CHAPITRE IV
VERGE1
La verge, organe de la copulation chez l’homme, est essentiellement formée par l’accolement des corps caverneux et du corps spongieux de l’urètre.
1. Dans le Traité d'anatomie humaine ce chapitre a été rédigé par M. Paul Delbet.
VERGE
La verge présente deux parties : l’une, postérieure ou périnéale, fixe, comprise entre les branches ischio-pubiennes ; l’autre, antérieure, libre et mobile. Ces deux parties s’unissent en formant un angle, Y angle pénien, qui s’efface dans l’érection.
Les dimensions de la verge varient suivant l’âge et les individus. Sa longueur moyenne est de 10 centimètres, sa circonférence de 9 centimètres à l’état de flaccidité. Dans l’érection, la verge mesure 15 centimètres de longueur et 12 centimètres de circonférence.
Caractères extérieurs. — On peut lui considérer un corps et deux extrémités : l’extrémité antérieure ou gland ; l’extrémité postérieure ou racine.
1° Le corps présente une face supérieure plane, appelée dos de la verge, deux faces latérales convexes, une face inférieure où, dans l’érection, saillent l’urètre et son corps spongieux.
2° Le gland est relié au corps par le col du pénis . Il a la forme d’un cône à sommet antérieur, cône coupé très obliquement aux dépens de sa base. Le sommet du gland est occupé par le méat urétral (voir Urètre, t. III, p. 1449). La base forme une saillie circulaire qui déborde la surface du corps de la verge et constitue la couronne du gland. La couronne est circonscrite par le sillon balano-préputial , qui suit parallèlement la base du gland et se prolonge jusqu’au méat sous la forme d’une rigole. Cette rigole, située à la face inférieure du gland, porte le nom de sillon du frein , parce que le fond en est occupé par le frein ou filet. De part et d’autre de la partie inférieure du frein sont les fossettes du frein. Le gland est tantôt découvert, tantôt coiffé, en totalité ou en partie, par le prépuce.
3° La racine delà verge, renflée, se continue avec le périnée antérieur, sur la verge en place. Après dissection, on constate que ses trois racines se séparent : le corps spongieux reste sur la ligne médiane ; les corps caverneux divergent pour aller s’insérer sur les branches ischiopubiennes.
La racine de la verge reçoit l’insertion du ligament suspenseur de la verge. Celui-ci s’insère en haut sur la partie inférieure de la ligne blanche et sur toute l’étendue de la symphyse pubienne et forme un Abrégé d’Anat. — III. 94
Méat - - Filet
Foss. du fr.
Cour on.
Sil. bal. pr.
Prépuce
Fig. 894. — Extrémité antérieure de la verge (gland).
APPAREIL GÉNITAL DE L’HOMME
triangle sagittal à sommet sus-pubien. Sur la verge, il se divise en
deux moitiés latérales symétriques.
Dans chacune de ces moitiés on distingue des fibres profondes et des fibres superficielles. Les fibres ; profondes s’insèrent sur les faces supérieures et latérales des corps caverneux, puis forment en s’unissant aux fibres homologues du côté opposé une sangle qui embrasse la partie inférieure de la verge. Quelques fibres se prolongent dans Fig. 895. — Racine de la verge. la cloison des bour-
ses. — Les fibres superficielles s’attachent à la peau de la partie externe des bourses.
Fib. ann. du lig. suspens.
Pubis Fib. du lig.
susp. desc.
à scrot.
Ischio-
cavern.
Bulbe
Noyau fib central
Constitution anatomique. — La verge est essentiellement constitué par un appareil érectile, formé par les corps caverneux, le corps spongieux et le gland, et entouré par une série d’enveloppes, que nous étudierons tout d’abord.
I. Enveloppes de la verge. — - Les enveloppes de la verge se superposent dans l’ordre suivant :
1° La peaue st mince, pigmentée et présente un raphé à sa face inférieure, des poils longs et fins et des glandes sébacées volumineuses.
2° Le muscle péripénien , à fibres lisses, fait suite au dartos et se compose de nombreuses fibres circulaires et de quelques fibres longitudinales et obliques.
3° La couche celluleuse, lâche, permet à la peau de glisser sur les plans profonds et s’infiltre dans l’anasarque.
4° L 'enveloppe fibro-élastique , ou fascia pénis, continue sur la verge l’aponévrose superficielle du périnée et le ligament suspenseur. Elle sépare la veine dorsale superficielle des vaisseaux et nerfs dorsaux profonds.
VERGE
Au niveau.de l’extrémité antérieure de la verge, la gaine fibro-élastique se termine en se fixant à la base du gland. Par Contre, les autres enveloppes de la verge poursuivent leur trajet jusqu’au niveau de l’extrémité antérieure du gland, puis se réfléchissent pour revenir s’insérer en arrière de lui ; ainsi est formé, autour du gland, un capuchon musculo-cutané, le prépuce.
