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CHAPITRE XIV

HENRI IV. — LE CARDINAL DE BOURBON, ROI DE LA LIGUE. — BATAILLES D'ARQUES ET D'IVRY. — CONVERSION DE HENRI IV AU CATHOLICISME. — GUERRE AVEC L'ESPAGNE. — ÉDIT DE NANTES. — PAIX DE VERVINS. — MARIAGE DE HENRI AVEC MARIE DE MÉDICIS. — GUERRE DE SAVOIE. — CONSPIRATION DE BIRON.

Henri IV (1589-1610). — Pendant l'agonic du roi, les grands seigneurs catholiques n*avaient pas perdu le temps à pleurer. Ils s'étaient tous arrêtés à ne pas reconnaître le roi de Navarre*.

La France, en ce moment, morcelée en provinces queles gouverneurs s'étaient imprudemment appropriées, la France était réellement dans la main de douze coquins. Ils avaient horreur d'un roi pauvre.

La dispersion, la guerre civile, leur étaient bonnes pour que chacun d'eux s'alTermît dans sa maison. Ils appelaientdéjà ainsi les gouvernements, leurs grandes villes capitales do provinces, un Lyon, un Rouen, un Toulouse.

Finalement, ils calculaient les chances de la Ligue et pas une pour le Béarnais.

Ils résolurent de le sommer de se faire catholique sur

i. Voir pour plus de détails siir ce règne, Henri IV% chez Helzel.

l'heure. Henri dit qu'il lui fallait du temps, qu'il ne demandait qu*à se faire instruire, que, dans six mois, il assemblerait un concile à cet effet et réunirait les états gênéraux.

Le roi s^éloigna de Paris, n'ayant que quinze cents cavaliers, six mille fantassins. Il s'achemina vers Rouen, où on lui donnait quelque espoir.

Le cardinal de Bourbon, rot do la Ligue. — Madame de Hontpensier voulait que son frère se Ht roi. Chose impossible. Les troupes de Philippe II entraient dans Paris, à savoir, quatre mille Allemands, six mille Suisses. Hendoza, avec cette force, ne l'eût pas souffert, ni peut-être les ligueurs ; ils étaient divisés, jaloux. Mayenne prit un moyen d'attendre, ce fut de faire roi un vieillard, le cardinal de Bourbon.

On donnait à Henri le sot conseil de s'en aller en Gascogne, ou bien de solliciter un partage de la royauté avec le vieux cardinal, ou encore de se réfugier en Allemagne, d'attendre les événements.

Il attendit, mais à Arques, l'épée à la main. Roi .sans terre, il n'avait plus qu'une armée, plutôt une bande.

Il était si pauvre, que le plus souvent sa table manquait; il s'invitait ici et là chez ses officiers, mieux pourvus. Il avait sept mille hommes en tout, et, il allait avoir sur les bras trente mille hommes. Tout le monde le croyait perdu.

Bataille d'Arqnea. — Le vioux maréchal de Biron, homme de grande expérience, dirigeait tout. Il choisit un emplacement, couvert à droite par le canon d'Arqués, à gauche et derrière par une petite rivière marécageuse, devant par un bois épais et difficile à passer; le buis passé, on rencontrait une tranchée que fit Biron, en laisant seulement ouverture pour lancer de front cinquante chevaux.

La grosse armée de Mayenne était fort chargée de princes, qui tous avaient des bagages. Mayenne veut

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passer la petite rivière ; il y rencontre le roi, qui l'arrête à coups de canon. Il y eut cependant un moment où la cavalerie de Mayenne pénétra jusqu^ dans le camp, Biron fut jeté à bas de son cheval.

Le fils de Coligny, Châtillon, avec cinq cents vieux arquebusiers huguenots, prit de côté les ligueurs; les lansquenets furent écrasés, et la cavalerie refoulée.

Le château d'Ârques, qui, jusque-là, n'osait tirer, commença à parler d'en haut ; quelques volées de boulets saluèrent l'armée de la Ligue; le soleil avait reparu et la fortune de la France (21 septembre).

Faiblesse de Mayemie. — Sueeès de Henri HT. —

Mayenne était si malade de sa déconvenue, qu'il n'osa pas se montrer à Paris. Il s'en alla à Amiens, se rapprocher de ses maîtres, les Espagnols, et recevoir un secours que lui envoyait le prince de Parme. Son armée lui échappait, s'en allaita la débandade. Après ce secours, il se trouva plus faible qu'auparavant.

