HENRI II. ~ LES GUISES. U
un auxiliaire, sur qui Guise ne comptait pas, lui était arrivé. Le frère de Coligny, colonel général de l'infanterie, n'avait pas perdu un moment; échappé de prison, il accourt au galop, met pied à terre, emporte Risbank, l'entrée du port (2 janvier). Le 4, la brèche était ouverte; le 5, la vieille citadelle emportée. Lord Wentworth, gouverneur, étonné de cette furie et sans moyen de défense, capitule le 8 janvier. Nous reprenons Calais, perdu depuis deux cent dix ans.
Le éme François de Goise. — Au retour de Calais, Guise n'était plus le même. C'était un grand chef de parti. Sa fortune eut deux ailes : d'une part, l'engouement populaire, del'autre, la passion calculée d'un parti en péril, qui avait besoin d'un messie. Il avait la France, il avait l'Église. Sa subite grandeur faisait ombre à la royauté. Montmorency avait hâte de rentrer, et Philippe II de le renvoyer ; il ne souffrit pas qu'il payât sa grosse rançon de connétable, lui iil grâce, dit-on, de deux cent mille écus.
Hais les Guises non moins voulaient traiter. Le cardinal, d'accord avec Granvelle, sentait que les deux monarchies n'avaient d'ennemis que le protestantisme. Un rôle immense allait s'ouvrir en France au cardinal inquisiteur, au duc, chef populaire, épée des catholiques.
Philippe II devait épouser la fille du roi de France. Et celui-ci épousait l'Inquisition, désormais établie en France aux Pays-Bas, partout. Cet article secret fut révélé à Guillaume d'Orange, l'un des ambassadeurs d'Espagne. Par qui? Par Henri même, qui le croyait instruit. Le Taciturne écouta, ne témoigna aucun étonnement, mais se le tint pour dit, et des lors prit ses mesures. Il le déclare dans son Âpo- Iniîie.
niorl de Marl^la «anglaiite, relue d'Angleterre ;avè-
■ement d'Éiisabetii. — Vaincue par les martyrs, Mariela sanglante se sentait impuissante et comme submergée dans
150 ABRÉGÉ D^mSTOlRE DE FRANGE.
la grande marée montante du protestantisme vainqueur. Elle reçut encore cet horrible coup de Calais, honte nationale que l'Angleterre lui mit comme une pierre sur le cœur. Elle n'y survécut guère, et mourut conspuée du peuple, laissant le trône à celle qu'elle haïssait à mort, la protestante Elisabeth (novembre 1558).
Slarlag^e dn Dauphin avee Marie Staavt ei de Philippe U avee Elisabeth de Vranee. — SouS cesjoyeux aus-
pices, deux mariages allaient avoir lieu ; sur-le-champ, le Dauphin épouse la reine d'Ecosse, Marie Stuart (24 avril), et tout à l'heure le duc d'Âlbe va venir épouser pour son maître notre princesse Elisabeth.
Le mariage écossais, accompli malgré Diane et la reine, fut le sceau du triomphe des Guises. Ils firent écrire par l'épousée que, si elle mourait, elle donnait f Ecosse à Henri II; que, de son vivant même, la France aurait Vusufruit de VÉcosse jusqu'au remboursement de ce qu'elle avait avancé. Enfin elle signa une protestation contre les lois et les constitutions de l'Ecosse qu'elle allait jurer. Trois crimes et trois fautes. A quoi ils ajoutèrent la faute insigne de lui faire prendre les armes d'Angleterre, sûr moyen de lui rendre Elisabeth hostile, implacable et jusqu'à la mort.
Ils voulaient exiger des Écossais, venus pour le mariage, les joyaux et la couronne d'Ecosse. Les ambassadeurs refusèrent, et le malheur voulut qu'ils mourussent peu de jours après.
Le connétable était rentré. Le roi, sur son avis, dit-on, n'était pas loin de renvoyer les Guises.
