‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 25 sur 108 · MARIAGE DE CHARLES IX · texte numérisé non relu

MARIAGE DE CHARLES IX

€harle« IX (1560-1574). Le connétable, qui faisait le malade à Étampes, arriva au galop le lendemain de la mort du roi, et, rencontrant aux portes d'Orléans la nouvelle garde créée par les Guises : « Que faites-vous là? dit-il. Le roi est gardé par son peuple. » Et il les licencia, de son droit de connétable de France.

Sans nul doute il était en force. Les Châtillon venaient derrière. Mais toutes choses étaient arrangées. Guise gar* dait le roi, comme grand maître, et les clefs du palais ; son frère le cardinal, les finances, Targent, c'est dire à peu près tout.

Ces maîtres de la France, avec toutes leurs armes de terreur, avaient travaillé les élections, croyant surtout fermer la porte aux protestants. Ceux-ci n'en arrivent pas moins en bon nombre aux Étals, et la plupart des autres députés soDl des protestants politiques.

Réformes proposées par les Étais généraux. - — On

s'était figuré que les trois ordres, fondant leurs cahiers et

i6fi ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.

se réunissant, choisiraient un seul orateur, le cardinal de Lorraine. Il fut respectueusement, mais positivement écarté.

La noblesse était si divisée, qu'elle ne put s'entendre et présenta quatre cahiers.

Le clergé et le Tiers restèrent en face, en deux armées compactes, l'armée des grasy l'armée des maigres.

La demande du Tiers fut que désormais le clergé, selon sa vraie institution, fût par le peuple et pour le peuple, élu par lui, le servant de ses biens pour les pauvres et les enfants, pour les hospices et les écoles. Plus de persécutions.

L^économie dans les finances. Tous les cinq ans les États Généraux.

Un déficit énorme apparaissait. Ou trouver tant d'argent dans les remèdes proposés? L'Hôpital n'osait pas parler des monstres de richesse chez qui l'on eût trouvé les vols. Il demandait aux pauvres. Il proposait une augmentation de la taille, des droits sur le sel et le vin.

On convint que, le 1" mai, chacun des treize gouvernements enverrait un député noble et un du Tiers pour apporter la réponse.

Les Guises, les tyrans, les voleurs, avaient eu une belle peur devant la France, mais désormais, il étaient quittes, sûrs d'escamoter les réformes.

Les choses en étaient venues au moment où Montmorency devait se déclarer décidément pour le clergé et pour les Guises, ou décidément contre.

Houvemeiiii contre les proiestanto. — Le 6 avril 1561,

jour de Pâques, Montmorency, Guise et Saint-André, communièrent dans la basse chapelle de Saturnin à Fontainebleau, pendant que, près de là, dans une autre chapelle, priaient les protestants qu'on voulait égorger*

Le 23 avril, Tévéque du Mans écrit pour excuser un tout pclit massacre. On apprend qu'à Beauvai? un fnouvement

plus grave encore se fait contre Tévéquey le frère de Coli-

Paris ne peut être en arrière.

Aux derniers jours d'avril, les bandes sales de l'Uni versité, le peuple souverain des cuistres, dans sa force et sa dignité, s'achemine vers le Pré*aux-CIercs.Il y avait sur le Pré même l'hôtel du sire de Longjumeau, qui avait ouvert sa porte aux protestants et protégé leurs assemblées.

En deux minutes, les carreaux sont cassés à coups de pierre par la jeunesse. Les hommes forts arrivent jalors avec leurs bûches, enfoncent la grande porte, rencontrent le portier, le tuent. Ils en auraient tué d*autres s'ils n'eussent rencontré au museau les pointes piquantes des épées. Une panique les prend par derrière, les voilà qui détalent.

Comment le Parlement eût-il puni l'émeute ? Lui-même en faisait une contre le chef de la justice. Le chancelier, ayant adressé aux petits tribunaux l'édit de tolérance (si souvent repoussé du Parlement), le Parlement lui lance un ajournement personnel. Le prévôt de Paris a l'impudence de défendre de publier l'édit du roi.

Quelle fut la punition de cet acte étonnant? aucune. Ce fut le Parlement qui se plaignit encore, et sa furieuse plainte, qui montrait la sédition aux portes, était faite poar la déchaîner.

Datons d'ici l'ère véritable des guerres civiles.

Mviflioiui de 1» AobieMe. — La uoblesse était divisée : pour la bonne mpitié, mécontente ; pour un quart, protestanle, mais ce quarts protestant, très vaillant et très aguerri, était le plus ardemment fanatique, prêt à donner sa vie.