Le roi de son côté n'était pas bien fort.

Ce fut pour lui un grand secours de recevoir d'Elisabeth quatre mille protestants anglais, écossais.

Henri saisit l'occasion, alla dîner sur la flotte, fut salue du canon de tous les vaisseaux. A chaque toast, l'artillerie tira. Cette bruyante et éloquente reconnaissance d'Henri IV dut avertir les malveillants. Ils sentirent que le Béarnais, avec son pourpoint percé, n'en avait pas moins de fortes racines; que l'Angleterre, l'Allemagne, la Hollande, allaient regarder vers lui.

Mayenne avait promis de l'amener à Paris, mais il yiâeni de lui-même (octobre); par une vive attaque, il emporte les faubourgs du sud, le Gis de Coligny est maître du fau** bourg Saint-Germain, l'ancien faubourg protestant.

Le roi n'emmena son armée que quand elle se fut refaite, enrichie du pillage de& faubourgs, enlièremenl ei propre-

ment déménagés et nettoyés. Il alla de là recevoir à Tours Tambassadeur de Venise. Le grand-duc de Toscane, celui deMantouey les Suisses, le favorisaient déjà plus oumoins ouvertement. Le premier s'adressait sous main à de Thou^ notre envoyé, pour marier en France sa nièce, Marie de Hédicis.

Mais les succès d*Henri lY semblaient devoir être arlélés. Le prince de Parme, forcé par son maître d'être généreux, avait donné à Mayenne six mille mousquetaires, Il fleur de l'armée des Pays-Bas, et douze cents lances wallonnes sous le fils du comte d'Ëgmont. Il reçut encore utie petite armée de Lorraine. En tout, il y eut .vingt-cinq mille hommes. Le roi n'avait guère que le tiers. Poussé par Mayenne vers l'ouest, il ne voulut pas, cette fois, reculer jusqu'en Normandie. Il fit ferme au couchant de l'Eure, à Ivry, et attendit.

BaimiUe d'ivry (mars 1590). — 11 était dix heures du malin (13 mars). Il faisait froid et mauvais, Mayenne avait eu la pluie toute la nuit. Le roi, au contraire, avait dormi, soupe dans les villages voisins.

Henri lY était d'une gaieté merveilleuse, qui répondait de la journée. Il avait mis sur son casque un énorme panache blanc et un autre gigantesque à la tête de son cheval. 11 dit : c Si les étendards vous manquent, ralliez-vous à ce panache. Vous le trouverez toujours au chemin de la victoire. > Il avait su que les Suisses de Mayenne disaient, n'étant pas payés, qu'ils ne donneraient pas un coup.

L'artillerie du roi eut un effet terrible. Au contraire, celle de Mayenne porta peu sur les royalistes, dont le terrain était plus bss.

D'Egmont alla têie baissée, renversa tout. Cependant' la cavalerie du roi, Biron, Aumont et Givry, tombèrent sur celle d'Egmont et la détruisirent. Les reîtrcs ne furent guère plus heureux. Après leur charge, ils revenaient

se replacer dans les rangs de Mayenne, mais ces rangs étaient serrés. Ils y jetèrent le désordre. Le roi le vit, et à ce moment, fondit, enfonça Mayenne et le balaya. Restaient les Suisses, qui n'avaient rien fait et qui se rendirent.

La mort du roi de la Ligue, du vieux cardinal de Bourbon qui arriva le 9 mai 1590, éclaira la situation autant que la victoire d'Ivry.

Benri IV devant Parts. . — Cet enragé Béarnais sans perdre de temps s'achemina vers Paris. Déjà il avait pris Mantes.

Le 8 mai, le roi commença à tirer contre Paris; les ducs de Nemours et d'Aumale, qui commandaient la défense, avaient dix-sept cents Allemands, huit cents fantassins français, cinq ou six cents cavaliers; de plus, un grand nombre d'hommes de la milice bourgeoise qui avaient tout à craindre, si le roi entrait, étant connus et désignés aux vengeances des huguenots ou des royalistes. Ce n'était pas avec une si petite armée (douze mille hommes et trois mille chevaux) qu'Henri pouvait prendre cette énorme ville.

C'était par le pain qu'il voulait prendre Paris. Il faisait la guerre aux moulins, aux greniers, aux petites places d*eD haut et d'en bas qui nourrissent la grosse ville.

En un mois Paris eut tout mangé. Il fallut commencer des visites domiciliaires. On fouilla les riches greniers des couvents.