Mais les Guises étaient un parti ; ils avaient force dans la persécution.
Les deux sections du parlement jugeaient dans un esprit contraire.
Le cardinal de Lorraine dit au roi que le parlement était
HENRI II. — LES GUISES. 15t
en réwhc si le roi en personne ne comprimait le mouvement. Henri, ému et indigné, y vint (le 15 juin), ayant à droite, à gauche, ceux qui disputaient le pouvoir, le con« nétable d'un côté, et de l'autre les Guises.
Les Guises avaient gagné d'avance : ils étaient sûrs qae ces graves personnages, défenseurs de la foi ou défenseurs de la justice, ne changeraient rien devant le roi et porteraient haut leur opinion.
Ségaier, Harlay, dirent que la cour avait bien jugé et continuerait. De Thou, père de l'historien, dit qu'il n'appartenait pas aux gens du roi de toucher aux jugements rendus, et que, pour l'avoir fait, ils méritaient le blâme de la cour. Paul de Foix paraît avoir abondé en ce sens. Des protestants, menacés spécialement, montrèrent un grand courage, Dubourg, parmi des choses hardies, dit celle-ci, naïve et touchante : € Croit-on que ce soit chose légère de condamner des hommes qui, au milieu des flammes, invoquent le nom de Jésus-Christ? >
Latte desCtvIaesetdeslIIoiiiiiiopeiicj. — Le roi éclata,
jura qu'il ferait des exemples. Il donna ordre, non à un chef d'archers, mais (chose inattendue!) au connétable, chef de l'armée, de descendre les gradins et d'empoigner les conseillers. Cette humiliation de Montmorency, du principal ami du roi, avait été sans doute conseillée par les Guises; il leur était utile qu'il parût avec eux, subordonné à leur triomphe, isolé de son neveu Dandelot, et du très suspect Coligny.
Montmorency descend les gradins, cherche, choisit, saisit les hommes désignés, les ramène, les livre au capitaine des gardes. Ils furent jetés à la Bastille.
La Justice est évanouie.
Montmorency eut le prix de sa bassesse. Les Guises ne purent empêcher qu'il n'emmenât le roi chez lui à Kcouen. Mais d'Écouen môme, ils tirèrent une violente lettre
> du roi au parlement, où on lui faisait dire qu'il avait la paix maintenant avec l'Espagne, que Vannée n'avait riea ] à faire, qu il l'emploierait contre les luthériens. |
Varméey c'était le connétable; les Guises, par cet acle , le compromettaient encore plus et le faisaient leur instru- ; ment.
Hovide nenrl II (1559). — Parmi ces sombres circonstances, on voulait régaler, amuser le ducd'Albe et la noble ambassade qui venait épouser Elisabeth au nom de Philippe. Les lices étaient sous la Bastille, et sans doute vues des prisonniers. Le roi, selon l'usage, fut au tournoi le premier des tenants, brilla tant qu'il voulut, et tout était fini, quand il lui vint la fantaisie de briser encore une lance contre ce capitaine des gardes qui mit Dubourg à la Bastille. C'était un homme jeune et fort, Montgommery.il refusait, mais le roi insista. Un accident, très rare dans ces combats inofîensifs, arriva : un éclat de bois arracha la visière de son casque, et lui entra dans la cervelle.
Voilà la joie changée en deuil. La mariée, en noir, est épousée la nuit à Saint-Paul par le duc d'Albe : la sœur du roi au duc de Savoie, dans la chapelle des Tournelles, à deux pas de Tagonisant.
FRANÇOIS II. — LA CONJURATION D'AMBOISE. — CONDÉ; LA RE- NACDIE. — ASSEMBLÉE DE FONTAINEBLEAU. — ÉTATS D*OR- LÊANS. — MORT DU ROI.
