‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 15 sur 108 · DEUXIËMB GUERRE AVEC GH ARLES-QUINT · texte numérisé non relu

DEUXIËMB GUERRE AVEC GH ARLES-QUINT

Néf oclalloiis avec Gharles-Qalnt. Trêve deIVlee(i 538).

— li luttait pourtant encore au printemps de 1538. A la nouvelle d'une grande victoire de Soliman sur le frère de Charles-Quint, il envoya Rincon pour resserrer son alliance. Aux?i?es instances du pape pour l'amènera voir l'Empereur, il résista d'abord, laissa le pape et Charles-Quint Tatieadre à Nice quinze jours. Le vieux Paul III brûlait de les unir pour les lancer sur Henri YIII.

L'Empereur, à tout rapprochement, toute entrevue, même inutile, gagnait un grand avantage, celui de mettre en défiance tous nos amis. Turcs, Anglais, luthériens et mécontents des Pays-Bas.

C'était déjà une faute, une sottise pour le roi de se rendre à Nice. Il le sentait si bien, que, quand on l'y traîna, il demanda à l'Empereur une chose impossible qui devait rompre tout, non seulement le Milanais, mais la Franche' Comté. L'Empereur, à l'absurde, répondit par l'absurde, oiînnile titre et le revenu de Milan, qui pendant neuf ans seraient confiés au pape, et le roi tout de suite, eût rendu la Savoie, armé pour l'Empereur contre le Turc et les Luthériens. Vains bavardages. Mais Charles-Quint avait déjà ce qu'il voulait. Sa sœur venait le voir, et la nouvelle cour entrait en rapport avec lui. Le pape fit, sinon la paix, au moins une longue trêve de dix ans. Le roi partit, le 19 juin sans voir l'Empereur.

Charles-Quint ne lâcha pas prise qu'on ne lui eût de nouveau amené le roi à Aigues-Mortes. Dans ce méchant petit port solitaire, le roi, moins entouré qu'il ne l'eût été en Provence, n'avait là que Montmorency et les princesses, n n'y eut, aux conférences, que le connétable et le cardinal de Lorraine d'une part, d'autre part Granvelle et Couves, la reine enfin, lien des deux partis. Que coiiclui-on? Matériellement, rien que le statu qao ; moralement, une chose immense qui allait clianger l'Europe

et qu'on peut dire d*un mot, la conversion deFrançois P'.

Qui a procuré ce miracle ? Un mot de TËmpereur. Ce qu'il a refusé à Nice, il l'accorde à Aigues-Horles. Il n'offre plus le titre de Milan, mais la possession réelle pour le second fils du roi qui épousera une nièce de Charles-Quint.

Le roi s'engage publiquement à défendre les Etats de l'Empereur pendant la guerre des Turcs. A quoi secrètement^ On le voit par les faits.

Maintenant la France, en Europe, n'a plus d'ami que Charles- Quint, son capital ennemi. Elle s'est isolée. Libre à lui de tenir sa promesse. S'il ne la tenait pas, que ferait-elle? la guerre, mais seule et sans ami, ne pouvant, même par la guerre, sortir de la profonde ornière où elle est entrée pour toujours, et dont ne la tireront pas même cinquante années de guerres de religion.

Tous nos ambassadeurs reçurent en même temps un nouveau mot d'ordre, fort surprenant (ils n*y pouvaient * croire) : de travailler parlout pour V Empereur. Ordre d'agir pour lui auprès du Turc, de lui ménager une trêve. Ordre d'engager l'Allemagne à s'unir contre Soliman. Défense au protégé du roi, au duc de Wurtemberg, d'agir contre les évéchés catholiques, et notification à la diète quo. le roi s'unissait à l'Empereur pour rétablir la religion.

