HENRI
1° Les unions protestantes senties actes défensifs d'une minorilé massacrée qui se serre pour ne plus Têlre. Et la Ligue est l'acte offensif d'une majorité massacrante qui s'indigne de ce qu'on veut lui retirer le couteau.
2° Un signe tout particulier à la Ligue, absolument étranger aux unions protestantes qu'on lui assimile, c'est la menace, l'intimidation, la persécution dénoncée aux neutres et aux pacifiques. Qui n'entre pas dans la Ligue est traité en ennemi ; qui la quitte est traité en traître, puni dans son corps et ses biens
Du Nord, la Ligue passa d'abord au Midi, en Poitou, où Taccueillirent les La. Trémouille. Et de là partout.
Sous ce grand nom de catholiques, les ligueurs se donnaient hardiment pour la majorité du royaume, pour la presque totalité. Il s'en fallait terriblement. La France était fort politique. Si les choses eussent été libres, un Wngtième des catholiques tout au plus eût été ligueur.
Prétentioiuidadacde Gnise. — Un certain avocat sans cause, très mal famé à Paris, s'en était allé à Rome avec un mémoire qui posait à cru la folle prétention des Guises. Descendus de Charlemagne, héritiers de l'antique bénédiction du saint-siège, ils devaient reprendre leur trône, usurpé par les Capets. Ceux-ci étaient frappés de Dieu, fous, malades ou hérétiques. H. de Guise, chef de la Ligue, devait achever l'extermination du protestantisme, traiter le duc d'Alençon comme l'avait été Don Carlos, tondre le roi, et régner en soumettant la France à Rome.
Henri III fut un peu surpris quand il vit cette pièce S^range lui venir de plusieurs côtés, et des huguenots i*abord, et de son propre ambassadeur à Madrid, l'acte Ayant été pris au sérieux par le pape et transmis à Philippe II.
PrenUeniEtotiideBiois (1576). — Le président du clergé aux états réunis àBlois trouve un matin sur son bu-
H. DE FH.. TcRiDS motlemes. u. — 12
reau une proposition anonyme, la demande que le roi odmlt comme lois tout ce qu'une commission des états, unie au conseil, aurait décidé, sans même qu'il fût nécessaire d'y mettre la sanction royale. Le clergé et la noblesse trouvaient cela raisonnable. Ce n'était rien autre chose que Tabolilion de la monarchie.
Le tiers état sauva le roi en n'appuyant pas la proposition. Dès lors, le roi s'affermit, et dit froidement qu'il n'avait pas envie d'abdiquer au profit des états.
N'ayant pu s'emparer de la royauté, les ligueurs voulurent l'étrangler, l'acculer dans un détroit où on la forcerait à la guerre sans lui rien donner pour la faire.
La guerre éclata. Les protestants alarmés refusèrent de reconnaître une assemblée élue sous la main de la Ligue. L'assemblée bizarre, informe, où l'on avait mis cinq provinces sous un seul gouvernement avec un seul vote.
L'assemblée fut mortifiée d'apprendre qu'elle avait la guerre. Au roi qui sollicitait des moyens de la soutenir, elle accorda, pour tout secours, une députation pacifique qui irait demander aux huguenots € pourquoi ils n'étaient pas aux états généraux. »
La noblesse veut bien combattre, et encore si on la solde. Le clergé refuse l'argent, vote des troupes (qu'eût commandées Guise). Le tiers état n'a de pouvoir pour rien faire ni rien voter.
Pas un sou. Le roi furieux! Quoi? dit-il, n'ai -je pas brigué les trois états.
Il sollicita du moins l'autorisation de vendre du domaine. Refusé. Yoilà, dit-il, une énorme cruauté; ils ne me veulent aider du leur, ni me laisser aider du mien.
Il signa la Ligue et la fit signer à son frère, dans l'espoir qu'on lui permettrait de se faire chef du mouvement; mais déjà il était trop clair que la Ligue ne voudrait d'autres généraux que les Guises,
HENRI III. m
Traiié de Berserae (1577). — La Ligue s'était trouvée faible, mais les huguenots n'étaient guère forts. Navarre et Condé ne s'entendaient pas. Gondé était en pleine brouille avec la Rochelle. Les Guises, avançant au midi, avec les armées de la Ligue dont le frère du roi avait le commandement nominal, eurent des succès très faciles. Divisés, abandonnés, les protestants semblaient périr, lorsque Henri III vint à Poitiers tout exprès pour les sauver. Il était épouvanté du succès des Guises. Il trahit la Ligue. Sa peur était entièrement reportée de ce côté. Au grand saisissement des ligueurs, il leur asséna ce coup : la suppression des deux Ligues^ protestante et catholique (Bergerac, 17 sept. 1577),
Partout liberté de conscience. Le culte dans les châteaux et dans les villes qui l'ont. Ailleurs, permis d'ouvrir iiors des villes une église par bailliage. A chaque parlement, une chambre protestante. Pour garantie, les huit places promises seront gardées pendant six ans.
