DEUX1Ë»I£ GUERRE AVEC CHARLES-QUINT
claré contre eux dans ]a préface du Passage de V hellénisme au christianisme. Plusieurs allusions hostiles au protestantisme furent mises dans le Gai^antua.
Dne autre très flatteuse au roi, qui venait d'achever Cbambord, c'est l'épilogue du livre, l'aimable Abbaye de Thélimey dont Tarchitecture est calguée sur celle du nor^ veau ch&teau.
Le succès fut immense. On en vendit, dit Rabelais, en deux mois, plus que de bibles en neuf ans. Il en existe soixante éditions, des traductions innombrables en toute langue. C'est le livre qui a le plus occupé la presse après la Bible et l'Imitation.
Pour l'effet sur la cour, sur le roi, il dut être grand, puisqu'un courtisan aussi habile que Jean Du Bellay osa rappeler : Un nouvel Évangile, et d'un seul mot : le
Examinons pourtant. Mérite-t-il ce titre? L'idéal moral de l'auteur, un idéal de paix et de justice, de douceur, d'humanité, est-il complet, est-il précis? Non, il ne pou- TaitTétre. Nulle éducation n'est solide, nulle n'est orientée et ne sait son chemin, si d'abord elle ne pose simplement, nettement son principe religieux et social. Rabelais ne Ta pas fait, pas plus que Montaigne, Fénelon ni Rousseau. Son idéal n'est autre que le leur, Vhonnéte homme j celui qu'accepte aussi Molière. Idéal faible et négatif, qui ne peut faire encore le héros et le citoyen.
Ce grand esprit avait donné du moins un beau commencement, un noble essai d'éducation, une lumière, une es-* pêrance. L'exigence des temps, l'urgence de la révolution demandait autre chose.
Rousseau élève un gentilhomme. Rabelais élève un roi, on bon géant. Et le peuple, qui se charge de l'élever?
En 1540 le pape approuve les constitutions des jésuites. En 1542 commencent à jouer les deux grandes machines
120 ABRÉGÉ D'HrSTOIRE DE FRANGE.
de la révolution nouvelle : Véducatiofiy Yinquisition,
Lainez fonde le premier collège des jésuites (à Venise). Loyola seconde le théalin Caraffa dans l'inquisition romaine et universelle qui doit embrasser le monde. La main de Loyola y est reconr aissable, surtout en ceci : on punit ceux qui se défendent.
Qui se défend est coupable ; il résiste à la justice. Frappez cette âme rebelle.
Et qui avoue est coupable. Mais humilié, brisé, rien n'empêche de l'absoudre.
Plus d'innocent, tous coupables. Plus de justice, un combat. Que veut-on? La victoire, le brisement de l'âme humaine.
Le premier qui eût dû être amené â ce tribunal, c'était, sans nul doute, Henri YIIL II fallait seulement trouver un huissier, un sbire assez fort pour mettre la main sur lui.
Henri ¥111, Charlcn-Qatiit et François I" en 1534-
1536. — Le pape avait un roi tout prêt, le jeune Pôle, cousin d'Henri VIH. Sorti de la branche d'York et de la Rose rouge, il pouvait recommencer la guerre du xv* siècle et noyer l'Angleterre de sang. Pôle avait été élevé par Henri, comblé de ses dons. Mais la femme d'Henri, Catherine, avait nourri dans le cœur du jeune homme, inquiet et ambitieux, l'espoir d'épouser Marie, héritière de l'Angleterre.
Henri, qui rejetait le pape sans admettre le protestantisme, qui persécutait à la fois les catholiques et les protestants, chancelait fort.
Le roi de France eût pu seul exécuter la sentence. C'est à quoi poussaient vivement (dans l'année 1534) le pape et Cliarles-Qiiint. Le plus jeune fils du roi aurait épousé Marie, qui eût dépossédé son père.
Français P', sollicité, répondait que le roi d'Angleterre était son ami. A quoi l'Empereur réplique (dans les dépêches de Granvelle) qu'il ne s'agit aucunement de faire mal à