Fniiiçoi«ii(1559-1560).— G'étaitlecérémonialdeFrance qu'une reine veuve restât quarante jours enfermée sans voir soleil ni lune. Mais la situation ne le permettait guère. Lareine mère et lajeune reine, avec les Guises, menèrent le petit roi au Louvre, s'y cantonnèrent. La cour et ce qui subsistait du vieux château en faisaient encore un lieu fort, à Tabri d'une surprise. Montmorency resta, cloué par son defoir de grand maître, aux Tournelles pour tenir compagnie au mort, pendant qu'au Louvre on réglait tout sans lui.
La solitude y était extrême. En trois ou quatre jours chacun prit son parti. Les Guises étaient réduits à quelques gentilshommes; leur armée ecclésiastique populaire et populacière était partout, nulle part ; elle ne se groupait pas encore.
Montmorency, brouillé avec la reine mère, ne pouvait s'appuyer que sur les princes du sang (Navarre, Condé). Il leur fait dire de venir en toute hâte. Puis, se voyant si fort elsi accompagné, il laisse le cercueil, marche aux vivants, aux Guises, veut les faire compter avec lui. À travers tout Paris, une file interminable de gentilshommes montrait de son côté toute la noblesse de France. Sa famille imposante
l'environnait, ses fils à l'âge d'homme, et, dans les grandes charges, ses neveux, l'amiral Coligny, le cardinal Odet de Châ(illon,Dandelot, colonel général de l'infanterie. Superbe trinité d'une élite morale, où la diversité produisait l'harmonie ; l'aîné, le bon Odet, aimé de tous, l'ami de tous les gens de lettres et l'homme même de la Renaissance; Dandelot, le plus jeune, loyal, bouillant soldat, plein de cœur et de conscience; ils entouraient avec respect la figure triste et grave, sombrement résignée du héros, du futur martyr.
Le petit roi malade, assis entre les femmes, la Florentine et l'Écossaise, soufllé par elles, dit très bien sa leçon. 11 remercia le connétable avec bonté, et quand il lui remit le sceau, le prit et le garda, reconnaissant de ses services et voulant soulager son âge, bref, le chassant avec honneur.
La reine mère, qui avait besoin des Guises contre le roi de Navarre, premier prince du sang et tuteur naturel, se montra vive contre le connétable.
Pendant qu'elle flattait ainsi les Guises, elle recevait contre eux des lettres secrètes des protestants, à qui elle laissait croire qu'elle était touchée de leur sort, point ennemie de leurs doctrines.
Maîtres de tout, les Guises n'étaient que plus embarrassés. Leur guerre sous Henri II avait mené la France à bout. Le plus liquide de la succession était quarante-deux millonsde dettes. Somme énorme 1 Nul moyen de créer des ressources. Les États, si on les assemble, commenceront par chasser les Guises. Le cardinal de Lorraine n'y sut d'autre remède que de ne plus payer les troupes, de désarmer. Dès Ior8 on devenait bien faible, humble, devant l'Espagne, et, au dedans, en grand péril avec tant d'éléments de troubles. Quant aux créanciers importuns et aux solliciteurs 'le cardinal sut s'en débarrasser. Il afficha aux portes de Fontainebleau : « Tout demandeur sera pendu. >
Benri de iVavarre. — Le pius dépendant de l'Espagne
était Henri de Vendôme, roi de Navarre. Sa femme, Jeanne d'Albret, une sainte du parti protestant, fortifiait sa position de premier prince du sang parlafîiveur, les vœux d'un grand parti prêt aux plus extrêmes sacrifices.
Mais ce prudent Henri joua un jeu double, faisant bonne mine aux protestants d'une part, de l'autre négociant à Madrid.
Point de roman, de rêve, dont on n'ait amusé cethomme crédule. Au moment où Montmorency l'appelait à venir en hâte prendre la direction des affaires, lui, il regardait l'Espagne, implorait Philippe II.