On en vint au son d'avoine. On en vint aux chiens, aux chats.

Le roi serra de plus près. Il prit les faubourgs, les fortifia. Le peuple, qui y allait chercher de l'herbe, fut clos comme dans un tombeau. Lestoile assure qu'on alla jusqu'à faire du pain de la poussière d'os qu'on prenait aux cimetières, qu'un soldat mangea un enfant, qu'une dame dont le fils était mort, le sala, avec sa servante, et qu'elles vécurent quelque temps de cette nourriture.

HENRI lY. 241

Cependant, des tours, des murs, on voyait flotter la moisson. Les pauvres gens risquaient leur vie pour aller couper des épis. On les battait, on les blessait sans pouvoir les décourager. Henri IV, ici, fut très beau. Il déclara qu'il prendrait ou ne prendrait pas Paris, mais qu'il laisse* rait aller tous ceux qui voudraient sortir.

Des foules en profitèrent, trois mille hommes en uni fois. Puis d'autres, tant qu'ils voulurent, des gens aisés aussi bien que le peuple.

Le prince de Pterme lui folt lever le slèf^e. — Cependant le prince de Parme, qui ne s'amusait jamais, avait, à la longue, terminé ses préparatifs; à l'instante prière de Mayenne et sur l'ordre de son maître, il venait secourir Paris.

Ce redoutable capitaine avait fait sa marche en vingt jours, traversé le nord de la France dans un ordre admirable. Il était à Meaux.

Il fallut bien que le Béarnais laissât son siège.

L'armée royale ne voyait que l'avant-garde ennemie qub Mayenne bravement menait au combat, mais le centre qui avait tourné, devenant lui-même avant-garde tombait sur Lagoy, grande position pour la guerre et pour l'arrivage des vivres. Lagny fut emporté sous les yeux d'Henri même, Paris ravitaillé, l'armée découragée, et elle se fondit en partie.

Le duc de Parme n'avait rien fait s'il n'assurait aux Parisiens Charenton et Corbeil, mais Corbeil l'arrêta longtemps. Cela lui ût du tort. Paris, quelque reconnaissant qu'il fût, trouvait fort dur que ses amis ruinassent les campagnes que l'ennemi, le Béarnais tant maudit, avait épargnées. Corbeil fut pris et mis à sac.

L'enthousiasme des Parisiens fut fort calmé pour leurs amis d'Espagne. Toute leur peur était qu'ils ne restassent.

H. DE FR., Temps modernes. u. — l'i

Quand le prince de Parme voulut laisser garnison dans Corbeil, on résista, on lui montra les dents.

Les ligueurs, qui avaient cru voir entrer un fleuve d'or et les trésors des Indes avec Tarmée d'Espagne, restaient à sec et furieux. Mayenne, qui avait vu de près son odieux auxiliaire, et qui sentait bien qu'on n'avait aucune prise sur cet homme de marbre, fut obligé pourtant, dans sa grande faiblesse, d'en accepter trois régiments.

Le prince de Parme s'en alla, suivi de près et harcelé des cavaliers du Béarnais. Il n'était pas à vingt-cinq lieues que celui-ci emporta Lagny et Corbeil. Et Paris n'était guère plus délivré qu'auparavant.

Mayenne ne pouvait, sans le prince de Parme, sauver Rouen des mains du roi.

Sièf^e de Rouen (1591 -1592). — L'inquiétude des ligueurs, de Mayenne et de Yillars, qui commandait dans Rouen, c'était que les Espagnols ne sauvassent cette ville pour la garder. Yillars voulut les prévenir. Par une furieuse sortie, il tua des milliers d'assiégeants. Le prince de Parme, si prudent, voulait avancer, profiter. Mayenne l'en détourna. Il l'occupa à assiéger une petite place de la Somme. Enfln, il le décida à se placer à Caudebec, assurant que le roi, le voyant là, n'oserait continuer le siège. Ce qui arriva.

Mais ce qui arriva aussi, c'est que le roi, se rapprochant, se trouva tenir et Parme et Mayenne prisonniers dans la presqu'île de Caux, entre lui, la Seine et la mer.

