HENRI H. — LES GUISES. U
Picardie et bientôt de Tlle de France, neveu favorisé du toutpuissant ministre Jetait dans une affaire désespérée d'avance une fortune toute faite, croissante encore et sans limites, que tout autre aurait ménagée.
Il n'y a jamais eu de vertu plus rare, de caractère plus fameux, plus suivi, jamais démenti.
Son dur métier d'instructeur et créateur de l'infanterie, son rôle d'inflexible justicier, pour dompter le soldat et protéger le peuple, son effort pour rester lui-même, ferme et pur, au foyer des intrigues, donna à cette haute vertu, une ombre d'être amère et chagrine. Vivante censure de ses contemporains, il opposa à la fortune un fier mépris et le reproche de son triste et hautain regard.
Tout le monde fuyait de Saint-Quentin. Et fort peu voulaient y aller. De ceux qu'y menait Coligny, bon nombre le laissèrent en route. La chance d'ètresecouru était minime, la défense ne pouvant être que très courte, les Espagnols étant arrivés très forts. Montmorency faible, éloigné, éperdu, ahuri dans les préparatifs.
Dans le récit très fier qu'il a laissé de son malheur, Coligny constate qu'à Saint-Quentin il n'eut en arrivant que vingt-cinq arquebuses, que le boulevard était sans parapet, le fossé commandé par des maisons où se logeaient les Espagnols, le rempart nul, c et le dehors plus haut que le dedans. > On pouvait faire brèche en une heure. Deux ouvertures étaient bouchées avec des claies d'osier, des balles de laine. De vieilles poudres, qui pourtant éclatèrent, tuè* rent beaucoup d'hommes et ouvrirent une brèche à passer trois chariots, Coligny s'y mit lui septième^ et un moment fut seul, ou à peu près, pour défendre sa ville. Tout le monde y était si découragé, que, d'une foule de paysans réfugiés, personne ne travaillait. Il fut contraint de dire <iu'il ferait pendre ceux qui ne voulaient pas se défendre. Par deux fois, son frère Dandelot hasarda tout pour entrer
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dans la ville à travers les marais. Il y parvint, mais avec peu de monde.
Défaite de Saiiii-Qv«B<in. — Hontmorency enfin, le
10 août, arriva pour le dégager.
Il se mit à canonner Tennemi, l'obligea à se concentrer.
11 triomphait. On lui disait en vain qu'il pouvait être enveloppé.
Serré de toutes parts par des forces bien supérieures, il fut pris, lui et tout, sauf quatre mille hommes tués et un corps qui se dégagea. Que pouvait Coligny?Il eut beau s'obstiner avec son frère. Eux seuls voulaient se battre. L'amiral n'avait que trois hommes avec lui sur la brèche quand un Espagnol lui rendit le service de le prendre et le sauva des Allemands, qui ne faisaient aucun quartier.
Nul n'arrêta les Espagnols que Philippe II lui-même. Ce jeune roi eut peur de trop vaincre, accourut et arrêta tout. Il ne voulait point faire un pas avant d'avoir bien assuré sa route ; il se mit à fortifier nos villes picardes, comme s'il les eût prises à jamais. Sa prudence fit notre salut.
Gvise prend Calais (1558). — Cependant Guise arrive. On le fait lieutenant-général du royaume. On lui dit d'attaquer Calais. C'était depuis longtemps l'avis de Coligny. Notre bravé italien Strozzi avait fait plus que de conseiller: avec un habile ingénieur de son pays, il s'était hasardé d'entrer déguisé dans la place, et il répondait de la prendre. Guise hésita, pensant que c'était un piège de ses ennemis. Mais le roi ordonna et dit qu'il s'y rendrait luimême, ce que refusa Guise obstinément. S'il assiégeait Calais, il voulait en avoir l'honneur.
Le 1*' janvier 1558, une marche rapide, habilement dérobée à l'ennemi, nous mit devant la ville. Il n'y avait que huit cents hommes, ni vivres, ni munitions. La seule entrée par terre, le pont de Nieullay, fut emportée d'emblée ^lar uos arquebusiers français. Mais, du côté de la mer,