PhUippe II. — Les Guises, sans argent, font écrire par la reine mère à Madrid une letlre touchante et maternelle, où elle prie son bon gendre, Philippe II, d'aider et d'appuyer le jeune âge de son fils.
Leur violence étourdie les avait perdus en Ecosse. Malgré leur sœur, la reine douairière, qui connaissait mieux le péril, ils avaient entrepris de faire en ce royaume une raz* zia des protestants et le séquestre de leurs biens.
Les Guises, d'autre part, étaient appelés en Angleterre; les catholiques anglais leur offraient Tile de Wight. Qui les arrêta? qui garda Elisabeth et lui permit d'assurer en Ecosse la victoire du protestantisme? On en sera surpris, ce fut le roi d'Espagne qui défendit aux Guises d'accepter.
L'Espagne faisait la terreur de l'Europe. On se fût rassuré, si l'on eût su l'état réel de Philippe n : V argent man^ quait.
Cette misère datait de loin. Déjà, en 1556, Charles- Quint, ayant abdiqué^ resta des mois aux Pays-Bas, sans pouvoir passer en Espagne, faute d'argent.
Entre autres détails importants, on voit que Tarmée se débandait, qu'elle eût laissé les garnisons frontières s'il n'était venu un peu d'argent des Indes, qu'on devait deux ans de solde, que les soldats espagnols pourraient bien seven-'
dre à la France; même la maison du roi ne touche rien.
Toute la ressource que voit Philippe II pour le moment, c'est de vendre ce qu*il a dans les mains, des indul^^ences papales; il propose à Granvelle de publier un jubilé.
Le ministre répond avec bon sens que les Flamands, qui viennent d'avoir un jubilé gratis, se garderont bien de payer ce que le roi voudrait vendre.
Contre la France divisée, contre TAngleterre agitée, l'Espagne avait la force de la grande attitude.
Le jeune roi aussi, vivant renfermé, appliqué, toujours sur ses papiers, mystérieux dans sa vie privée, correspondait à ridée sombre qu'on se faisait d'un monarque espagnol. Personne ne savait combien sa nature étroite, dure, et cruelle, allait se pervertir dans son épouvantable rôle.
La France présentait un grand contraste avec l'Espagne. Ruinée d'argent, il est vrai, elle surabondait de force.
Le duc d'Albe pense lui-ménie qu'à ce moment elle était très redoutable.
Les Guises, appuyés en France par Philippe II et ses rivaux en Angleterre, comme chefs du parti catholique, avaient double sujet d'imiter l'Espagne, dans ses furies contre les hérétiques, de la surpasser, s'ils pouvaient.
Comment allait s'organiser la machine des persécutions? . Les princes d'Allemagne en vain étaient intervenus, spécialement en faveur de Dubourg, qui était encore à la Bastille. Ordre vint de l'expédier. Tout appel épuisé, ses parents, à force d'argent, lui avaient ménagé l'appel au pape. Il refusa, et se laissa brûler.
La protection publique cessant, le gouvernement s'afficbant comme gouvernement d'un parti, chacun était tenté de se proléger soi-même. '
€ondé, la Renandic, la conjaratlott d'AmbolM.
(i560.) — Une réaction était infaillible. Quels en seraient les chefs ? Navarre ? Condé ? l'amiral ou Montmorency ?
Gondé, moins dépendant que son frère de TEspagne, était chef oalurel de la révolution. Des hommes intrépides, dirent qu'on ferait tout pour lui, qu'on enlèverait les Guises, qu'on lui mettrait en main le roi et le royaume.
L'homme qui se faisait fort ainsi de transférer la France était un gentilhomme du Périgord, le sire de la Renaudie.