Le prépuce présente deux faces, l’une superficielle, continue avec la peau de la verge, l’autre profonde, de coloration rosée, séparée du gland par l’espace balano-préputial. Cet espace est interrompu sur la ligne médiane inférieure par le frein du prépuce, qui s’étend de la face profonde du prépuce au sillon du frein et quelquefois jusqu’à l’extrémité inférieure du méat. A l’union de la face superficielle et de la face profonde est l’orifice antérieur du prépuce dont l’atrésie porte le nom de phimosis.
Chez l’enfant, le prépuce recouvre complètement le gland et ne présente qu’une ouverture étroite. Chez l’adulte, le prépuce ne recouvre ordinairement que le tiers postérieur du gland, mais il existe de grandes variations individuelles dans sa disposition.
De la surface vers la profondeur, le prépuce est formé par les enveloppes superficielles de la verge doublées sur elles-mêmes, c’est-à-dire par : 1° une première couche cutanée ; — 2° un prolongement du muscle péripénien, prolongement inconstant ; — 3° une couche celluleuse; — 4° une deuxième couche musculaire; — 5° une deuxième couche cutanée transformée en muqueuse et se continuant avec la muqueuse du gland.
Au niveau de cette muqueuse, les poils et les glandes sudoripares manquent. Des glandes sébacées rudimen taires persistent. La desquamation de son épithélium produit le smegma.
Vaisseaux et nerfs. — Les artères sont fournies par la dorsale de la verge, la périnéale superficielle, branches de la honteuse interne, et par les honteuses externes, branches de la fémorale.
Les veines se rassemblent dans la veine dorsale superficielle médiane, tributaire de la veine saphène interne.
Les lymphatiques se réunissent en un tronc satellite de la veine dorsale superficielle ; ce tronc est quelquefois double et alors entre-croisé avec son homologue ; flexueux, il aboutit aux ganglions inguinaux supéro-internes.
Les nerfs viennent surtout de la branche dorsale et de la branche périnéale inférieure du nerf honteux interne et du génito-crural.
IL Appareil érectile. — L’appareil érectile comprend : 1° les corps caverneux ; 2° le corps spongieux de l’urètre; 3° le gland.
APPAREIL GÉNITAL DE L’HOMME
A. Corps caverneux. — Chaque corps caverneux forme un cylindre terminé en pointe à ses deux extrémités. Long de 15 centimètres à l’état tlaccide, de 20 centimètres pendant l’érection, épais de 1 à 2 centimètres, il comprend un corps et deux extrémités.
Le corps présente quatre faces : la face externe , recouverte par les
enveloppes superficielles de la verge, adhère à la tunique fibro-élastique.
. Elle est croisée par des veines, les faisceaux antérieurs du muscle ischio-caverneux et le muscle de Houston .
La face supérieure limite, avec la face correspondante du corps caverneux opposé, le sillon dorsal où reposent la veine dorsale profonde sur la ligne médiane et, de chaque côté, l'artère et le nerf dorsal de la verge.
La face inférieure limite, avec celle du corps caverneux opposé, le sillon ventral où se placent l’urètre et son corps spongieux.
La face interne s’adosse à la face interne de l’autre corps caverneux. Il en résulte une cloison médiane, incomplète, criblée d’orifices en forme de fentes figurant une sorte de peigne.
L 'extrémité antérieure du corps caverneux s’effile en un cône fibreux qui s’enfonce dans le gland. A ce niveau la cloison médiane des corps caverneux s’élargit et forme une lame horizontale, appelée ligament antérieur des corps caverneux.
Cette lame fibreuse surplombe l’urètre et émet par sa face supérieure des lames fibreuses, placées de champ et irradiées vers la périphérie.
L 'extrémité postérieure , en forme de cône à sommet postérieur, va s’insérer sur une petite fossette placée à l’extrémité antérieure de la face interne de la branche ischio-pubienne. Elle est recouverte en dedans par le muscle ischio-caverneux. Dans l’angle de réunion des ra-
Fig. 896. — Les corps caverneux de la verge, le corps spongieux de l’urètre et le 'gland ; l’urètre entouré de son corps spongieux a été détaché de la gouttière que lui forment les corps caverneux.
VERGE
cines du corps caverneux vient se terminer la lame fibreuse sus-urétrale.
Structure. — Les corps caverneux sont formés d’une enveloppe périphérique, Y albuginée, et d’un tissu érectile central.
La membrane d’enveloppe, albuginée, résistante, élastique, nacrée, épaisse de 2 millimètres dans l’état de flaccidité, de 1 mm. 5 dans l’érection, forme une tunique cylindrique. Epaisse à ses deux extrémités, elle forme la cloison médiane du corps caverneux. Elle se compose de fibres conjonctives, de faisceaux élastiques et de fibres musculaires.
Le tissu central est formé par des travées détachées de l’albuginée et de la cloison et circonscrivant des lacunes sanguines communiquant les unes aux autres.
Vaisseaux. — L 'artère caver-.
neuse pénètre dans le corps caverneux par sa face interne, atteint l’axe de l’organe et se divise en deux branches : l’une postérieure, l’autre antérieure ; celle-ci s’anastomose avec l’artère opposée au cours de son trajet et à sa terminaison. Les artérioles terminales sont hélicoïdales et s’ouvrent dans les mailles du tissu érectile.
