CHAPITRE DEUXIÈME
TROMPES UTÉRINES
Les trompes utérines ou de Fallope sont deux canaux musculo-membraneux, situés de chaque côté de l’utérus et destinés à conduire l’ovule de l’ovaire à la matrice, d’où le nom d ’oviductes que de Graaf leur donna. Ces canaux, comparés par Fallope à une trompe d’airain ( tuba uterï), sont, chez la femme, le lieu le plus habituel de la fécondation : ovule et spermatozoïde s’y rencontrent et l’œuf fécondé s’y greffe parfois et s’y développe (grossesse tubaire).
Division. — Les trompes s’étendent de l’angle supéro-externe de la cavité utérine vers l’ovaire et la paroi pelvienne latérale. Elles commencent dans la matrice par un orifice très fin ( ostium uterinum), parcourent un court trajet dans la paroi de cet organe ( 'portion interstitielle), pénètrent ensuite dans l’aileron moyen du ligament large, en formant un canal d’abord assez étroit et rectiligne ( isthme tubaire ou isthme de Barkow), puis plus large et contourné ( ampoule tubaire ou de Henle). Celle-ci se termine par une extrémité évasée et découpée (pavillon), au fond duquel apparaît, lorsqu’on le déplisse, un orilîce (ostium abdominale). On nomme parfois corps de la trompe l’ensemble de l’isthme et de l’ampoule.
Longueur. — Elle est en moyenne de 14 centimètres, dont 1 pour la portion interstitielle, 3 pour l’isthme, 8 pour l’ampoule et 2 pour le pavillon.
Calibre. — Les trompes constituent un canal éminemment dilatable. A leur naissance sur l’utérus, elles forment un tube étroit et cylindrique de 3 à 4 millimètres de diamètre; puis ce tube s’élargit (5 à 6 mm.) pour acquérir dans sa moitié externe le calibre d’une plume d’oie (7 à 9 mm.).
Direction. — Considérées en elles-mêmes et extraites du bassin, elles sont rectilignes dans leur tiers interne, flexueuses (circonvolutions tubaires) dans leurs deux tiers externes.
Considérées par rapport aux autres organes du bassin , les trompes de Fallope, lorsque l’utérus est en antéflexion normale, se portent dans une première portion de l’angle supéro-externe de l’utérus vers l’extrémité inférieure de l’ovaire; elles sont alors horizontales et un peu obliques en arrière. Leur deuxième portion ascendante commence au pôle inférieur de l’ovaire et remonte le long de la paroi pelvienne jusqu’au
TROMPES UTÉRINES
pôle supérieur de la glande génitale. Leur dernière 'portion , descendante, se replie en arrière, en bas et un peu en dedans (v. fîg. 905 et 912).
On comprend facilement les modifications qu’apportent à la direction des trompes les changements de position de l'utérus. C’est ainsi que, quand l’utérus est abaissé, les trompes deviennent ascendantes, etc.
Moyens de fixité. — La trompe occupe le bord supérieur de l’aileron moyen du ligament large et, par ce repli péritonéal, est rattachée à la paroi latérale et au plancher du pelvis. L’isthme est relati-
Tr.
coupée
Frange tubo-ovar.
Hyd.
Lig. sus.
Vais. sp.
int.
Mêsovarium Lig. large
Mésométriuvn
Uretère Pli de Doug.
M. rectout.
Fig. 912. — Utérus, trompes et ovaires, vus par leur face postérieure (Spalteholz). Du côté gauche, le ligament large est étalé; à droite, il est en place.
vement fixe et obéit aux mouvements de l’utérus. L’ampoule et le pavillon sont, par contre, solidaires de l’ovaire; ils jouissent d’une mobilité propre qui est très étendue. Le segment du ligament large qui correspond à l’ampoule tubaire est long, mince, forme un voile qui, rabattu sur l’ovaire, laisse à l’ampoule et au pavillon une très grande mobilité.
La partie externe de la trompe est rattachée aux organes voisins par une série de ligaments qui sont :
1° Le ligament infundibulo-colique.
2° Le ligament infundibulo-pelvien déjà étudié sous le nom de ligament suspenseur de l’ovaire qu’il fixe beaucoup plus qu’il ne fixe la trompe (Voy. p. 1495).
3° Le ligament tubo-ovarien (Voy. p. 1496).
Configuration extérieure et rapports. — 1° U ostium utérin ,
d’un diamètre de 1 millimètre, est impossible à cathétériser. On ne peut le voir, bouché qu’il est par du mucus.
2° La portion interstitielle , d’un diamètre encore plus faible, est rectiligne et se dirige en dehors.
APPAREIL GÉNITAL DE LA FEMME
3° L'isthme cle Barkow forme un cordon assez dur, de 3 ou 4 millimètres de diamètre. Il se détache de la corne utérine au-dessus et en arrière du ligament rond, au-dessus et un peu en avant du ligament ovarien qui lui est parallèle mais qui en est séparé par les vaisseaux tubo-ovariens. Il entre en rapports en avant avec la vessie, en arrière avec les circonvolutions grêles ou le colon pelvien.