11 était passé en Suisse, avait vu les réfugiés à Lausanne, à Genève , mis son épée aventurière à la disposition des saints. La difficulté était de leur faire croire qu'il n'y avait pas de révolte en tout cela. Les vrais révoltés, au contraire, disait-il, les usurpateurs, c'étaient les Guises, qui tenaient le roi prisonnier. Nul droit plus évident pour un peuple que d'aller porter à son roi ses doléances. La France pacifiquement, mais tout entière, devait se diriger vers Blois. Seulement, comme on pouvait prévoir que les Guises fermeraient la porte, il n'était pas inutile d'avoir quelques centaines d'épées de gentilshommes qui se chargeassent de l'ouvrir.
Un petit nombre de nobles, venus de toutes les provinces, se rallièrent à lui à Nantes et s'engagèrent pour eux et leurs amis. Voilà ce qu'on appelle conjuration d'Amboise ou conjuration de la Renaudie. L'équivoque de la Renaudie ne trompait que ceux qui voulaient l'être. On devinait parfaitement qu'un homme comme le duc de Guise ne serait pas aisément enlevé, qu'il y aurait un rude combat. Et l'on sentait aussi. qu'aller en armes arracher au roi ses premiers serviteurs, ses oncles (par sa femme), le délivrer des Guises pour l'assujettir à Condé, ce n'était pas précisément un acte d'obéissance.
Beaucoup de Français s'abstinrent de môme par loyauté et fidélité monarchique. Ils auraient cru entacher leur honneur. Au moment où le roi d'Espagne venait de s'engager à protéger le petit roi, une telle prise d'armes pouvait donner prétexte à l'invasion espagnole.
f58 ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.
Cette génération, élevée dans la plus profonde antipathie pour Tanabaptisme, avait d'autant plus d'éloignemenl pour toute résistance armée. Il fallut des circonstances inouîes,les plus cruellement provocantes, pour Tamener à la guerre civile. La grande foule partit sans armes, innocente et confiante, de toutes les provinces, croyant uniquement appuyer une remontrance sur le gouvernement des Lorrains et l'usurpation étrangère, en faveur des princes du sang, du droit national, de Taulorité légitime. Toutes les routes se couvrirent de gens qui marchaient vers la Loire, sans être affiliés à la conjuration, probablement sans savoir même le nom parfaitement obscur de la Renaudie.
Ce qu'il y avait de considérable parmi les nobles délaissait les Guises et la cour dans une grande solitude, et s'était tout d'abord groupé autour des Montmorency et des Châlillon. Toute la crainte des Guises, qui furent de très bonne heure avertis du mouvement, c'était que les trois Chàtillon, Tamiral Coligny, le cardinal Odet etDandelot, n'en prissent la conduite.
La Renaudie était venu à Paris, il logeait au faubourg Saint-Germain, dans la maison garnie que tenait un certain avocat Aveneltes. Cet homme s'efTraya et dit tout à Millet, secrétaire du duc de Guise. Millet leur mena Avenelies.
Ils virent que la chose était sérieuse et se jetèrent, avec le roi, au fort château d'Amboise.
Là, ni troupes ni munitions dans le château.
Si la Renaudie eût agi seul et fût venu d'une seule course avec deux ou trois cents chevaux, il aurait eu la ville sans coup férir, et le château, sans vivres ni poudre, eût été obligé de traiter au bout de deux jours.
Mais l'assemblée de Nantes, peu confiante pour la Renaudie, lui avait donné un conseil de six personnes qui robligèrcnt d'agir avec prudence, autrement dit, de manquer tout.
Les Guises étaient perdus sans l'incroyable chance qu'ils eurent de voir leurs ennemis, les Châtillon, Gondé, se tneltre dans Amboise avec eux, déconcerter l'attaque, paraissant être pour les Guises, et, par leur seule présence, manifestant la discorde morale et l'impuissance de la révolution.
Les Guises n'hésitèrent pas à appeler Coligny.
Ils loi firent écrire par la reine mère que nos troupes étaient assiégées en Ecosse, qu'il Tallait aller à leur secours, forcer le passage à travers les vaisseaux anglais, que le roi voulait s'entendre avec eux. A l'instant même tes trois frères arrivèrent, Coligny, Dandelot, Odet le cardinal. Ils ne virent que la France et ils sauvèrent leurs ennemis.
