ARBITRAIRE DE L'ANCIEN RÉGIME
quatre murs^ éclata. Le foyer apparut, et sa guerre intestine*
Le point de dépari fut Yincennes. De là pendant plusieurs années, une voix éclatait, à soulever les voûtes (et tous les siècles l'entendront) : c Mon père, je suis tout nu ! Mon père, je suis aveugle ! Déjà, je ne vois plus qu'à travers des points noirs ! Mon père, je vais mourir des tortures de la néphrétique !... » Puis des rugissements, et de terribles pleurs.
C'est l'adversaire de Mirabeau, c'est Portalis lui-même, l'avocat de sa femme, qui nous a conservé les lettres épouvantables du père contre le fils. Elles nous montrent de quelle rage il désira sa mort, pensant le faire périr à Surinam, à Rhé, en Corse, à If, à Joux, le poussant aux duels, et, à la fin, comptant qu'il crèverait à Yincennes. Haine profonde, car elle est de nature, d'antipathie, sans motif çérieux.
Mais la férocité du père semble encore moins atroce que la froideur de la femme de Mirabeau. Il lui écrit des lettres déchirantes, d'humbles supplications, un peu basses, il faut bien le dire (Plaid, de PortaliSy p. 57). A genoux devant son beau*père qui le tient aussi enfermé, il lui demande la liberté, la vie.
Il est fort beau, étrange, que celui-ci, à travers une persécution si sauvage, ayant presque usé les prisons, ne devienne pas une bête féroce, qu'il reste à ce point homme, que son cœur soit si plein et d'amour, et d'humanité, que dis-je? tendre pour son père même! SMl a eu le tort grave d'écrire contre son père (en faveur de sa mère), il aime cependant ce barbare, il l'exalte, lui croit du génie. Il s'attendrit pour lui. Sortant à trente-trois ans de sa longue prison, voyant chez un ami le portrait du tyran, il le regarde et pleure, et s'écrie : « Pauvre père ! >
En mourant, il demande à être enterré près deluL
500 ABRÉGÉ D'HISTOXHii; D£ FftANCË.
Cet homme est très grand à Vincennes... Oh! que je l'aime mieux là qu'en ses fameux triomphes, mêlés de menées équivoques !
L'histoire est admirable. Elle agit presque autant que les Confessions de Rousseau. Mirabeau, dans ses lettres, ses procès, ses mémoires (bien plus forts que tous ses discours), ouvrit un jour nouveau sur l'âme humaine.
Je ne vois aucun homme dans l'histoire qui ait plus constamment prêté appui aux faibles. Il plaide pour les Corses, pour Genève opprimée, pour les Hessois vendus par leur indigne maître. Il plaide pour les juifs auprès de Frédéric, et il obtient leur émancipation.
€ Mais Mirabeau, sans doute, au livre des Prisons, aura du moins tourné, éludé l'actuel, se tenant aux limites resserrées de la question? > Vous le connaissez peu. Le Mirabeau d'alors a beaucoup de Danton. L'Amérique envoyant sa grande Déclaration des droits, il écrit sans détour : « Tout gouvernement est déchu. Il va plus loin encore : George a moins fait que les Capets. >
Ces deux mots mis ensemble destituent Louis XVI.
Quand son père n'a pas pu en trente-trois ans l'exterminer, il recule un moment, l'admire (mais sans le haïr moins). C'est en effet alors qu'il est prodigieux (bien plus qu'à la Constituante). Ses deux procès sont des miracles. Au premier, il s'agit d'aller, au sortir de prison, se remettre en prison à Pontarlier où il fut condamné à mort, et remettre sa tête sur le billot, sous le coup de ses ennemis. c Depuis feu César, dit son père, l'audace ne fut nulle part comme chez lui. Il dit avoir de son étoile. Il a moins de génie, mais bien autant d'esprit. >
Et c'est bien pis à Aix, au procès de 83, où il redemande sa femme.
Tout le public était pour Mirabeau. Malgré ia triple garde, portes, barrières, fenêtres, furent enfoncées. On