Première guerre 4er«<I« ou des esclaves; Eunus
133. Prise de Numance en Espagne; Scipion Émilien. — Tribunat de Tibérius Gracchns.
SIXIËBIE PÉRIODE.
PRBMIBRES GU£R]^ËS CIVILES (133-79)
«• lies Graci|iiei| (489-ttt).
En ravissant aux autres peuples leur liberté, Rome ébranlait la sienne. Le gouvernement de la république, avec les charges et les dignités, était tombé aux mains d'un petit nombre d^anciennes familles patriciennes qui luttaient contre une noblesse nouvelle, la noblesse d'argent. Irritées par l'orgueil des grands, les passions populaires qui grondaient sourdement depuis longtemps déjà, éclatèrent tout d'un coup, et la concorde fut à jamais rompue. L'incendie, une fois allumé, ne devait plus s'éteindre qu'avec la république elle-même.
D'un côté, le véritable peuple Romain avait péri dans les combats et fait place à une multitude d'affranchis et d'étrangers sans patrimoine et sans vertu. De l'autre, la conquête de l'Asie, de la Grèce et de l'Afrique avait importé de ces contrées, les vices funestes que Rome ne connaissait pas auparavant. Avec une opulence excessive qui s'étalait en face d'une excessive misère, la cupidité, le luxe et la corruption envahirent les mœurs publiques, GatoUi surnommé V Ancien ou le Censeur^ travailla pendant sa longue carrière, à combattre toutes les innovations et à rétablir la simplicité d'autrefois ; ses efforts eurent peu de succès. Ce fut alors que Tibérius Gracchus et, quelques années après, son frère Gaïus, petits^fîls de Scipion TAfrlcain par leur mère Gornélie, toi^s deux éloquents et ambitieux, entreprirent une réforme sociale.
Tibérius voulut f ire revivre les lois ^*ct*nten»cs, mises en oubli
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depuis longtemps. Élu tribun du peuple (133), il proposa de distribuer aux citoyens pauwes, afin de les rappeler au travail des champs et à la dignité civique, la plus grande partie des terres du domaine public, possédées ou usurpées par les riches. Ceux-ci les avaient changées en pâturages, où leurs esclaves paissaient d^immenses troupeaux, de sorte que Pagriculture était généralement abandonnée. Mais la loi dite agraire, équitable en principe, rencontra dans l'application des difficultés infinies, parce qu'elle bouleversait les fortunes et les héritages. Les nobles gagnèrent un des tribuns, Octavius, qui opposa son veto à toutes les propositions de son collègue. Celui-ci le fit déposer, sans respect pour Pinviolabilité tribunitienne, et les haines ne connurent plus de frein. Poursuivi dans une émeute que le patricien Scipion Nasica avait provoquée, Tibérius périt à l'âge de trente ans (133). Scipion Émilien, qui avait approuvé le meurtre de Téloquent tribun^ fut à son tour victime des fureurs civiles; on le trouva mort dans son lit peu d'années après (129),
Caitus, nommé tribun du peuple en 123 et continué dans sa charge l'année suivante, reprît les projets de son frère et alla plus loin; car il ne craignit pas de transférer Tautorité judiciaire du sénat aux chevaliers, et d'appeler les Italiens au droit de suffrage. Pendant les deux années que dura sa toute-puissance, il déploya une activité extraordinaire. Alors les patriciens eurent recours à un nouveau moyen d'opposition. Au lieu de combattre les lois de Gaïus, ils chargèrent son collègue Livius Drusus de renchérir toujours sur ses propositions, afin de donner le change au peuple et de lui persuader que ses véritables amis étaient dans le sénat. A son retour de Carthage, oîi il avait conduit une colonie pour rebâtir la ville, Caïus échoua dans la demande d'un troisième tribunat, et résolut, bien à regret, de défendre ses lois par la force. Le consul Opimius, chef de la faction aristocratique, mit sa tête à prix et commanda le massacre de 3000 de ses partisans. Abandonné du peuple, Caïus se fit tuer par un esclave ; sa tête fut payée par le consul au poids de l'or (121). Les lois dont il avait pris rinitiative,'furent ensuite abrogées ou modifiées.
Au milieu de ces cruelles dissensions, il faut remarquer le progrès de l'éloquence et des lettres latines, favorisé par les rapports si fréquents des Romains avec la Grèce. Le poète qo-* mique Térençe^ l'^i de Scipion Émilien, offre déjà, dans %Qn style, un modèle remarquable d'élégance et de pureté.
«. HarlaA. — Jugurtha (106). Les Cimbres (101).
Celui qui hérita de la popularité des Gracques, était aussi le seul homme capable de faire face aux dangers du dehors, quelque terribles qu'ils fussent : cet homme était Caius Marins, Né dans la petite ville d'Arpinum, d'une famille obscure et plébéienne, esprit incuUe, Marius s'était fait remarquer déjà au siège de Numance par sa bravoure, sa rudesse et son extérieur négligé ; il servait d^ns cette guerre, sous Scipion Émilien, avec un jeune prince numide dont nous allons parler.