Parme fut blessé au bras; Mayenne était malade. Les vivres ne venaient plus. Henri IV se croyait vainqueur; il avait une flotte hollandaise qui était dans la Seine et qui, au premier signe, pouvait le seconder. Le prince de Parme qui se sentait mortellement atteint, tenta une chose désespérée. Il fit venir de Rouen force bateaux couverts de planches. La Seine, large comme une mer à cet endroit, fut cependant pontée, traversée en une nuit. Les roplistes,

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en s'éveillant, virent Tenneroi de l'autre côté (20-21 mai 1591).*

Conversion de Henri IV an cnthollelsme (1593). —

Le roi tenait Paris assez serré. Maitre des petites places voisines, il eût pu à volonté empêcher les arrivages. Paris mangeait par sa permission. La culture de la banlieue se faisait par sa bonne grâce. Situation misérable dont tous voulaient sortir. Les savetiefs, les crocheteurs, commencent à crier : «La paix! > La milice se déclare. Elle ose provoquer les Seize. Passant devant la fenêtre du fameux greffier de la Ligue, Sénault, qu'on voyait écrire, ils lui crièrent : I Écris- nous tous! nous sommes tous politiques t >

Ge mouvement inattendu, l'abandon où Philippe II semblait laisser ses Espagnols, la mort du duc de Parme, Taffaiblissement de Mayenne, menacé des fanatiques, tout cela un matin ou l'autre aurait mis le roi dans Paris. Des protestants comme Sully, lui disaient qu'il aurait de la peine à se dispenser de se faire catholique. Des catholiques, très avisés, très informés comme l'ambassadeur de Savoie, pensaient qu'il ne se convertirait pas.

Montaigne, le vrai génie du temps, avait dit une chose très juste, c Les Guises ne sont guère catholiques, et le roi n'est guère prolestant. > Ceux des royalistes qui poussaient la conversion avaient obtenu de faire à Suresnes des conférences avec la Ligue. Champ très dangereux d'intrigues. Là se produisait une chose perfide que le légat favorisait : c'était de subir un Bourbon, puisqu'il le fallait, mais de prendre, au lieu d'Henri IV, le jeune cardinal de Bourbon.

Les royalistes firent peur au roi de cette idée, lui firent croire qu'elle ralliait beaucoup de gens.

Peu après, Henri IV, dans une conversation de trois heures avec Mornay, lui assura que c'était à cette crainte qu'il avail cédé, c On fut ravi de voir avec quelle componction il avait reçu le sacrement de pénitence, entendu la messe. >

Ui ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.

Il prêta sans sourciller le serinent d'exterminer les hérétiques (25 juillet 1593).

Entrée de Henri IT dans Parla. — Qui livrerait Paris

au roi? Le gouverneur, M. Belin, eût voulu traiter de luimême. Mais Mayenne Texpulsa et mit à la place un parfait tartufe, Brissac, et le prévôt des marchands, Lhuillier.

A trois heures, force bourgeois, greffiers, procureurs, notre chroniqueur Lestoile, occupaient le pont Saint-Michel en écharpe blanche. Le roi tardait. Enfin à quatre, les cavaliers de Vitry apparurent à la porte Saint-Denis. Le roi arrive, entre par la Porte-Neuve, il passe devant les Inoocents et tourne au pont Noire-Dame pour aller à la cathédrale. Il y ^vait tant de monde qu'il ne pouvait passer. Cependant il ne voulut pas qu'on fit reculer personne, et il entra, à la lettre, porté sur les bras du peuple.

Sonmission de Ronen. — Au moment même, le roi précipitait, malgré Sully, son traité avec Yillars qui tenait Rouen. Ce Villars avait demandé des choses folles.

Ces conditions insolentes auraient pu être subies avant que le roi eût Paris, mais après, quand il était au Louvre, quand la Ligue fondait d'elle-même, elles semblaient devoir être rèpoussées: Henri IV les subit.

situation dlffielle dn roi. — Son énerg^le. — Les

difficultés, il faut l'avouer, étaient grandes encore. Elisabeth, indignée de l'abjuration, rappelait ses troupes. Le duc de Mercœur établissait l'Espagnol en Bretagne, et Philippe II proclamait sa fille duchesse de cette province. Le duc d'Épernon voulait ouvrir à Tennemi le port de Boulogne et ceux de Provence. Henri IV n'y trouva remède que de donner ce gouvernement au jeune duc de Guise pour faire battre entre eux les ligueurs.

