COUP D'ÉTAT. RÉSISTANCE
tratiire n'avaient pour but que de couvrir les anciennes dissipations sans recourir aux États, que le système de la volonté unique annoncée par les ministres tendait à anéantir les principes de la monarchie. — Ils déclarent unanimement que si la force disperse le Parlement, celui-ci remet le dépôt de ces principes entre les mains du roi et les Ëtats généraux.
Les parlements de province suivirent ces exemples de protestation. Le plus éloigné de tous, celui de Navarre, éclate le 2 mai. Celui de Rouen le 5, Rennes et Nancy le 7, A.ix et Besançon le 8, Bordeaux et Dijon le 9.
Le roi et le ministre se trouvaient réellement dans une grande solitude. On ne trouvait personne à mettre dans cette fameuse cour plénière. Ceux qu'on y traîna protestèrent. Le 10 mai, le jour où Ton força les parlements à enregistrer leur décès, ce triste avorton était déjà mort et enterré.
La grande bataille de la France fut réellement soutenue par deux provinces, la Bretagne et le Dauphiné. Rennes eut son combat le 10 mai et Grenoble le 7 juin.
Le gouverneur Thiard réussit à disperser et exiler le Parlement de Rennes. La chose fut plus difficile pour le Parlement de Grenoble. La vieille noblesse s'était exterminée dans les guerres. Les anoblis pesaient très peu. Le paysan, vaillant et fier, s'estimait, portait la tête haute. On le laissait faire ses routes, ses travaux, bref se gouverner. Ils avaient acheté ses droits par maints sacrifices, < par des services à la patrie qu'ils rendirent et rendront encore. » Lorsqu'au 7 juin le gouverneur Clerm ont-Tonnerre envoya aux magistrats les ordres d'exil, Grenoble se crut ruinée par la perte du Parlement. Cela saisit terriblement l'esprit des femmes du peuple. Pour que le Parlement ne sorte pas de la ville, elles détèlent les voitures, coupent les harnais des chevaux. Puis elles montent dans les clochers et sonnent
furieusement le tocsin. Les paysans des communes voisines saisissent leurs fusils, accourent. Un terrible flot du peuple arrive pour prendre au commandant les clefs du palais de justice et rétablir, faire siéger sur-le-champ le Parlement. La séance ne dura qu'une heure et le peuple fort modéré ne demanda que le départ du régiment qui avait versé le sang. Une chose était pour Grenoble c'est que non seulement tous les environs étaient armés pour eUe^^ mais la France est pour le Dauphiné.
Les petits États du Béai*n fraternisent avec loi. Des gentilshommes de Lyon, de Toulouse , de Provence, adhèrent à ses résolutions. Mêmes résistances à Pau, à Amiens, à Ârras, aux deux bouts du royaume. On avait cru embarrasser les Dauphinois en défendant la cocarde bleu aurore, Finsigne de la province. Hais cela leur rendait service. Il valait mieux être Français : c Toute la France sera Dauphiné. »
La première de nos assemblées siégea dignement au château de Vizille. M. Périer fort noblement avait préparé des tables pour servir quatre cents personnes. Nul ordre ne pesa sur les autres dans cette assemblée qui fut une leçon pour la France. Le Tiers n'abusa pas de la force supérieure que lui donnait la situation. Le clergé et la noblesse^ entraînés d'un même élan, votèrent la double représentation du Tiers.
Brienne voyait venir ces jours où Ton rend de sérieux comptes. Le grand Conseil demandait sa condamnation. En Dauphiné, en Bretagne, partout la noblesse était contre lui. Il prit le parti de se sauver en ouvrant la grande Babel. Le 8 août, au nom du roi, il convoqua les États généraux.
