nerre d'Kspasne (f 8«S
L'année 1808 est marquée par deux grandes fautes de Napoléon : l'invasion de l'Espagne et l'occupation des États pontificaux.
Le roi d'Espagne Charles IV et son fils Ferdinand, ayant pris l'empereur pour juge de leurs différends, se laissèrent attirer à une entrevue, qui eut lieu à Bayonne Napoléon contraignit le fils à restituer la couronne qu'il avait usurpée, le père à renoncer au trône en sa faveur ; puis il nomma roi d'Espagne son frère Joseph, qui eut pour successeur, à Naples, Murât, époux de Caroline Bonaparte. Mais on pouvait plus aisément faire un roi que soumettre une nation décidée à périr, s'il le fallait, pour sauver son indépendance. A peine le frère de Napoléon était-il entré à Madrid, que le général Dupont mit bas les ar-
mes à Baylen en Andalousie, et se rendit prisonnier de guerre avec toute sa division *. Quelques jours après, sir Arthur Wellesley, depuis si fameux sous le nom de Wellington, forçait Junot à évacuer le Portugal. On avait donc ouvert Ja Péninsule aux Anglais, considérés jadis par les Espagnols comme de per fides ennemis, accueillis maintenant comme des libérateurs.
Napoléon, après une entrevue à Erfurth (27 septembre) avec Fempereur de Russie, se porta lui-môme en Espagne, où ses plus habiles lieutenants, Soult, Bessières, Victor et Lannes, » soutenaient, sans accord, une lutte ingrate et acharnée. Sa présence changea un moment la face des choses. Le redoutable défilé de Sommo-Sierra est enlevé, et Madrid ouvre de nouvean ses portes. Napoléon crut se concilier PEspagne en supprimant brusquement les abus qui la rongeaient ; il ne réussit qu'à exalter les préjugés nationaux, et à nourrir une guerre d'embuscades et d'escarmouches, plus meurtrière dans un pays montagneux que les batailles rangées. Cependant, la prise de Saragosse^ après un siège mémorable (21 février 1809), et les brillants succès du maréchal Soult auraient sans doute découragé la résistance, si l'empereur n'eût été obligé de rappeler une partie de ses troupes en Allemagne pour faire face à une cinquième coalitim*
s. cinquième eoalttloii (!«••).
L'Autriche, encouragée par les subsides de l'Angleterre, crut le moment favorable pour tenter de nouveau le sort des annes. Déjà les populations du Tyrol s'étaient soulevées ; l'empereur François, décrétant un armement général, mit sur pied 50O 000 soldats divisés en huit corps, et prit l'offensive tout à la fois en Pologne, en Italie et en Bavière, Napoléon quitte l'Espagne, arrive de Paris en cinq jours au delà du Rhin, sur le théâtre de la guerre, et gagne les victoires d^Abensberg et EckmuhL II entre à Vienne pour la seconde fois, le 13 mai, après un bombardement de quelques heures. De là, il poursuit l'archiduc Charles au delà du Danube, s'empare de la grande ile de Lohau^ située au milieu du fleuve, et, malgré des pertes considérables, triomphe encore à Essling^ où périt l'intrépide maréchal Lannes (22 mai). La grande victoire de Wagram (6 juillet), si glorieuse pour Davoust et Masséna, réduisit TAutriche à
1. M Noai DO méritions plus d'être heureux, » a dit M. Thiers, parUotde cet échec.
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HISTOIRE MODERNE. hkl
mettre bas les armes. Par le traité de Vienne (14 octobre), Teinpereur François I«' cédait à la France PIstrie , la Croatie, la Carniolek le littoral hongrois jusqu'à la rive droite de la Save. La Confédération du Rhin et la Saxe eurent aussi leur part des dépouilles de Penneiîni vaincu.
Une violence des plus coupables s'accomplit cette môme année en Italie. Le pape Pie VII, ayant refusé de déclarer la guerre au roi de la Grande-Bretagne, fut enlevé de Rome (5 juillet 1809), après avoir lancé un décret d'excommunication contre celui qui déjà occupait ses Ëtats.
En Suède, le roi Gustave IV, qui ne voulait pas se soumettre au blocus continental, se vit contraint d'abdiquer en faveur de son oncle Charles XUI.
•. It^emplre flraiiçai« en f 919.
L'empire français comprenait alors 130 départements, dont 103 dans les limites naturelles de la France et 27 au delà; 36 000 lieues carrées, une population qui s'éleva plus tard jusqu'à cent millions d'àmes. Les emboucliures de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin, du Weser et de l'Elbe lui appartenaient, en môme temps qu'une partie de l'Adriatique, avec les îles Ioniennes et toute l'Italie, jusqu'au royaume de Naples. En outre, la Confédération helvétique et la Confédération du Rhin, les royaumes d'Espagne, de Naples, de Westphalie, de Wurtemberg, de Saxe étaient, comme le grand-duché de Varsovie, sous l'étroite dépendance de l'empereur. Le Danemark avait accédé au blocus continental, et Bernadotte, l'un des lieutenants de Napoléon, quittait la principauté de Ponte-Corvo pour devenir prince héréditaire de Suè4e.
