CHAPITRE VIII GROS INTESTIN
Préparation. — Le rectum excepté, pour lequel nous donnerons des renseignements spéciaux, le gros intestin ne demande aucune préparation particulière. L’abdomen ouvert, on observe la position de chacun des colons successivement. Puis on enlève l’intestin grêle, si cela n’a déjà été fait; on étudie l’une après l’autre les portions du gros intestin. Enfin, on enlève celui-ci à son tour, en le sectionnant entre deux ligatures à la hauteur du détroit supérieur, à gauche, pour ménager le rectum. On le lave à grande eau, et on étudie certaines parties à l’état frais, en les ouvrant, tandis que d’autres morceaux seront insufflés et desséchés pour être observés quelques jours après à l’état sec. C’est surtout pour le cæcum et la valvule iléo-cæcale qu’il faut comparer une pièce fraîche avec une pièce sèche.
D’ailleurs, on ne saurait examiner trop de sujets, dans les salles d’autopsie ou de dissection, tant sont fréquentes et différentes, souvent même paradoxales, les variations de position du gros intestin, surtout pour le colon transverse et l’S iliaque.
Définition. — Le gros intestin est la dernière portion du tube digestif, celle qui s’étend de l’iléon à l’anus. II sert à convertir en
GROS INTESTIN
matières fécales le résidu des substances alimentaires, à les emmagasiner dans son réservoir et à les expulser au dehors.
Divisions. Situation. Direction. — Le gros intestin est divisé, par des limites conventionnelles, en trois segments qui sont le cæcum,
Estomac
le colon et le rectum. Le colon, à son tour, étant subdivisé en quatre membres, il y a en tout six portions. Ces portions sont les suivantes : le cæcum dans la fosse iliaque droite, le colon ascendant dans le flanc droit, le colon transverse dans la région ombilicale, le colon descendant dans le flanc gauche, VS iliaque ou colon terminal dans la fosse iliaque gauche, et le rectum dans le petit bassin.
Foie
Colon ascend.
Rate
Coude g. du colon
Jéjunum
Colon descend.
Mésentère
S. iliaque
Vessie
Fig. 782. — Le gros intestin (d’après Sappey).
Le foie et l’estomac sont relevés. L'intestin grêle a été presque entièrement réséqué le long de son bord mésentérique. L’S iliaque présente le type classique décrit par les anciens auteurs, sans colon pelvien.
Colon tr.
Cæcum -
Iléon Append. ■
Duodén.
Pancréas ~
APPAREIL DIGESTIF
Le gros intestin encadre l’intestin grêle. C’est une grande anse à concavité inférieure, avec deux branches verticales et une branche transversale. Il figure assez bien un point d’interrogation (?).
Les parties qui le composent sont les unes fixes, comme le cæcum, les colons lombaires, le rectum; les autres, très mobiles, comme le colon transverse et le colon terminal.
Dimensions. — Sa longueur est de lm,50 à 2 mètres; sa largeur varie, suivant les segments, de 6 à 9 centimètres. Sa surlace carrée égale 3500 cent, carrés. Sa capacité est de 2 à 3 litres. Il est à remarquer que ce volume est peut-être plus que suffisant pour l’homme, car on a pu, sans inconvénient, enlever sur le vivant d’assez grandes portions du gros intestin.
Configuration externe. — Le gros intestin présente extérieurement des caractères qui permettent de le distinguer immédiatement de l’intestin grêle. Ce sont : le volume, les bandelettes musculaires, les bosselures et les appendices épiploïques.
Nous avons déjà indiqué son volume, qui, dans certaines parties très distendues, peut atteindre la grosseur du poing. On trouve souvent sur le cadavre, bien plus souvent que pour l’intestin grêle, et de préférence sur le colon transverse et le colon descendant, des segments longs de quelques centimètres à 50 cenli mètres et plus, rétractés, gros comme le doigt, et accompagnés ou non d’ampoules gazeuses. Ce sont des contractures produites dans les dernières heures de la vie, mais qui se montrent aussi dans le cours d’affections intestinales (cordes coliques).
