HENRI II. — LES GUISES. 14S
n fallait se garder des ennemis, bien plus des amis, veiller toujours, craindre toujours, voilà pourquoi Genève a été la grande école des nations, elle se fit la fabrique des saints et des martyrs, la sombre forge où se forgeaient les élus de la mort.
L'émigration religieuse de France, d'Italie, d'Allemagne, y créa une ville nouvelle.
Ville étonnante où tout était flamme et prière, lecture, travail, austérité.
Nombre de familles illustres laissaient tout, bravaient tout, pour parvenir à Genève.
L'intrépide, l'indomptable Knox, après huit années; passées aux galères de France, les bras sillonnés par les chaînes, le dos labouré par le fouet, avant ses grands combats d'Ecosse, venait s'asseoir encore un jour au pied de la chaire de Calvin.
Tout affluait à cette chaire, et de là aussi tout partait.
Épolaenieiit de la France et de l'Espagne. — Maintenant, QOUS pouvons voir au jeu les grands politiques avec leurs superbes machines de profonde diplomatie, l'immen* site des efi'orts et le néant des résultats. Dès l'abord, en 1548, nous indiquons le but où vont ces fous, par un circuit immense d'intrigues, de dépenses et de guerres, en douze années, vers 1560.
L'Espagne alors apparaîtra ruinée. À Granvelle éperdu qui lui expose l'épuisement des Pays-Bas, Philippe II communiquera en confidence son budget espagnol, en d^/{cit de neuf millions sur dix!
Et la France, qui n'a pas les Indes, à plus forte raison est ruiuée. Les Guises, maîtres de tout en 1560, et vrais rois^ seraient morts de faim dans leur royauté, sans une razzia à ia turque sur leur propre parti, sur Tévéque et le clergé de Paris, qu'ils frappent d'un emprunt forcé avec contrain** te par corps.
Dès la première année du règne d'Henri II, en 1547, on voyait parfaitement où on allait. Le déficit annuel était déjà d'un demi -million, et dès qu'on augmenta Timpôt, il y eut révolte. On ne vécut plus que d'expédients.
Le moindre bon sens indiquait qu'il n'y avait que deux choses à faire :
L'une, vraiment sensée, tendre la main à la nation militaire qui prêtait des soldats à toute l'Europe, à l'Allemagne, l'aider à défendre la liberté religieuse contre les Espagnols. En quoi faisant, du même coup on s'assurait l'Angleterre, où montait le flot du protestantisme.
L'autre parti, humiliant, triste et bas, mais possible pourtant, c'était de marcher avec l' Espagne et dans son mouvement. C'était la secrète pensée de Montmorency.
Mais cet homme, sous forme rude, hautaine, était le coutisan des courtisans. La folie étant en faveur, il suivit le parti des fous.
Politique des Guises. — Ce troisième parti, celui des Guises et de Diane, parti non espagnol, et pourtant catholique, voulait faire la guerre au roi catholique et combattre son propre principe.
Ce qui les rendait forts, prépondérants dans le conseil, c'est qu'ils tenaient l'Ecosse par leur sœur, et se chargeaient de faire une Ecosse française, de mettre en France la royauté d'Ecosse en livrant au roi leur nièce, la petite Marie Stuart, qu'épouserait le Dauphin. Et l'enfant, en effet, nous fut livrée en 1548.
Gharles-Qulnty vainqueur des protestants d'Ailems-
gneetminè. — Comment s'entendre avec T Allemagne, avec les grands ennemis de l'Empereur, les luthériens? Condamnée aux démarches les plus contradictoires, papiste pour l'Ecosse et pour le roman d'Italie, et d'autre part défenseur hypocrite des libertés de l'Allemagne, la France allait apparaître à l'Europe comme un Janus à qui ne se