‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 34 sur 108 · CONSPIRATION DES POUDRES · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DES POUDRES

CoBspirAtion d^Entraf^es. — Les Espagnols avaient gagné Entragues, le père d'Henriette, et son frère, le comte d'Auvergne, déjà mêlé à l'affaire de Biron.

Elle-même était-elle innocente? Son père disait oui, son frère disait non. Les Espagnols, qui n'en pouvaient finir avec le grand siège d'Ostende depuis trois années, avaient monté deux machines qui les auraient débarrassés des deux appuis de la Hollande, d'Henri lY et de Jacques VI.

Contre le premier, ils fomentèrent le complot éCEntragués.

Contre le second, ils accueillirent, encouragèrent l'infernale Conjuration des poudres^ qui commença en même temps.

Le père, le frère d'Henriette furent condamnés; on menaçait de l'enfermer elle-même et de lui ôter ses enfants. Elle ne s'effraya pas. Elle dit toujours que n'ayant rien su, elle ne demandait que trois choses : pardon pour son père, une corde pour son frère, et justice pour elle.

Le roi gracia le père, enferma le frère, et elle, l'éloigna un moment, mais il la fit revenir. Insigne imprudence. Humiliée, elle devint tout à fait perverse et très dangereuse.

Dans cette cruelle affaire, il avait senti au cœur la pointe du poignard espagnol. On entreprit de lui ôter son grand serviteur Sully. Celui-ci avait reçu la surveillance des affaires étrangères et du très suspect Yilleroy.

Sniiy et les protostante. — Il vit que le roi ne pouvait tarder à se mêler directement de la Hollande et du Rhin pour la succession de Clèves : donc qu'il serait obligé de revenir aux protestants. Lui-même, qui les*avait fort mécontentés, se rapprocha d'eux. La mort de la Trémouille, celui de leurs chefs qu'aimait le moins Henri IV, permet-

lait le rapprochement. SuUy maria une de ses filles à un protestant illustre et le chef futur du parti, le jeune duc de Rohan(13 février 1605).

De là un curieux duel entre Sully et Cotton.

Cotton tâchait de le noircir, et toute la cour aidait à la calomnie. Ou parvint à faire naître entre lui et le roi un petit nuage qui, heureusement pour la France, se dissipa aa moment même. Lorsque déjà on croyait Sully disgracié sans remède, le roi lui ouvrit les bras.

Sully, dès lors se constituant avocat des protestants, se rendit lui-même, comme gouverneur du Poitou, à leur assemblée de Chàtellerault. La confiance se rétablit.

D'autre part, les protestants le reçurent à la Rochelle.

Sully donna au roi l'excellent conseil de venir luimême en Limousin et en Quercy. Il y vint avec une armée (sept. 1605), mais elle fut inutile. Bouillon avait donné ordre qu'on ouvrit les places au roi.

Les Rochelois vinrent lui dire qu'il ne passât pas si près sans les visiter.

Conspiration des poudres en Angleterre. — Le roi

avait pu reconnaître quels étaient véritablement ses amis, ses ennemis, et combien toutes ses faiblesses pour ceux-ci étaient inutiles. Il était à peine revenu à Paris, qu'on apprit (novembre 1605) l'explosion la plus terrible, le complot le plus scélérat, dont il y avait eu jusque-là exemple, de mémoire d'homme, Isl conspiration des poudres.

Rien n'apaisait les fanatiques, nulle concession ne suffisait. Les Jésuites jurèrent que la conspiration était puritaine.

Les puritains, grand parti, qui avaient pour arrière-garde tout le royaume d*Écosse, et qui se voyaient désormais assurés dans le P|irlement, n'avaient que faire d'un tel crime. Le chef réel de Taiïaire, Garnet, supérieur des Jésuites Jut Tâme même delà conspiration. De partout, un cri s'élevait:

GONSPIRVTION DES POUDRES. 259

c L'Europe est minée en dessous. > On regardait vers la France où l'on préparait un soulèvement, et Ton croyait couper d'un seul coup la tête de l'Angleterre, puis régner par les Espagnols. Le monde fut stupéfié. Carnet ne fut point mis à la torture; le roi le fit bien traiter. 11 nia, puis avoua.

