CHAPITRE XI
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Préparation. — Après ouverture de la cavité abdominale, on ne voit généralement pointer que l’extrémité inférieure ou externe de la rate, sur le bord gauche de la grosse tubérosité de l’estomac. Étudier d’abord la rate in situ : constater sa direction, ses ligaments, ses rapports et ses vaisseaux. — Puis l’extraire avec précaution, après s’être repéré sur les extrémités et les bords (l’extrémité supérieure est large et arrondie, l’inférieure pointue; le bord antérieur est crénelé); se rendre compte d’une part de la loge splénique vidée, d’autre part de la forme de l’organe. Des coupes transversales lavées sous un filet d’eau donneront une idée sommaire de la capsule, de la pulpe splénique, et pourront montrer des corpuscules de Maïpighi.
Définition. — La rate est un organe lymphatique situé dans l’hypocondre gauche et annexé au tube digestif.
Situation. — La rate occupe dans l’hypocondre gauche un espace en forme de calotte, appelé loge splénique, dont la paroi postérieure est constituée parle diaphragme, la paroi antérieure par l’estomac et le colon transverse, et la paroi inférieure ou plancher par le rein gauche.
Moyens de fixité. La rate est maintenue en place : 1° par des igaments péritonéaux, dont nous parlerons plus loin, et dont les plus efficaces sont les ligaments phréno-splénique et phréno-colique gauche; 2° par le rein gauche sur lequel elle s’appuie; 3° par la pression abdominale. Malgré cela, elle est plutôt suspendue que fixée, et jouit d’une certaine mobilité, qui se manifeste pendant la distension de l’estomac et pendant les mouvements respiratoires du diaphragme.
1. Ce chapitre a été rédigé par M. le prof. Laguesse dans le Traité d’ Anatomie humaine.
‘2. Ce chapitre a été rédigé par M. Picou dans le Traité d' Anatomie humaine.
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Nombre. — La rate est unique. On rencontre assez souvent des rates surnuméraires , au nombre de 1 à 20, petites masses ovoïdes,
Fig. 810. — Forme de la rate (d’après Cunningham).
Rate vue par sa face interne. Remarquer sa base (face basale) et la division de sa face interne en deux faces, gastrique (claire) et rénale (ombrée).
semblables à des ganglions lymphatiques, qui occupent de préférence les épiploons gastro-splénique et pancréatico-splénique.
Couleur. — La couleur est rouge foncé sur le vivant, lie de vin sur le cadavre.
Consistance. — La rate est très friable, d’où la fréquence de ses ruptures et des hémorragies traumatiques. Elle se laisse facilement déchirer et le doigt en pénétrant dans son tissu mou perçoit un craquement, le cri de la rate.
Volume et Poids. — Les dimensions sont de 12 centimètres en longueur, 8 centimètres en largeur et 4 centimètres en épaisseur. C’est la longueur qui éprouve les variations les plus marquées. La rate offre en effet un volume très différent suivant les conditions de santé ou de maladie; elle augmente pendant la digestion.
Son poids moyen est de 225 grammes.
Direction. — La rate est parallèle aux côtes sur laquelle elle est comme couchée; son hile s’étend le long du 9e espace intercostal. Son
APPAREIL DIGESTIF
grand axe n’est donc pas vertical, comme on le dit quelquefois, mais très oblique et quelquefois presque horizontal ; il se dirige en bas et en avant.
Forme et Rapports. — La rate, vide de sang et flasque, a la forme d’une calotte , ou d’un croissant; injectée, c’est une pyramide à trois faces, avec un sommet et une base. Les faces sont distinguées en costale, rénale et gastrique.
La face costale ou face externe, convexe et lisse, est appliquée sur le
Fig. 811. — Rapports de la rate en arrière.