Du premier jour, les Guises virent qu'ils n'avaient de salut que Philippe IL

Le parti catholique, ayant derrière lui et pour lui cette ombre menaçante, ce monstre, la puissance espagnole, se trouvait maîtresse du terrain*

Amcmbléc du elergé à Polwy. — Toute la penséc du

chancelier el de la reine, était d'agir sur les finances, de faire composer le clergé.

Il fut convoqué à Poissy, où il forma une sorte de concile, tandis que, conformément au plan bizarre adopté aux derniers États, treize députés nobles des treize gouvernements furent appelés à Pontoise, et treize aussi du Tiers État. Le célèbre discours du magistrat d'Autun (l'homme du chancelier) ne proposait pas moins que de prendre tous les biens du clergé, sans, disait-il, qu'il y perdît, puisqu'on lui en payerait la rente. Ces biens vendus auraient donné une énorme plus-value, qui aurait payé la dette publique et libéré l'État.

Plan admirable, mais si peu exécutable alors, que je ne puis le considérer que comme une menace pour amener le clergé où on voulait. Elle produisit une transaction. Le domaine engagé montait à seize millions. Le cardinal de Lorraine les offrit. Et, à ce prix, le roi révoqua Tordre qui obligeait le clergé à déclarer ses biens.

Le cardinal de Châtillon (frère de Coligny) parla pour cet arrangement.

Hancenvres de Philippe II. — Philippe II croyait, bien

à tort, ainsi que la gouvernante des Pays-Bas, que le roi de Navarre était le maître de la situation, et il envoyait un agent obscur, Courteviile, c pour découvrir quels amis Sa Majesté pourrait avoir de son côté, et s'il n'y a personne en France sur qui on pût faire fondement et qui le premier voulût montrer les dents à Vendôme (au roi de Navarre). »

Courteviile déœuvrit les Guises qui surent montrer les dents par le massacre de Yassy.

Courteviile traversa un océan de révoltes, 'et arriva à Saint-Germain, où la petite cour, toujours plus solitaire, étaitcomme cachée. Les protestants avaient une grande alti*

tade. Ils formaient à Bordeaux le cinquième de la populatiou. Ils comptaient parmi eux toutes les familles d'échevins et consuls des villes du Hidi. Â Paris même, ils étaient redoutables.

Affaire de Satnt-HMardl. — On pouvait aisément prédire que le mouvement d'avril allait recommencer, non plus au Pré-aux-Clercs, mais dans les grands faubourgs de la misère, Marceau et Popincourt. C'était là justement que les protestants, encore exclus de la ville, étaient autorisésà s'assembler. Nul prétexte à l'attaque. On s'en passa.

Le 27 décembre était une fête. On monte pour ce jour an grand coup. Les pauvres des faubourgs Saint-Harceau et Saint-Jacques, et jusqu'à Notre-Dame-des-Champs,sont avertis de venir au tocsin.

On prévint sous main les protestants qu'il y aurait un terrible mouvement du peuple, qu'ils couraient ud grand risque.

Is ne reculèrent pas; ils vinrent au complet hommes et femmes; ils étaient douze mille aux Patriarches; les vêpres étaient dites, et l'église de Saint-Médard silencieuse. Rien d'apparent ; on l'aurait crue déserte. Hais à peine le sermon commence, les cloches sonnent à toute volée, on n'entend plus qu'elles. Deux députés protestants sont envoyés pour demander silence. Alors une batterie imprévue se démasque. A toute ouverture du clocher, du plus haut au plus bas, des têtes apparaissent ; flèches et pierres pieuvent comme grêle. Le tocsin sonne, appelle le faubourg et Tarmée des deux abbayes.

Des députés, l'un parvient à entrer, et il est tué. L'autre revient à toutes jambes. Le magistrat espère être plus respecté. Il avance seul vers l'église. La pluie de pierres ne continue pas moins. Il est forcé de revenir.

Les protestants, malgré leur nombre, auraient eu fort à faire s'ils n'avaient eu quelque cavalerie. Ceux qui, venus

■• DE FA. Temps modernes. ii» — 10

de loin, étaient à cheval, faisaient le guet autour de rassemblée. Ils virent bientôt de noires fourmilières des faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques venir à eux, gens de toutes sortes, à qui on faisait croire que Téglise était aa pillage. Us mirent leurs chevaux au gsdop, et, sans qu'ils en vinssent à charger, toute la foule avait disparu.