«•VTememeot de Henri 1¥. — Henri lY vit dès lors

plus clair dans sa situation. En janvier 1606, il dit toute sa pensée à Sully : Préparer la grande guerre, en divisant l'ennemi, mais avant tout il fallait, en France même, arracher l'épine qui restait encore, réduire le duc de Bouillon, gouverneur de Sedan.

Bouillon était fini, perdu, surtout dans l'opinion, ayant démenti sa réputation de prévoyance, ayant misérablement livré ses amis.

Mais d'autant plus violemment revenait-on aux moyens du fanatisme populaire. Il se trouvait à chaque instant des fous pour tuer le roi. Un, tout à fait aliéné, l'arrêta sur le pont Neuf, le tira par son manteau et le tint sous le poignard.

Toutes les formes de la pénitence furent étalées, affichées. Le roi, devant ces fureurs ascétiques et monastiques de gens qui se frappaient eux-mêmes dans l'espoir de le frapper, fit une chose courageuse, que lui demandait Sully depuis près d'un an. 11 mit le temple des réformés à deux lieues de Paris, le transportant d'Ablon, distant de cinq lieues, à Charenton, c'est-à-dire presque aux portes de la grande ville.

On ne peut se figurer quelle fut la violence des résistances. On essaya de la violence populaire, des batteries, des coups de bâton, mais le roi, sur le chemin, fit mettre une belle potence, qui avertit suffisamment, et l'on n'eut besoin d'y pendre personne. Peu après, il entraîna l'Angleterre dans un traité où les deux puissances couvraient définitivement la Hollande de leur gaiantie.

Les protestants, un à un, lui revinrent, et d'Aubigaé même.

La guerre d'Espagne, raffranchissement dés consciences, la liberté religieuse de l'Europe que pouvait fonder Henri IV, c'était l'idée nouvelle du temps.

Les grands résultats du règne commençaient à apparaître. Toute l'Europe sentait une chose, c'est qu'il n*y avait qu'un roi, et c'était le roi de France.

Un des fléaux de l'époque, c'est que les grands s'appropriaient et tournaient à leur avantage la puissance du roi et des parlements qui devaient les réprimer. Ils n'avaient plus besoin, comme autrefois, de combattre; il leur suffisait de plaider. La acheté des hommes de robe mettait la justice à leurs pieds.

Les grands, alors aussi avares qu'autrefois ambitieux, visaient à l'absorption de toutes les fortunes de France.

Le roi se mit en travers et les arrêta. 1** Il rendit les magistrats plus indépendants en leur permettant, pour un léger droit, de rendre leurs charges héréditaires; 2" il interdit aux familles trop puissantes, spécialement à celle des Guises, les grands mariages, qui les auraient encore fortifiées.

Ce règne leur apparut comme une dure tyrannie, une cruelle révolution.

C'était là, en effet, son caractère profond, qu'entravé encore à l'extérieur, il avait en lui la force vive d'une révolution sociale qui poussait la royauté, qui la trouvait trop timide, et qui lui disait d'oser.

Administration de Snilj. — Sully, qui avait quelque chose des grands révolutionnaires, semble avoir senti cela; mais ces abus, entrelacés comme un chaos inextricable de ronces, pour les couper, il fallait avant tout les démêler. Là se place le travail prodigieux du grand homme, sa vie sauvage au milieu de Paris; ses nuits d'écriture et

ADMINISTRATION DE SULLY. t61

de chiiïres, sa rudesse implacable pour les courtisans.

Il se bouchait les oreilles pour ne pas entendre la plainte des abus qu'il fallait trancher.