Chose bizarre^ sa pauvreté croissait en proportion de ses succès. La misère des deux rois de France et d'Espagne était égale. Si Henri IV est forcé de faire en 94 une ban-

qaeroute d'un tiers à nos rentiers, Philippe II l'a faîte aux siens dès 1575, et il va recommencer encore. En 1594, la limite est atteinte, la terreur ne sert plus de rien; deux cents villes de Castiile refusent l'impôt, et Tannée de sa mort (1598) on verra Pliilippe II mendier sur le bord de sa fosse, et faire solliciter de porte en porte une aumône à la royaut-é. Cela devait finir la guerre? Point du tout. Les Feria, les Fuentes, malmenés par le Béarnais, trouvaient que Thonneur castillan ne permettait plus de se retirer. Henri IV assiégeant la ville de Laon, ils se réunirent à Mayenne, et vinrent pour délivrer cette place, mais le roi la prit sous lears yeux (22 juillet 94). Jamais il ne montra tant d'esprit, d'activité et de ressourcei?.'ntîK4é^ende populaire du* Diable à quatre n'est ici ijuûJajï^ftléT *

Attentat de Jean Chaatel. — Expnlalon des Jésnlteii. — Cnerre avec l'Espag^ne (1594-1595). — L'avant- veille

de Noël, un garçon de dix-neuf ans, Jean Chastel, se glisse près du roi et lui porte un coup de couteau à la gorge, mais il n'atteignit que la lèvre.

Grillon dit tout haut que cette fois il fallait jeterla Ligue à la Seine. On laisse le parlement prononcer l'expulsion des Jésuites (27 décembre), et on déclare la guerre à l'Espagne (17 janvier 95).

Le succès fut rapide. Mayenne, qui tenait la Bourgogne^ se soumit, livra Dijon. Le roi, à Fontaine-Française, dans une reconnaissance imprudente, étourdie, où il faillit périr, avec deux ou trois cents chevaux, fit reculer l'armée du connétable deCastille. Sa folie le couvrit de gloire (5 juin 95).

Deux hommes d'esprit, le Gascon d'Ossat et le factotum Duperron, négociaient l'absolution à Rome. Ils trouvèrent des auxiliaires. Qui? Les Jésuites eux-mêmes... Ils tournèrent le dos à l'Espagne; ils rassurèrent le pape et lui dirent de ne pas avoir peur d'un lion mort qui ne mordait plas. L'essentiel pour eux était de rentrer en France.

Le 10 mars, le roi reçoit un grand coup, la surprise d'Amiens par les Espagnols; mais la France entière s'y précipita et reprit la ville. Elisabeth aida au succès. Ëlic donna au roi quatre mille Anglais, et il lui promit de ne pas traiter sans elle.

Éditde Nantes (avril 1598). —Paix de Tervliia (mail

— C'est justement ce qu'il fit dès qu'il put, à Verviiis mai 1598).

Mais nos huguenots, que deviennent-ils?

L'histoire en est lamentable. Par l'édit de Nantes, ils eurent, il est vrai, la liberté de conscience, mais non de culte. Le culte ne leur fut permis que dans leurs villes huguenotes et chez des seigneurs hauts justiciers. Des chambres à part pour les juger. On leur laissait pour huit ans leurs petites places d'asile. Cette paix ne les défendait pas; elle les compromettait, les forçant (contre un roi livré à leurs ennemis) de devenir une faction.

Les réformés avaient à la Rochelle un important otage, le petit prince de Condé, jusque-là héritier présomptif de la couronne. C'était un grand coup de le prendre, de le faire catholique. Sa mère se convertit d'abord, et éleva son fils dans sa nouvelle foi. Les huguenots semblaient parti perdu. En Poitou, on osa lancer la cavalerie sur un de leurs prêches, il y eut des entreprises pour enlever ou tuer Du- ^jliessisjlûioay, qu'on appelait leur pape.

Rien n'est plus intéressant que de voir dans d'Aubigné combien ces gens maltraités restaient pourtant, malgré eux, dévoués à Henri IV. A chaque instant il rompt, renoue. Tel était l'attrait de cef iniminef^>iuaxaitbeau le connaître, le mésestimer, l'injurier, ôff'ne' -pouvait se l'arracher du cœur. Et, après tant de choses indignes, il reste toujours au cœur de la France... HélasJ -pap iant de côtés, il fut la France elle-même!

lie grand -dv«! d« Toiieane.'^— Sully. — Le roi, dans

ses grandes misères, avait emprunté de fortes sommes au grand-duc de Toscane, qui spéculait là-dessus de deux manières à la fois. Il s'était fait par ses agents, les Gondi ellesZamet, percepteur de taxe» en France, et il en tirait de grosses usures. Deuxièmement, il espérait, avec cet argent et les sommes qu'il pourrait y ajouter, faire sa nièce Marie de Médicis reine -de France. Quoique le roi eût toujours Tair de trancher seul, il était très puissamment influencé par Sully.

