Philippe (Sft»-SS
Encore quelques années, et c*en est fait de la grandeur des cités helléniques et de leur liberté. Un royaume, considéré jusque-là comme barbare, va donner des maîtres à la Grèce et lui susciter un vengeur.
Entourée de hautes montagnes, voisine de la Thrace, la Macédoine formait comme un pays séparé du reste de la Grèce. Le peuple en était « très-propre à la guerre, courageux, obéissant, industrieux, infatigable. » Les rois de Macédoine descendaient de Garanus, fils d'Hercule. Après une longue période d'anafchie et d'obscurité parut Philippey le père d'Alexandre (359). Ge prince avait été élevé en qualité d^otage, dans la maison d'Épaminondas, à Thèbes, et il joignait aux talents mili- Uires l'habileté politique la plus profonde. Son premier soin fut de rétablir l'ordre dans son royaume, de s'asiAirer Tobéissance de la noblesse, d^organiser une flotte et une armée. Après avoir essayé ses forces contre les lilyriens, les Tbraces et Quelques
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tatras peuples barisares, il eréa la phalemg$ mâeédanienné *. Bn intervenant adroitement dans les affaires des Thessaliens, il mérita leur reconnaissance et les services do leur excellente cavalerie. Les mines d'or qu'il fît exploiter près de la ville de Grénides, nommée depuis PhilippeSy lui procurèrent de grandes ressources ; car, selon lui, aucune place n'itaU imprenable quand on pouvait y faire entrer un mulet chargé d*or. Une première occasion de s'agrandir aux dépens de la Grèce lui fut offerte pendant la guerre sociale ou des alliés. Chio^ Rhodes^ Cos et Bytance étaient entrées ouvertement en lutte avec Athènes et combattaient pour leur indépendance. Philippe, profitant de ce conflit, s'empare d^Amphipolis et s'avance jusqu'à lamerÉgéO) frontière maritime de la Macédoine.
s. Aamevwkmtmkent 4e 1» «rèce.
Oubliant le danger qui la menaçait, la Grèce se jeta dans une querelle religieuse envenimée par des ressentiments politiques. Les Phocidiens s'étaient emparés de quelques terres consacrées au dieu de Delphes. Le conseil des Âmphictyons les condamna, pour ce sacrilège, à une forte amende (357) ; mais ils refusèrent de la payer et se portèrent à des excès contre le temple même. Une ligue, à la tète de laquelle étaient les Thébains, se forma contre eux, et la guerre, dite sacrée, se poursuivit de part et d'autre avec fureur pendant plusieurs années ; elle se termina par la ruine complète des Phocidiens (346). Philippe y contribua puissamment; car il intervint deux fois, sous prétexte de venger la religion outragée, et, pour prix de ses services, il se fît donner les deux voix que les Phocidiens avaient précédemment dans le conseil amphictyonique. En 347, il avait pris et détruit, après un long siège, la ville d^Olynthe^ que les Athéniens ne surent pas défendre» malgré les pressantes exhortations de Torateur Démosthène.
A partir de sa victoire sur les Phocidiens, Philippe redouble d'audace et d'activité. On le voit tour à tour menacer Mégare, parcourir en maître la Thessalie et l'Épire, assiéger Byzance, débarquer en Eubée, guerroyer sur les bords du Danube, ehejE les Scythes et chez les Triballes. Ses infirmités, car il était boiteux et privé d'un œil, ses nombreuses blessures ne
1. Corps pesant 4lDfanteri« de 17 000 hoipmes, arméi do lopfnes piques, ran^^ i^t 16 files de profondeur : masse terrible sur un terrain ani. tipaainentao tn a^til cor^ la proMii^ Uéa.
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raleBtîssaient en rien son ardeur. Les Athéniens, au contrairoi en face d'un adversaire aussi redoutable, se montraient M-* voles et insouciants; passionnés pour les procès et 1»^8 spectacles, ils se faisaient remplacer devant 1 ennemi par des soldats mercenaires. Beaucoup de leurs orateurs étaient vendus au roi de Macédoine. Deux citoyens, éminents 1 un par son éloquence, Tautre par ses talents militaires, Démosthène et Phocion, retar« dèrent seuls la chute de leur patrie.
