DEUXIEME GUERRE AVEC CHAR LES-QUINT
Henri; au contraire, on veut le sauver, Y empêcher de se perdre d'honneur et de conscience. Il eût été sauvé dans un monastère, déposé et tondu.
Le roi était peu tenté. Il n'avait qu'une passion : c'était Milan. Loin de l'apaiser, Charles-Quint, dans sa conduite inconséquente, fit arrêter un homme qu'il envoyait à Soliman.
Le pape travaillait en vain à les rapprocher. Gomme deux lutteurs acharnés, ils se tàtaient pour mieux se frapper. Le roi avait Tait la démarche cruelle et désespérée d'appeler en Corse, en Sicile, en Italie, non pas Soliman, mais le pirate Barberousse, bey d'Alger et de Tunis, à qui le sultan donna le titre de son amiral. Tout l'aspect des c6tes changea. Un tremblement effroyable saisit les pauvres habitants quand, à chaque instant, 1 on vit les pirates, marchands d'esclaves, descendre inopinément et tomber comme des vautours.
Prise de TobIs par Charlea-Qalnt (1535.) — La chose
la plus populaire que pût jamais faire l'Empereur, celle qui devait le mettre en bénédiction, c'était d'exterminer les pirates, de détruire Tunis et Alger. Venise elle-même, amie des Turcs, était cruellement inquiète des progrès de Barberousse. Charles-Quint avait tous les vœux pour lui. Nulle expédition plus brillante, plus populaire, plus bénie. L'armée espagnole, allemande, italienne, avec force volontaires de toutes nations, défit l'armée africaine que Soliman avait laissée à ses propres forces, prit la Goulette et Tunis (25 juillet 1535). Le massacre fut immense ; on y tua trente mille musulmans. Vingt mille chrétiens délivrés portèrent leur reconnaissance dans toute TEurope et la gloire de Charles-Quint.
Gloire, puissanc<^, force réelle. Il avait mis un roi vassal à Tunis. Delà il menaçait Alger, dominait la côte d'Afrique. Il avait conquis les cœurs des Italiens mêmes, écrasés par
m ABRÉGÉ d*uistoire: de franc».
lui. Venise se détachait du sultan et rangeait son pavillon soumis près du victorieux drapeau du dompteur des Barbaresques.
Charles-Quinty débarqué (septembre) en Italie, au milieu des applaudissements de l'Europe, était en mesuire de parler de très haut à François I*^ Il n'exige plus, comme à Cambrai, qu'il abandonne ses alliés, mais qu'il combatte contre eux. ■
Trolatème g^aerre contre l'Empereur (1537.) — Il veut
bien l'amuser encore de la promesse de Milan. François Sforza meurt en octobre. L'Empereur fait espérer Milan comme dot de sa fille, qu'eût épousée le plus jeune lils du roi. Tous deux arment cependant. L'Empereur lève des lansquenets. Le roi négocie pour avoir des Suisses, achève l'organisation des légions de gens de pied qu'il organise à la romaine.
II ne trouva d'argent qu'en frappant rimp6t le plus odieux aux Français, la taxe des vins, avec les vexations infinies des visites de commis et la tyrannie fiscale qu'on appelle Vexercice. Il y eût bientôt révolte.
Quant aux hommes, il avait peu à compter sur la noblesse Elle s'était montrée favorable au connétable de Bourbon. Elle avait refusé, en 1527, de contribuer à la rançon du roi. Elle faisait négligemment le service militaire. En février 1534, le roi lui impose quatre revues annuelles, exige que les gens d'armes portent la complète armure défensive, quel qu'en soit le poids. En juillet 1534, il organise l'infanterie, sept légions, chacune de six mille hommes. Des quarante-deur mille, trente mille sont armés de piques et douze milh d'arquebuses. Ils sont payés en temps de guerre, bien payés, à cent sous par mois. Ce seront des hommes effectifs ; on ne comptera pas les valets, comme on faisait trop souvent ; Ks'il s'en trouve, ils sont étranglés.»