Maximilien de Béthune (Rosny par sa grand-mère, et Sully par don du roi) était originaire d'un pays qui a donné des tètes ardentes sous grande apparence de froid, de raideur. Il était de l'Artois.

On rattachait ces Béthune aux Bcaton d'Ecosse. Et, en eiîet, celui-ci avait un faux air britaimique, par le contraste déplaisant d'un teint blanc et rosé d'enfant (à cinquante ans) et d'un œil du bleu le plus dur.

Gabrlelle d'Eairées. — Tentatives d'aaaaiialnat eon-

tre le roi. — // fallait une reine française, dans ce grand danger de l'Europe.

Gabrielle d'Estrées, la favorite du roi, aurait vaincu par la puissance de raffection, si elle n'avait eu contre elle l'homme qui, à lui seul, pesait autant que tous, Sully. Le roi fut mis en demeure de choisir entre la femme, Gabrielle, et l'argent, Marie de Médicis.

Gabrielle fut très maladroite. Elle se souvint beaucoup trop de ce que Sully avait d'abord rampé sous elle. Elle l'appela c un valet ». Et le roi ne se souvint plus qu'il voulût la faire femme et reine.

Cependant deux assassins étaient encore venus pour tuer le roi, l'un dominicain, de Flandre, l'autre capucin, de Lorraine.

Les Espagnols avaient fait le pas hardi de se jeter dans l'Empire, fourrageant, mangeant amis et ennemis; enfin

248 ABRÈGE D'UlSTOlRfi DE FRANGE.

vers Glèves ils saisissaient les passages du Rhin. Rien ne les eût favorisés plus que la mort d'Henri et celle de Maurice d'Orange. Celui-ci avait aussi son homme qui devait le tuer.

Celui que le légat Malvezzi dépécha pour tuer le roi était un pauvre petit misérable, un Flamand de faible tête. li était en route déjà à Tèpoque de l'abjuration du roi, et, quand il l'apprit, il ne voulut plus le tuer et jeta son couteau.

Il repartit en 1598, mais fut arrêté, amené à Paris. Le roi en eut pitié, le gracia. En Italie, on l'endoctrina encore et on le fit rentrer en France. Il fût arrêté, condamné à mort avec l'autre assassin, le capucin de Lorraine.

La grosse affaire était certainement le mariage du roi. Il était impossible de décider Marguerite à consentir au divorce. On la menaça d'un procès et elle devint docile.

Mort de csabrieiie. — Pâques approchait. Le confesseur d'Henri IV insistait pour que Gabrielle partit de Fontainebleau, allât à Paris. Elle résista de son mieux. Paris TelTrayait. Le roi la suivit jusqu'à Helun avec toute la C01U*, la confiant à son fidèle la Yarenne, et lui donnant de plus Montbazon, son capitaine des gardes, qui devait la suivre partout.

C'était le lundi 5 avril, premier jour de la semaine sainte. Elle descendit près l'Arsenal, et, sans traverser Paris, se trouva du premier pas dans la maison de Zamet (autre fidèle du roi), qui était sous la Bastille, dans la rue de la Cerisaie.

Elle se confessa le mercredi et dut communier le jeudi. Elle dtna à merveille dans sa satisfaction d'être quitte de ce devoir. Zamet empressé lui servit toutes les friandises qu'il savait lui plaire. De là, on la prit en litière. Gabrielle se sentait un peu éblouie. Elle sortit^ revint chez Zamet et

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fit quelques pas au jardin. Mais là, elle tomba frappée, perdit connaissance.

Les crises furent fréquentes, terribles. En pleine force, mimée d'un désir terrible et désespéré de vivre, elle lutta quarante heures, et tout fut fini. Le roi porta le deuil en noir, contre l'usage des rois, qui le portent en violet. li le garda trois mois entiers, mais de recherche, d'enquête sur la mort, pas le moindre mot. Il reprit ses habitudes.

Cependant le divorce avait été prononcé. A la grande joie des courtisans, le roi leur dit un matin : c Messieurs, montons à cheval; j'ai envie de manger cet été des melons de Blois. d

Henriette d'Enirai^ea. — Dans le passage ennuyeux de la grande plaine de Beauce, quelqu'un lui dit qu'il devrait bien s'arrêter au joyeux château de Malesherbes, où M. d'Entragues, gouverneur d'Orléans (époux de Marie Touchet), tenait sa petite cour.