La présence du cardinal de Chàtilion, inutile pour la question de guerre, indique assez que les trois frères espéraient profiter de cette crise pour la cause de la liberté religieuse.
Condé venait lentement entre Orléans et Blois.
Le prince perd la tète ; il sent le ridicule de sa situation : et, pour se montrer brave, il va se jeter dans Amboise.
Les Guises, surpris de leur bonne fortune, traitent cet étourdi avec le mépris qu'il mérite. Ils sentent que, par lui, ils seront vainqueurs sans combat.
IHovtde la Benandle (16 mars.) — Supplices des pro-
testeate. — La Renaudie fut tué, peu après, dans une obscure rencontre. Mais les Guises purent voir que sa mort ne finissait rien. Ces hommes obstinés, intrépides^ arrivaient toujours et toujours pour se faire tuer.
Amenés, ils ne paraissaient pas dans une humble attitude de captifs, mais parlaient franchement, tout haut et menaçants, disant sans détour qu'ils venaient uniquement pour chasser les Guises. On pouvait les tuer, non leur ôter leur espoir, tant ils étaient sûrs de leur cause et de la justice de Dieu.
En Berry, en Guyenne, des soulèvements commençaient. En Provence, trois mille hommes armés forçaient la ville d*Âix pour délivrer un prisonnier. Dans le Dauphiné même dont Guise était le gouverneur, les protestants s'inquiétèrent si peu de Téchec de la Renaudie, qu'ils prirent ce moment même pour occuper une église de moines, en faire un temple. Le danger était plus grand à Rouen, où Tanabaptisme se prêchait hardiment aux grandes foules d*ouvriers, bravant également et les catholiques impuissants et les protestants dépassés.
Le cardinal était dans le paroxysme féroce d'un poltron rassuré qui se venge de sa peur ; Guise, dans la sauvage fureur d'un homme qui s'est cru adoré, et qui se voit maudit. Il avait soif de sang.
Sans parler de potences, et des tètes fichées, des cadavres exposés au marché, dont on souffrait la puanteur, on noyait dans la Loire, on tuait dans les bois, on tuait dans le château.
L'Hôpital eluuieeller . — Formation d'as tiem-partl.
— Le 31 mars et le 12 avril, les Guises firent faire au nom du roi deux apologies de l'affaire d'Âmboise, l'une envoyée au Parlement, l'autre au roi de Navarre. Ils réduisirent les tailles, et créèrent chancelier de France un homme connu pour modéré, l'Hôpital, chancelier de la sœur d'Henri II, Âfadeleine, récemment mariée au catholique duc de Savoie, mais qui tenait à Nice sa cour dans un tout autre esprit.
Changement subit, inouï, incroyable ! Disons mieux, défaillance étrange des Guises. Le cœur manqua, ce semble, au cardinal de Lorraine ; la girouette tourna ; la Yiolencc fit place à la peur.
Non sans cause. Dans les murs mêmes d'Amboise, et parmi les supplices, contre les Guises venait de se former ie tiers parti.
Observons-en bien la naissance. Ceux qui, par devoir ou
FRANÇOIS II. i«l
hasard, se trouvèrent au fatal château dans ce moment d'horreur, les Châlillon spécialement, en désapprouvant la révoUe, cherchèrent inquiètement par où l'on contiendrait les Guises.
Le jeune roi, âgé de dix-sept ans, nerveux et maladif, avait été d'abord fort ému de TalTreux spectacle. Il en avait plearé, disant toujours : € Hélas! qu'ai-je donc fait à mon peuple ?» — Puis, entendant les condamnés n'accuser jamais que les Guises, il en avait fait la remarque, comprenant très bien que l'entreprise n'était nullement, comme on le lui disait, dirigée contre lui.