Cependant les douze mille qui étaient devant Saint- Médard avaient leur homme dans Téglise qu'on ne leur rendait pas et dont ils ignoraient le sort. Ils entreprirent de le reprendre, et enfoncèrent les portes. Gela ne se fit pas assez vite pour qu'ils ne reçussent d'en haut une effroyable grêle dont plusieurs furent blessés. Us entrent pourtant, et ils trouvent leur homme à terre; ce n'est plus qu'un cadavre. L'église pleine de gens armés. Les reliques avaient été retirées et cachées la veille ; les images restaient, les statues, crucifix ; les protestants les mettent en pièces.

Le nombre des blessés protestants est inconnu, mais il y en eut trente ou quarante parmi les catholiques. Le curé et ses gens se réfugièrent dans le clocher, laissant leurs paroissiens devenir ce qu'ils pourraient.

ÉdU de Satnt-cteriiuitii . (1562). — Cependant L'Hôpital avait imaginé d'opposer tous les parlements au parlement de Paris. II avait réuni à Saint-Germain leurs députés, choisis par lui dans les plus modérés, et avait, avec leur concours, fait un nouvel édit (18 janvier 1562) qui, d'une part, rendait aux catholiques les églises envahies par les protestants, d'autre part assurait à ceux-ci le droit, déjà reconnu, de s'assembler hors des villes, Dijon seul etParis résistent.

L'ambassadeur d'Espagne, au nom des libertés publiques, demanda que Coligny quittât Paris, qu'on respectât la désobéissance d'un parlement que les parlements mêmes avaient abandonné. Ce corps, si bien soutenu par l'étranger, céda le 6 mars.

nassaere de Tassy (1562). — Le 12 Octobre, après ie colloque de Poissy, les ministres de Troyes entreprirent de créer une église à Vassy et y envoyèrent l'un d'eux. Les principaux de Vassy l'avertirent qu'il était sur terre des Guises, qu'il y avait grand péril. Le ministre n'en agit pas moins, commençant sa petite église dans la maison d'un drapier; il s'y trouva cent vingt personnes, et le lendemain six cents (dans une viiie de trois mille âmes). Il fallut prêcher en plein air, dans la cour de l'Hôtel- Dieu. Guise, averti par les moines de Vassy, envoya en no*vembre quelques soldats pour aider le prévôt de la ville à étouffer la petite église, et ne réussit à rien.

Le 25 décembre, malgré les avis qui venaient de Vassy, irois mille âmes de la ville et de^ environs y confessèrent leur foi :

Guise, arrivé à Join ville, instruit de ces affaires, envoya ses archers, avec soixante hommes d'armes, l'attendre à Vassy.

Cet homme si calculé eût pourtant ajourné le coup si la situation générale ne l'eût elle-même poussé à donner cours à sa vengeance. Il fallait relever Paris, qui, depuis près de cinq mois, n'entendait plus parler des Guises, les accusait, les croyait morts. Il voulait se montrer en vie, fort et terrible, s'éveiller par un furieux coup de tonnerre qui troublât ses ennemis.

Toutefois, dans l'audace même, il gardait un esprit de ruse. Il emmenait un équipage à lafois de guerre et de paix: d'une part, ses domestiques armés et deux cents arquebusiers pour joindre à ceux qui déjà étaient à Vassy; d'autre part, un prêtre, son frère, le cardinal de Guise, sa femme enceinte, et son fils Henri, un enfant. De cette façon, il pouvait dire : c La chose a été fortuite; autrement, y aurais-je mené ma femme? »

Le duc descendit chez les moines, y dîna, se promena sous la halle, avec leur prieur elle prévôt. On le regardait

de loin ; il semblait fort agité. En6n, il fit dire aux catholiques qui étaient à la messe du couvent de ne passorlir de réglise. 11 ordonna aux siens de marcher vers une grange oùleprêchese faisait. Et lui-même les suivit.

A vingt-cinq pas, on tira aux fenêtres de la grange deux coups d*arquebuse. Ceux qui étaient près de la porte la voulurent fermer, ne purent. Tous entrèrent, l'épée tirée, en criant : « Tue ! tue!... A mort ! »

Trois hommes furent tués tout d'abord, avant l'arrivée de Guise.

Les catholiques soutiennent que es protestants jetèrent des pierres. Guise présent, la tuerie continua à coups d'épée, de coutelas, de poignard. On tira, à coups d'arquebuse, ceux qui étaient de c6té sur les échafauds. Quelques-uns percèrent le toit, échappèrent et sautèrent même dans les fossés de la ville. Plusieurs restèrent sur le toit ; le duc criait : «A bas canailles ! > Un seul de ses domestiques se vantait d'avoir à lui seul abattu six de ces pigeons.

