MARIE DE MÊDICIS RÉGENTE
A Tun des entr'actes, ce spectre effroyable^ qui n'était plus qu'une plaie, déclara qu'il parlerait. Quand on se remit de nouveau à écarteler Ravaillac, les laquais sautèrent la barrière, et comme ils portaient des épées, ils les plongèrent dans ce tronc défiguré.
Betratte de Soiij. — L'argent s'en allait si vite, que, pour ralentir un peu la débâcle, Villcroy lui-même proposa de rappeler le grand refuseur,5Mj. A peine y fut-il que personne ne le supporta, moins la reine que tout autre. Elle voulait tirer de la caisse un million antidaté, comme dépensé par Henri lY. Cette fraude était habituelle. Et le chancelier employa cinq années durant, le sceau du feu roi pour fausser les dates. Sully refusa le million et se retira chez lui, ne voulant couvrir les voleurs.
Pour endormir Topinion, on avait laissé Rohan, gendre de Sully, mener au Rhin quelques troupes. On avait confirmé l'Édit de Nantes, diminué la gabelle, et retiré quelques édits. Ainsi le gouvernement, de trois manières à la fois, fondait, s'évanouissait, recevant moins et donnant plus; enfin, gaspillant sa réserve. On licencia les troupes à la grande joie de l'Espagne.
Les nmriagres espasnoU. — Le 30 avril i612,yilleroy signa le double mariage du jeuneroi avec l'infante, et de la sœur avec le roi d'Espagne et le traité de secours; l'Espagnol y promettait d'entrer au besoin avec une armée pour appuyer la reine. Le trône, isolé de tous, n'avait d'ami que l'ennemi.
Eadgences et exaetloas de» prineea. — Concini
raconte à Bassompierre tout ce qu'il a tiré de la reine. Les vastes terres d'Ancre et de Lésigny, deux hôtels dans Paris, le bâton de maréchal de France, la charge d'intendant de la maison de la reine, les gouvernements d'Amiens, Péronne, etc. Un argent fabuleux, cinq cent mille éciis à riorence etàRome, six cent mille placés chez un financier,
et an million ailleurs. Il était en mesure d*acheter pour sa vie la souveraineté de Ferrare. J'oubliais le meilleur, la boutique que tenait sa femme, la Léonora, son trafic de places, d'offices, d'ordonnances mémel
La reine lâchait tout. Mais, quoi qu'on tirât d*ell(\ Dn ne lui en savait nul gré. Chacun volait fièrement, et restait mécontent. Qu'avaient eu les Condé?Rieii que cimi millions. Aussi leur mécontentement était au comble. El les Guises? Rien que six millions, sans parler des gouvernements, des placfes.
Les princes, Nevers, Vendôme et Longueville, les seigneurs, Éperuon, Bouillon, n'ayant guère eu chacun qu'un petit million, voulaient extorquer davantage, grondaienl et menaçaient. Toute la noblesse se faisait pensionner, et n^en criait pas moins.
Ces princes, qui avaient exigé les États, dès qu'ils furent accordés, n'en voulaient plus.
Ce gouvernement ne descendait pas, il se précipitait.
Étato «énéraïuc (1614). — Le Tiers n'élut, n'envoya que des juges, avec des avocats et des officiers de finances. Gens fort capables d'examiner de près. Quand ils se trouvèrent réunis, tous en robe noire et en bonnet carré, ils avaient Tair d'un tribunal pour juger les nobles et la cour.
La passion ne leur manquait pas pour tenter de sévères réformes.
Ce qui leur faisait tort, c'était bien moins l'achat des charges, bien moins le droit annuel qu'ils acquittaient pour les perpétuer dans leurs famille», que les émoluments variables qu'ils tiraient de la justice. Payés par les plaideurs, et sur chaque procès prélevant des épices, ce misérable casuel les abaissait, les empêchait de prendre une grande attitude, ni de fortes racines dans la nation.
Leurs charges étant toute leur fortune, ils s'en croyaient comptables à leur famille. lU craignaient fort qu'où n'y