' Un moment vint oii Philippe, démasquant ses projets, occupa les Thermopyles ^ et s'empara à*Élatée (Phocidej, après avoif accablé dans une nouvelle guerretacréey les Locriens d' Amphissa. Alors la voix puissante de Démosthène réveille le patriotisme^ fait taire les discordes et réunit dans un élan commun les Athéniens et les Thébains, qui s'avancèrent contre Philippe aveô 32 000 hommes. Ils perdirent la bataille de Chéronée (388), et la liberté de la Grèce succomba, non sans gloire, avec ses vaillants défenseurs. Élu par les Amphictyons généralissime dei Grecs contre les Perses, le roi de Macédoine allait entreprendre la conquête de l'Asie, lorsqu'il mourut à quarante-sept ans, assassiné par un officier de ses gardes. On imputa ce crime soit à l'or des Perses, soit à la vengeance de la reine Olympias^ qui venait d'être répudiée.
s. Alexandre le «rand (SS6-S9S).
Alexandre succède à la couronne et aux grands desseins de son père. Agé de vingt ans seulement, les leçons d'Aristote, son précepteur, avaient développé son génie; il admirait passionnément Homère ; lamour de la gloire enflammait son cœur. On l'avait vu pleurer à la nouvelle des exploits de Philippe : Mon père ne me laissera donc rien à faire! s'écriait-il avec douleur. C'était un de ces hommes extraordinaires que la Providence envoie pour renverser et pour élever des empires. Son père lui avait dû la vie dans un combat contre les barbares du Danube, et peut-être aussi la victoire de Chéronée. Cependant, à son avènement, les peuples depuis peu subjugués remuent de toutes parts. Alexandre se porte d'abord contre les Triballes^ les GéteSy les lUyrienSy qu'il soumet avec une effrayante rapid té ; puis, appelé en Grèce par une tentative de soulèvement, que Démosthène avait provoquée, il prend et rase la ville de Thèbes^ n'épargnant que la maison du poète Pindare. Athènes fut traitée avec douceur. La Grèce, frappé* d'étonneœent, reeonaut !•
jeune héros comme son généralissime contre les Perses, dont Pempire allait toujours en s'afifaiblissant (335).
Artaxerxès II que nous avons vu imposer aux Grecs le traité d^Antalcidas, passa presque tout son règne à combattre les Cypriotes et les Égyptiens révoltés. Le vieux roi de Sparte Agésilas porta du secours aux rebelles des bords du Nil, et mourut au retour de cette expédition, sur une côte déserte de la Libye (361). Artaxerxès III Ochus^ reconquit PÉgypte et la Phénicie ; l'eunuque Bagoas l'empoisonna et le remplaça par Arsès^ le plus jeune de ses fils, qu'il fit aussi périr pour élever sur le trône un descendant de Darius Noth us, Darius III Codoman (336). Ces révolutions de palais, ces révoltes continuelles des peuples tributaires, présageaient l'issue de la lutte suprême que nous allons raconter.
A la tête de 35 000 hommes, Macédoniens et Grecs*, Alexandre quitta son royaume qu'il ne devait plus revoir. En partant de Pelkt^ sa ville natale, il distribua tout ce qu'il possédait à ses officiers et à ses serviteurs : « pour lui-môme il se réservait l'espérance. > Débarqué en Asie, il visite les ruines de Troie et le tombeau d'Achille, qu'il couronne de fleurs. Les satrapes de Darius, renforcés de nombreux mercenaires grecs, sont battus au passage du Granique (334). Pour rester en conununication avec sa flotte et fermer aux ennemis l'accès de la Grèce, où ils recrutaient des soldats, le conquérant avait résolu de suivre les côtes et de s'emparer successivement des villes maritimes. Milet et Halicarnasse tombent en son pouvoir, vainement défendues par le Rhodien Memnon^ le meilleur général de Darius, qui mourut bientôt après. Alexandre monte alors jusqu'en Phrygie, coupe le nœud Gordien^ redescend en Cilicie et tombe malade à Tarse ^ pour s'être imprudemment baigné dans les eaux du Gydnus. Sauvé par sa confiance héroïque dans le médecin Philippe, il franchit les défilés, attaque et bat complète^ ment, à Issus (333), le roi de Perse, venu à sa rencontre avec 600 000 hommes. La mère, la femme et les enfants de Darius tombent au pouvoir d'un vainqueur magnanime.
L'armée macédonienne occupe ensuite les places maritimes de la Syrie; mais Tyr lui ferme ses portes et l'arrête pendant sept mois; pour s'emparer de la grande cité phénicienne, li fallut construire une digue dans la mer. Une autre ville de la
1. sparte seule ne prit aucune part à la conquête de TAsie. En 330, elle se souleva sans succès contre Aatipater,le lieutenant d'Alexandre en Macédoine.
côte, GdzOj résista deux mois. Mais ni la Judée ni V Egypte ne coûtèrent de peine au conquérant, parce que, bien différent d'un Cambyse, il respectait partout les croyances et les mœurs. Un coup d'œil de génie lui fait désigner l'emplacement d'une ville qui devait éclipser Tyr et servir de lien entre l'Orient et l'Occident : Alexandrie est fondée au nord-ouest des bouches du Nil.