La chose fut populaire. En paix, ils étaient exempts de
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taille. S'ils se distinguaient, ils pouvaient être anoblis.
Les Français en Savoie. — Leur première épreuve fut rude, celle d'une guerre de Savoie en plein hiver, et le passage des monts. Le roi, instruit par son péril, par la grandeur croissante de son ennemi, avait eu tardivement cette lueur de bon sens, de voir que la vraie conquête italienne, avant Milan et le reste, c'étaient les Alpes et le Piémont. Le duc de Savoie qui jadis avait secouru Bourbon, qui était Espagnol de cœur, offrait à Charles* Quint de lui céder ses États en échange d'États italiens. L'empereur, qai déjà avait la Comté, allait avoir en outre la Savoie et la Bresse, nous enveloppait et plongeait chez nous jusqu'à Lyon.
On le prévint. François I*' secourut contre lui Genève, qui mit son évêque à la porte, se fît protestante, appuyée sur Berne, qui conquit sur le Savoyard le pays de Yaud. Le roi alors, voyant bien que Charles-Quint l'amusait, en février, saisit la Savoie et entre en Piémont.
Il en advint comme à Ravenne. La première fois que nos Français, hier paysans, aujourd'hui soldats, se virent de- Tanll'ennemi, ils furent pris du démon des batailles, et on ne put plus les tenir. Il y avait devant eux un gros torrent, la Grande Doire. Ils s'y jettent, et, malgré la roideur du fîl de ces eaux rapides, ils ne perdent pas leur rang. Nos Allemands n'en font pas moins. Ils se lancent et passent de front. L'ennemi ne les attend pas. Les nôtres, sans cavalerie, suivent de près. Le Piémont est conquis.
vioienee de Chariea-Qaint. — On respecta le Milanais. Néanmoins l'Empereur, à Rome, éclata avec une violence politique et calculée.
On le vit, non sans étonnement, commencer une harangue. Il parait qu'elle était écrite au moins en partie ; de temps en temps il baissait la tête pour lire une note roulée antoor de son doigt. C'étaiH un plaidoyer en règle, complet,
contre François P". Le discours, traduit (d'avance sans doute) en toute langue, courut l'Europe, TAllemagne surtout. Les insultes continuelles faites impunément à nos envoyés mettaient déjà le roi très bas. Mais ce solennel outrage, ce soufflet officiel, donné dans Rome, au Vatican, devant tous les ambassadeurs qui représentaient la chrétienté, montrèrent l'ami de Barberousse, le renégat, l'apostat, rhomme perdu et désespéré, François P' était seul, et Charles-Quint avançait avec sa victoire et l'Europe.
lift Prowenee enwahle et dévastée — MontiBoreD-
cy (1536.) — On ne pouvait se défendre en Piémont, on le pouvait en Provence, laisser l'ennemi se consumer et mourir de faim.
Pour cela, il fallait une chose, celle qu'en 481!2 on fit à Moscou, brûler, détruire ; mais ici une ville n'était pas assez ; il fallait brûler un pays.
Quel homme serait assez dur pour faire cette barbare et nécessaire exécution ? Montmorency s'en chargea, et il l'aggrava par la dureté de son caractère, par son indécision et son imprévoyance.
L'effroyable sacrifice de toute une province de France, cent villes ou villages brûlés et détruits, un peuple de paysans sans abri, sans instruments, sans nourriture, et pas même de quoi semer! C'était le résultat de 1536, de la campagne qui porta Montmorency au pinacle, le fit connétable, quasi-roi de France pour les cinq années qui suivirent.
L'empereur était entré, avait séjourné deux mois, libre* ment était sorti, sans que, de cette armée française, personne osât le poursuivre. Nos paysans provençaux avaient seuls ressenti l'affront, et, aux dépens de leur sang, lâché qu'on ne pût pas faire risée de la France.
Il était temps, ou jamais, de toucher au vif Gbarles- Quint, selon la forte expression des dépêches de 1534.
