Suède et à la Russie. Mais Napoléon lui porta bientôt un coup terrible. Après avoir écrasé lui-même une des armées prussiennes à /éna (14 octobre), et fait écraser Tautre, le môme jour, par Davoust, à Auerstaëdt, il s'empare en courant de toutes les places fortes de l'Elbe et de l'Oder, et entre dans Berlin, le 28 octobre. Cent soixante millions de contributions de guerre et l'épée du grand Frédéric, enlevée de son tombeau, firent sentir à la Prusse sa défaite et son humiliation.
Malgré la rigueur du climat et de la saison, les hostilités se poursuivirent au delà de la Yistule. Napoléon battit les Russes et les Prussiens, le 8 février 1807, à Eylau; à Friedlandy le 14 juin. Les pertes de l'ennemi furent énormes; le vainqueur franchit la Prégel et marcha sur le Niémen, limite de l'empire russe. Alexandre demande alors à Napoléon une entrevue, qui eut lieu sur le fleuve même, dans un radeau, et l'on conclut une suspension d'armes, suivie du traité fameux de Tilsitt (8 juillet). Les deux empereurs réglèrent souverainement le sort de l'Eun^e. Le roi de Prusse, faiblement soutenu par son allié, n'ayant plus ni armée ni places fortes, conserva seulement la moitié de ses États. L'autre moitié servit à former,
d*abord vers Touest, le royaume de Westphalie, créé eufaveur de Jérôme Bonaparte, le plus jeune frère de l'empereur; puis au midi, le royaume de Saxe, érigé précédemment en faveur de l'électeur, notre allié, qui joignit à cette couronne le titre de grandduc de Varsovie. Les deux grandes monarchies de l'Allemagne, l'Autriche et la Prusse, eurent alors pour contre -poids quatre royaumes secondaires.
Afin d'atteindre, dans son industrie et sa richesse, un ennemi insaisissable, Napoléon avait décrété à Berlin (21 novembre 1806) le blocus continental^ et l'empereur Alexandre y adhéra par le traité de Tilsitt. Les marchandises anglaises étaient prohibées dans tous les ports du continent ; tout commerce était interdit avec l'Angleterre, qui devait ainsi périr étouffée dans son île. Cette mesure extrême avait le tort d'être impraticable et impolitique; car toutes les populations des côtes de l'Océan et de la Méditerranée, depuis Naples jusqu'à Hambourg, privées de leur principal ou môme de leur unique moyen d'existence, n'avaient plus qu'une ressource, c'était de s'y soustraire par la fraude.
Comme le Portugal persistait dans son alliance avec l'Angleterre, Napoléon entama des négociations avec la cour d'Espagne pour la conquête et le partage de ce royaume. Junot franchit les Pyrénées à la tête de 28 000 hommes, s'avance hardiment sans trouver de résistance, et entre dans Lisbonne (novembre 1807), au moment même où le régent, depuis roi sous le nom de Jean VI . venait de s'embarquer pour le Brésil.