La duchesse, qui attendait hors des portes, entendit pourtant ces horribles cris: elle fit dire à son mari : e: Sauvez du moins les femmes. » Et dès ce moment, en effet, les femmes ne furent plus tuées.

Guise, dès l'heure même se sentit solitaire. Sa feoinne même et son frère ne l'approuvaient pas. Son avocat, le connétable le mena au Parlement, deux magistrats, Harlay et Séguier, avaient laissé leur place vide, fui à l'aspect de l'homme de sang.

[1 dit assez piteusement c qu'il n'avait rien fait à Yassy que pour sauver son honneur, ses enfants et sa femme, qu'il voyait bien qu'on le tuerait, qu'on avait envoyé à Paris contre lui trente assasins, qu'il priait qu'on en informât. »

Humbles paroles d'hypocrisie choquante, quand on voyait les forces dont il tenait la ville et entourait le Parlement.

Dès ce jour les protestants prenant la couleur blanche, alors nationale, Guise et les siens, sans pudeur, adoptèrent celle de Philippe II, le rouge, la couleur de l'Espagne et da massacre de Yassy.

Haasaere de fSens.. — Progrès du protostonttsme.

r- Vainqueurs avant la guerre, et du droit du massacre, les Guises prennent l'autorité en s'emparant du roi. Leur man*nequin, le roi de Navarre, va prendre à Fontainebleau Tenfant £haries et sa mère, Catherine, qui venait d'autoriser les protestants à prendre les armes. Cette reine, aux petites habiletés, tant exagérée par l'histoire, fut alors et sera le jouet des événements. Le 6 avril le roi est à Paris, et le 12 les catholiques font un nouveau massacre à Sens, ville archiépiscopale du jeune cardinal de Guise. Cent morts à Sens; il n'y en avait eu que soixante à Yassy. Coligny entrant en considération des maux épouvantables qui allaient arriver, eut quelques jours d'une profonde mort morale,.

Il semblait qu'une immense traînée de poudre éclatât sur tout le royaume. Comment s'en étonner? On apprenait massacre sur massacre. Celui de Yassy ébranla, et celui de Sens décida. Tout homme connu pour protestant crut prudent, pour sa vie et pour la vie de sa famille, de s'armer et affronter tout. La Loire d'abord éclata, Tours^ Blois, Angers ; puis la Noirmandie et les côtçs, Rouen, Dieppe, Caen, Poitiers, la Saintonge. La moitié du Languedoc, nombre de villes de G.utyenne et Gascogne, dès l'hiver étaient protestantes.. . .;•. r. " >^

Pourquoi parle-.t-oji.Ji«i|ours de la Saint- Barthélémy de 1572, et non "ae celle de 4562? C'est q^.^ celle de 72 se passasurtoul à Paris; mais celle de 62 fut bien plus meurtrière en France. Siiivejs-la de ville en ville; vous êtes effrayé de voir trois choses qu'on n'a revues jamais: 1* rnassacre dans l'intérieur des murs ;2'' poursuite acharnée des fuyards par les paysans... Est-ce tout? Non, tant de

ilA ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.

sang versé ne suffit pas; les juges n'ont pas encore leur part; les supplices commencent alors sur une échelle immense. .

Cominencemfsiit de« i^aerre» de rell|;^oift. — Colignj

tenait terme Orléans et son petit noyau d'armée. Partout ailleurs, des bandes. La bande de Hontbrun, de Houvas, celle de Des Adrets couraient tout le sud-est, avec des cruautés atrobes. Le dernier, tout autant qu'il saisissait de catholiques, les égorgeait, ou les jetait des tours. Représailles barbares, mais qui n'étonnaient point, quand on voyait des juges, ceux du parlement d'Aix, enrichis des massacres de Merindol et de Gabrières, envoyer à la mort avec près de mille hommes qtbatrê cent soixante femmes, et même encore vingt-quatre enfants I ,

La reine d'Angleterre se laissa prier, de juillet jusqof la fin de septembre, pour donner cent mille écus et six mil! hommes.

Prise de Rouen par les eaiholl^pnes (1562). ^— Cet

lenteur fit la chute de Rouen, longuement assiégée par roi de Navarre, qui y fut tué, et par Guise, qui la prit d'à saut. Le pillage y dura huit jours, et les grands seigneu s'y vautrèrent à l'égal du soldat.

Les soldats allemands de l'armée de Gondé ne savait qu'un mot : Qeld. Et, pour être payés plus tôt, ils m chaient vers la mer, au-devant de l'argent anglais. grosse armée des catholiques marchait parallëleme Leurs intérêts étaient de combattre avant que les prot tants eussent joint les troupes anglaises.