Si l'on excepte l'Angleterre, maîtresse des mers par ses flottes, il ne restait en Europe d'autre grande puissance que la Russie. Mais cette étendue excessive de l'empire français, en, compromettait la durée. Nos forces se consumaient en Espagne, presque sans résultat, dans une guerre injuste. La junte de Se ville, qui avait proclamé Ferdinand VII, s'était retirée à Cadix, dans un asile inexpugnable. L'Allemagne commençait à s'agiter sourdement. La captivité du pape et la confiscation du patrimoine de saint Pierre blessaient profondément les consciences catholiques. Cependant Napoléon, qui s'était séparé, par un divorce, de sa première femme, Joséphine de Beauharnais, épousa, en secondes noces, Mario-Louise, fille de l'em-
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perenr d'Autriche François II (avril 1810). La naissance dhin fils (20 mars 1811), qui reçut le nom de rot de Rome^ ne rendit pas ce mariage plus populaire, et l'enthousiasme officiel qu'elle excita, cachait mal les symptômes menaçants d'une ruine prochaine.
Bientôt, l'occupation du duché d'Oldenbourg par les Français décida l'empereur Alexandre à se rapprocher de l'Angleterre ; il admit les denrées coloniales en Russie et ouvrit ses ports au commerce britannique. Un tel acte équivalait à une déclaration de guerre: les armées russes s'approchèrent aussitôt du Niémen.
y. Campucne 4e R«Mle (f 919).
Napoléon accepta le défi qu'il avait provoqué, avec une audace insensée ; car, dans une telle guerre, la distance, l'espace et le climat devaient être des obstacles insurmontables. Il se rendit le 16 mai 1812 à Dresde, oh les souverains de rAllemagne^ princes et ijois, l'attendaient pour lui rendre leurs hommages. Son armée, la plus nombreuse qu'on eut jamais vue, se composait de 450000 hommes. Français pour la plupart, auxquels s'étaient joints les contingents de diverses nations. Elle passa le Niémen le 24 juin; le 28 eUe était à Wilna^ le 28 juillet à Witepsk^ kSmolensk le 17 août, après avoir repoussé 80 000 Russes, qui résistèrent vigoureusement et mirent le feu à la ville avant de s'éloigner. C'était du reste le système de Tennemi : reculant toujours, il incendiait et détruisait tout sur son passage. Cependant Moscou, la ville sainte des Russes, ne devut pas être livrée sans combat. KoutousofT nous attendit à Boradino, sur les bords de la Moskowa (7 septembre). La lutte fut tellement sanglante, que les Russes y perdirent 30000 hommes et les Français 20 000. Napoléon put entrer à Moscou; mais à peine s'était-il installé au kremlin avec sa garde (15 septembre), que l'incendie éclata dans ^oute la ville, par les ordres du gouverneur Rostopchine.
Après un mois perdu au milieu des ruines, on se mit en marche le 15 octobre, et, deux jours auparavant, la neige avait commencé à tomber. La retraite fut nécessairement lente et pénible, surtout quand on se retrouva dans un territoire déjà parcouru et dévasté. Néanmoins, jusqu'à Smolensk^ l'armée soutint avec succès les attaques des Russes, qui ne cessaient de la harceler; puis une force supérieure à toutes les forces hu-
maines vint briser son énergie. L'hiver se décUalnait avec une violence extraordinaire , même pour la Russie : chaque nuit, hommes et chevaux périssaient par centaines, par milliers. On arriva ainsi aux bords de la Bérésina (26, 27, 28 novembre), rivière dont le nom évoque une des scènes les plus effroyables de rhistoire. L'empereur n'avait plus d'autre souci que de réparer cet immense désastre, et il se hâta de revenir en France, oii le rappelait d'ailleurs la nouvelle d'une étrange conspiration. Le général républicain Mallet avait failli s'emparer du gouvernement par un coup de main. Ney, toujours intrépide, ramena au delà du Niémen les déplorables débris de la grande armée. On reconnut alors combien Talliance de l'Allemagne était fragile. L'occupation française avait excité par ses excès, de sourdes colères et des haines que le temps n'a pas encore effacées. Ces sentiments n'étaient nulle part plus vifs qu'à Berlin et à Kœnigsberg. Depuis sa défaite d'Iéna, la Prusse avait préparé patiemment sa revanche, en réformant ses institutions, ses mœurs, son système militaire. Elle donna le premier signal de la défection; l'Allemagne entière brûlait de courir aux armes.