Traité sage dont Henri fut très fier. Restait à savoir si les deux Ligues supprimées par un roi sans argent ni force se tiendraient pour supprimées.
Les Jëmiltes. — Le I9é«n à Rome. — Les ardents
ctaientinfinimentmécontents de Philippe II. Ils le trouvaient plus que tiède, presque aussi froid qu'Henri III. Froid, et cependant fort dur.
Vers l'année 1577, les Jésuites se trouvaient la tête réelle du monde catholique. Ils devinrent hommes d'État et directement acteurs dans les affaires humaines, mais, souvent dans une voie fort indépendante et suspecte à Philippe II.
Grégoire XIII(Buoncompagno) acheta et abattit un quartier de Rome pour établir le Gesit dans des proportions immenses, avec vingt salles d'enseignement et des cellules aussi nombreuses qu'il y a de jours dans Tannée. A l'ouver-
tiire on prononça vingt-cinq discours en vingt-cinq langues, et on appela le nouvel établissement \e séminaire de toutes les nations (1579).
De ce centre, Tinfluence des Jésuites rayonnait non seulement sur les collèges de leur ordre, mais tout autant sur divers établissements qui n'en portaient pas l'enseigne, comme le séminaire anglais de Douai, foyer redoutable des conspirations d'Angleterre. A la prière d'Elisabeth, Philippe II l'éloigna de Douai en 1574, mais il fut recueilli à Reims par le cardinal de Lorraine et les Guises, qui Ty maintinrent malgré Elisabeth et Henri III. Il fournit vers 1579 une centaine de missionnaires qui, dirigés par les Jésuites, inondèrent l'Angleterre, pendant qu'une armée du pape envahissait et soulevait l'Irlande.
Les années 1579 et 1580 sont extrêmement importantes.
C'est du séminaire de Reims, fondé par les Guises, que parlent, en 1579, les conspirateurs d'Anglelerre. En 1579, on tira du pape un ordre précis pour détruire Elisabeth par tous les moyens, sans délai. Le 15 avril 1580, les agents de l'exécution demandèrent au pape un répit, trouvant pour le moment la chose dangereuse et impossible. Le pape répondit que les catholiques anglais pouvaient ajourner la prise d'armes, mais que rien ne pouvait ajourner l'exécution d'Elisabeth.
Philippe II. — Ses eonselUera. — Telle était la
pensée de Rome, mais il faut connaître aussi la cour de Philippe II.
Le duc d'Albe et les violents étaient alors disgraciés.
Le jeune Antonio Ferez, secrétaire du roi, était rhomme influent.
Modéré de sa nature, il n'en avait pas moins subi la nécessité cruelle de tuer l'espion Escovedo que Philippe avait mis près de son frère Don Juan et qui tourna pour celui-ci.
Cet acte, loin d'affermir Ferez, le rendait moins agréable/ et le confesseur du roi travaillait à le renverser. On n'osait encore proposer au roi de rappeler le duc d'Albe. On lui insinua, au contraire, d'appeler le modéré Granvelle, qui, depuis longues années, languissait en Italie.
PrfMcrlptlon du prtiiee d'Orang^e. — En effet, le 28
juillet 1579, jour où l'on arrêta Ferez, Granvelle arriva à Madrid. L'une des premières mesures de cet ancien modéré fut de proposer au roi de proscrire le prince d'Orange. On spécifia les motifs de la proscription.
Ce qui désigne les Jésuites, comme auteurs de cette accusation, c'est la prodigieuse assurance et l'intrépidité dans le mensonge, qui qualifiait comme voleur celui qui jamais ne voulut manier les fonds publics, et comme assassin le chef du parti de rhumanité.
Alençon candidat au (rôae des Pays-Bas. — La SUC-
cession de Portugal s'ouvrait; Catherine fouilla sa généalogie, et trouva qu'en remontant au milieu du xiii^ siècle, un de ses ancêtres avait droit. Elle envoya, en partie à ses frais, une expédition aux Açores.
