I.ff ARLES IX
perpétuel voyage, elle croyait neutraliser par l'influence de cour ces influences fanatiques.
Les protestants, assassinés partout, ayant partout contre eux et l'autorité et les foules, recouraient à l'audace, à répée , à des coups violents qui envenimaient encore les haines. Elles profiteront au duc d'Albe qui emportera tout.
C'est un vrai Espagnol, un médiocre génie, mais fort par la netteté du parti pris, par la simplicité des vues et par la passion.
Le duc d'Albe est adoré des moines. D'en haut, d'en bas, ils l'aident. Au grand inquisiteur Pie lY succède le grand inquisiteur Pie Y, le pape de la Saint-Barthélémy, qui toute sa vie la prépara, quoiqu'il n'ait pu la voir.
Ce qui n'aide pas moins le duc d'Albe, ce sont les rapports de police qui viennent des Pays-Bas, les furieuses délations des inquisiteurs de bas étage qu'on envoie à Philippe II. Ce profond politique reçoit, lit tout cela. Espions et contre-espions, police, contre-police, c'est toute sa science.
La France suivait l'Espagne pas à pas. Philippe II, si impatient, est obligé encore cette année, 1566, de ruser, de mentir. Cela n'empêche pas que le duc d'Albe ne ramasse une grosse armée de toute nation, et ne la mène au »ac des Pays-Bas.
Quand cette armée du duc d'Âibe, cette horrible Babel de bourreaux espagnols, passa les Âipes, rasa Genève et cdtoyala France, il y eut partout une grande terreur.
SMma^iides proiestanta. — Bataille de Satni*Ilent«t
nort de Hontmorenej. — Quatre années avaient bien empiré la situation des protestants. Ils portaient tête basse aax réunions qu'on fit chez l'amiral. Celui-ci proposa de i emparer du roi.
ie crois qu'à son insu ce grand homme, de plus en plus.
proGtait des leçons de Kaor et des exemples de TËcosse: que, dans son cœur, le droit et la justice, la pitié de tant de malheurs, introduisaient, fondaient les doctrines de la résistance; que la royauté lui semblait moins sacrée.
La seule difficulté pour prendre le roi, qui n'avait pas encore ses Suisses, c'était de. garder le secret. Il fallait pourtant mander d'avance la noblesse éloignée et lui donner le temps. La cour fut avertie. Les Suisses arrivent. Les prolestants avaient deux mille hommes. Le connétable qui avait dix mille hommes attendait un secours espagnol. La plupart des protestants ne soutenaient pas Coligny; ils se seraient contentés de la liberté du culte, ne voyant pas qu'on ne l'a guère sans la liberté politique. Ils s'y réduisirent et n'eurent rien. Paris leur offrit la bataille (10 novembre 1567).
Les protestants furent menés avec une vaillance désespérée par Condé et par Coligny. L'Écossais Robert Stuart, cruellement torturé jadis, chercha le connétable, fondit sur le vieillard, qui se défendit bien et lui brisa trois dents. Hais Stuart lui cassa les reins. Anne de Montmorency meurt à soixante-quinze ans. Depuis cinquante, il encombrait l'histoire d'une fausse importance, toujours fatale à son pays.
Ses fils rétablirent la bataille. La nuit venait. Lesprolestants seretirèrent, mais n'allèrent pas plus loin. Coligny les ramena le lendemain à la même place et brûla la Chapelle.
Catherine de Médlets. — Ses eonsetllers. — Sespre-
Jets. — C'est alors, je crois, que se place la conversation entre Catherine et le nonce : c Qu'elle et Sa Majesté n'avaient rien plus à cœur que d'attraper un jour l'amiral et ses adhérents et d'en faire une boucherie mémorable à jamais. > La débâcle morale du parti des saints commence dès 1568, la grande année du duc d'Albe, par la chute de la nièce des Guises, de Marie Stuart.
Un conseil italien s'est formé autour de la reine mère :
Taimable Florentin Gondi, que la Saint-Barfhélemy fil duc de Retz, le sage président Bigaro, qui sera chancelier de France, le violent Gonzague, fils du duc de Mantoue, et, par son mariage, duc de Nevers.
Hcmri d'Anjou. Henri de «aise. — Catherine était bonne mère, mais d'un seul fils. Elle se reconnaissait, se mirait dans le duc d'Anjou, pur Italien, né femme, avec beaucoup d'esprit, une absence étonnante de cœur.
A seize ans^ cependant, il avait une fleur d'esprit, de grâce, d'audace et de malice. J'entends de noire malice, et du plus perfide chat. Son début fut l'assassinat du chef des protestants. Sa fin, l'assassinat du chef des catholiques. Il est le principal auteur de la Saint-Barlhélemy. Elle sortit surtout de la fatale concurrence de Henri d'Anjou et Henri de Guise. La maison de Lorraine bâtissait dans l'opinion, échafaudait Henri de Guise.
La reine mère à ce héros se hâtait d'opposer le sien. A seize ans, elle lui fait remplacer le vieux connétable comme lieutenant du roi. Elle montre le duc d'Anjou et le présente comme chef au parti catholique. Elle lui donne, pour conduire les armées, deux mentors, Tavannes et Strozzi, hommes d'énergie, d'exécution, qui, avec les secours d'Espagne, vont lui arranger des victoires.
Plan redoutable. A qui surtout? aux Guise, mais encore plus à Charles IX. Il objecte, il résiste, mais on l'entoure habilement. La majesté du trône le contraint de se ré^ sener. *
BatalUede Jarnae (13 mars 1569). — Mort de Condé.