Révolution contre l'hypothèque de nos créanciers étrangers, et nos impôts dégagés de l'exploitation florentine, des mains des Gondi et des Zamet.

Révolution contre les offices achetés ou gagnés, contre ces receveurs, contrôleurs, comptables de toutes sortes, qui trouvaient moyen de ne point compter, tous couverts du patronage des grands de la cour.

Révolution contre les gouverneurs de provinces, qui Tirent mettre à côté d'eux un lieutenant général du roi.

Révolution plus hardie contre la seigneurie, essai (non pas de raser encore les châteaux), mais d*empècher qu'on y fit des fortifications nouvelles.

Après ces révolutions, notons les exigences de cette administration.

Elle exigea que les seigneurs laïques ou ecclésiastiques qui levaient péages sur les routes et rivières à condition de les entretenir, accomplissent cette condition, sous peine de déchéance. Sully, comme grand voyer, poussa contre eux cette guerre si vivement, qu'en peu d'années tous finirent par obéir. Le commerce circula, et aussi la force publique. Ces routes que refirent les seigneurs, elles servirent à les ▼isiter, à les surveiller.

Leâ forêts et les cours d'eaux furent pour la première fois gardés et administrés. Autre guerre immense. Guerre aux braconniers, aux soldats devenus voleurs, aux rôdeurs armés.

Les poissons furent protégés ; des rivières furent repeuplées, et défense de pêcher au temps du frai. Sully fit ce que demande et attend encore la pisciculture.

L'industrie date de ce règne. Le roi même l'encouragea; moins Sully, tout préoccupé de Tagriculture. Le monde de

tes ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANCE.

l'ouvrier, tout autrement mobile et libre que ceini du cul« tivateur, surgit tout à coup. Les soieries, les draps, le;. verreries, les manufactures de glaces, etc., furent créées ou immensément étendues par Henri lY. Il planta partout des mûriers. Il ordonna qu'en chaque diocèse on en élevât dix mille. Il en mit dans les Tuileries, à Fontainebleau et partout. Cette disposition si sage de mettre à profit les jardins publics pour les cultures d'utilité a été tournée en ridicule par les royalistes du temps de la Révolution, mais elle remonte à Henri lY.

Sully ne goûtait guère les fondations de colonies. Le roi, plus fidèle en ceci aux traditions de Goligny, jugeait qu'un grand peuple inquiet, tant d'esprits aventureux ont besoin d'un tel débouché. Il encouragea les Champlain, les de Monts, fondateurs de cette France américaine qui n'embrassait pas seulement le Canada, mais un empire de mille lieues de côtes.

Améllorattonfl et embelllmienienti, — lie eanal de Bi*l»re. — liAplaee royale, les Oobellne, le Peot-

iVewff, le Lowvre, 1» Mbiiottièqwe. — Ce règne, si grand par ce qu'il fit, est plus grand par ce qu'il voulut, com^ mença ou projeta. Ainsi le canal de Briare, l'une de ses belles créations, et qui fut un modèle pour l'Europe, devait être suivi du canal des deux mers et d'un vaste réseau de voies analogues qui eussent en tous sens ouvert à la France ses vives artères. Ce système avait jailli du génie des Crappone, des Crosnier, des Louis de Foix, des Yiète. Ce der* nier, immortel par l'application de l'algèbre à la géométrie.

Henri lY s'occupa fort de la Seine et lui créa d'abord sa roule d'en has. Il voulait en rectifier le cours et en assurer la navigation entre Rouen et le Havre ; ce qui en eût fait la rivale de la Tamise et posé Rouen comme émule et antagoniste de Londres.

