‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 35 sur 108 · MANOEUVRES DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

MANOEUVRES DE L'ESPAGNE

(ra?aillant le vieux levain du Ca^AoItcon, donnant courage à tous nos traîtres, aux futurs assassins du roi.

La Hollande fatiguée voulait, exigeait la paix, au moment où tout annonçait le réveil de la grande guerre. Le roi travaillait au traité.

Condé. — Son mariafr®* — Le jeune Gondé, i vingt ans, était déjà sombre et avare comme un vieux sénateur de Gênes.

En janvier 1609, la reine organisait un ballet des Nymphes de Diane. En passant, le Roi jette un regard dans la salle, se trouve juste au moment où Tune de ces nymphes armées levait son dard et semblait le lui adresser.

C'était mademoiselle de Montmorency.

Cette enfant, qui devait un jour être mère du grand Condé, dès sa naissance, avait été une merveille. M. de Bouillon, parent de la demoiselle, conseilla au roi de la donnera son neveu, le jeune prince de Condé. C'était l'avis de Sully et de tous les gens raisonnables.

Ce personnage sournois, taciturne alors, se tenait près du roi, tout petit et fort servile. Il attendait tout de lui. Il était très pauvre.

Le mariage eut lieu le 3 mars, et Condé palpa Timmense dot (deux cent mille écus).

Des événements politiques qui survinrent reubardirent, deux mois et demi après le mariage, à ne plus ménager le roi,

8iieceMil«ii de Clèves. •— Opposition de Marie de Médlcis et de mm Coup à Henri IV. — Craintes dn roi.

^ Le coup que l'on attendait depuis des années éclata à la fin de mars. Le 25, le duc de Clèves mourut, et la question du Rhin fut posée, le duel ouvert entre les maisons de France et d'Autriche.

Le roi avait dit : <c Je ne tolérerai pas à Clèves l'Espagnol ni l'Autrichien. »

Jeannin, qui négociait^ rendit i l'Espagne l'essentiel service de brusquer la trêve avec la Hollande, qui fat signée deux jours après (mars 1609).

Le Roi ne s'en déclara pas moins tout prêt à agir.

L'affaissement de l'Espagne et de l'Angleterre ellemême, depuis la mort d'Elisabeth, l'avait mis si haut, que, si on le voyait agir, on l'eût salué de toutes parts pour chef de la chrétienté.

Plus que de la chrétienté même. Les mahométans d'Espagne voulaient être ses sujets.

Position unique, qu'il devait moins à sa puissance qu'à sa renommée de bonté, de modération et de tolérance.

Au départ de D. Pèdre (février 1609), on put voir qu'il iVavait pas perdu son temps. Le vent d'Espagne, le souffle de haine et de discorde, souffla de tous côtés. D'abord au Louvre ; la reine trouvait impardonnable le refus des mariages espagnols. Concini et Léonora lui persuadèrent que son mari (et Henri IV!) au moment même où il se rapprochait d'elle, voulait l'empoisonner. Elle le crut si bien, (|u'elle ne voulut plus dîner avec lui, affichant la défiance, mangeant chez elle ce que sa Léonora apprêtait.

Ces brouillenes publiques enhardirent tout le monde contre le roi. Les sermons de la Ligue recommencent à grand bruit.

H arriva d'Italie un Lagarde, homme de guerre normand, qui, revenant des guerres des Turcs, s'était arrêté à Naples, et y avait vécu avec Hébert, secrétaire de Biron, et autres ligueurs réfugiés. Lagarde raconta au roi qu'un jour, dînant chez Hébert, il avait vu entrer un grand homme en violet, qui se mit à table et dit qu'en rentrant en France il tuerait le roi. Lagarde en demanda le nom; on lui dit : c M. Ravaillac, qui appartient à M. le duc d'Épernon, et qui apporte ici ses lettres. >

Le roi fut bouleversé. Il garda huit jours ce cruel

SUCCESSION DE GLÈVES. S67

flecret, quitta la cour, resta seul à Livry et dans une petite maison de son capitaine des gardes. Puis, n'y tenant plus et ne dormant plus, il vint à l'Arsenal tout dire à Sully.