Pendant son séjour en Egypte, Alexandre visita le temple d*Ammon^ où l'oracle le proclama fils de Jupiter. Maître alors de toutes les provinces maritimes de Pempire, il revint sur ses pas, traversa rapidement la Syrie et la Mésopotamie, pour aller chercher Darius, qui fut vaincu une seconde fois à la journée à*Arbelle8 (331). Neuf cent mille Asiatiques et trente mille mercenaires grecs cédèrent au choc de la phalange et de la cavalerie macédonienne. Toutes les capitales de l'empire, Bahyîone, Suse , Persépolis , Ecbatane, tombent au pouvoir du vainqueur, qui court alors sur les traces de Darius. Ce malheureux prince fut assassiné dans sa fuite par le satrape Dessus.
La partie la plus difficile de la conquête restait à. faire : c'étaient les pays montagneux, situés au sud et à l'est de la mer Caspienne : la Parthie, l'Hyrcanie, l'Arie, la Bactriaoe, la Sogdiane, habitées par des nations belliqueuses et farouches, trèsjalouses de leur indépendance. Ni les déserts, ni les montagnes, ni les combats multipliés, ni les révoltes des peuples mal soumis, ne lassèrent la constance d*^ÂJexandre. Il s'avança jusqu'aux bords de Vlaxarte^ battit les hordes des Scythes, pacifia la Sogdiane, marquant en tous lieux son passage par des mesures prévoyantes et par les établissements qu'il fondait. Mais l'orgueil et la volupté triomphèrent de celui qu'aucun autre ennemi n'avait pu vaincre ; il adopta les mœurs dissolues de ses nouveaux sujets , et voulut se faire adorer comme un dieu. Ce déplorable changement excita dans l'armée des murmures et des complots, que le roi prévint ou réprima avec une sévérité cruelle.
Afin de détourner les esprits vers d'autres pensées, Alexandre entreprend la conquête de l'Inde, passe V Indus, puis VHydaspe^ et met le comble à sa renommée par ia défaite de Porus (326). Insatiable de découvertes et de conquêtes, il aurait pénétré jusqu'au Gange, si une telle audace n'eût effrayé ses soldats» qui refusèrent de le suivre au delà de VHyphase , affluent le plus oriental de l'Indus. Une flotte qu'il fit construire lui permit du moins de descendre l'Hydaspe, puis l'Indus jusqu'à son
embouchure, qu'il reconnut soigneusement. Au retour, les brûlantes solitudes de la Gédrosie et de la Carmanie éprouvèrent son armée par des fatigues et des privations inouïes. Pendant qu'elle exécutait celte marche longue et horrible, la flotte, sous les ordres de Néarqw^ longeait et explorait les côtes jusqu'à l'embouchure de TEuphrate, au fond du golfe Persique.
Alexandre, après avoir conduit une dernière expédition en ^4édie où il perdit Ephestion, le plus cher de ses amis, revint triomphant à Babylone. Là, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, entouré des hommages delà terre entière, il tomba subitement malade à la suite d'un grand festin. Sa vie fut bientôt en danger. Gomme ses amis lui demandaient à qui il laissait Pempire : au plus digne^ répondit-il, et il expira dans sa trente-troisième année, pleuré des vaincus autant que de ses propres sujets (323). La mère de Darius, Sisygambis, moiirut de douleur en apprenant la perte de celui qu'elle regardait comme un fils.
Le roi de Macédoine eut des vues plus larges et plus conciliantes que les chefs (ies petites républiques de la Grèce. Rapprocher les races et les peuples les plus divers, ouvrir et tracer au commerce des routes nouvelles, faire tourner sa conquête au progrès des sciences et au bien de l'humanité, semer en quelque sorte la Grèce à travers le monde : telle fut son ambition et son œuvre durable. Il ne fonda pas moins de 70 colonies, qui, pour la plupart se soutinrent et prospérèrent pendant de longs siècles, tant il avait su fixer heureusement leur place. Mais on regrette qu'il ait terni Téclat de sa vie par des vices et même par des crimes; qu'il se soit souillé du sang de Clitus^ un de ses plus braves serviteurs, et que, sur de légers soupçons, il ait ordonné la mort de PhUotas, de Parménion et de Callisthène. On lui reproche encore d'avoir abrégé ses jours par son intempérance. La terre se tut devant /u», et il ne sut pas se commander à lui-même.