Les veines forment deux groupes : les veines 'périphériques, distinguées en antérieures, supérieures et inférieures, qui se rendent à la veine dorsale, et les veines centrales , qui aboutissent au plexus de Santorini et à la veine honteuse interne.
B. Corps spongieux. — Le corps spongieux, logé dans le sillon ventral des corps caverneux, a la même longueur que ceux-ci et une épaisseur de 10 à 18 millimètres suivant que la verge est dans l’état de flaccidité ou d’érection. Il a la forme d’un cylindre allongé, renflé en arrière, au niveau du bulbe, effilé au niveau du gland. Il est parcouru dans toute son étendue par l’urètre, auquel il forme une gaine érectile.
On distingue au corps spongieux une partie moyenne et deux extrémités, l’une antérieure, l’autre postérieure ou bulbe :
a) La partie moyenne , aplatie de haut en bas, présente deux faces, l’une supérieure, l’autre inférieure. La face supérieure est en rapport
Envel. eut.
Veine dors, prof.
Albug. corps cavern.
Art. cavern.
. Urètre - Corps spong.
Fig. 897. — Urètre pénierq à l’état de repos, et en érection (d’après Henle).
APPAREIL GÉNITAL DE L’HOMME
avec l’angle d’union des corps caverneux, avec la face inférieure de l’urètre, avec les glandes de Cooper, le sphincter strié de l’urètre et le muscle transverse profond. La face inférieure est recouverte par la peau, l’aponévrose superficielle et par le muscle bulbo-caverneux.
b) Le bulbe est peu développé chez l’enfant et très volumineux chez le vieillard. Piriforme, il oriente en arrière sa grosse extrémité ou tête. Cette tête présente en arrière une dépression médiane due au noyau fibreux central du périnée. Le bulbe reste à 12 ou 15 millimètres du rectum chez l’adulte; il s’en rapproche jusqu’au contact, chez le vieillard.
c) L 'extrémité antérieure du corps spongieux s’aplatit de haut en bas au niveau du gland. Sur les parties latérales de l’urètre le tissu
spongieux forme une mince couche. Au-dessous de l’urètre, le tissu spongieux disparaît et forme un noyau fibreux sous-urétral.
Structure. — Le corps spongieux est parcouru par l’urètre qui est plus rapproché de sa face supérieure L’urètre pénètre dans le corps spongieux en avant du bulbe, avec lequel il forme un angle très aigu ouvert en arrière ; la gaine spongieuse est donc plus longue sur la face inférieure que sur la face supérieure de l’urètre.
Le corps spongieux est formé :
1° d’une enveloppe ou albuginée, épaisse de 0 mm. 2, composée de fibres conjonctives et de très nombreuses fibres élastiques et musculaires lisses ; 2U d’un tissu érectile central formé par des travées émanées de l’albuginée et circonscrivant des aréoles.
Vaisseaux. — Les artères viennent de la bulbo-urétrale, de l’artère u ré traie, des rameaux de l’artère dorsale. Les veines aboutissent à la veine honteuse interne.
C. Gland. — Considéré par les classiques comme l’extrémité anté-
Lame sus-urét.
Tissu érect. du gland
- Urètre
Corps eavern.
Urètre
Union du cor.
spong. av. gl.
l'issu érect. du gland
.. Urètre
Veine dors, pi Cloison
Env. de verge
Fiü. 898. — Coupes du gland d’avant en arrière.
GLANDES ANNEXES DE L’APPAREIL GÉNITAL DE L HOMME
rieure renflée du corps spongieux de l’urètre, le gland a, en réalité, une constitution plus complexe. Il est en effet formé : 1° par l’extrémité antérieure des corps caverneux et du corps spongieux de l’urètre; 2° par une formation érectile spéciale qui a l’aspect d’une lame épaisse de 5 à 6 millimètres enveloppant les parties précédentes. Le tissu érectile ne fait défaut qu’au-dessous du méat, au niveau d’une lame fibreuse dite ligament médian du gland.
Le gland est recouvert d’une muqueuse dermo-papillaire. De très nombreuses et très volumineuses papilles existent autour de la couronne du gland. Elles renfermeraient des corpuscules nerveux spéciaux. L’épithélium pavimenteux est stratifié. Il n’y a pas de glandes.
Le tissu érectile du gland se compose de travées irradiées d’un noyau fibreux central placé immédiatement au-dessus du méat, et limitant des espaces alvéolaires, irréguliers, à cloisons minces, contenant du sang et en communication large avec les aréoles du corps spongieux et des corps caverneux.
Vaisseaux. — Les artères viennent des branches terminales de la dorsale de la verge; elles ne sont pas hélicines. — Les veines émergent au niveau de la couronne et constituent l'origine de la veine dorsale profonde. — Les lymphatiques aboutissent aux ganglions inguinaux profonds et aux ganglions initiaux de la chaîne iliaque externe (ganglions rétro-cruraux interne et externe).