‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 38 sur 108 · ÉTATS-GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

ÉTATS-GÉNÉRAUX

touchât. Us étaient, a^ant tout, pères et propriétaires. Le nom le plus illustre, le vieux Harlay, par faiblesse pour len siens, menait de donner un triste exemple, il avait vendu (ce qui jusque-là ne se faisait pas encore) une charge de premier président.

La reine ne perdit pas de temps pour faire jouer la grande machine, le roi, — pour comprimer par lui le Tiers, le Parlement, sauver d'Épernon, relever la noblesse.

Le 28, ce petit gargon de treize ans et' demi, en son Louvre, répétant sa leçon apprise, ordonna au Parlement de cesser les poursuites contre son cousin le duc d'Êperno/i.

Le Parl0BDient et d'Épernon. — Le Parlement, battu,

bloqué chez lui par d'Épernon, ne fut pas quitte pour cela. Il lui fallut endurer sa présence. Cet homme, qui portait le meurtre au front et le sang d'Henri lY, au lieu de figurer sur la sellette, comme il devait, vint trôner comme duc et pair. Ceux qu'il avait bafouéi et outragés le soir, il les bravade jour. Il n'excusa, n'expliqua, ne regretta rien. La tète haute, en quelques mots brefs, il assura la cour de sa protection.

Le Tiers fut traité de même. Le petit roi ne daigna lire ses propositions, les renvoya à ses gens.

Le Parlement tint bon, et le 22 mai vint lire ses remontrances au Louvre : c'étaient celles des États sur la ruine des finances. — Déplus, le Parlement, entrant dans la politique même, priait le roi de revenir aux alliances de Bonpèrey donc, de ne point s'alliera l'Espagne.

Il demandait qu'on flt rendre gorge c à des gens sans mérite qui avaient reçu des dons immenses > et qu'on ne confiât plus les grandes charges aux étrangers, juifs, magiciens et empoisonneurs, qui, depuis peu d'années, se coulaient aux maisons des grands. C'était désigner Conciai et sa femme, qui s'entouraient de ces gens.

t76 ÂBRËCË D'HISTOIRE DE FRANGE.

Les ministres furent atterrés, mais Guise et d'Ëpernoa oflrirent leur épée à la reine. Il eût fallu, pour soutenir le Parlement, que Condé fut ici, mais il était parti avec les princes, aimant mieux faire la guerre de loin. En réponse aux prières de la reine, qui l'invitait à aller avec le roi audevant de l'infante, il lança un manifeste où il nommait Concini, comme capital auteur des maux publics.

On n'a pas répondu au Tiers, dit-il. On a fait rayer de ses cahiers l'article qui défendait la vie des rois, rayer cAus qui demandait la recherche du parricide commis sur le feu roi.

Le roi est prié de ne pas partir sans répondre aux Étals et sans chasser les Italiens.

D'Epernon fit entendre à la reine qu'il fallait faire sur l'heure le mariage d'Espagne, et s'assurer par là le secours de l'étranger.

La reine, malgré tous, mena le roi à la frontière.

Anne d'Antrlehe en France. — Arreatatlon de C^ndé.

— L'infante Anne d'Autriche entra en France pour épouser Louis XIII; Elisabeth de France passa en Espagne pour épouser Philippe IV (9 novembre 1615). Dès lors, la reine avait vaincu. Condé négocia, s'arrangea pour un million et demi, et la position de chef du conseil. Il restait maître ; il semblait avoir tout pour lui, la noblesse, Paris^ le Parlement, 11 se trouva pourtant quelqu'un au Louvre (le jeune Richelieu?) qui osa croire qu'ayant le roi, on pouvait braver tout, môme arrêter Condé. Cela s'exécuta sans coup férir (1*" septembre 1617). Paris remua peu. Seulement la populace pilla l'hôtel de Concini.

Le jeune Richelieu, quoique évoque, eut un minis* 1ère.

Le Louvre était-il sûr?

