SACRE BE LA REINE
mais délibérèrent, le transmirent au roi. Le roi, qui eu avait reçu tant d'autres, n*y fit aucune attention.
A«MM«iiiai de Heiupi i¥ (14 mai 1610). — Le matin du yendredi 14 mai, son fils Vendôme lui dit que, d'après un certain Labrosse, ce jour lui serait fatal, qu'il prit garde à lui. Le roi affecta d'en rire. Vendôme en parla à la reine, qui, plus ébranlée qu'on n'eût cru, par une contradiction naturelle, supplia le roi de ne pas sortir. Il dîna, se promena, se jeta sur son lit, demanda l'heure. Un garde dit : c Quatre heures, » et familièrement, comme tous étaient avec le roi, lui dit qu'il devrait prendre l'air, que cela le réjouirait. — c Tu as raison Qu'on apprête mon carrosse. >
Quand la voiture sortit du Louvre, il ne dit pas d'abord où il allait, et il ne voulut pas de gardes, pour ne pas attirer l'attention. Il allaita l'Arsenal voir Sully malade.
Il faisait beau temps, le carrosse était tout ouvert. Le roi était au fond, entre H. do Montbazon et le duc d'Épernon. Celui-ci occupait le roi à lire une lettre. A la rue de la Féronnerie, il y eut un embarras, une voiture de foin et une de vin. Ravaillac, qui suivait depuis le Louvre, rejoignit, monta sur une borne, et frappa le roi... « Je suis blessé! > En jetant ce cri, le roi leva le bras, ce qui permit le second coup qui lui perça le cœur. Il mourut au moment *mème.
I.o«to XIII (1610-1643). — La terrible instabilité du gouvernement monarchique éclate à la mort d'Henri IV. Ce qui succède, c'est l'envers de ce qu'il a voulu : la France retournée comme un gant.
D'Épernon, qui avait rapporté le roi au Louvre, prit sa place en quelque sorte, s'y logea militairement, et donna tous les ordres, comme colonel général de l'infanterie. Les gouverneurs de province étaient à Paris, et tous très maniables ; la mort du roi les faisait rois. D'Épernon prit avec
27t ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE FRANCE.
lui Tombre de la Ligue, H. de Guise, le fils du Balafré, et rhomme le plus riche de France.
D'Epemon — Marie de Médïeîm déclarée régente
par le Parlement. — Il entra au Parlement avec Guise, mais celui-ci se tint modestement debout. D'Épernon s'assied, prend séance, furieux sans cause, se met à menacer les magistrats. Frappant sur son épée, il dit : c Elle est au fourreau... Mais si la reine n'est déclarée régente à l'instant, il y aura carnage ce soir... > Cette éloquence éblouit le Parlement, qui déclara sur l'heure, envoya à la reine.
Le peuple, dans les rues, criait en pleurant : < Vive le roi! > Ce qui eût fait pleurer bien plus, c'eût été de voir an Louvre Sully, qui, le 14, s'était tenu clos à l'Arsenal, et qui, le 15, fut tratné à la cour par le duc de Guise, pour faire la révérence aux assassins du roi. Chose lamentable ! pour sauver sa fortune, il lui fallut embrasser d'Épernon.
Celui-ci fut miraculeux de sang-froid, d'impudence. Il avait empêché qu'on ne tuât Ravaillac.
On l'avait traîné au Louvre et mis d'abord à l'hôtel de Retz, qui était contigu. D'Épernon ent peur qu'il ne jasât trop, et le mit chez lui, à l'hôtel d'Épernon. C'est de là qu'on le tira, le 17 pour le mener à la Conciergerie.
Dès ce jour, on put voir que personne n'avait envie de s'exposer pour Henri lY, et qu'il n'y aurait pas de justice. Cependant Ravaillac ne dénonçait personne.
Soppiiee de Ravaiiiae. — La chose ainsi limitée, le Parlement combina un supplice pour satisfaire le peuple et soûler sa vengeance.
Si on eût laissé faire la foule, l'homme aurait été mis en pièces à la porte de la prison.
Les princes et tout ce qu'il y avait de grands personnages avaient des fenêtres et se montraient fort curieux. Us n'étaient pas rassurés, l'usage exigeant qu'entre les tortures on lui demandât des révélations.