Cette faible et pauvre volonté ne s'appartenait pas. Deux femmes se la disputaient, sa mère, sa jeune épouse. De quel côlé pencherait-il ? Celte grande question, décisive pour la France, était toute dans la chambre à coucher. Jeune et malade, il avait bien ses faiblesses natives pour sa mère et nourrice. Mais qu'était toutcelacontreunmotdeHarieStuart?
La situation de Catherine lui faisait regretter d'avoir, pour plaire aux Guises, reçu durement Montmorency. — D'autre part, les Châtillon, ses neveux, ne pouvaient avoir prise sur le jeûne roi contre sa femme qu'au moyen de sa mère. Ils s'adressèrent à Catherine, exprimèrent le désir qu'elle prévalût près de son fils.
Montmorency, les Châtillon, pensèrent sans doute qu'après tout cette Italienne, infiniment prudente et modérée sans amis ni parti, serait heureuse de s'appuyer sur eux, de se régler par leurs conseils.
L'ambassadeur d'Espagne (qu'on croyait dirigé par les avis du connétable) offrit les secours de son maître, mais à qui? non aux Guises. Loin de là, il dit qu'on ferait bien de les écarter pour un temps.
Blessés ainsi au sein de leur victoire, ils étaient fort embarrassés de Condé. Ils ne pouvaient guère l'élargir qu'en lui faisant excuse. On n'avait rien trouvé dans ses papiers.
II était en mesure de les menacer à son tour. Lui-même avait besoin d'une bravade pour se relever , il risqua un outrage aux Guises. Condé, dans le conseil, déclara qae ses ennemis qui le prétendaient chef de la conjuration avaient menti, qu'il était prêt à mettre bas son rang de prince, pour, les haussant à son niveau, les combattre, leur faire avouer qu'ils étaient poltrons et canailles. Cela dit, il sortit les ayant, d'un mot, dégradés.
Ce mot leur fut amer. Ce nom de princes, fort longtemps disputé, laborieusement établi, mais si justement contesté à des bourreaux couverts de sang, ils le revendiquèrent bien vite, Guise se leva, et dit que, comme parent^ du prince, s'il y avait combit, il avait droit d' être son second.
Assemblée des Notables A Fontalneblean (1560). —
Cependant Condé, de retour près de son frère, l'avait ramené au connétable', aux Chàtillon. Tous ensemble exigèrent les États Généraux. Les Guises n'osèrent s'y opposer. Montmorency vint seul, mais avec ses neveux et une armée de gentilshommes. (Fontainebleau, 21 août.)
Les deux partis obtinrent ce qu'ils voulaient. Coligny dit que, sur l'ordre de la reine mère, il avait vu la Normandie, et qu'il en rapportait une adresse des réformés pour obtenir la tolérance. « Par qui signée? dit-on. — Par cinquante mille hommes de Normandie, si vous voulez demain.» On disputa, mais on promit la tolérance provisoire, et les États Généraux , qu'exigeait aussi Coligny.
Le roi de Navarre et le prince de Condé croyaient de leur honneur de venir à ces États qu'ils avaient demandés. Us avaient manqué rassemblée de Fontainebleau ; pouvaient-ils manquer celle-ci ? La seule question était de savoir s'ils y viendraient en armes. Leurs femmes, ardentes protestantes, la reine Jeanne d'Âlbret et la princesse de Condé, les priaient, conjuraient de se laisser accompagner. Dans tout le Midi et l'Ouest, une grande cavalerie proteslanle s'était levée d'elle-même, d'elle-même réunie à Li-
FRANÇOIS il. 163
moges; elle brûlait d'aller parler aux Guises et de les voir de près.
Du moment que les princes eurent renvoyé la formidable escorte qui eût voulu les suivre, les caresses, les honneurs, dont les amis des Guises les entouraient, cessèrent. Personne ue vint plus à leur rencontre. La route fut morne et solitaire. Mais il n'y avait plus à reculer ; ils avançaient toujours vers l'abattoir.