La rate est projetée sur la paroi costale. Ou voit qu’elle est anté-pulmonaire par sa partie supérieure et complètement anlépleurale. — Remarquer la direction très oblique de son grand axe, presque parallèle aux côtes. — Voyez aussi la lig. 808.
diaphragme qui la sépare des 9e, 10e et 11e cotes et espaces intercostaux correspondants. Entre les cotes et le diaphragme est la cavité pleurale; la rate est anté-pleurale sur toute son étendue et anté-pulmonaire par sa partie supérieure. — La face rénale ou partie postérieure de la face interne des auteurs, plane, est en rapport avec la face antérieure du rein gauche et la capsule surrénale. — La face gastrique , partie antérieure de la face interne, excavée, est en rapport avec l’estomac, avec sa face postérieure et sa grosse tubérosité. Elle présente vers son tiers postérieur le hile de la rate ou scissure, constitué par une série
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de trous vasculaires, qui donnent passage aux branches de l’artère et de la veine spléniques. Le hile est parallèle au grand axe de la rate et très irrégulier dans la disposition de ses fossettes.
Des trois bords : le supérieur ou bord crénelé , mince, convexe, est remarquable par des incisures qui sont le vestige de la disposition lobulée de l’organe; — l’inférieur ou bord obtus, forme une sorte de bourrelet — et le bord interne ou mieux intermédiaire, mince, saillant, méconnu par beaucoup d’auteurs, sépare la face gastrique de la face rénale.
Le sommet , dit encore pôle ou extrémité supérieure ou interne, ou tète de la rate, est épais, arrondi, situé à 2 centimètres des corps vertébraux et souvent coiffé par le lobe gauche du foie qui peut se prolonger sur la face externe de la glande.
La base, triangulaire, prolongement de la face gastrique, regarde en bas, en dedans et en avant; elle est en rapport avec le colon transverse en avant, avec la queue du pancréas en arrière. Son angle externe, pointu, bien détaché, constitue Y extrémité inférieure ou externe, pôle inférieur ou queue de la rate ; il est enchâssé dans la concavité du ligament phréno-colique gauche, qui a mérité le surnom de soutien de la rate.
Disposition du péritoine. — Le péritoine recouvre les trois faces et la base de la rate d’une mince enveloppe séreuse ou feuillet viscéral, qui se confond avec la capsule fibreuse. Ce revêtement n’est interrompu qu’au niveau du bile où le péritoine se réfléchit pour se porter sur les organes voisins, diaphragme, estomac et pancréas, formant ainsi trois replis, dont l’un situé en avant du pédicule vasculaire est l’épiploon gastro-splénique, tandis que les deux autres en partie continus et placés derrière le pédicule de la rate constituent l’épiploon pancréaticosplénique en bas, le ligament phréno-splénique en haut.
Cette disposition ne peut être bien comprise que sur les figures du chapitre Péritoine.
h"1 épiploon gastro-splénique est un repli qui s’étend, dans le sens antéro-postérieur, entre la lèvre antérieure du hile et la grande courbure de l’estomac. Il contient les vaisseaux courts et l’artère gastroépiploïque gauche.
L 'épiploon paner éalico-splénique, qui n’est bien marqué que quand le pancréas est court et n’atteint pas la rate, va de la lèvre postérieure du hile à la queue du pancréas. Long de 2 à 3 centimètres, il contient l’artère splénique et ses premières branches de division; il fait partie du pédicule vasculaire de l’organe.
Le ligament phréno-splénique, qui semble prolonger le précédent, relie l’extrémité supérieure du hile au péritoine diaphragmatique, un
APPAREIL DIGESTIF
peu au-dessous du cardia. Il a reçu le nom de ligament suspenseur de la rate, mais il est inconstant et ne paraît jouer qu’un rôle secondaire.
Vaisseaux de la rate. — Artères. — L’artère de la rate est Y artère splénique, une des trois branches du tronc cœliaque. Ce gros vaisseau suit la face postérieure du pancréas, puis l’épiploon pancréaticosplénique; au voisinage de la rate, il se divise en 3 à 5 branches qui pénètrent par les orifices vasculaires du hile. Il est à remarquer que chaque branche, ainsi que tous les rameaux qu’elle émet, est indépendante, sans anastomose avec les voisines; c’est ce qu’on appelle une artère terminale. Les injections poussées par une branche reviennent par la veine correspondante et ne se répandent point dans les départements adjacents. Cette indépendance des territoires vasculaires prédispose la rate aux infarctus par embolie.