Les bandelettes , ligaments du colon, tæniæ coli, sont des rubans longitudinaux, compacts, d'une couleur blanchâtre, larges de 1. centimètre. Nées à la base de l’appendice iléo-cæcal, elles s’étendent sur toute la longueur du gros intestin, dont elles semblent maintenir le froncement. Sur le cæcum et le colon ascendant, l’une des bandelettes est antérieure, les deux autres sont postéro-interne et postéro-externe. Elles changent de place sur le colon transverse et la reprennent sur le colon descendant. Elles se réduisent à deux sur le rectum.
Ces rubans sont formés par les fibres musculaires lisses de la couche longitudinale qui, minces, éparses sur le reste de la circonférence, se condensent ici en faisceau aplati.
Les bosselures sont les saillies ampullaires qui donnent au gros intestin un aspect froncé, boursoufflé; elles sont séparées par des étranglements ou sillons. Disposées: sur trois rangs dans l’intervalle des bandelettes, elles sont très grosses sur le cæcum et vont en diminuant de volume; sur le rectum, elles sont irrégulières. Leurs cavités intérieures sont les cellules du colon.
Les appendices épiploïques ou graisseux sont des franges grais-
GROS INTESTIN
seuses péritonéales, simples ou lobées, de couleur jaunâtre, sessiles ou le plus souvent flottantes, qui forment une collerette au gros intestin, dont elles sont caractéristiques. Suivant les régions, elles se disposent en une ou deux séries. Leur longueur s’étend d’un à plusieurs centimètres, et leur grosseur varie suivant l’état adipeux général du sujet. La graisse est contenue dans un sac en doigt de gant fournie par le péritoine. On a considéré ces appendices comme des réserves alimentaires; ce sont peut-être aussi des organes de glissement, comme les franges synoviales.
Configuration interne. — La face interne du gros intestin est l’envers de la face externe. Les bosselures apparaissent comme des cavités ou poches hémisphériques, disposées sur trois séries, et qui sont les cellules du colon. L’insufflation ne fait que les accentuer. Les sillons extérieurs se traduisent par des plis qui portent le nom de crêtes ou valvules coliques, ou encore, en raison de leur forme semilunaire, celui de plis sigmoïdes, replis falciformes. Leur hauteur est de 2 centimètres. Les valvules sont comprises entre deux bandelettes, et alternent d’une série à l’autre. Elles sont formées par le reploiement de toutes les tuniques de l’intestin.
Les crêtes et les cellules du colon ralentissent le cours des matières. Les crêtes servent au brassage de la masse, et les cellules forment autant de petits réservoirs.
Structure. — La paroi du gros intestin, épaisse de 1 à 3 millimètres, suivant les régions, est composée, comme celle de l’intestin grêle, de quatre tuniques : les tuniques séreuse, musculaire, celluleuse et muqueuse.
1° Tunique séreuse ou péritonéale. — Le péritoine enveloppe à peu près complètement certaines portions, comme le colon transverse, et d’autres, au contraire, partiellement, comme les colons lombaires. Le cæcum est entièrement intra-péritonéal, tandis que la portion inférieure du rectum est extra-péritonéale. Nous indiquerons au fur et à mesure ces différences importantes.
2° Tunique musculaire. — Cette tunique, formée de fibres lisses, est disposée en deux couches : une longitudinale et externe, une circulaire ou interne.
Les fibres longitudinales se condensent pour constituer les bandelettes; dans leur intervalle, elles ne forment qu’une nappe très mince. Les bandelettes maintiennent le froncement du gros intestin ; si on les coupe, on peut allonger et déplisser l’intestin, qui reprend la forme d’urt tube, mais reste encore irrégulier par suite de son adaptation à une forme ancienne.
Les fibres circulaires constituent une couche mince et continue. Dans
APPAREIL DIGESTIF
l’épaisseur des crêtes, elles se condensent et forment de petits sphincters.
3° Tunique celluleuse ou sous-muqueuse. — La sous-muqueuse, tissu cellulaire lâche, atmosphère vasculo-nerveuse, est semblable à celle de l’intestin grêle.