Il se sentait si mal au Louvre, qu'il le pria de lui faire arranger à l'Arsenal un tout petit logement; quatre chambres, c'était assez. Ainsi ce prince redouté de toute l'Europe en était à ne plus coucher dans sa propre maison.

Ui prinee«se de Condé. — Un tel homme, un tel roi, celui dont l'Espagnol baisait l'épée à genoux, et si persécuté chez lui, entouré de traîtres et d'embûches, c'était sans doute de quoi attendrir un jeune cœur. La princesse de Condé en avait pitié. Elle commença à se dire que le roi pourrait divorcer encore. Elle avait signé elle-même, secrètement une demande de divorce.

Condé avait compris tout le parti qu'il pouvait tirer de la situation, qu'elle allait le poser comme adversaire du roi et l'exhausser énormément, le rendre précieux pour les ligueurs et pour les Espagnols. Donc il vint, prit possession de sa jeune femme, l'enleva, la cacha à Saint-Valery, bien sur qu on viendrait l'y chercher.

Il est probable qu'elle avertit le roi.

Il part à peu près seul et déguisé. Condé enlève encore sa femme.

La partie était belle pour lui. Il en pouvait tirer deux avantages : ou de l'argent, beaucoup d'argent, et il inclinait à cela; ou bien (chose plus agréable à sa mère) une rupture avec le roi, qui le constituerait candidat de l'Espagne au trône de France.

La mère et la fils enlèvent de nouveau la petite femme ; ils la mènent d'un trait à Bruxelles.

Toute la situation était changée au profit de l'Espagne. Maintenant, si le roi commençait la guerre préparée depMis dix ans, ^ allait rire; vieux chevalier errant, il

aurait l'air seulement de courir après sa princesse. Tout le monde serait contre lui.

L'Espagne, en si bonne cause, ne pouvait manquer d'as* sistance.

BavaUiae. — Il y avait à Àngoulème, place du duc d'Épernon, un homme fort exemplaire, qui nourrissait sa mère de son travail et vivait avec elle en grande dévotion. On le nommait Ravaillac.

Il avait eu de grands malheurs, son père ruiné, le père et la mère séparés. Enfin, un meurtre s'étant fait dans la ville, on s'en prit à lui, uniquement parce qu'il avait mauvaise mine. On le tint un an en prison. Il en sortit honorablement acquitté, mais endetté, ce qui le remit en prison. Là, seul et faisant maigre chère, il advint que son cerveau creux commença à s'illuminer.

Il vit bien qu'il était destiné à une grande chose. Il avait été jusque-là étranger à la théologie. Il s'y mit, lut, étudia, mais une seule et unique question, le droit que tout chrétien a de tuer un roi ennemi du pape.

A sa sortie de prison, il confia ses visions, et le bruit s'en répandit. On fit savoir au duc d'Épernon qu'il y avait dans sa ville d'Angoulôme un homme favorisé du ciel, chose rare alors. Il l'apprécia, s'intéressa à Ravaillac, et le chargea d'aller solliciter un procès qu'il avait à Paris.

Ravaillac, vit la d'Escoman, confidente d'Henriette, à l'Ascension et à la Fête-Dieu de 1609. Il lui dit tout.

liA d'Escoman. — Cette d*Escoman, jusque-là femme légère, était pourtant un bon cœur, charitable, humain. Dès ce jour, elle travailla à sauver le roi.

La grande affaire de celui-ci était en ce moment la fuite de Gondé. En réalité, on ne pouvait tranquillement laisser dans les mains des Espagnols un si dangereux instrument.

Gondé avait fort caressé les parlementaires, spécialement M. De Thou. Dans la noblesse mécontente, quelques-

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uns se mirent à dire que Condé succéderait au roi. Au Louvre même, on répandait un quatrain prophétique qu'on disait de Nostradamus, où le lionceau fugitif devait tran« cher les jours du {ton.