Tout ce qu on fit pour la guerre, en dix ans, est iO'?-

EMBELLISSEMENT DE PARIS. m

croyable. L'artillerie fut créée. Une ceinture de places fortes, chose énorme, fut improvisée, surtout pour couvrir le Nord. Henri lY voulait sérieusement et peu à peu se passer des mercenaires. Il ne louait que six mille Suisses et levait vingt mille fantassins français. Un Paris immense se bâtit sous lui.

L2i place Royale, qu'il bâtit à Tinstar des villes des Alpes^ avec des portiques commodes, et qui ne servit, après foi, qu'aux fêtes, aux tournois ridicules de Marie de Médids, (levait, dans son idée première, recevoir une immense star nufacture de soieries.

Dans le quartier Saint-Harceau, il forma l'autre grande manufacture, celle des tapisseries des Gobelins.

C'est lui qui relia Paris et en fit un tout. La ville centrale, l'île de la Gfté et du Palais-de- Justice, tenait à peine au Paris méridional de l'Université et au Paris septentrional du Commerce. Pour suite au vieux pont Saint-Michel, il bâtit le pont au Change, et à la pointe de Ttle le vaste et magnifique pont Neuf, l'un des plus grands de l'Europe. Celui-ci rendit nécessaire la rue Dauphine, par laquelle l'ancien faubourg protestant, le faubourg Saint-Germain, est en rapport avec la ville.

Le Louvre fut sa passion. Dès qu'il entra à Paris, il y employa une foule d'ouvriers qui mouraient de faim, et ea trois ans (1594-1596) il fit la partie admirable de la grande galerie qui va du Louvre au pavillondeLesdiguières.

Il ne voulait rien pour lui qu*il ne communiquât aux autres. Par lui, la Bibliothèque royale, mise à Paris, ouverte à tous, devint vraiment celle du peuple, comme eût été le Musée des métien et le Jardin des Plantes qu'il voulait créer.

Flans d'Henri IT •< de Snlly. — Manœuvres de

l'Espagne. — Deux Conspirations commencent en 1606, qui marchent parallèlement pendant trois années :

Celle du roi pour sauver l'Europe;

Celle de la cour pour tuer le roi.

HenrilV s'accorda avec Sully sur ce qu'il voulait et se mit dès lors enlutteavec la reine et la cour qui voulaient la chose contraire, c Entamons par rAllemagne, dit-il, offrons l'Empire à la Bavière ; puis au duc de Savoie la royauté de Lombardie, avec ma fille pour son fils.

Dans cette même année 1606 où le roi, à l'Arsenal, arrêtait avec Sully sa grande pensée, à l'église de Saint-Jean en Grève, pendant un sermon, deux personnes, qui semblaient venues par hasard, arrêtèrent une alliance entre d'anciens ennemis, qui s'unirent et se liguèrent pour tramer la mort du roi. Ces deux personnes étaient le duc d'Épernon et Henriette d'Entragues.

D'Épernon avait vu tomber Biron et Bouillon. Il sentait que son tour venait. Le roi l'avait déjà frappé dans son revenu, lui interdisant des taxes arbitraires, et dans sa puissance, ayant mis sous sa main la place de Metz.

Henriette voyait dans le roi Tobscacle à un grand mariage qu'elle voulait se faire chez les Guises.

Les Guises s'amusaient d'elle, s'en moquaient au fond, car toute leur pensée était d'avarice. Ils auraient vonla que le roi mourût, non pour épouser Henriette, mais au contraire pour avoir la grande et très grande héritière, mademoiselle de Montpensier.

Un autre s'unit à ces alliés, celui qui disposait absolument de l'esprit de la reine, son chevalier, Goncini.

Un ambassadeur d'Espagne, superbe,- grave et rusé, don Pèdre, vint attiser le feu et jeter, surtout au Louvre, entre le roi et la reine, la pomme de discorde, l'offre du double mariage espagnol. La condition eût été la chose impossible et funeste, l'abandon de la Hollande, que le roi venait de garantir par un solennel traité.

Il resta huit mois ici, traînant et gagnant du temps,

Page 1