‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 10 sur 108 · DEUXIEME 6CERRE AVEC CHARLES-QUINT · texte numérisé non relu

DEUXIEME 6CERRE AVEC CHARLES-QUINT

lois? et comment la mère ne sentait-elle pas qu'elle perdait le fils, qu'en le rendant ainsi méprisable, exécrable, elle risolail pour toujours, que Cambrai le faisait plus faible que Pavie?

On signa le 7 août. Mais, bien avant la signature, Marguerite avait envoyé le traité à Anvers et autres villes pour l'imprimer, en divulguer toutes les clauses publiques ou secrètes, pour que l'Italie, TÀlIemagne, l'Angleterre et le monde sussent que la France avait trahi tous ses amis, les avait compromis, exploités et livrés.

Le roi, sous ce coup de tonnerre, rentra en terre. Il se cacha aux Italiens, fuyant leur douleur, leurs regards. Guetté et pris, il ne sut que leur dire : <i: J'ai voulu ravoir mes enfants. j> Il assura, du reste, qu'il était toujours digne de lui-même, et conséquent, parjure, comme à Madrid; que, cette fois encore, c'était une farce pour attraper l'empereur; que, ses (ils revenus, il enverrait secours à l'Italie; qu'en attendant ils auraient de l'argent. Ils n'eurent pas un écu.

Dans cette profonde boue où il nageait, il se fiait à une chose : c'est que, de deux côtés, il avait deux alliés forcés, qui pouvaient le mépriser, mais ne pouvaient pas ne pas l'aider, Soliman, Henri VIII.

Henri VIII divorçait avec la tante de l'empereur pour épouser Anne de Boleyn. Cela l'enchaînait à la France.

Soliman dewant ¥ienne. — Soliman, dans sa conquête de Hongrie et son invasion d'Allemagne, suivait une double impulsion, le grand mouvement turc qui avait toujours entraîné les sultans, et l'intrigue vénitienne, qui, l'avait lancé au nord, allié nécessaire, fatal, de François P% même ingrat.

Tout le pays était nu et sans vivres. Les bandes irrégulières des Turcs achevèrent de le ruiner. Quand Soliman viat devant Vienne le 27 septembre, il y trouva tous les

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obstacles, la famine, le froid et la pluie, intolérables à ses Asiatiques ; l'aigreur des janissaires , qui déjà s'étaient révoltés à Bude, qu'Ibrahim voulait sauver du pillage. Le sultan essaya des mines, mais le secret en fut livré par un transfuge.

Les Turcs, lancés à l'assaut, se trouvèrent en face d'une arme nouvelle, la longue arquebuse, perfectionnée en Allemagne, dont les effets furent effrayants. Repoussés plusieurs fois, ils n'étaient ramenés à la charge qu'à coups de bâton. lis finirent par dire qu*ils aimaient mieux mourir du sabre de leurs chefs que de l'arquebuse allemande. On céda le 14 octobre, et on leva le camp.

Ce fut le terme extrême des succès de Soliman au nord. Le climat fut l'obstacle, autant que la bravoure allemande.

L'échec n'était pas humiliant, mais c'était le premier échec. Il y avait danger pour le vizir. Il sut en faire une victoire; il jura que son maître n'avait voulu que chercher Charles-Quint, l'attirer au combat. Il l'entoura de fêtes, où le doge de Venise fut solennellement invité. Les ambassadeurs vénitiens, hongrois, polonais, russes, entouraient le sultan. La France était absente. François P' n'osait ni envoyer d'agent public, ni recevoir d'envoyés turcs.

Les fruits du traité de Cambrai commençaient d'apparaître.

Nonvelle politique de Charles-Qaint. Granvelle. —

Charles-Quint, débarqué le 12 août à Gênes, un mois juste après le traité, voit toute l'Italie à ses pieds. Tous les États demandent grâce. Florence seule essaye encore de résister. 0 clémence ! Il fait grâce à tous. Il ne prend rien pour lui. Il laisse Milan à Sforza, donne Florence aux Médicis. On système nouveau commence, de prétendue protection, d'immenses contributions de guerre. Le Charles-Quint d'alors n'esl plus celui du véhément

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Gatlinara. Son conseiller, modeste secrétaire, est l'avisé Granvelic, le Franc-Comtois Granvelle, homme de Marguerile d'Autriche.