Geux-ci, qui avaient l'Eure entre eux et Guise, devai l'empêcher de passer, mais un prince du sang n'a garde paraître craindre la bataille. Gondé lui permet le passa et il l'a devant lui près Dreux (19 décembre 1562).

Bataille de Drenx.(i562). — LcS CatholiquCS, faiblesl

cavaliers (deux mille contre cinq mille), étaient en revana

Cartb ir.

FRANCE

au temps des

GUERRES ocRELlCI^

Echelle i-6.ooo.ooof ' —

o af Sa too

JTOo

«fie- ^>xM^vcc^ on,' mS^^,

éDormément plus forts en fantassins, ayant quinze mille contre sept seulement qu'avaient les protestants. Au total , Guise avait dix-sept mille hommeSy et Gondé douze mille.

La cavalerie, menée par Gondé et Coiigny, s'épuisa en efforts, fit fuir Tinfanterie française des catholiques, mais vit également en déroute sa propre infanterie allemande*

Ils n'avaient pas deux cents chevaux ensemble, lorsque Guise, qui depuis cinq heures prenait en patience la des* traction de ses amis, s'ébranla avec sa masse espagnole et ses arquebusiers des vieilles bandes. Condé fut pris. Tout parut balayé.

Cependant les frères indomptables, Coligny et Dandelot (celui-ci malade, tremblant de la fièvre, et en robe fourrée), réunissent douze cents cavaliers, et d'une furie désespérée arrêtent court les vainqueurs. Parmi eux, le fameux Saint- André, si riche, le voleur des voleurs, est pris, disputé, et un de ses vieux serviteurs, malgré ses prières et ses oifres, lui casse la tète d'un coup de pistolet.

La nuit, qui avait séparé les combattants, permit à Coligny de reformer ses reitres à deux pas. Il lui en restait quelques mille. Il leur dit froidement qu'il n'y avait rien de fait, qu'il fallait recommencer, fondre sur ces gens qui mangeaient. Les Allemands lui montrèrent leurs armes brisées, eux-mêmes en pièces. Il était resté huit mille lionames sur le carreau. Seulement on sut dès ce jour qu'on ne vainquait jamais Coligny.

Calao est assassiné devant Orléans (18 février

1563). — Cependant l'épidémie, se joignant aux misères de la guerre, avait enlevé dix mille hommes dans Orléans. Dandelot frère de Coligny avec la fièvre, courait partout et faisait tout. Chaque matin, les ministres,à six heures, rassemblant soldats, habitants, chantaient leurs psaumes, et s'en allaient en tête travailler aux fortifications. Cela ne pouvait durer guère. Guise était furieux de n'avoir pas en-

core sa proie; € j'en mords mes doigts, » dit-il dans une lettre. Il avait écrit à la reine qu'elle trouvât bon qu'il n'y eût plus d'Orléans, qu'il allait la raser^ et qu'il tuerait tout, jusqu'aux chats.

C'est lui qui fut tué (18 février 1563).

L'iiomme qui fit le coup, Poltrot, sieur de Méray, était un jeune gentilhomme de l'Ângoumois, fort bon soldat à Saint- Quentin, où il fut pris et mené en Espagne. Protestant^ il y vit Philippe II et l'Inquisition. Il put assister aux spiendides et royaux auto-da-fé qui ouvrirent dignement ce règne.

Poltrot revint d'Espagne plein de vengeance et de meurtre. Le 18 févrierii attendit Guise, vers le soir, au coin d'un bois ; prudemment, froidement, il calcula qu'il devait être armé en dessous, et qu'il fallait le tirer à l'aisselle, juste au défaut de la cuirasse. Il tira à six pas, d'une main ferme, très juste, et l'abattit.

La Cour. — Henri de Gatae. — lie doe d'AIbe. —

C'était toute la peur de Catherine qu'on ne mît son fils contre elle; le petit roi, né violent, défiant, faisait peur à sa mère. Elle était à l'aumône, vivait d'expédients fortuits.

Celle pauvreté royale faisait un grand contraste avec la richesse des Guises. Leur maison (ou leur dynastie?) était restée entière à la mort de son chef. Elle gardait ses quinze évêchés, aux mains des cardinaux de Guise et de Lorraine.

Puissance énornie,mais le chef était un enfant, Henri de Guise, qui n'avait que treize ans. Du père, il eut, non le génie, mais l'audace, l'intrigue; de sa mère, Anne d'Esté, un charme italien.

Il était facile à prévoir que tout irait à la dérive ; dans chaque province, un gouvernement se fait à côté du gouvernement. Qu'opposait à cela la profonde politique Catherine? Elle pensait décomposer tout. Dans un

Page 1