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SECONDE ASSEMBLÉE DES NOTABLES

si peu satisfaitô des notables en 87, les rappelle en 88, étant sûre de n*avoir par eux que des avis pour enrayer ou reculer. Si le ministre était ferme et loyal, il devait rejeter, refuser à tout prix une assemblée certainement hostile à la convocation des États généraux.

Ces notables montrèrent une remarquable clairvoyance dans leur haine de la liberté.

1* Ils repoussèrent presque unanimement la double représentation du Tiers, sentirent parfaitement que, si la nation était vraiment représentée, le privilège était perdu.

2* Ils parurent deviner et prévoir que la fausse démocratie serait le sûr moyen d^étouffer, d'écraser la vraie, que le suffrage universel serait Farme mortelle de la contre-révolution. Us admirent au suffrage même des dômestiques, laquais des villes, et valets de charrue, ces rustres qui bientôt vont donner les Chouans. De peur qu'ils ne se trompent et n'oublient le mot d'ordre, ils voteront à haute voix. Avec ces valets, les notables appelaient au scrutin un monde de fainéants à vendre, des nobles affamés, parasites, et de petits collets qui couraient les dîners.

Au même temps, un coup répondit, un grand coup, le livre de Sieyès, qui, d'un énorme poids, trancha les questions, qui arma la Révolution de sa formule victorieuse, de sa hache et de son épée:

< Qu'est-ce que le Tiers ? Tout. — Le Tiers est la nation. >

Il écarte du pied les théories des sots, des ignorants qui sMmaginent (comme Meunier) qu'on pourrait faire ici une Angleterre.

Vous demandez qui aura droit de convoquer la nation? Demandez donc plutôt qui n'en a pas le droit, dans le danger de la patrie.

Vous demandez quelle place les corps privilégiés, deux

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cent mille prêtres ou nobles, auront dans l'ordre social ? C'est demander quelle place, dans le corps des malades^ aura l'humeur maligne et corrompue. *

Ceci s'entend assez et dépasse fort 89.

En décembre 88, la terreur, la nécessité, rendirent le l'oi moins sourd qu'auparavant. Au grand peuple affamé, dont la voix demandait € du pain I > il donne le Double» ment du Tiers (27 décembre 1788).

Le Tiers (de 25 millions d'hommes) fournit autant de députés que le clergé et la noblesse réunis (les deux cent mille privilégiés).

Victoire de la justice, petite, injuste encore, puisque le Tiers n'a qu*une voix contre deux. Et on ne l'eût pas obtenue si le roi et la reine n'avaient pas été décidés par le danger, la crainte, de plus par la rancune. Ils en voulaient à la noblesse.

Famine ei dé<reMe (déc. 1788). — La situation de Paris était un sujet de terreur. Dès le 9 décembre la Seine est prise et tous les fleuves. Les arrivages cessent. Le froid tombe à trente degrés. Plus de circulation. Tout négoce (le grain est taxé d'accaparement. L'effroi entrave tout. Neckeraux abois, de nuit, de jour, écrit lettres sur lettres et reçoit cent courriers. D'heure en heure, de toute province, arrivent d'accablantes nouvelles ; ici, là, partout la famine.

La mortalité fut immense. On mourait dans les greniers, on mourait dans les rues. Il y eut un grand mouvement de charité. Les curés, les philosophes, l'archevêque de Paris, tous donnèrent. Bienfaisance et prudence. Nul ne donna davantage que le duc d'Orléans. Sa royale prodigalité fut l'inquiétude de Yersaille. Dès ce temps, la cour voit partout la main d'Orléans.

Convocation des Étato généraux (1788-1789). — Le

règlement d'élection qui parut (24 janvier) étonna» ef-

' GONYOGATiON DES ÉTATS GÉNÉRAUX. 515

fraya. Plusieurs crurent follement que les bannis, genevois aux gages de TAngleterre avaient voulu lancer la France en pleine désoif anisation, que Necker les écoutait (ce qui n'était pas vrai), qu'il voulait dans cette grande France faire la démocratie des petits cantons de la Suisse, ou l'égalité barbare des nomades qui ne savent ce que c'est que propriété.

La base surprenait : Tout imposé est électeur. Tout homme de vingt-cinq ans. Cela voulait dire : tout le monde ; car tous payaient la capitation. Quelle confiance illimitée dans l'excellence de la nature humaine, le patriotisme des masses et la modération des pauvres!

En regardant de près, plusieurs, comme Mirabeau, ju» geaient que ce plan, d'apparence ultra-démocratique, dérobait, retirait par l'artifice du détail ce qu'il accordait par l'ensemble. Mirabeau va jusqu'à conclure qu'on ne voulait pas sérieusement les États généraux. Plusieurs pensaient en eifet qu'on n'y voulait qu'une mêlée, où tous, con)battant contre tous, s'annuleraient également au profit du pouvoir royal. Une grosse masse noire de curés, venant avec lears haines et leur pauvreté irritée, allait engloutir les évêques. Ces anoblis, contestés, méprisés de la noblesse, voulaient certainement l'abaisser. Mais ces vainqueurs subalternes du clergé et de la noblesse vont eux-mêmes à leur tour être écrasés par la roture qui veut partout un plat niveau. D'autant plus haut, sur la ruine générale, doit monter le trône.

Le cœur n'y fut pour rien. Celui de Louis XVI resta au fond immuable pour le clergé et la noblesse, très fixe et très fidèle. Il y parut bien à la fin, lorsqu'en juillet 91, non sans danger, il refusa de mettre le feu «^ Tarbrc féodal où l'on brûla les armoiries des nobles. Il y parut dans son obstination à n'exiger point du clergé un serment politique qui ne gênait en rien la conscience religieuse. Il y mit un

entêtement mortel, inexplicable. Plutôt que de céder il aima mieux se perdre, il aima mieux nous perdre, appeler l'étranger, trahir, livrer la France.

Les cahiers du Tiers manifestent combien, dans sa victoire, au moment même où il sentit sa force, il fut respectueux et tendre pour cette vieille idole, la royauté.

Le Tiers, le plus royaliste des trois ordres, admet patiemment qu'une nation de vingtrcinq millions d'hommes, n'ait pas plus de représentants que deux cent mille privilégiés. Pour l'État, pour l'Église, il voudrait relier l'avenir au passé. Il porte encore le joug chrétien. Tous ses cahiers demandent la liberté de conscience. Nul ne réclame la liberté des cultes. Les cahiers des nobles contrastent fort avec cette modération. Ils demandent la ruine du clergé, et le clergé pour se venger des nobles désire que les non nobles arrivent à toute charge, même

d'épée.

Tous d'ailleurs sont préoccupés surtout de jeter sur les autres le fardeau que Tordre nouveau va imposer.

mirabeau en Provence* — I^ea électionflu — En Bretagne la noblesse, qui contre Brienne avait pris l'avantgarde, se montra ce qu'elle était, fortement rétrograde.

La Provence offrit un spectacle analogue de furieuses résistances pour motiver des batailles, des répressions sanglantes qui pussent faire ajourner les États généraux. La révolution y vainquit, mais par un moyen dangereux, en s'inearnant dans un homme idolâtre du peuple qui y chercha son Dieu sauveur.

Mirabeau semblait peu digne d'être cette idole. Ses lettres de ce temps sont d'un royaliste timide. Les Etats généraux tant désirés Falarment maintenant, lui semblent précipités. S'il est élu (Montmorin qu'il recherchait fort voulait le faire candidat), il sera très monarchiste. Il se fie peu aux masses. Le Tiers n'a ni plan, ni lumière, etc.

Cartk IV.

FRANCE

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