Chose absurde, chose imprudente, au moment où elle eût dû garder son argent pour le Nord, pour l'entreprise de son fils Alençon, futur époux d'Elisabeth et futur roi des Pays-Bas. Cette dernière folie était la moins folle, étant soutenue du prince d'Orange et du parti protestant. Quoique tous vissent et sentissent l'indignité du candidat, la violente envie qu'on avait d'appuyer les Pays-Bas sur la France fermait les yeux à l'évidence. Orange y avait mis son zèle. 11 était parvenu à tirer des États l'acte qui leur coûtait le plus, la déchéance de Philippe IL La grandeur révolutionnaire de cet acte est en ceci qu'il risquait d'isoler l'Etat nouveau, de lui faire des ennemis des princes de France et d'Allemagne, et surtout d'Elisabeth. Celle-ci dé^^
testait la révolution.
is.
StO ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.
Apologie dn prince d*Orfuige. — TeutatHro dV •Inat. — Orfuiye épo«se Im Olle do GoUsbj. — CetacU
avait été préparé, amené par un autre qu*on n'eût jamais attendu du prince d*Orange. Cet homme froid, simple, modeste, qui agissait, mais parlait peu, tout à coup prend la parole, très haut; ce fut un coup de foudre.
A Taccusation lancée par le roi, Orange est un assassin qui a voulu faire tuer le duc d'Albe et Don Juan d'Autriche. Orange est un voleur qui veut ruiner le clergé, les nobles, ceux qui ont substance ; il fait son profit des troubles; il transporte les deniers où il lui platt pour après s'en servir. Oran<ge s'attribue le nom de bon patriote, et il est le tyran du peuple. Orange répond par l'accusation du roi. Redoutable égalité qui commence dès lors et ne finira pas si tôt.
L'auteur de cette apologie accusatrice du prince d'Orange, le Français Villers, homme aussi doux qu'écrivain violent, était un partisan magnanime de la tolérance, protestant et protecteur déclaré des catholiques. Avec sa douceur native, le consciencieux ouvrier, fort du mépris de la mort, n'en forgea pas moins l'engin, la machine de malédiction qui, lancée sur l'Ëscurial d'une épouvantable force, ouvrit ses murs de granit, et montra, pâle et tremblant, le misérable dieu du monde entre ses tristes galanteries et ses ordres d'assassinat et lui mit ce signe : Assassin. En morale, c'est une force de haïr et de mépriser le mal. Voilà donc ce mystérieux fantôme de l'Ëscurial, qui vivait de nuit, de silence, tout inondé de lumière, traîné dans le bruit.
Comment se relever de là? En tuant ses ennemis, en étonnant le monde par la grandeur et l'audace de ses entreprises?
Dès ce jour, on croit le voir chevaucher en furieux le cadavre de i Espagne pour en écraser l'Europe. On s'effraye des expédients révolutionnaires par lesquels il se recréa,
HENRI Iir. SU
(la fond de sa banqueroute, des ressources pour envahir FÂDgleterre et la France. Le peuple étant ruiné, il com* mença à manger les privilégiés, tomba sur les prélatures et sur les grandesses; il en vint à l'entreprise désespérée de vendre les biens des communes.
Le 18 mars, Orange est assassiné. Un jeune Espagnol le poignarde; un moment on le croit mort.
C'est un spectacle cruel de voir la mort constamment assise au foyer du prince d'Orange. Ce grand homme, dans sa vie horriblement déchirée par les agitations publiques, n'avait vécu que de la famille, A ce moment lugubre, menacé d'une mort infaillible et comme entouré de l'assassin nat, il se trouvait veuf, et seul sur son foyer brisé.
En France, vivait la fille de l'amiral, Louise de Coligny. Elle épousa le prince d'Orange tout près de mourir. Elle donnaau grand homme, dans cette année suprême, cette insigne consolation d'avoir près de lui l'image, l'âme même de Coligny.
Complota. — RéTéiatfoiui de Saieède. — Les événements montraient de tous côtés un immense complot, un concert étonnant de guet-apens, de meurtres, de téné* breases surprises. Un mois après l'assassinat manqué de Guillaume, on découvrit un complot des Guises et du prince de Parme pour assassiner Alençon.