L'Autriche prit du courage quand elle vit ainsi le roi tellement menacé par les siens. L'Empereur décida hardiment la question du Rhin^ déclara Clèves et Juliers en séquestre, et les fit saisir par son cousin Léopold.

Allianee de Henri IV avee les princes proiestamte. -— La Tte da roi menacée. — Le roi COnclut (10 février

1610) avec les princes protestants le traité de guerre. Par trois armées à la fois, et (rois généraux protestants, Sully, Lesdiguières et La Force, il allait entrer en Allemagne, en Espagne et en Italie. Ses canons étaient partis, une armée dnjà en Champagne.

Les jésuites étaient joués. Leur homme, le duc d*Épernon, colonel général de l'infanterie, était laissé à Paris.

La reine se boucha les oreilles aux avis que la d'Escoman s'efforçait de faire arriver. Celle-ci avait été au Louvre, lui avait fait dire, par une de ses femmes, qu'elle avait à lui donner un avis essentiel au salut du roi; et, pour assurer d'avance qu'il ne s'agissait pas de choses en l'air, elle offrait, pour le lendemain, de faire saisir certaines lettres envoyées en Espagne. La reine dit qu'elle l'écouterait, et la fit languir trois jours, puis partit pour la campagne.

Bien étonnée d'une si prodigieuse insouciance de la reine, la pauvre femme pensa que le confesseur du roi peutêtre aurait plus de zèle. Elle alla demander Colton aux jésuites de la rue Saint-Antoine. Elle fut assez mal reçue. On lui dit que le Père n'y était pas, rentrerait tard, et partirait de grand matin pour Fontainebleau. Désolée, elle s'expliqua avec le père procureur, qui ne s'émut pas, fut de glace, ne promit pas même d'avertir Cotton, dit : c Je

demanderai au Ciel ce que je dois faire... Ailes en paix, et priez Dieu. — Mais, mon père, si Ton tue le roi?... — Mèlez-vous de vos affaires. »

Alors elle le menaça. Il se radoucit : c J'irai, dit-il, à FonJainebleau. > — Y alla-t-il? on l'ignore. Ce qu'on sait, c'est que Tobstinée révélatrice fut arrêtée le lendemain.

La d'Escoman était si aveugle, que, du fond de sa prison d'où elle ne devait plus sortir que pour être mise en terre, elle s'adressa encore à la reine. Elle trouva moyen d'avertir un domestique intime, qui approchait de bien près la reine. Sans nul doute, l'avis pénétra, mais trouva fermée la porte du cœur.

Sacre de 1» relue. — Ravaillac a dit, dans ses interrogatoires, qu'il se serait fait scrupule de frapper le roi, avant que la reine fût sacrée et qu'une régence préparée eût garanti la paix publique. C'était la pensée générale de tous ceux qui machinaient, désiraient la mort du roi. Le 1 premier était Concini. Il mit toute son industrie à hâter ce 1 jour. Ni nuit, ni jour, la reine ne laissa au roi de repos T qu'il n'eût consenti. Elle disait que, s'il refusait, on verrait bien qu'il voulait lui préférer la princesse, divorcer pour l'épouser. Le roi objectait la dépense. Il lui fallut pourtant céder. Elle fit une entrée magnifique, fût sacrée à Saint-Denis.

Cependant Ravaillac ne cachait guère sa pensée, demandait conseil. Il parlait à un aumônier, à un feuillant, à un jésuite, mais tous faisaient la sourde oreille et ne voulaient pas comprendre. On n'ignorait nullement que le tueur du roi fût dans Paris.

Il parait que, même en prison, ces bruits circulaient, et parvinrent à la d'Escoman. Acharnée à sauver le roi, elle décida une dame à avertir un ami de Sully à l'Arsenal; celte dame était mademoiselle de Gournay, fille adoptive de Montaigne. Sully, sa femme et l'ami, reçurent l'avis,

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