Où cela le menait-il ? Par les États, il périssait. Sans les États, il périssait. En face des nécessités implacables de chaque jour, il fouillait au plus bas, il cherchait dans la boue. Le 16 août, il ne peut payer qu'à moitié en
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billots. Il plUe^ force des caisses que respecteraient des voleurs^ dépôts de charité et fonds des hôpitaux, des aumônes aux grêlés I Cela faisait horreur l De tels crimes pour si peu d'argent I Second mialaÉepe de IVedcer (août). — FiMiUladeade
Pfupta(sept.). — Où sommes-nous ? les plus sacrées dépenses, celles de cour, deviennent impossibles I Les Polignacs» ennemis de Brienne et d'Artois» son ami, qui le poussait contre le Parlement, se liguent contre lui. La reine a peine à le défendre. On se souvient de Fhomme qui seul évoquait les écus. Si Ton rappelait Necker? On pourrait l'exploiter, profiter de sa main adroite pour tirer les marrons du feu. C'était peu difficile. Son livre de 84 dit assez clairement qu'il se meurt de chagrin de n'être plus au ministère. Sa vanité souffrante exige seulement que Ton renroie Brienne (25 août). Mais on le mystifie. On garde contre lui l'homme d'exécution, Lamoignon.
M. Necker débuta en bon et galant homme. Trouvant le trésor vide, il y mit sa fortune. Il versa deux millions à son entrée au ministère, et, plus tard, engagea tout ce qu'il possédait.
Les adieux du roi, de la reine, à Brienne furent pathétiques, de ceux qu'ils auraient faits à la royauté même. La reine lui donna son portrait enrichi de diamants. En outre il reçut le chapeau.
On comprend ces regrets. Désormais, il fallait marcher droit aux Ëfats généraux. Plus de fraude, plus d'échappatoire, la France allait venir et demander des comptes. Rien n'exaspéra plus la reine que la vive Joie de Paris. Trois jours et trois nuits ce fut dans toutes les rues une furie d'illumination. On casse les vitres des amis de la cour qui n'illuminent point. Ce désordre fut un prétexte pour donner Tordre € de dissiper par la force les attroupements ». Le chevalier Dubois fit une charge à fond
sur le Pont-Neuf plein de monde, des spectateurs paisibles, des gens de toute classe. Florian, le marquis de Nesle, etc., furent sabrés, écrasés.
11 y eut bien plus de sang Yersé aux deux bouts de Paris, devant les trois hôtels Dubois, Lamoignon, Brienne, où la foule criait, aboyait. Autre carnage aux boulevards, de la porte du Temple à la porte Saint-Marlin.
Le Parlement, rouvert le 24 septembre, manda et gronda fort Dubois et la garde de Paris. La cour eut cette tache de sang.
Que ces choses cruelles se soient passées sous Necker, le plus humain des hommes, cela éclaire un point fort obscur de la situation. Était-il, n^était-il pas maître?
Ce pauvre homme de bien, né à Genève, n'était point Genevois. Il n'en eut pas les vertueuses résistances. Allemand d'origine, il avait dans le sang le mou et le bonasse des sujets de ces petits princes, chapeau bas devant les valets de Tillustrissime cour. Fils d'un précepteur ou régent et de bonne heure commis, il tenait à la fois et du maître d'école et du plumitif subalterne.
On eût pu deviner tout cela dès 84 par son livre, Administration, n y est pitoyable, visiblement il pleure de n'être plus ministre. On sent parfaitement la prise aisée qu'on a sur un homme si faible. Dans son pathos sentimental de bon charlatan allemand, il fait fort bien entendre qu'on aurait grand tort de le craindre. 11 attend tout de la vertu des princes et des privilégiés. Ils sont si généreux que tout s'arrangera. Qu'ils se confient à Necker. Il est discret, prudent. 11 n*en fera pas trop. Et déjà il le prouve, en embrouillant, cachant ce que Ton veut cacher. De quelle main délicate il touche le clergé par exemple ! déguisant sa richesse, cotant son revenu au chiffre ridicule d'à peu près cent millions.
Seconde aaseiiBblée de* notables (1788). — La COUr,