Charles- Quint, patient, mais nerveux et maladif, à la longue croyait choisir, décider de lui-même, et ne résolvait gaère que ce que Granvelle avait résolu.

Cet esprit bas, fort et rusé, doit être Tauteur véritable du système que Charles-Quint essaye alors, et qui se dit d'un mot : Discipliner l'Europe.

François P', tenté, ébranlé par les siens, flottait entre deux influences. Sa mère, sa femme. Montmorency, le rapprochaient de Charles-Quint. Marguerite, sa sœur, qui vint le consoler à la mort de sa mère, le rapprochait des protestants. Elle était secondée par les frères Du Bellay, spécialement par Jean, qu'elle lui fit faire évéque de Paris (1532).

TroUtème expédition de Soiimoii. — De là des mouvements contraires en apparence. D'une part, il envoie Guillaume Du Bellay encourager la ligue protestante de Smalkalde. D'autre part, il charge Rincon d'intervenir près de Soliman et d'arrêter le progrès de ses armées. Rincon trouva le sultan déjà en marche avec un peuple immense, qu'on portait à cinq cent mille hommes. C'était comme l'expédition de Xerxès.

Soliman espérait qu'il y aurait bataille. L'Empereur avait devant Vienne une force énorme d'infanterie, cent mille Allemands, Hongrois, Bohèmes, Esclavons, Espagnols, Italiens, Bourguignons; il n'était faible qu'en cavalerie. Soliman avait cent mille cavaliers, et comme fantassins, surtout son noyau invincible de janissaires.

L'Empereur maladif se sentit d'un ulcère à la jambe, ne parut plus, alla prendre les eaux. La grande armée impériale, européenne, s'en tint à couvrir l'Allemagne, livraut, comme toujours, la Hongrie.

Pour la troisième fois, Soliman avait sauvé rAllemagne protestante. Au bruit de son approche, dès le 23 juillet, Charles-Quint, repentant de son intolérance, avait déclaré suspendue toute procédure de la chambre impériale contre les luthériens, promis que personne ne serait plus inquiété pour sa religion, et que le grand débat serait soumis à un libre concile de toute TÉglise. Cette convention de Nuremberg, ratifiée en août à Ralisbonne, lui permit de couvrir TAutriche de Tarmée formidable qui imposa à Solinian. L'alliance de François I" et d'Henri VIII contre le Turc (18 octobre 1532) fit croire, à Charles-Quint, non sans vraisemblance, qu'ils agiraient pour Soliman. Les conditions les plus humiliantes furent imposées par le sultan et acceptées, le partage subi entre Ferdinand et Zapoly. Ferdinand, pour garder le peu qu'il avait de Hongrie, se déclara fils du sultan, frère d'Ibrahim, vassal et tributaire.

Ibrahim de Parg^a ; «a mort. — Dans ces conférences, Ibrahim, se livrait à toute sa vivacité grecque. C'était, disent les ambassadeurs, un petit homme brun, à dents aiguës. Il mordait Charles-Quint : c II n'a pas de bonheur, disait-il. Il commence toujours, et il ne finît jamais. Il veut un concile, et ne peut. Il assiège Bude, et la manque. Moi, si je voulais aujourd'hui, avec mon maître, je ferais un concile; j'amènerais Luther d'un côté, le pape de l'autre; je saurais bien leur faire rétablir l'unité de l'Église. »

Tout cela patiemment écouté. L'humble ténacité de l'Autriche fut là dans tout son lustre. Et aussi son indifférence parfaite sur le choix des moyens. Gritti l'avait dit dans une lettre à l'empereur : qu'il savait bien que Zapoly et lui seraient assassinés.

