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CHAPITRE XIU

HENRI m. — PAIX DE MONSIEUR. — LA LIGUE. — PREMIERS ÉTATS DE BLOIS. — MORT DU DUC D'ALENÇON. — ASSASSINAT DU PRINCE d'orange. — TRAITÉ DE NEMOURS. — BATAILLE DE COUTRAS.

Henri III (1574-1579). — Uenri III n'eut pas plus tôt appris qu'il était roi de France, qu'il s'enfuit de Cracovie. Il emportait aux Polonais les diamants de la couronne.

Ceux-ci , dans leur simplicité héroïque , courent après et se précipitent. Le grand chambellan l'atteint, prie, supplie ; pour prouver sa fidélité, à leur vieille mode, il tire son poignard, s'ouvre la veine, boit son sang, mais tout cela était inutile. Henri proteste que la France est envahie, et qu'il lui faut se hâter.

Cependant il reste deux mois en Italie.

Venise voulait l'acquérir, le gagner, se l'assurer contre Philippe II. On prodigua pour lui les miracles de la plus charmante hospitalité.

Bref, le roi fut trop bien reçu et comme étouffé dans les roses.

Le duc de Savoie tira de lui sans difficulté l'abandon de Pignerol. S'il eût, comme on l'en avait prié à Venise, voulu la paix en France pour se fortifier contre Philippe II, il eut gardé soigneusement cette' porte de l'Italie, cette prise sur le Piémont, sur le duc de Savoie, qui était rhomoie de l'Espagne.

Mais déjà ce triste roi, énervé, fini, était dans la main de

sa mère; toute l'affaire de Catherine, c'était de garder l'influence; or, comme la p4ite cour française, qui revenait de Pologne avec Henri III, lui conseillait d'assoupir la guerre religieuse en France, Catherine n'espérait supplanter ses favoris qu'en se déclarant pour la guerre.

LevieuxHontluc, balafré, borgne, débris de soixante ans lie combats, la guerre incarnée, vint leur dire qu'ils se perdaient, qu'il fallait la paix à tout prix, mais la reine mère fui plus guerrière que Montluc; elle opposa son veto k toute négociation. Et cela, au moment où toutes ressources étaient épuisées, où la cour savait à peine si elle aurait à dîner.

TrUie rentrée du roi en France. — Le roi avait pro -

duit, au retour, l'effet le plus inattendu. Il vivait enfermé, comme une jeune dame d'Italie, craignait Tair et le soleil. Pour voiture, il préférait un joli petit bateau peint, rémi* niscence des chères gondoles vénitiennes.

La seule chose qui l'intéressât , c'étaient les farces italiennes en tout genre, farces de bouffons, ou processions tra^comiques.

Il se fit, au cours du Rhône, reporter vers le Midi, en terre papale, à Avignon. Terre classique des processions, où il fut régalé à grand spectacle des courses de fiagellants. La France y gagna la mort du cardinal de Lorraine, qui voulut faire aussi le jeune homme, prit froid, et n'en releva point.

Passant près de Livron, Henri III saisit l'occasion de faire briller ses favoris, et les envoya à l'assaut, mais les rustres qui gardaient leurs murs, sans considérer que c'était la plus belle jeunesse de France, leur firent un cruel accueil. Les femmes mêmes s'en mêlèrent avec une animo** site fort originale.

Il reçut l'affront, le garda. Il licencia l'armée, ne sa^ chant comment la payer; il laissa tout le Midi devenir ce qu'il pourrait.

toi ABRËGÊ D'HISTOIRE DE FIUNGE.

11 s'en allait vers leNord, peu accompagné. Les seigneurs, las de ne le voir qu'à grand'peine à travers ses favoris, avaient tous pris leur parti, et rentré ches eui. Sa courétait un désert. Table vide et pauvre.

Henri Ilf était revenu d'Italie dans une grande misère physique, ce semble, osé jusqu'à la corde, déjà vieux à ringt-trois ans, il était devenu femme jusqu'au bout des ongles. 11 aimait les parures de femme, les parfums, les petits chiens; il prit les pendants d'oreille.

ProtCNitaiiite et polUlquoi. — Alençoii. ^-Ën avril 1 575,

les protestants pétrifièrent Henri III de leurs demandes^ plus fortes que n'en fit jamais Coligny.

Comment se tirer de là? Catherine, fort embarrassée, fil encore bonne mine en disant que l'on pouvait d'un «eal coup abattre les politiques. Montmorency-Damville, ie roi du Languedoc, était malade, allait mourir; on pouvait sans hésiter empoisonner son aîné, qui était à la Bastille. Eux morts, c'était fait du parti. L'ordre fut donné, dit De Thou» et déjà on avait ôté au prisonnier ses serviteurs, lorsqu'on apprit que son frère^ loin de mourir, était rétabli, en état de le venger.