Les Guises, pressés par l'Espagne de commencer la guerre civile, ne pouvaient, ne voulaient rien faire tant qu'Alençon était en vie. Le futur meurtrier d'Orange, SaU cède, était à eux, ayant été sauvé par eux de la potence, ils l'envoient à Madrid, où ce bandit est caressé, flatté du roi, qui le fera riche, grand, tout ce qu'il voudra, pourvu qu'il tue. On lui met force argent en main, mais le prince d'Orange y vit clair. On s'informa, on sut que Salcède avait passé par le camp du prince de Parme, Farnèse, filière ordinaire des assassinats. On prend l'homme; il se voit
fit ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.
perdu; pour avoir grâce, il donne une confession complète, non du petit complot, mais du complot de meurtre universel, de guerre, de guerre civile, que les Guises et TEspagne organisaient partout, le plan détaillé, minutieux de la Ligue, ville par ville et homme par homme. Henri III fut épouvanté, voyant ses maréchaux, ses ministres, ceux qui avaient en main le secret de l'État, d'accord pour le trahir.
Mort d^Alençon. — Ije primée d*Orani^e e«< imé en
Hollande. — Le 18 janvier 1584, Elisabeth chassa de Londres l'ambassadeur d'Espagne Mendoza, un ennemi furieux qui avait été dans tous les complots contre sa vie, et qui couvrait d'une altière attitude sa basse perfidie d'assassin
Tout tourne à la violence. Philippe II commence dans tous les ports d'Espagne les apprêts gigantesques de l'Armada. Le prince d'Orange succombe par ses amis et par ses ennemis. Âlençon, créé, sacré par lui duc de BrabanI, Alençon qu'il défend contre de trop justes soupçons, fait l'odieuse tentative de se saisir d'Anvers et des places principales; ses gentilshommes crient : < Vive la messe! à bas les Étals ! > Ils succombent, sont massacrés. A grand' peine le prince d'Orange sauve ces misérables de la vengeance du peuple. Son protégé va se cacher en France, et meurt submergé dans la boue (15 juin 1584). Orange lui-même était mort de ce coup, comme popularité. Il se réfugie en Hollande, où Balthasar Gérard, spécialement prêché, encouragé par les Jésuites et par Farnése, le tue d'un coup de pistolet (10 juillet 1584).
Famèse. — Famèsc avait bien calculé le vide immense qu'allait laisser sa mort, et l'embarras de la Hollande, égarée, effarée. Il ne craint plus rien et s'établit en tons sens sur l'Escaut. Il a le temps pour tout. Il enveloppe Anvers de travaux gigantesques, et personne ne le trouble. Il creuse tranquillement des canaux pour amener des
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vivres, des matériaux. Tout le secours des Belges, qui, par une flotte de Hollande, eussent forcé, détruit ces travaux, c'est d'aller se plaindre ea France, d'aller chercher la force, où? aux pieds d'Henri III!
Hélas! celui-ci eût eu besoin de défenseur, bien loin de défendre personne. Chaque jour plus solitaire, il a pour conseil la Ligue elle-même. Et que dis-je?samèrele trahit.
Les «aises traitent avee rEspasiie'(i584). — Catherine n'avait aimé personne qu'Henri III, mais elle aimait une chose davantage, le pouvoir et l'intrigue. Vieille comme elle rétait, elle les voulait toujours, et détestait les deux vizirs, Épernon et Joyeuse. Cela la rapprochait des Guises, qui travaillaient pour eux seuls. Étrange aveuglement chez une femme de haut d'esprit. Elle croyait qu'une guerre extérieure grandirait les vizirs tandis qu'une guerre intérieure la rendrait nécessaire.
Ainsi, quand ces malheureux Belges, si obstinés pour nous, vinrent la troisième fois se donner à la France, ils trouvèrent le roi tremblant que l'Espagne ne se fâchât, il n'osa les recevoir.
L'Espagne était pourtant fort inquiète. Elle s'engageait alors dans la grande affaire du siège d'Anvers.
Les Guises aussi étaient très inquiets. Ils voyaient d'Epernon et Joyeuse gagner beaucoup de terrain.
L'Espagne avait intérêt, et les Guises avaient intérêt à s'entendre et presser les choses. Leur traité se fit à Joinville, 31 décembre.
Le prétexte, religieux et populaire, fut le danger que courait la France catholique si le roi laissait le royaume t un héritier hérétique, au roi de Navarre. Le but osten siblefut d'assurer la succession à un prince catholique, k vieux cardinal de Bourbon, oncle d'Henri IV.
Les Espagnols poussèrent Guise; ils exigèrenf qu'il dressât directement son étendard et marchât vers Paris.
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Farnèse écrivait coup sur coup à Meadoza, qui disait à Guise : < Il le faut. »
Le !2i mars, il obéit, s'empara de Chàlons, commeaçala guerre civile.