Marie Touchet, Tunique affection du roi tragique (Charles IX), qui, dit-on, chercha en elle l'oubli de la Saint-Barthélémy, fière de ce grand et sombre souvenir, visait haut pour ses filles.

Elles avaient l'esprit du diable. L'aînée, Henriette, était une flamme. La fine langue, maligne et rieuse, ne ménageait rien, et pas plus le roi. Son cœur malade, blasé, et qui se croyait fini, revécut par les piqûres. Il la trouva amusante, piiis charmante. Nos ministres laissaient le roi jouer au mariage avec Henrielte, mais n'en persévéraient pas moins dans Tidée du mariage politique et financier, qui, selon eux, outre l'argent, allait nous créer par le pape et le grand-duc une influence en Italie.

La grande affaire était Saluées, cette porte de l'Italie, que le duc de Savoie, dans la crise de la Ligue, avait enlevée à la France.

En décembre 1599, il fit la démarche inattendue de

250 ABRfiGÉ D'HISTOIRE DE FRANCE.

Tenir à FonUinebleaa. Ce prince bossu, Tentru, maifa sant, venait observer, flairer, tàler. Il vit ce qu'il désirai L'aspect de la France était encore pitoyable. La misèi continuait, les villes regorgeaient de mendiants, les rouU étaient pleines de soldats sans pain. Le Savoyard se en fort, parce qu'il avait la parole de tel et tel des grandi seigneurs, spécialement celle de Biron; il endormit leroiJ lui promettant que dans trois mois il lui rendrait Saluées oo bien lui donnerait la Bresse en échange. Sorti de France une fois, quand échut le terme indiqué, il déclara effrootémenl qu'il gardait la Bresse et Saluées.

La guerre était infaillible. Le grand mariage d'argent venait d'autant plus à propos. Cette belle dot de Toscane allait faire les frais de la campagne, permettre de frapper un grand coup, de battre les Espagnols sur le dos du Savoyard. Cela était spécieux. La pauvre Henriette d'Entragués, et la promesse du roi, pesèrent peu contre ces nisons. Il fallait de l'argent sur-le-champ, la guerre pressait.

Deux choses rendaient désirable Marie de Hédicis : Targeut, la grosse somme que son oncle Ferdinand consacnil à cette affaire, à l'alliance de France ; et, d'autre part, Tespérance que cet oncle donnait à nos politiques, de leur faire un pape du parti français.

HarUiye de Henri I¥ mvee Harte de Hédlela (1600).

— Guerre de Savoie — Le 9 mars 1600, le roi écTlril au grand-duc.

Marie de Médicis, qui avait vingt-sept ans, n'avait rien que de vulgaire. Henri voulait une dot de 1 500000 écus.

Somme épouvantable, impossible. Le grand-duc brisa. On marchanda, on baissa, et enfin on n'eut pas de honte de descendre à six mille.

Dès lors plus d'hésitation. Le 11 août, le roi, de Lyon, lança son manifeste de guerre.

Sully avec une activité et une énergie incroyables, avait transporté de Paris à Lyon rénorme matériel qu'il préparait depuis un an.

Le Savoyard se trouva pris au dépourvu.

Le lendemain du manifeste, le corps de Biron entra dans la Bresse, celui de Lesdiguiéres en Savoie. Ceci le 13 août; Lesdiguiéres enleva la forte place de Montmélian^ qui couvrait toute la Savoie. Le 20, Chambéry, la capitale (lu pays, se rendit.

L'épouvante était extrême d'une telle rapidité, mais non moins Fadmiration pour l'humanité du roi, qui disait qu'il ne faisait la guerre qu'au duc, point aux habitants.

Il avait passé en Bresse, pour voir de plus près opérer Biron. Celui-ci était furieux d'avoir si bien réussL

La dot de la Florentine n'avait pas peu contribué à rendre ces succès possibles. Le malheur, c'est qu'après la dot il fallait recevoir la fille. Le roi y songeait si peu, qu'il envoya à Henriette les premiers drapeaux pris sur la Savoie (septembre).

Le 9 octobre, il apprit que son mariage a/ait été célébré à Florence et fit ordonner aux villes de tout préparer pour l'arrivée de la reine.