4° U ampoule de Henle, plus volumineuse (diamètre —1 mm.), facilement cathétérisable avec une grosse sonde, aplatie dans le sens transversal, est en rapport avec la face tubaire de l’ovaire et du mesovarium. La branche ascendante de l’ampoule monte en avant du hile de l’ovaire; le sommet de l’anse remonte vers le pôle supérieur de la glande; la branche descendante s’applique, de haut en bas, sur la veine iliaque externe, les vaisseaux spermatiques internes, la face interne et le bord libre de l’ovaire.
5° L'orifice abdominal ( diamètre de 2, 3 mm.) regarde en arrière et en bas et fait communiquer la cavité de l’ampoule avec celle du péritoine.
6° Le pavillon ou infundibulum a les mêmes rapports que la branche descendante de l’ampoule. Très mobile, il peut arriver à toucher l’uretère ou le rectum.
Il a la forme d’un entonnoir, inséré par son sommet sur l’orifice abdominal ; sa face externe péritonéale est lisse, sa face interne inégale; sa circonférence, large de 2 centimètres, est découpée en languettes qui semblent présenter des morsures (morsus diaboli). Ces languettes ou franges , examinées sous l’eau, diffèrent souvent d’aspect, de forme et de longueur. Au nombre de 12 à 15, longues de 15 millimètres, elles se disposent en corolle à feuilles superposées. Une d’elles se distingue par sa longueur (3 cm.), sa largeur, ses franges secondaires, c’est la frange lubo-ovarienne. Elle est fixée au bord libre du ligament infundibulo-ovarien ; elle présente une rainure et atteint l’extrémité supérieure de l'ovaire. Quand elle n’atteint pas cette extrémité, l’espace resté libre est occupé par le bord supérieur du ligament infundibuloovarien creusé en gouttière.
Configuration intérieure. — Lorsqu’on incise la trompe, on voit que sa face interne est rosée, plus pâle que la muqueuse utérine, présentant de nombreux plis longitudinaux, parallèles à l’axe du conduit.
Les plis tubaires apparaissent dans la portion intra-utérine, devien nent saillants et se multiplient dans l'isthme où, devenus plis principaux:, ils se hérissent de plis secondaires et tertiaires. A ce niveau, ils ne disparaissent plus par la distension et laissent entre eux des fentes étroites dont l’ensemble constitue le labyrinthe.
L'épaisseur de la paroi tubaire est de 2 à 3 millimètres.
TROMPES UTÉRINES
Structure. — La trompe est formée par 4 tuniques :
1° La tunique séreuse (méso-salpinx) recouvre la trompe, sauf sur le bord par lequel pénètrent et sortent les vaisseaux ;
2° La tunique adventice est formée par du tissu cellulaire lâche, sous-séreux, et par quelques fibres lisses et élastiques ;
3° La tunique musculaire , d’aspect blanchâtre, comprend une couche externe de fibres lisses longitudinales constituant à elle seule la plus
Fr. lubo-ov. O. Isth. L. rond Port. in. Utérus
Fig. 913. — Trompe droite, fendue sur toute sa longueur, chez une femme multipare
(Richard).
grande partie de la paroi, et une couche interne circulaire. Au niveau du pavillon, les faisceaux sont dissociés, clairsemés, plexiformes, la plupart longitudinaux. Les fibres circulaires s’arrêteraient à l’ostium abdominal. En dedans, les couches musculaires de la trompe se confondent avec la musculature de l’utérus ;
4° La tunique muqueuse comprend un chorion avec lacunes lymphatiques et un épithélium à cils vibratiles , formé de cellules cylindriques, de 15 à 20 u, disposées sur une seule couche. Le mouvement des cils est dirigé vers l’utérus et fait progresser l’ovule en ce sens.
La muqueuse tubaire se continue avec la muqueuse utérine en dedans; en dehors, elle augmente progressivement d’épaisseur, arrive à constituer presque entièrement la paroi ampullaire, revêt la face interne des franges et se continue, sur leur bord, avec le péritoine, au niveau d’un liseré sinueux.
Vaisseaux et nerfs. — I. Artères. — Les artères de la trompe proviennent de :
1° L 'artère tubaire externe (lubo- spermatique), qui, née de la spermatique interne, pénètre dans le méso-salpinx et se termine au niveau de l'ampoule en s’unissant à plein canal avec la tubo-utérine. Elle se distribue surtout au pavillon et aux franges (v. fig. 927, p. 1527) ;
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2° Des artères tubaires internes, dont la principale est l’artère tuboutérine qui s’anastomose avec la tubaire externe en formant X arcade sous-tubaire. Elle se distribue à l'isthme;
3° D’une tubaire moyenne , inconstante, naissant de l’utérine et qui s’anastomose, quand elle existe, par ses deux branches, d’une part avec la tubaire externe, d’autre part avec la tubaire interne.
II. Veines. — Elles suivent un trajet analogue à celui des artères et forment de véritables plexus sous-tubaires qui se terminent en dehors dans les veines spermatiques internes, en dedans dans les veines utérines.
III. Lymphatiques. — Les lymphatiques aboutissent à des collecteurs qui côtoyent le bord supérieur du ligament large et s’unissent aux lymphatiques ovariens pour remonter vers les ganglions lombaires après s’être anastomosés avec les lymphatiques du fond de l’utérus.
IV. Nerfs. - — Les nerfs viennent d’un plexus formé par des filets émanant du ganglion cervical et des nerfs ovariques. Ils forment un plexus sous-péritonéal, un plexus intra-musculaire et se terminent dans le chorion de la muqueuse.