A la nouvelle, le cœur manqua au roi. U fit veni.* les Belges, il refusa les Pays-Bas, et les recommanda à ia grâce de Dieu.
Guise avait rassemblé la noblesse de Champagne, son frère Mayenne celle de Bourgogne, et le cardinal de Bourbon celle de Normandie. Un solennel appel fut fait, au nom de TUnion, aux parlements, aux prélats et aux villes. Lyon y céda, mais non Marseille, et non Bordeaux. Le doc de Nevers écrivit que sa conscience lui défendait d'armer contre son roi sans une autorité plus haute, et il alla à Rome consulter cette autorité.
Traité de i¥emonr8(1585). — Les choses ne se décidant pas plus vivement en faveur de la Ligue, le roi ne se fût pas hâté, de traiter s'il eût été soutenu des siens, mais d'Épernonétaitmalade. Joyeusecraignait d'irriter les catholiques, espérant follement se substituer au duc de Guise. Le roi, seul et embarrassé, avait là fort à point l'inévitable reine mère, qui ne demandait qu'à négocier. Elle trouva tout à coup des jambes ; redevenue juste et leste, malgré sa goutte, elle court à Nemours s'arranger avec Guise. Sa négociation consiste à livrer tout.
Proscription du protestantisme. Désarmement du roi. Pour garantie, des places données à tous et un chacun : à Guise, Toul, Verdun, Châlons; à Mayenne, Dijon, Beaune; à Âumale, à Elbeuf, d'autres places; Dinanau duc de Hercœur. Enfin le futur roi, le cardinal de Bourbon, aura Soissons en attendant Paris (traité de Nemours, 7 juillet). Le roi est chargé de solder les garnisons des places que l'on tient contre lui.
Vaine tentative des lijpieiii»a j^ Bonl<»cne-siir-liler- —
Une chose était plus claire et montrait mieux encore que Tu- Dion n'était pas contre le roi, mais contre la France. Ces admirables citoyens, qui ne parlaient que d'elle, travaillaient pendant le traité à donner à l'Espagnol ce que l'Anglais avait eu si longtemps, un port, une place de débarquement, pour envahir tout droit par le plus court, au plus près de Paris. C'était Boulogne-sur-Mer qu'ils marchandaient. Un prévôt dé la ville était gagné; Âumale, le frère de Guise, était aux portes, attendant qu'on ouvrit. Il fut un peu surpris, en approchant, d'être accueilli avec des volées de boulets. Un homme du roi, qui assistait au conseil ligueur à Paris, avait su tout, révélé tout.
Bataille de Gouiraa (1587). — Tous les protestants
d'Europe s'étaient émus, cotisés, le roi de Danemark en Iéte,pour payer une armée allemande qui ferait une diversion. Les ligueurs dirent à l'instant que c'était Henri III lui-même qui appelait les Allemands. S'il ne combattait pas l'invasion, tout le monde le jugeait traître. S'il la combattait, il se fermait tout retour du côté des protestants, il se brouillait à jamais avec TÂllemagne et la Suisse protestante; il appartenait dès lors à la Ligue, qui le traînait la chaîne au cou.
Il lui fallut bien pourtant, devant l'émeute permanente, prendre ce dernier parti. La Ligue donnait des troupes à Guise; le roi se mit à la tête des siennes, et il fallut que d'Épernon avec lui combattît les Allemands au profit de la Ligue.
Son vrai sauveur fut Joyeuse. Cet intrépide étourdi, suivi d'un monde de grands seigneurs à tête non moins légère, avait obtenu carte blanche du roi et la permission de donner bataille.
Joyeuse trouve l'ennemi à Coutras, et ne perd pas une minute pour se faire battre à plate couture^ disperser, dé-* truire et tuer (20 octobre 1587).
2i6 ÀBK£GË D'HISTOIRE DE FRANCE.
Les Allemands avaient trouvé en Champagne leur vainqueur, le vin, le raisin, la vendange; leur voyage était devenu une sorte de bacchanale.
La nouvelle de Coulras, (]ui leur vînt le 28 octobre, les avait encouragés. Mais ce qui leur porta un coup terrible à ne pas s'en relever, ce fut de voir que le roi, que d'Epernon, qu'on leur avait dit amis, vinrent à eux comme ennemis. D'Épernon leur ferme la route.
Henri III se trouva ainsi avoir deux fois servi la Ligue et s'être porté deux coups. Par la défaite de Joyeuse, il se trouvait ruiné dans sa force principale, et par le succès d'Ëpernon il brisait les Allemands, qui eussent été eonlre la Ligue ses meilleurs auxiliaires.