Jugurtha, fils adoptif de Micipsa, roi des Numides, avait fait périr les deux fils de son bienfaiteur et s'était emparé de leurs États. Rome ne pouvant sans honte laisser impunie la mort de ces princes, petits-fils de Massinissa, entreprit pour les venger la guerre numidique. A force d'or et d'intrigues, Jugurtha réussit pendant quelque temps à éloigner Porage qui le menaçait, puis à couvrir d'opprobre les armes romaines. Le consul Métellus^ plus habile et plus honnête que ses prédécesseurs, lui fit subir des pertes énormes. Cependant, son lieutenant Marins^ qui lui devait son avancement, vint l'accuser à Rome de traîner la guerre en longueur, obtint le consulat et se fit donner le commandement à sa place. Le premier, il admit les prolétaires au recrutement de l'armée, d'où ils avaient été exclus jusque là. Jugurtha, vivement pressé par le nouveau consul, se réfugia chez son beau-père, Bocchus, roi de Mauritanie. Celui-ci remit lâchement son gendre aux mains du questeur Sylla, que Marius avait envoyé près de lui pour réclamer le fugitif. Après avoir orné le triomphe du vainqueur, Jugurtha mourut de faim dans la prison Mamertine (106).
Presque en môme temps, une invasion eÔroyable de barbares menaçait la puissance romaine d'une ruine complète. Les Cimbres, partis des bords de la Baltique et réunis aux Teutons, s'étaient répandus comme un torrent dans une partie de la Germanie, dans l'Helvétie et quelques contrées de la Gaule. Après avoir dispersé ou anéanti six armées consulaires et frappé Rome de terreur, ils passèrent en Espagne, cherchant des terres pour s'y établir. Ce fut encore à Marius que l'on confia la^ guerre cimhrique. Nommé de nouveau consul et prorogé pendant quatre ans, il se tint dans la province romaine (Provence) pour défendre l'entrée de Tltalie, préparant ses soldatâ par les plus rudes travaux au choc des barbares. Ceux-ci, ievenus d'Espagne
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en Gaule, s'étaient séparés avec la résolution d'envahir l'Italie par des chemins différents. Marius rencontre les Teutons près d'^tcD, où il les extermine dans deux grandes batailles livrées en trois jours (102). L'année suivante, avec son collègue Lutatius Gatulus, il détruisit l'armée des Cimbres dans les plainesde Verceil^ malgré la sauvage intrépidité des hommes et même des femmes. Le sénat et le peuple décernèrent à Marius le titre de troisième fondateur de Rome, après Romulus et Camille.
Enivré de ses triomphes, le vainqueur des Cimbres prétendit conserver l'autorité malgré les lois, et pour obtenir un sixième consulat, il fit cause commune avec les plus méprisables démagogues, un Saturninus, un Glaucia, qu'il fut ensuite obligé de renier à cause de leurs crimes. Voyant ses complices punis et sa popularité qui déclinait, il prétexta un vœu pour s'éloigner de Rome et faire un voyage en Asie.
s. «neire sociale. — RivaUté de marius et de Sylla (IN^SS).
Un autre général attire désormais les regards. Issu de Pantique famille des Cornélius, le patricien Syîla était d'une nature ardente et impérieuse, doué de grands talents, mais aussi étranger à l'humanité qu'à la vertu. Questeur de Marius en Afrique, il s'attribua* tout l'honneur d'avoir fait Jugurtha prisonnier. De là vint, entre ces deux hommes, une violente inimitié qui s'accrut encore dans la guerre sociale ou des alliés.
Le sujet de celte guerre était le droit de cité réclamé par les peuples de l'Italie, Marses, Samnites, Lucaniens, et d'autres encore dont le tribun Livius Drusus avait appuyé chaudement la demande. Irrités du refus qu'on leur opposait, ils se soulevèrent et prirent pour chef le Marse Pompédius Silo. Ce fut une lutte terrible à armes égales, qui fit perdre à l'Italie 300 000 hommes, la fleur de sa jeunesse et l'élite de ses forces. On ramena peu à peu les alliés en leur faisant des concessions plus spécieuses que réelles. Le vieux Marius, qui s'était conduit mollement dans cette guerre, se retrouva jeune et vigoureux, lorsqu'il s'agit de disputer à Sylla, qui avait eu l'honneur du succès, le commandement de la guerre contre Mithridate. Il échoua dans sa prétention; la guerre cipile éclate alors entre les deux rivaux (88-82).
Sylla entre insolemment dans Rome à la tête de son armée. Marius s'était réfugié à Minturnes (Latium), et, de là, en Afrique, sur les ruines de Carthage, où le vieux soldat put songer à la fragilité des pAis grandes fortunes. Alors son adversaire,
se souciant peu des ennemis quUl laissait derrière lui, s'embarqua pour aller combattre Mithridate, et son départ fut suivi d*une violente réaction en faveur de Marins. Celui-ci, appuyé par Cinna, Sertorius et Carbon, qui joignirent leurs troupes à ses bandes de Maures et d'esclaves fugitifs, rentre dans Rome, altéré de vengeance et impatient de s'assouvir dans le sang des sénateurs et des patriciens. Les massacres furent tels, c que rien n'eût jamais paru plus déplorable que la victoire de Marius, si elle n'eût été suivie de celle de Sylla. » Consul pour la septième fois, le cruel vieillard épuisa bientôt, au milieu des orgies, le peu qui lui restait à vivre. Son fils, le jeune Marins, et ses amis Cinna et Carbon s'emparèrent du gouvernement aptes sa mort (86).