On parlait d'une étrange ligue où Sully, Lesdignières se seraient armés avec d'Épernon. Avant même l'arrestation

ARRESTATION DE CONDE. 't"7

de Condé, Concmi et la reine avaient cru entrevoir que Tenfant-roi était triste et sombre.

iniiiienee de Lojnes. — Ce changement tenait à Taction secrète d'un certain Luynes qu'on avait mis auprès de lui pour la volerie des faucons.

Luynes était Provençal, d'humeur douce, de parole aimable. Son grand-oncle était un Albert, joueur de luth allemand. Le père de Luynes, gouverneur de Beaucaire, obtint de faire entrer son fils comme page d'écurie chez le roi.

Le jeune roi, par Luynes, dut savoir de bonne heure les tnstes mystères de la mort de son père. Si la reine avait laissé tuer son mari, elle pouvait fort bien encore, obsédée des mêmes gens. les laisser détrôner son fils. Il était fort jaloux de son frère. Monsieur, bien plus aimable. Quand on voyait, dans la chambre la plus voisine de la reine, Léonora entourée de médecins juifs, n'y avait-il rien à craindre? Le roi commençait à se dire, comme Henri IV : < Ces gens ont besoin de ma mort. »

La reine avait fait une chose bien imprudente. Elle avait envoyé les gardes du roi à l'armée, et lui avait donné ses propres gardes. Luynes montra au roi qu'il se trouvait prisonnier de sa mère.

Hais que faire? l'enfant royal n'avait personne à lui. Deux gentilshommes d'assez mauvais renom, qui soignaient ses oiseaux, un commis, un soldat, un jardinier, le Père Hilaire, voilà les conjurés avec qui le roi conspira pour sa liberté. Il n'y avait pas, dans tout cela, un homme d'exécution. Le jeune Montpouillan, camarade du roi, disait qu'il poignarderait bien Concini, mais dans le cabinet du roi. C'était mettre celui-ci en péril. On s'adressa à Vitry, capitaine des gardes, pour Varréiery ou le tuer^ s'il faisait résistance.

A grand'peine Yitry réunit quinze gardés, les cacha, les arma de pistolets sous leurs habits.

H. DE Fr. Temps modernes, . ii. — 16

AMmmmmîwkmt de Coneinl (1617). — On le prît au moment où il venait le matin faire sa visite ordinaire à la reine. II était sur le pont du Louvre avec une grosse escorte. Yitrj était si effaré, qu'il le passa, sans le voir, l'ayant devant les yeux. Averti, il retourne : € Je vous arrête!... — A iwi/i (A moi!) — Il n^avait pas fini, que trois coups, quatre coups de pistolet partaient, lui brûlaient la cervelle... « C'est par ordre du roi, » dit Vitry. Un seul des gens d« Goncini avait mis l'épée à la main (24 avril). Le roi avail fait dire au Parlement qu'il avait ordonné d'arrêter Goncini, qui, ayant fait résistance, avait été tué. Il ne parlail de sa mère qu'avec respect, disant € q\l il avait supplié sa dame et mère de trouver bon qu'il prtt le gouvernail de rÉtat ».Le Parlement vint le féliciter.

Condamnation et ezéenllon de la maréeliale d*Aii-

ère. — Le procès si facile qu'on pouvait faire à Goncini et à sa femme fut habilement étouffé, détourné. On en flt un procès de sorcellerie. G'était l'usage, au reste, de ce siècle.

La reine mère était très effrayée. Elle ne montra nulle pitié pour Goncini ou sa veuve.

Léonora tremblante lui demandait asile. Elle refusa. On la mena à la Conciergerie. Paris était en fête. La foule cherchait et déterrait le cadavre de son mari, qu'on brûla.

Léonora fut décapitée en Grève, puis brûlée.

La reine se retira quelque temps à Blois.

D'Epernon, dont Luynes avait peur, ne fut pas inquiété. Seulement on garda contre lui le témoin Dujardin Lagard6 à qui on donna pension*

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