Béwolte de Gand. Cbarles-Qolnt à Parla (15 iO). —

Dans cette année 1539, Montmorency fut la vraie providence de Charles-Quint. Au moment où l'Espagne le menaçait par ses certes, au moment où Gand révolté décapitait son doyen, comme partisan de l'Empereur, au moment où il apprenait les révoltes de ses armées, où tout lui échappait, Montmorency lui met la France dans les mains, le secret de nos négociations avec le Turc et l'Angleterre, lui confie le fil même de notre diplomatie (5 août 1539), jusqu'à trahir la confiance de Gand qui se livrait à nous. Charles-Quint qui avait fait son testament avant l'expé-

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ditioQ de Tunis, le refit avant le voyage de France (5 no- YPmbre 1539). Il y donne Milan au second fils du roi qui épousera une fille de Ferdinand, pourvu que Ferdinand y consente. Ce petit mot réservait tout.

Entré en France vers le 20 novembre, il vit longuement Montmorency et les fils du roi, avant le roi, et entra à Paris le 1*' janvier 1540. Le connétable tout- puissant avait exigé des villes les fêtes les plus retentissantes, et il fit avertir toutes les cours de l'Europe de cette union intime, définitive, du roi et de l'Empereur. Charles-Quint vit très bien le besoin que la colorie régnante avait de lui. Il prit ses avantages, attisant d'une part la rivalité des deux frères, d'autre part ébranlant la fidélité du roi de Navarre, lui faisant espérer que l'infant épouserait sa fille, qui deviendrait la reine de FEspagne et des Indes.

L'Empereur n'était pas rassuré. Plus d'un malheur arriva sur sa route. A Bordeaux, il faillit être asphyxié, à Amboise, incendié. Ailleurs, une bûche lui tomba sur la tête. Le roi était furieux des mésaventures de son hôte, et voulait faire pendre tout le monde.

La pauvre Gand fut brisée de la réception de Charles- Quint et de son union avec le roi. Chaque fêle qu'on lui donna fut comme une bataille perdue par la Flandre. Il ne trouva nulle résistance, brida la ville avec un fort et fit mourir qui il voulait.

iHagràee de Moiitiiioreiiey. — Sorti de France à la fin de janvier, en février il se retrouva maître, très solide et très affermi, libre d'examiner ce qu'il voulait tenir de ses promesses. S'il eût donné les Pays-Bas, c'eût été pour le cas où Orléans eût eu des enfants de sa fille ; mais, en échange de ce don incertain, il voulait que le roi, sur-lechamp, se dessaisît du Piémont, ainsi que des droits sur Milan. Montmorency, trompé, désespéré, alla, pour gagner l'Empereur, jusqu'à promettre par écrit que le roi l'aiderait

contre ses alliés d'Allemagne. Lettre fatale que TEmpereur montra et répandit plus tard.

La honte d'être dupe à ce point tira le roi de sa léthargie. Il fit une chose violente. Il maria la fille de sa sœur, contre le gré de sa soeur, au duc de Glèves, capital ennemi de Charles-Quint.

Qui succède àHontmorency?Un gouvernement anonyme, le conseil, le fauteuil du roi, où siégera rarement le malade. Les influences principales sont celles d'un âpre fanatique, du cardinal de Tournon et du cardinal de Lorraine, frère et oncle des Guises, l'homme des grandes et terribles fêtes expiatoires de 1528 et 1535. Un honnête et grossier soldat, Ânnebaut, qu'ils mettent près d'eux, servira à couvrir dans les choses de la guerre les sourds commencements des Guises, qui, contre l'antipathie du roi, s'étayeront peu à peu d'une popularité militaire.

L'œuvre de Montmorency subsistait. Nous étions isolés, hais et méprisés. L'Angleterre était contre nous, l'Allemagne était contre. L'horreur des prolestants pour une France persécutrice et fanatique les rapprochait de l'Empereur. Charles-Quint, converti à la tolérance par l'approche des Turcs, promettait que les affaires religieuses seraient réglées par un concile assemblé en Allemagne, ou même par une diète d'Empire ; jusque-là, intérim, égalité des deux partis.

meurtre de Bineon (juillet 1541). — La France ne comptait plus : elle était hors du droit de l'Europe. On le vit en juillet 1541, quand le marquis Du Guast (un homme noir qui ne jurait que par les Borgia) fit assassiner en Lombardie notre envoyé Rincon, qui allait à Conslantinople. Il croyait prendre ses dépêches. Mais Guillaume Du Bellay, qui craignait ce malheur, les avait gardées en Piémont pour les faire passer droit à Venise.