4° Tunique muqueuse ou Muqueuse. — La muqueuse est d’un blanc cendré. Elle est lisse; elle ne possède ni villosités, ni valvules conniventes.
Il n’y a pas de plaques de Peyer dans le gros intestin ; mais il y a de nombreux follicules clos solitaires. Ils sont disséminés sur toute son étendue et bien visibles dans certaines maladies. Comme sur l’intestin grêle, ils paraissent ombiliqués, car la muqueuse leur forme une couronne saillante large de 2 à 3 millimètres, et c’est au fond d’une petite fossette que se montre le sommet du follicule.
Les glandes de Lieberkühn, aussi nombreuses et plus longues que celles de l’intestin grêle, occupent tou te l’étendue de la muqueuse jusqu’à l’anus.
Vaisseaux et Nerfs. — Nous décrirons les vaisseaux et les nerfs du rectum avec cet organe.
Les artères du gros intestin proviennent des mésentériques supérieure et inférieure, branches de l’aorte. La mésentérique supérieure fournit à la moitié droite de l'intestin; l’inférieure, à la moitié gauche. Elles communiquent largement entre elles sur la ligne médiane, parla grande anastomose dite de Riolan. Ces artères émettent des branches coliques droites et gauches, qui s’unissent entre elles en arcades; parvenues au bord adhérent de l’intestin, elles envoient sur ses deux faces des rameaux situés sous la tunique séreuse. De ces rameaux naissent les vaisseaux profonds destinés aux diverses tuniques (fig. 444).
Les veines ont une même disposition. Elles se rendent aux veines mésentériques supérieure et inférieure, appelées encore grande et petite mêsaraïque , qui sont, avec la veine splénique, les origines de la veine porte (fig. 470).
Les lymphatiques se rendent d’abord aux ganglions régionnaires, situés le long des artères coliques, puis de ceux-ci aux gros ganglions massés autour du tronc des deux artères mésentériques.
Les nerfs viennent du sympathique par les plexus mésentérique supérieur , émané du plexus solaire, et mésentérique inférieur , qui naît du plexus lombo-aortique. Ils suivent le trajet des artères.
§ I. CÆCUM
Définition. — Le cæcum est une poche placée à l’origine du gros intestin. La limite qui le sépare du colon ascendant est quelquefois
GROS INTESTIN
marquée extérieurement par un sillon horizontal; mais, le plus souvent, c’est un plan conventionnel passant transversalement entre les bords supérieur et inférieur de l’iléon à son insertion. Intérieurement, c’est l’orifice même de la valvule iléo-cæcale qui marque la limite, la valve supérieure étant colique, et la valve inférieure cæcale.
Il occupe la fosse iliaque droite. Il se dirige en haut et un peu à droite (fig. 782 et 786).
Fixation. — Le cæcum n’a par lui-même aucun ligament véritable ; il est libre dans la cavité péritonéale. Mais il est retenu par sa continuité avec l’iléon et avec le colon ascendant; or, le colon ascendant est immobilisé contre la paroi abdominale par le péritoine, qui y forme des replis appelés improprement ligaments du cæcum , dont nous reparlerons à propos du colon. Le cæcum est normalement peu mobile ; mais il peut être déplacé et faire partie des hernies. — On constate assez fréquemment des ectopies cæcales congénitales ; le cæcum est tantôt trop haut, placé sous le foie, tantôt trop abaissé et enfoncé dans le petit bassin.
Dimensions. — Le cæcum mesure 6 centimètres dans ses divers diamètres. Sa capacité est de 100 grammes d’eau.
On observe souvent des cæcums rudimentaires qui ne contiennent que 10 à 40 grammes d’eau, et, inversement, de grands cæcums, dont la capacité est de 200 à 600 grammes.
On sait que les herbivores ont un grand cæcum : celui d’un mouton contient 1 litre. L’homme a un petit cæcum, du type carnivore.
Forme et rapports.
Colon
Repli valv.