Des gens qui n'avaient de salut que de tels expédients n'étaient pas bien forts. Henri III savait que, si son frère rejoignait Damville , c'était fait de la royauté. Malade, après son sacre, du même mal d*oreille qui tua François II, il se croyait empoisonné par Âlençon. 11 fit venir le roi de Navarre et lui dit : c Ce méchant va donc hériter du royaume! > Et il le pria instamment de le tuer, lui assurant qu'il y serait aidé par le duc de Guise. Le roi de Navarre refusa, et Âlençon s'enfuit six mois après*

Ce fut un coup de foudre pour la mère et le fils. Gathe« rine, dans le dernier effroi, écrit au duc de Nevers de rassembler des troupes en hàle.

Catherine se met en roule pour tâcher d'apaiser son fils,

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de le tromper, de diviser, s'il se peut, la nouvelle ligue, de faire la paix & tout prix.

Elle vit Alençon à Chambord. Il ne Técouta même pasdisant qu'avant toute parole, il lui fallait la délivrance da l'ainé des Montmorency. Ce qu'elle fit à Tinstant, espérant trouver dans son prisonnier délivré un médiateur.

Bataille de Oormans (1575). — Henri le Balafre. —

Le médiateur réel était l'hiver imminent. La grande armée allemande qu'amenait Gondé hésitait à se mettre en route. Un détachement de deux mille hommes entra, conduit par Thoré, l'un desMontmorency.

Ces deux mille furent enveloppés par dix mille, par Guise et Strozzi. Deux armées, fort superflues, l'une du fond du Languedoc, Vautre du Poitou, vinrent encore accabler Thoré. Immense effort, non du roi, mais du parti catholique, qui Toulait et décourager les Allemands, et grandir son duc de Guise, en lui arrangeant ainsi une victoire à coup sûr (Dormans, 10 octobre 1575). Guise y fut blessé au visage, bonne chance pour sa fortune, qui enivra ses partisans et lui valut le surnom populaire de Balafré.

Catherine regrettait ce succès, qui fortifiait près d'Henri Ili les partisans de la guerre, surtout le favori Du Guast; revenu de la bataille, il relevait le cœur du roi, le refaisait brave et homme un peu malgré lui. Du Guast mourut fort à point.

Trêve (22 novembre). — Catherine ne tarda guère à arranger la trêve tant désirée (22 novembre). Les conditions tarent ignobles. Le roi devait solder l'ennemi. Il hésite. )Iais sa mère insiste pour qu'il en soit ainsi. Les élran> gersvont entrer.

Paris refusa nettement de payer un sou. Les gouver- Reurs refusèrent de livrer les villes. Les Allemands de Coudé refusèrent de s'arrêter, et entrèrent en France. Trois armées ensemble mangeaient le pays.

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Fitite du roi de iVavarre. — Henri III semblait perdu.

Le jeuae roi de Navarre n'avait f as suivi son cher ami Alençon, espérant qu'on lui confierait, une armée contre lui, mais on l'avait donnée à Guise. Un matin, il prit son parti, quitta le roi, que tous quittaient.

Il arrivait fort à propos. Les protestants étaient déjà en grande défiance d'Alençon. Ce garçon, double, intrigant, s'était adressé à la fois à Rome et à la Rochelle. Il avait cru tout d'abord pouvoir se saisir de la ville. Les protestants aimèrent mieux l'ennemi qu'un tel ami.

Patx de iHonsieur (6 mai 1576). — Au printemps, Catherine, étant venue sur la Loire au devant de son cher fils, obtint de lui la paix (6 mai 1576),

L'article 1" n'était pas moins que le démembrement de la France. On refaisait Charles le Téméraire. Alençon recevait tout le centre du royaume en apanage (Anjou, Touraine, Berry, Alençon, etc.). Navarre avait la Guyenne, et Condé la Picardie. On était dès lors bien sûr que les cs^tholiques en voudraient autant pour les Guises. Et, en effet, ils vont avoir cinq gouvernements. Des treize que comptait le royaume^ trois peut-être resteront au roi.

L'article 2 constituait les protestants en une.sorte de république, di'^aui non seulement le cuite libre partout, non seulement des places fortes dans six provinces, mais se gouvernant par leurs assemblées. Plus, un solennel désaveu de la Saint-Barthélémy, faite « au grand déplaisir du roi >. Restitution des biens confisqués aux familles des victimes.

Le roi se chargeait de payer les Allemands, et remerciait tous ceux qui l'avaient soulagé de sa royauté.

Ënûn, tant de choses accordées, il octroyait par-dessus les états généraux, qui devaient emporter le reste.

ComineBcemeiit de la Ligue. — La Ligue qui commence alors n'est nullement une imitation des unions prolestantes. Marquons bien le^ différences :

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