Le meurtre de Rincon comme celui de Merveille en

D£0XI£BIE guerre avec GHARLES-QUINT. 131

1534 étaient de ces choses qui pouvaient réveiller le roi.

Echee de Charles-f^nt dewant Alger (1543). — Deux

événements l'engageaient à agir. Ferdinand, battu par les Turcs, les vit prendre possession de toute la Hongrie ; et Charles-Quint, qui, pour couvrir ce revers dans l'opinion , avait improvisé nne expédition contre Alger, y éprouva un désastre effroyable, repoussé par les Maures, battu, brisé par les tempêtes. Le 3 décembre 1541, il rentre tout seul à Carlhagène.

La jeuiie cour de France, divisée entre les deux princes, Henri de vmgl-trois ans, Charles de vingt et un, ne manque pas de crier que c'est fait de l'Empereur, qu'il faut tomber sur lui, l'achever. Une arène s'ouVre où veulent briller les deux partis.

Quatrième g^nerre awee TEmperear (1543). — Sur leS

cinq armées de la France, dans cette dernière guerre, et dans les plus périlleuses extrémités, on hasarda à peine d'avoir douze ou quinze mille soldats roturiers. Du Bellay les relève fort, et dit qu'ils n'avaient pas leurs pareils aux assauts.

Il fait grand cas aussi des soldats italiens, disant en trois passages, que « c'étaient les plus aguerris. > La France n'en proOte guère. Elle repousse, en 1542, l'effort suprême de Témigralion italienne, qui, sous Du Bellay et Strozzi, lui avait préparé une armée de douze mille hommes.

Rien désormais hors du cercle des Guises. Claude de Guise, avec le cadet des deux princes, Charles d'Orléans, a l'armée du Nord, qui envahit le Luxembourg. Le fils de Claude, François (qui sera le grand Guise), candidat secret du parti, sans titre encore, a l'armée du Midi, sous le Dauphin, et envahit le Roussillon.

L'affaire du Nord était très importante. Dans l'attaque du Luxembourg, on agissait avec les restes du parti des La Harky étouffé, non écrasé, par l'flmpereur. On donnait la

main au duc de Clèves, qui lâchait dans les Pays-Bas une masse sauvage d'aventuriers allemands qui se souvenaient du sac de Rome et comptaient sur le sac d'Anvers.

Le succès fut facile au Luxembourg, mais non soutenu. Au lieu de pousser aux Pays-Bas, d'appuyer Clèves, le jeune prince regardait au midi. Il apprenait que le Dauphin son frère, outre l'armée d'Espagne s'adjoignait l'armée d'Italie. Il eut peur d'une victoire d'Henri, revint. François P' ne s'effrayait pas moins. Il avait écrit au Dauphin de ne pas donner bataille sans lui. Pendant qu'il avance à petites journées, la saison passe. Perpignan qu'on assiège, résiste. La campagne est manquée, perdue au midi, vaine au nord.

Avec ce grand effort de cinq armées, on n'avait pas entamé l'Empereur. A lui maintenant d'attaquer à son tour. Et il allait le faire avec un énorme avantage, s'étant rallié Henri VIII, à qui il offrait la France même, ne se réservant que la Picardie.

Qui empêchait l'Empereur de pénétrer en France? Les Vénitiens, qui suivaient l'armée impériale, remarquent que les grands généraux des temps de Pavie sont morts, et que l'Empereur n'a plus que le duc d'Albe, médiocre, ignorant.

Charles- Quint, dirigé par des conseillers italiens, ordonne tout lui-même, autant que peut le faire un homme appesanti déjà, maladif, grand mangeur, qui se lève fort tard.

L'armée de ce malade était à son image, lente et lourde, chargée de bagages infinis, qui se développaient sur une longue file, séparaient, isolaient les troupes, empêchaient l'avant-garde de toucher le corps de bataille. Il eût suffi d'une petite bande leste et hardie pour le couper cent fois.

Heureusement pour lui, le roi de France Iraine aussi.

Marine, qui était à la cour de Fr^pce en 1544, dit nettement que la France, abandonnée des Turcs, envahie par les protestants, ses anciens alliés, était aux abois et désespérée.

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