Marie de Hédicis, après de prodigieuses fêtes qu'on fit à Florence, s'embarqua avec sa tante et sa sœur, duchesses de Toscane et de Hantoue, sur la galère grand-ducale tout incrustée de pierreries.

Elle alla de Marseille à Aix et à Avignon, avec une petite armée de deux mille chevaux.

Elle dut attendre huit jours à Lyon, le roi s'arrêtant encore en Savoie. Enfin, le 9 décembre, il se présenta aux portes assez tard. Elles étaient fermées, et on l'y fit attendre une heure par une gelée fort rude.

Ce qui ne dut pa^ être agréable au roi, ce fut de trouver Marie avec la cour complète de cavaliers servants qud

f52 ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANGE.

toute dame italienne, selon la nouvelle mode qui fleurit en ce siècle, devait avoir autour d'elle.

Le premier, était sou cousin, Yirginio Orsini, duc de Bracciano. C'était lui qui avait, à table, le soin de lui donner à laver, et d'offrir le bassin, la serviette, à ses blanches mains. Le second était Paolo Orsini. Enfin un jeune homme de la figure la plus séduisante, il sigfwre de Concini, était auprès de sa femme.

Le roi fut obligé de rester près de Tépousée quarante jours pour faire la paix ; paix surprenante. Il abandonna Saluces, rendit toute la Savoie.

« Chacun chez soi, chacun pour soi : » c'est la politique bourgeoise que Sully fit prévaloir et proclama par ce traité.

Acquisition de la Bresse (1601). — ConsplratloB et

■noH de Biron (1602). — En échange de Saluces, le roi acceptait la Bresse, province, il est vrai, importante, qui fermait le royaume à l'est et protégeait Lyon, il avait fait l'accueil le plus affectueux aux envoyés de Genève, à leur vénérable doyen Théodore de Bèze, et il permit à Sully, avant | de signer le traité, de rendre les places prises et de livrer aux Genevois le fort de Sainte- Catherine à la porte de leur ville ; TEspagne, usée, jusqu'aux os, et se sentant si peu de force, hasardait les coups de loterie les plus criminels.

Les Fuentès, les d'Ossuna, hs Bedmar, avaient repris les moyens du xv* siècle, poison, meurtre et incendie.

L'étranger avait trouvé son affaire pour troubler tout Un mannequin et un drapeau :

Biron.

Un danger très grand était dans cet homme II avait en lui la discorde.

Le roi Tavait fait amiral; maréchal, général en cbof, duc et pair, gouverneur du gouvernement qu'avait eu le chef de la Ligue, M. de Mayenne, et qu'eurent les seufs

princes du sang, la Bourgogne, poste de confiance, contre la Franche-Comté et la Savoie; mais tout. cela n'était rien. Biron, en rapport direct avec Madrid et Milan plus que ja* mais, renoua ses trames par l'intermédiaire d'un La Fin, qu'on a prétendu l'auteur de toute cette conspiration, commencée bien avant qu'il s'en mêlât«

La Fin jasa, le roi le fit venir et en tira tout. Effroyable découverte. Tout le monde semblait compromis, et il ne savait plus à qui se fier : l'étranger pouvait arriver, être introduit par Biron dans ses places de Bourgogne.

On parvint à le désarmer; Sully le pria d'envoyer ses canons, qui étaient vieux, pour les remplacer par des neufs. Il n'osa les refuser.

Le duc de Savoie était effrayé. Fuentès aussi devait être inquiet d'avoir compromis son mattre, au moment où le siège d'Ostende absorbait les forces espagnoles. Ils avaient fort à souhaiter que Biron ne les trahit point, qu'il mentit pour eux fort et ferme.

Le roi, le 13 juin, se promenant de bonne heure au jardin de Fontainebleau^ le voit arriver. Il va à lui, il l'embrasse.

Puis, seul à seul, il lui demande s'il n'a rien à dire : f Moi! dit Biron, je viens seulement pour connaître mes accusateurs et les faire châtier.

Le roi désirait très sincèrement le sauver. Il y fit les plus grands efforts, et par lui-même, et par Sully. Le matin encore, au jardin fermé de Fontainebleau, il le serra au plus près, et ne gagna rien. On voyait Biron le suivre avec force gestes, une pantomime hautaine de protestations d'in* nocencQ, relevant fièrement la tète et se frappant la poitrine. Même scène encxire après diner.

Sans Sully, jamais le roi n'aurait eu la force de faire justice.

Le roi le fit partir pour préparer la Bastille et avertir le

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