DEUXIÈME GUERRE AVEC CUARLËS-QUINT
Quarante mille Allemands entraient à l'Est. Vingt mille Anglais débarquaient à Touest. L'Empereur avec la grande armée marchait droit vers Paris. Les vues étaient sérieuses. Charles-Quint, qui lisait toujours Commines, savait le mot de Louis XI, qu^on prend la France dans Paris. Il s'agissait celte fois d'en finir, ou de détruire François 1" et de changer la dynastie, ou de tellement l'asservir qu'il devînt serf de l'Empereur, soldat à son service, sbire et recors impérial pour assujettir l'Allemagne.
Le roi avait en Italie cinq mille Suisses allemands, quatre mille Suisses français, cinq mille Gascons, trois mille Italiens. Cette armée eût dû revenir en hâte, assurant seulement le PiémonL Ce n'était pas l'avis du jeune duc d'Enghieo, qui pour la première fois arrivait général sur le champ de bataille, comme Gaston de Foix à Ravenne. Enghien, fils de Vendôme et cadet de Bourbon, avait là une occasion de briller, d'éclipser les Guises. La rivalité des maisons de Guise et de Bourbon, qui allait troubler le siècle se prononçait déjà. Le roi favorisait Enghien et l'opposait aux amis de son fils.
Victoire de Cérisoies (14 avril 1544). — C'est, je crois, de cette manière qu'on doit expliquer l'imprudente permission qu'il donna de livrer bataille. Montluc, envoyé par Enghien pour l'obtenir, en fait honneur à son éloquence gasconne. Quoi qu'il en soit, la chose tourna bien à Cérisoles (14 avril 1544).
Nos Suisses et nos Gascons, fortifiés d'une nombreuse noblesse française, accourue tout exprès, et qui se mit à pied, soutinrent l'épouvantable choc de dix mille Allemands que le général impérial. Du Guast, nous lançait d'une colline. Trois cents lances françaises enfoncèrent la cavalerie légère de l'ennemi, qui, poussée sur le flanc de son infanterie, la mit elle-même en déroute. Enghien faillit périr comme Gaston à Ravenne. Il se précipita avec
H. Di FR., Tenps modernet. ii. — 8
une petite bande de jeunes gens à travers le noir bataillon des Espagnols et le perça de part en part. Fort affaibli, il dut, pour rejoindre les siens, percer encore cette troupe formidable. Il le fit, en sortit, mais presque seul, et ne vit plus les siens; il crut la bataille perdue. Elle était gagnée, et les nôtres revinrent, rompirent les Espagnols. Bataille infiniment sanglante; selon Du Bellay, douze mille morts.
Charles-Quint avance pourtant, et les Français ne lui opposent que leur propre ruine, la dévastation, le désert. Les barbaries de la Provence sont renouvelées sur la Champagne.
L'Empereur, 'qui a pris nos magasins, nos vivres, nourri par nous, arrive à treize lieues de Paris, à Crépy en Valois. On en était aux dernières ressources.
Très fatigué lui-même, pris d'un accès de goutte, il pensa qu'après tout, au lieu de faire les affaires d'Henri VIII, il valait mieux conserver, exploiter celte misérable France ruinée, Affaiblie à ce point, elle ne pouvait plus que suivre son impulsion. Le roi détruit lui valait moins que le roi asservi et devenu son capitaine.
Traité de Crépj en TaloU (18 septembre 1544). ^
Le roi, en effet, s^ehgagea à guerroyer pour lui, à fournir, à payer une armée contre le Turc (au fond contre les luthériens).
Le roi restituait la Savoie. L'Empereur faisait du duc d'Orléans son gendre ou son neveu, le mettant à Milan ou aux Pays-Bas, non comme duc et souverain, mais comxM gouverneur impérial. En adoptant ainsi le cadet, le tenant sous sa main et se chargeant de sa fortune, il fondait une bonne et solide discorde entre les frères. Et, en effet, le Dauphin protesta.
Le premier Dauphin, prince de grande espérance, et qui avait infiniment souffert de la captivité d'Espagne, était