Veines. — Les veines sont satellites des artères et situées en arrière d'elles dans le hile. Elles se réunissent pour former le tronc unique de
l’énorme veine splénique, qui est une des branches d’origine de la veine porte et par elle verse son sang dans le foie. La rate, comme le reste du tube digestif abdominal, appartient donc au système porte.
Lymphatiques. — Les lymphatiques se distinguent en superficiels ou souspéritonéaux et pro- Fio. 812. - Structure de la rate. fonds. Ces derniers,
Coupe faiblement grossie. — c, capsule. — lr, travées qui en éma- gg,tellites des vaisnent. — a, a\ artères. — Le fond est formé par la pulpe rouge, sur
laquelle se détachent en blanc les corpuscules de Malpighi, cM. seaux sanguins,
émergent du hile
par 8 ou 10 troncs et se jettent dans ceux des ganglions spléniques qui occupent l’épiploon pancréatico-splénique.
Nerfs. — Emanés du plexus solaire, ils forment le plexus splénique , qui enlace d’abord l’artère splénique, puis pénètre par rameaux isolés dans les fossettes du hile. Assez nombreux et fins, ils se jettent sur les parois des vaisseaux. On ne connaît pas de ganglions nerveux.
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Fonction de la rate. — La rate, rangée autrefois parmi les glande s vasculaires sanguines et apparentée aux organes lymphoïdes, a une fonction hémato-poiétique, c’est-à-dire de formation du sang. Elle sert à la production des globules blancs, à la destruction et à la production des globules rouges.
Résumé histologique A — La grosse charpente de la rate est formée par la capsule et par les travées qui en émanent; elle est de nature fibro-élastique, avec quelques fibres musculaires lisses.
La structure de la rate, encore indéterminée sur plusieurs points, peut être schématisée ainsi : les artérioles, qui terminent les gros troncs, débouchent non pas dans des capillaires, mais dans un tissu caverneux de couleur rouge sombre, qui constitue la pulpe ou boue splénique. Les parois de ce tissu sont formées par des cellules endothéliales ramifiées et anastomosées ; ce sont leurs prolongements qui représentent les trabécules du réticulum. Les aréoles , communicantes entre elles, sont remplies par du sang qui contient des éléments variés : globules rouges, globules blancs, leucocytes qui renferment des globules rouges ou leurs produits de destruction, bématoblastes, grandes cellules à noyaux bourgeonnants. — De ce tissu caverneux, où il circule lentement à travers ces éléments qu’il balaye, le sang passe dans les veinules capillaires , larges vaissaux anastomosés qui communiquent avec les aréoles de la pulpe par des orifices percés dans leurs parois. Les veinules s’abouchent dans les veines.
Les artérioles présentent cette particularité d’être enveloppées d’une gaine lymphoïde qui se renfle par place pour former les corpuscules de Malpighi , que l’on distingue à l’œil nu, surtout sur les rates d’enfants, comme de petites taches blanches. Gaines et corpuscules ont la même structure que le réticulum de la pulpe et n’en diffèrent que parce que leurs aréoles contiennent uniquement des globules blancs; le terme de lymphoïde est donc impropre, puisqu’il s’agit d’un tissu endothélial spécial, le tissu splénique. L’ensemble des gaines artérielles et de leurs corpuscules constitue la pulpe blanche, par opposition à la pulpe rouge de la boue splénique; ces deux tissus caverneux communiquent d’ailleurs largement entre eux. La rate est d’abord composée uniquement de pulpe blanche, dont une partie se transforme en pulpe rouge par l’invasion du sang artériel. Cette transformation va toujours en s’accroissant, et chez le vieillard il ne reste plus de pulpe blanche.
1. Ce chapitre a été rédigé par M. le prof. Lâguesse dans le Traité d’ Anatomie humaine.