Étais d'Orléans. — ArrealaiiondeCondé(1560). — Les
Guises avaient concentré toute une armée dans Orléans, infanterie, cavalerie et canons, les vieilles bandes surtout, endurcies et féroces, qui avaient fait les guerres sans quartier d'Ecosse et d'Italie.
Nos étourdis, entrés dans Orléans, passèrent entre deux files de ces soldats des Guises, qui riaient d'eux et s'apprêtaient à rire davantage à l'exécution •
Admis par le guichet, ils montent, trouvent Catherine en larmes, le pâle petit roi qui joue son rôle de colère, et les arrête. Navarre reste au logis du roi sans savoir s'il est libre, mais entouré et observé. Condé, qu'on craignait plus, est jeté dans une maison à fenêtres grillées, qu'on change tout à coup en tombeau, l'entourant en deux jours d'un fort de briques, avec triple rang de canons qui montrent la gueule à trois rues.
Navarre, eût abjuré de grand cœur, se fût fait cfitholique ou turc; il n'était pas aisé de le tuer. Pour Condé, une commission du Parlement devait l'expédier, sa mort déjà filée au 26 novembre, et les bourreaux mandés.
Une seule chose eût pu retarder, c'est qu'on attendait CoUgny. Il s'était mis en route, voulant, disait-il, confesser sa foi, mourir s'il le fallait, avec le prince de Condé.
La mort au nom d'un mort. François II arrivait à la solution prévue. Les Guises eux-mêmes, qui avaient tant d Hitérél à sa vie, disaient qu'il faudrait bientôt changer de
dynaslie. François avait seize ans et dix mois. Sa belle épouse en avait près de vingt.
Dès longtemps, François II avait la fièvre. Le 16 novembre, il tâcha encore de faire le gaillard et alla à la chasse. Il revint avec une grande douleur à la tète ; un abcès s'était déclaré; un flux d'oreille survint, puis la gorge parut gangrenée.
Le roi mourait, mais les Guises avaient une armée dans les mains. Ils tentent d'intimider, gagner la reine mère; ils lui offrent la régence et tout, pour qu'elle couvre de son nom les deux meurtres dont ils ont besoin.
Hort de François II (5 décembre 1560). — La reine se garda bien de refuser, mais demanda à se consulter un peu, espérant que son fils mourrait et qu'elle serait régente sans eux. L'Hôpital, créé par les Guises, vint la conseiller, mais contre eux. Cependant François expirait (5 déc. 1560), et le pouvoir des Guises aussi. Ils avaient tout à craindre. Le tuteur naturel du jeune iroi, âgé de dix ans, allait être le roi de Navarre, à qui ils voulaient couper la tète.. Si la France le saluait régent, que leur serviraient Orléans et leur petite armée ?
Les Guises désespérés voient les tètes des princes leur échapper et pourtant n'osent accomplir l'assassinat. Chose qui peint ces héros de la ruse, ils avaient fait signer du conseil l'ordre d'arrestation, et eux-mêmes n'avaient pas signé.
Catherine leur fut très utile pour attraper ce pauvre prince.
Elle lui fit accroire qu'il était encore en péril, lui fit promettre qu'il serait leur ami, qu'il leur laisserait leurs charges, et qu'il refuserait la régence pour la laisser à Catherine.
Et que lui donnait-on à cette dupe?
Pampelune et la Navarre, dont on allait bientôt obtenir pour lui la restitution de Philippe II.
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CHARLES IX. — MASSACRES DE YASSY ET DE SENS. — GUERRES DE RELIGION. — BATAILLE DE DREUX. — ASSASSINAT DE FRANÇOIS DE GUISE. — BATAILLE DE SAINT-DENIS*, MORT DE MONTMORENCY. — BATAILLE DE JARNAC; MORT DE CONDÉ.