LA FRANGE TRAITE AVEC L'ANGLETERRE
fren 9 qui, seul et sans secours, raineoa la victoire à nos flottes dans les mers des Indes, ne pouvait décider ses nobles capitaines à combattre de près, à la portée du pistolet. Trois fois, en plein combat, il fut laissé, trahi. Nul châtiment des traîtres. Ce grand homme de mer, précurseur de Nelson, dans un duel indigne avec un prince, un parent des coupables, devait être bientôt lâchement tué. Grime encore impuni.
Dissolution profonde. On comprend nos revers. Le plus terrible effort, ruineux, pour prendre Gibraltar, n'avait eu nul effet (1781). Une eiTpédition gigantesque s'organisait Tannée suivante. Par une étrange inconséquence, on se ruine en préparatifs, et Toa montre un désir imprudent de la paix. L'Angleterre en avait grand besoin. On pouvait le croire en voyant le fils de Ghatham, notre plus cruel ennemi, Pitt, vouloir qu'on traitât. Tout est imprudemment, indécemment précipité. L^Âmérique traite avant la France. la France traite avant la Hollande (janvier 83), sans stipuler pour elle ni pour nos alliés indiens. L'Anglais naviguera dès lors dans les Indes hollandaises, poussera librement la réduction de l'Indostan. L'Espagne gagne à la guerre Minorque et les Florides. — La France rien.
Le roi, qui aimait la marine, alla voir les travaux qu'on faisait à Cherbourg. Il trôna un moment (sur ces énormes cônes que l'on coulait pour y asseoir la digue) comme un roi de la mer, entre la foule en barque et la flotte tonnante. Élevé par l'effort des emprunts usuraires, le prodige éphémère que la mer emporta n'exprimait que trop bien notre fraudeur croulante, la ruine que Galonné avoua au roi à son retour.
L'arbitraire sons l'anelen régime. — Mirabeau. —
Le roi se croyait très bon. Mais pendant qu'il se disait • c Je suis le père du peuple, » son respect filial pour les vieux abus lui faisait maintenir le servage et les corvées
du paysan. Par égard pour les uns, les droits des parlements, il maintint le secret des débats, la torture (jusqu'en mai 88). Il ne résiste pas aux prières des familles qui voudraient enfermer les leurs. Les prisons se remplissent en 1777. L'essence et la vie même de ce gouvernement étaût la lettre de cachet. Elle ne put finir qu'avec lui. En vain Mirabeau l'attaqua.
Quelqu'un demande à Mirabeau le père, l'Ami de$ hommes^ des nouvelles de sa femme et de sa famille : c Où est madame la marquise? — Au couvent. — Et monsieur votre fils ? — Au couvent. — Et votre fille de Provence? Au couvent. — Vous avez donc juré de peupler les couvents? — Oui, monsieur. Et, si vous étiez mon fils, il y a longtemps que vous y seriez » De cinq enfants, l'Ami des hommes en tient quatre enfermés, sans parler de la mère.
Ce père est-il unique, un être extraordinaire? Point du tout. Fort peu rare au xvni' siècle. Dans un tout petit cercle, je vois des familles analogues. La jeune femme de Mirabeau se marie parce qu'elle est maltraitée de sa mère. Sa célèbre amante, Sophie, a une telle frayeur de son père, qu'à dix-huit ans elle accepte de lui un mari de soixantequinze ans.
Dira-t-on qu'il s'agit de la noblesse uniquement? Erreur, très grave erreur. L'austère famille janséniste, la dure maison parlementaire, de mœurs si différentes, suivait pourtant même modèle. L'arbitraire monarchique se copiait au plus humble foyer.
L'aîné sur les cadets et le frère sur la sœur reproduisaient la dureté du père, plus vexatoire encore. On le voit dans les lettres de la pauvre Sophie, on croirait lire des pages arrachées de Clarisse Harlowe.
Les Mirabeau, bruyants, retentissants, dans leurs scandales, leurs procès, leurs clameurs, nous ont rendu un grand service. Tout ce qui s'éteignait, s'étouffaut entre