Le pauvre roi, qui déjà n'était plus guère qu'une langue,
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une coQYersationy qui bientôt faillît mourir, était de plus en plus tiraillé par les deux partis qui se disputaient près de lui) rn lui, et dont sa faible tête semblait le champ dé bataille.
Divers partis à la Covr. — Caractérisons ces partis. II y avait celui des élus, celui des damnés.
les damnés, c'étaient ceux qui poussaient à Talliance des Turcs et des hérétiques, spécialement les Du Bellay.
La plupart de nos ambassadeurs, c'est-à-dire des gens qui savaient et voyaient, appartenaient à ce parti.
Hais le parti des élus, des bien pensants, des orthodoxes, c'était celui qui se formait autour du nouveau Dauphin. Montmorency, qui voyait le père décliner si vite, regardait an soleil levant. Le Dauphin avait dix-huit ans.
Catherine de iiédieis. — Son père Tavait marié à qua* torze ans, à une enfant du même âge, Catherine de Médicis. Mais cette position nouvelle n'avait rien tiré de lui. Pas un mol et pas une idée. Tel il était revenu de sa longue prison d'Espagne, tel il restait, ayant Tair d'un sombre enfant espagnol, yeux noirs, cheveux noirs, €mauricaudji^ dit un chroniqueur. 11 n'était bon qu'à la voltige, le premier sauteur du temps. Sa petite femme, spirituelle et cultivée, comme une Italienne, mais fort tremblante et servile, n'avait nulle prise sur lui. Née Médicis et de race marchande, sou jeune mari n'en tenait compte^ et la méprisaiit comme un sot ; le roi seul avait pitié d'elle, la défendait, et ne voulut pas qu'on la rendît à ses parents.
Le roi italien et français, le parleur aimable et facile, élait hors démode. La jeunesse, par derrière, haussait les épaules. Jeunesse grave, vieillesse légère. Tout à l'heure, il n'y avait qu'un mauvais sujet à la cour: c'était le roi, le vieux malade, l'ami des Turcs, le renégat. Il se voyait de plus en plus délaissé des honnêtes gens.
Le parti turc avait pourtant réussi encore à gagner sur
lui un dernier pas décisif qui eût assommé Charles-Quîot: c'était de jeter Soliman et cent mille Turcs sur Naples, pendant que le roi passerait les monts avec cinquante mille hommes. Cela eût éclairci les choses. L'Empereur, pour avoir battu les faux Turcs de Barberousse, qui étaient des Maures d'Afrique, portait son succès de Tunis aussi haut qu'une victoire sur les janissaires. Il fallait voir la figure qu'il ferait devant Soliman.
Nous savons, par le plus irrécusable témoignage, celui de sa sœur, qu'il n*en pouvait plus. Le coup eût été terrible. Les Turcs fussent restés en Sicile et peut-être à Naples. Grand malheur? Non. Il en serait arrivé commeà la Chine, où les vaincus ont conquis les vainqueurs, et rendu les Mongols Chinois. L'Italie eût exercé son ascendant ordinaire, ety bien mieux que ne fit la Grèce, épuisée et impuissante, elle eût fait du Turc un Européen.
La chose fut très bien menée par le savant et habile Laforét, qui, en juillet 1537, se trouva, avec Soliman et Barberousse, en face d'Otrante. Les Turcs descendirent à Castro. Mais les Français ne parurent pas. Soliman laissa le royaume de Naples et se tourna contre Venise.
Où donc élait François I"? En Picardie. Il n'est pas difficile de deviner l'homme qui rendait ce service essentiel à l'Empereur. Montmorency n'envoya en Italie que lard, quand il n'était plus temps.
Ces tergiversations singulières ne s'expliquent que par la forte conspiration de cour qui enveloppait le roi de toutes parts.
Il avait toujours eu un vif besoin de plaire à ce qui l'entourait. Affaibli, maladif, il ne supportait pas la muette censure d'une cour respectueusement mécontente, ni les récits qu'on lui faisait arriver des ravages des Turcs. Ils pesaient sur sa conscience, ébranlaient l'homme et le chrétien.