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L'année 146 marque également la prise et la ruine de Carthage. Cette ville industrieuse, relevée bien vite de ses désastres, retrouvait une prospérité qui porta ombrage aux Romains. Le vieux Gaton, après un voyage qu'il avait fait en Afrique, ne cessait de répéter à la fin de tous ses discours, quHl fallait détruire Carthage. Le prétexte manquait, car les Carthaginois s'étaient docilement soumis aux exigences du sénat, jusqu'à exiler Annibal, jusqu'à payer exactement l'énorme tribut qui leur était imposé. Leur dangereux voisin fournit aux Romains l'occasion d'intervenir. Secrètement encouragé par eux, Massinissa avait enlevé plusieurs provinces aux Carthaginois. Ceux-ci
ayant en vain réclamé l'arbitrage et la justice du sénat, à bout de patience , prirent les armes. Rome déclare alors qu'elle va les punir de la violation du traité qui leur interdisait de faire la guerre sans sa permission, et 80 000 hommes sont envoyés en Afrique. Les consuls, par une promesse perfide, se font remettre les armes et les machines de guerre qui étaient dans la ville ; après quoi, ils commandent aux habitants de la quitter et d'aller s'établir à trois lieues de la mer. Une explosion de colère et de patriotisme répondit à cet outrage. Les Carthaginois prolongèrent leur résistance pendant plus de deux ans; ils firent des prodiges d'industrie et de valeur, et, pour les réduire, il fallut le génie opiniâtre de Scipion Émilien, qui s'était distingué déjà dans la guerre contre Persée. Il était fils de Paul-Ëmile et petitfils par adoption du premier Africain. Après un siège mémorable , Carthage fut prise et livrée aux flammes avec une telle fureur, que Scipion lui--même ne put retenir ses larmes (146). Les Romains la repeuplèrent plus tard , et elle redevint florissante pour périr de nouveau : c'est à peine si aujourd'hui il en subsiste quelques vestiges. La langue et la littérature carthaginoise ont disparu dans cette grande ruine.
Scipion fut honoré à Rome d'un triomphe digne de sa victoire, et reçut le nom de second Africain.