Ibrahim eût péri tôt ou tard de cette main si elle n'eut été prévenue par celle de son ami, dé son frère, Soliman, dont il faisait la gloire, de celui qui, depuis onze ans, le

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faisait manger avec lui, coucher à ses pieds, avec qui, à toule heure, il vivait, parlait et pensait.

La perte du Grec avait été jurée le jour où, revenant vainqueur de la bataille de Mohacz, il rapporta de Bude la fameuse bibliothèque de Hathias Corvin, et trois statues de bronze, Hercule, Apollon et Diane, qu'il dressa hardiment sur l'hippodrome, devant son palais même. Grave insulte au Coran. On dit d'ailleurs qu'il se contraignait peu, et qu'il avait tort d'avouer le mépris qu'il faisait du livre sacré.

En janvier 1536, Ibrahim, bien près de sa fin, consomma l'œuvre de sa vie, le traité d'alliance entre la Porte ottomane et la France. Traité commercial^ qui couvrait une ligue politique. François P', du reste, ne la cacha plus comme telle. 11 dit aux Vénitiens : « Je ne puis le dissimuler. Je souhaite que les Turcs soient forts sur mer; ils occupent l'empereur et font la sûreté de tous les princes. >

Le 6 mars 1536, Ibrahim, sans défiance, rentra le soir au sérail, comme à l'ordinaire, pour prendre près de son maître sa nourriture et son repos. Il y trouva la mort. Le lendemain, on le vit étranglé. L'état du cadavre montrait qu'il s'était défendu en lion. La chambre du sultan portait aux murs des mains sanglantes qu'il y avait imprimées dans la lutte. Terrible accusation d'une perfidie si barbare! Cent ans encore après, on les voyait avec horreur.

La ^nesllon religieuse en France. — DanS un travail

excellent d'un prolestant impartial, le professeur Schmidt de Strasbourg, se trouve établie, jour par jour et dans un très grand détail, la preuve que, de 1521 à 1535, François I" eut besoin du plus vigoureux emploi du pouvoir et de beaucoup de mesures arbitraires et violentes, pour dé* ^endre les protestants contre l'autorité légale, le clergé,

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le Parlement, et contre le peuple. Ni François P% ni sa sœur, n'étaient protestants.

Ils lisaient, il est vrai, la Bible. Mais jamais il n'y eut d'esprit moins biblique que François P^ Charles-Quint prenait l'initiative de prêter au clergé le secours du bras séculier. Qu'allait faire le roi? Grave question pour l'alliance du pape et les affaires d'Italie, non moins grave à l'intérieur où le besoin d'argent l'obligeait à solliciter sans cesse des décimes ecclésiastiques. La noblesse, à ce moment, se déclarait pour Bourbon, la robe le favorisait.

Le roi est pris à Pavie, sa sœur part. La digue est rompue. La Sorbonne et le Parlement sont émancipés. La reine mère, pour regagner le pape, lui demande le meilleur remède au luthéranisme. Il répond : c L'Inquisition. "»

De grandes et terribles scènes se passaient à Metz, à Nancy. Jean Chaslellain, cordelier, un ardent wallon de Tournay, fut brûlé le 12 janvier 1525. C'est le premier martyr du protestantisme français. Sa mort en suscita un autre, ie cardeur Leclerc, réfugié en Lorraine.

Notre Parlement de Paris précipita l'affaire de Berquin, malgré une lettre du roi. Il était brûlé, si le roi, enfin délivré, n'eût trouvé le temps à Bayonne, où il resta un moment, d'écrire un ordre absolu de surseoir.

Le retour du roi fut le triomphe commun des hommes du protestantisme et de ceux de la Renaissance. L'illustre médecin de la reine mère. Agrippa, qui l'avait quittée, osa revenir en France.

Mon de Zutngii en Saiase. — Lès protestants venaient mettre aux pieds de François P' l'éloquent et noble livre que lui dédiait Zuingli : <r Vraie et fausse religion. >

Ce Zuingli, paysan intrépide, aumônier d'armée, fort lettré du reste et bon musicien, avait fait les guerres d'I- ""^he, et son admirable cœur s'était révolté à la vue de la

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