— Condé et Coligny étaient à Noyers en Bourgogne pour conférer de leurs dangers. Tavannes, gouverneur de Bourgogne, reçoit ordre de les saisir. Avertis ils partent à la pointe du jour (24 août 1568).
Coligny signe à la Rochelle un Iraité avec les Nassau. Il tire d'Elisabeth de l'argent, des canons.
180 ABRÉGÉ D'HJSTOIRKDE FRANGE.
Il projetait un mouvement hardi qui, le reportant vers la Haute-Loire, Teût rapproché en même temps et des Allemands qui lui venaient de l'Est et de ses renforts duHidi. Les catholiques le prévinrent à Jarnac Les protestaols, fort mal disciplinés, venant au combat un à un, y perdirent quatre cents hommes. On eût parlé à peinede cette rencontre si Gondé n'y avait péri.
L'assassin fut Montesquiou, capitaine des gardes du duc d'Anjou. Gondé, blessé la veille d'une chute, et le jour même ayant la jambe brisée d'un coup de pied de cheval (l'os lui perçait la botte), sans tenir compte de cette vive douleur, avait chargé intrépidement, avec la belle parole que portait son drapeau : c Doux le péril pour Christ et le pays! » Enveloppé dans les masses profondes de la cavalerie ennemie, il tomba sous son cheval tué, et Montesquiou vint par derrière qui lui cassa la tête.
On vit alors ce que c'était que le duc d'Anjou.
Il montra cette joie furieuse, insultante, qu'on ne voit qu'aux lâches. Il fit porter le corps par une ànesse, tête et jambes pendantes. Tout le jour, sur une pierre, devant l'église de Jarnac le cadavre resta exposé aux risées.
Sa mort eût fortifié le parti protestant, dès lors conduit par Goligny, s'il n'eût fallu encore un prince. Si fortes étaient les habitudes monarchiques. Jeanne d'Albret amena à point son petit Henri de Navarre. La sainteté enthousiaste, l'émotion héroïque de la mère, enleva tous les cœurs et les donna au (ils. *
BacaUiedeHoiicontoiir (1569). — Golignyfutcondamoé tout l'été par la noblesse poitevine à assiéger Poitiers, où Guise, poursuivi, s'était réfugié. Fatigués et usés par ce siège inutile, les protestants se trouvent, en octobre, en face de la grosse armée du duc d'Anjou (Honcontour, 3 octobre 1569). Gelte fois, ce fut une vraie bataille, horriblement sanglante. Les Allemands de Coligtiy rarrétèreut court en
demandant leur solde au monnent de l'attaque. Us perdirent le moment d'occuper les positions fortes qu'avait dési* gnéesColigny. Ils en furent bien punis. Les Suisses du duc d' Anjou, par vieille jalousie de métier, s'acharnèrent à les massacrer, et les tuèrent jusqu'au dernier.
Paix de Saint-CieriiiAlii (1570). — La reine mère désirait forlla paix. On en comprend les causes. Non seulement les ressources manquaient, mais, en s'arrèlant là, elle avait juste ce qu'elle désirait. Son fils chéri restait glorieux, Charles IX effacé. Sa présence à l'armée, son séjour de trois mois au siège de Saint-Jean-d'Angély, semblaient avoir tué le parti catholique. Henri de Guise n'avait paru que pour recevoir un échec. Le bien-aimé Henri d'Anjou gardait tous les lauriers, demeurait le héros de Jarnac et de Moncon tour.
Hais Catherine n'obtint cette paix qu'à des conditions très sévères. Non seulement Coligny exigea la liberté de culte pour les villes déjà protestantes, pour les châteaux de protestants, non seulement i'admisson aux emplois, mais une reconnaissance du roi que ceux qui venaient de lui faire ia guerre étaient ses très loyaux sujets. Les parlements et tribunaux avaient là honte de rayer leurs arrêts.
La seule inquiétude de Catherine, c'était la jalousie de Charles IX. Elle avait gagné sur lui de lui faire garder, eu pleine paix, dans un frère du même âge, un Lieutenant général du royaume, un commandant de l'armée, une espèce de maire du palais. Le roi entrevoyait qu'il avait fait un autre roi, et qu'il ne pouvait le défaire, les généraux catholiques étant à lui, mais, s'il ne pouvait le destituer, il pouvait le tuer. Il en eut l'idée, un peu tard. Déjà son frère l'avait perdu.
mariage de Charles IX (novembre 1570). — Daus le danger visible où le mettait son frère, Charles IX, quoique demi-fou, fit deux choses qui n'étaient pas folles. Il se ma-
H. DE Fa. Temps modernes. U. — il
ria, et il négocia pour marier son frère et le mettre hors du royaume.
En novembre 1570, Charles IX épousa (malgré la secrète opposition de Philippe II) la fille cadette de l'Empereur, dont Philippe épousait i'atnée.
En janvier, il apprit que la reine d'Angleterre parlait d'épouser le duc d'Anjou.
Elisabeth envoyait son portrait* Anjou fut forcé d'envoyer le sien. En France et en Espagne, les catholiques avaient peur de ce mariage.
L'Espagne crut n'avoir pas de temps à perdre. Tout eo négociant avec Elisabeth, elle agit pour la détrôner, appuyant en dessous l'intrigue de Marie Stuart avec le plus grand seigneur d'Angleterre, le duc de Norfolk.
En tout cela, la France était contre l'Espagne, mais timidement, sournoisement.
Que voulait Catherine? La grandeur de ses enfants, rien de plus. Dans sa parfaite indifférence à tout le reste, elle eût vu volontiers le duc d'Anjou époux de Marie Stuart et chef des catholiques, roi d'Ecosse (et bientôt de France?). D'autre part, le duc d'Alençon époux d'Elisabeth et chef des protestants.